XXIV. DOCTRINE PHYSIOLOGIQUE
Depuis sa première institution , jusqu'à nos jours , la science pathologique n'a presque pas cessé d'osciller vaguement, dans son domaine , entre les dogmes souvent les plus bizarres, et presque toujours les plus contraires à son avancement. Quelques traits de génie, quelques grandes et belles notions sont venus, par intervalles, tantôt jeter une pierre invariable dans les fondements de l'édifice ; tantôt poser une décoration plus ou moins brillante au fronton de ce dernier.
Au milieu de ces dangereuses vicissitudes , un principe essentiel de vie n'a pas cessé de veiller a la conservation de la science médicale, avec des phases bien variables dans ses différents d< d'animation, apparaissant quelquefois comme une lueur pâle, incertaine et presque étouffée sous les nuages épais des plus absurdes
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théories , des systèmes les plus faux et les plus imaginaires; plus souvent comme une flamme étincelante et rapide, éclairant toute la pathologie de sa vive lumière , et projetant avec avantage ses puissants reflets sur les autres parties des connaissances humaines. Ce principe de vie, cette bienfaisante lumière, est lephysiologisme, en prenant ce terme dans sa véritable acception ; ou, si Ton veut, cette doctrine qui consiste à maintenir la médecine dans le domaine des lois vitales; à ne jamais admettre , dans l'état de santé comme dans l'état de maladie, l'explication des phénomènes vitaux par les lois de la matière inerte. Parmi les dépositaires et les propagateurs de ce feu sacré , nous devons particulièrement citer avec honneur : Hippocrate , Hérophile, Thémison, Arétée, Galien , Houllier, Duret , Fernel , Baillou , Van Helmont, Harvey, Glisson , Pecquet, Gui Patin, Bonnet, Malpighi, Leuwenhoeck, Sydenham , Stahl, Hoffmann, Baglivi, Morgagni, Boissier de Sauvages, Pringle , Haller, Cullen , Bordeu , John Hunter, Barthez, Brown , Stoll, Pinel, Desbois de Rochefort, Corvisart, Cabanis, Hufeland , Dumas, Bichat, Béclard, Rega, Pujol , Marcus, Caffin , Marandel , Edward Miller , Buffalini, Amoretti, enfin Broussais, que l'on nomme le fondateur de 1% doctrine ■physiologique, bien qu'il ait compromis ce beau titre en l'abaissant à l'expression du plus exclusif de tous les systèmes.
Cette doctrine, en la considérant non plusàlamanière de Broussais systématique, mais comme l'avait fait d'abord Broussais judicieux observateur, et comme le font encore les médecins physiologistes qui sont restés dans la voie de l'expérience , est ainsi constituée : deux propriétés caractéristiques appartiennent aux corps vivants : facultés de sentir et de se contracter : sensibilité, contraetilité. Ces deux facultés , que plusieurs physiologistes ont réunies sous les noms d'irritabilité, de principe vital, d'excitabilité, etc., ne doivent point être prises pour des entités distinctes des tissus vivants, mais pour des propriétés inhérentes à la substance même de ces tissus, dont leur exercice entretient la vie. La mise en action des propriétés vitales est le résultat des influences exercées par les stimulants sur les corps doués de ces propriétés.