‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 123 sur 168 · FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FRANÇAIS

Si tel était le déplorable état de la science pathologique ; si nous n'y trouvions en effet qu'un amas confus d'observations sans dogmes et sans lois pour les unir et les féconder , nous aurions à gémir sur le temps perdu , sur l'insuffisance positive de cette science , et nous renverrions à des temps bien éloignés toute possibilité d'en établir la doctrine. Mais rassurons-nous, Cabanis va condamner lui-même ce jugement qu'il vient de porter , avec tant de légèreté, sur une science qu'il avait ailleurs beaucoup mieux appréciée.

« Toutefois, continue-t-il , en réduisant la médecine à ce positif, en apparence si borné, les méthodes philosophiques n'ont-elles pas attaqué la science elle-même ? n'a-t-on pas censuré par orgueil , rejeté par dédain, détruit par dégoût? Et cette grande révolution, comme la plupart de celles qui l'ont précédée , ne tient-elle pas uniquement au désir inquiet de la nouveauté , au triste besoin d'anéantir les travaux de nos prédécesseurs, à cette activité tumultueuse qui porte sans cesse quelques hommes à recommencer sur de nouveaux plans? »

Nous croyons absolument inutile d'ajouter d'autres raisonnements à cette réfutation logique ; nous nous bornerons à la compléter par des faits.

Aujourd'hui , la science médicale nous paraît dans la meilleure voie ; si nous excluons quelques jeunes savants , qui , plus physiciens ou chimistes , que médecins, voudraient tenter un nouvel effort pour soumettre les phénomènes de la vie, soit dans l'état normal, soit dans l'état pathologique, aux attractions, aux affinités de la matière inerte , la grande majorité des bons esprits se partagent, pour la doctrine, entre le naturalisme d'Hippocrate,le physiologisme de Bichat, et l'éclectisme; et, pour la pratique, se confondent, sans exception, dans la pensée de ne point séparer la maladie de l'organe qui la présente ; de ne procéder, pour la connaissance des altérations morbides , que par voie d'observation , d'expérience, d'induction et d'analyse ; de recueillir les faits destinés a servir de fondements aux généralisations de la médecine dans le domaine exclusif de celte science.

198 ÉTAT A' Il EL LIIEZ TOUS LES PEUPLES.

Aux avantages incontestables de la bonne direction que nolnsiècle imprime à la pathologie, nous devons ajouter rémunération sommaire des richesses dont elle jouit aujourd'hui. Nous y trouvons à peu près tout ce qu'une science d'observation peut offrir de plus important et de plus complet :

Une masse énorme de faits imposants par leur caractère, leur variété , leur précision ; par la véracité , l'attention , le génie des hommes qui les ont recueillis ou transmis.

Des théories plus ou moins satisfaisantes sur un grand nombre de phénomènes physiologiques et pathologiques ; des systèmes plus ou moins ingénieux, présentant, pour la plupart, quelques données utiles; des doctrines séduisantes et dont quelques-unes touchent d'assez près les formules de la vérité.

Des moyens d'investigation multipliés, et d'une remarquable précision , pour bien établir le diagnostic des maladies en soumettant leurs symptômes à l'examen de tous nos sens; moyens augmentés, dans ces derniers temps , des incalculables avantages de l'application du spéculum, de la percussion , de l'auscultation, etc.

Des préservatifs contre l'invasion de plusieurs maladies graves , tels que : la vaccine, la cautérisation des parties sur lesquelles ont été déposés des virus, des venins, des poisons; des agents de désinfection et d'assainissement pour les lieux menacés de maladies endémiques, épidémiques, etc.

Des spécifiques puissants contre certaines altérations morbifiques, tels que : le mercure, le quinquina, le fer, l'opium, le tartrate antimonié de potasse, la belladone, le colchique, le datura, le seigle ergoté, l'iode, l'éther, le chloroforme, etc.

Des agents thérapeutiques nombreux, actuellement réduits à leurs éléments actifs par les merveilleux procédés analytiques de la chimie ; préparés de la manière la plus favorable a leur administration par les savantes manipulations de la pharmacie ; mieux appréciés dans leurs effets sur l'organisme , en raison des grands progrès de la matière médicale et de la physiologie.

Des méthodes curatives en voie d'expérience et de" perfectionnement, telles que : le galvanisme, réledrkilé , l'acupuncture,

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l'éleetro-puncture, l'endormie , la mi'l;isyinrise , je magnétisme, l'hydrothérapie , etc.

Des procédés simples , des méthodes opératoires sanctionnées par l'expérience ; des instruments et des appareils établis de manière à remplir, avec une admirable précision, toutes les indications si diversifiées de la chirurgie proprement dite ; celles non moins difficiles des accouchements et de l'orthopédie : de cet art nouveau qui vient apporter aujourd'hui des secours si fructueux aux nombreuses déviations regardées, avant son invention , comme absolument incurables; des moyens, tels que l'inhalation de l'éther ou du chloroforme , de rendre les malades les plus impressionnables complètement insensibles aux opérations les plus graves et les plus douloureuses.

Des connaissances profondes , non-seulement clans la physiologie , l'anatomie descriptive , mais encore dans l'anatomie des tissus, qui sert à préciser avec tant d'avantage le siège principal des altérations morbides; à faire préjuger leur gravité, leur marche, leur durée, leurs terminaisons, etc., suivant l'organisation, la vitalité, l'importance, les relations de celui de ces tissus qu'elles affectent; dans l'anatomie pathologique, dont la vive lumière vient éclairer l'histoire des maladies, lorsqu'il s'agit d'en caractériser positivement la nature et les désordres consécutifs ; dans l'anatomie comparée , etc.

Enfin , des sciences accessoires, telles que : la botanique, l'astronomie , la physique, la chimie, etc., qui prêtent leur puissant concours à la matière médicale , à la pharmacie , à l'hygiène, a la médecine légale; et qui peuvent, au moyen de leurs merveilleux instruments , tels que le thermomètre , le baromètre , l'hygromètre, l'éleclromètre , l'eudiomètre , etc. , faire exactement connaître l'état actuel du milieu dont nous sommes environnés; favoriser l'intelligence de ces conditions générales , si nécessaires à bien apprécier pour les pathologistes, et que l'on a désignées sous les noms de constitutions atmosphériques, médicales, épidémi que s, etc.

Tel est aujourd'hui l'état florissant de la science médicale,

envisagée dans son ensemble. Nous croyons en avoir suffisamment fait connaître le caractère , les éléments et les conditions fondamentales , en la considérant sous tous ses points de vue, pour qu'il nous soit actuellement possible d'arriver à la solution de la première partie du problème que nous étudions.

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