CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE
Nous avons, en conséquence, établi sur des fondements solides les principes qui font de la médecine une science particulière, aussi peu conjecturale , aussi certaine que l'astronomie , la physique , la chimie, etc.; les différences qui la distinguent des autres branches de l'histoire naturelle ; les rapports qu'elle doit conserver avec les diverses parties des connaissances humaines.
Nous avons esquissé l'histoire de la médecine en la suivant, dans sa marche , depuis les premiers temps de son apparition jusqu'à nos jours ; en faisant la part des erreurs et des ?érités : en notant surtout avec soin ce que les hommes remarquables auxquels elle doit ses progrès, ont importé dans son domaine pour concourir à la placer au degré d'élévation qu'elle occupe aujourd'hui.
Nous avons jugé avec impartialité les théories, les systèmes et les doctrines qu'elle a successivement vu naître, en y désignant avec une consciencieuse exactitude les matériaux que nous devrons utiliser dans l'édification de la nouvelle doctrine que nous allons fonder. Enfin, nous avons constaté l'état actuel de la science médicale dans les différents pays, et notamment en France, point central d'où partent maintenant ses principales impulsions , où viennent converger ses plus importants résultats.
En considérant l'indispensable nécessité de ce travail, nous l'avons entrepris sans hésitation et sans nous laisser décourager par sa longueur et par ses difficultés. Apres l'avoir achevé, nous en ressentons mieux encore tous les avantages, puisque la solution de notre première question, qui nous semblait d'abord si compliquée, ne nous parait plus actuellement qu'une induction simple et facile des principes que nous avons établis sur les faits , l'expérience et l'observation.
Au point où nous sommes arrivé , la question se réduit en effet à ces deux termes : Faut-il attendre davantage pour établir une doctrine médicale définitive? Ne peut-on pas au contraire, des aujourd'hui, s'occuper sérieusement de sa fondation? Voici notre réponse :
Si la science pathologique est de nouvelle origine , si les faits
CO.NCLLSIUS DE LA l'KEMlÈlŒ l'All'ïlE. 203
qui doivent en établir la doctrine sont en petit nombre et (Je nature à ne mériter qu'une confiance très-limitée; si des praticiens d'élite n'ont point suffisamment enrichi son domaine des produits de leur expérience et de leurs judicieuses réflexions ; si les esprits généralisateurs ont l'ait défaut a cette science, et si Ton y rencontre à peine quelques théories, quelques systèmes et quelques doctrines sans principes et sans valeur ; enfin , si depuis quelques années la médecine, basée sur l'expérience et l'observation , marche directement, et sans déviation à craindre , vers une doctrine définitive, mais dont le temps et la maturité ne sont pas encore arrivés; sans doute il faut attendre; sans doute il ne faut point s'exposer, par un dangereux empressement, à généraliser des principes dont l'expérience et la réflexion n'ont point assez positivement sanctionné la réalité.
Mais si la science médicale est une des plus anciennes ; si des faits très-nombreux et d'une valeur incontestable s'y présentent pour servir de base à la doctrine qu'elle semble réclamer ; si des observateurs du premier mérite , sous tous les rapports, l'ont depuis, longtemps enrichie des recueils du plus haut intérêt sur toutes les maladies qui peuvent assiéger l'organisme ; si des génies supérieurs sont venus, depuis l'origine des siècles, y déposer les produits de leurs méditations, y faire briller un grand concours de théories , de systèmes et de doctrines, dont plusieurs touchent d'assez près la vérité; enfin, si, depuis quelques années surtout, les meilleurs praticiens de notre époque sont, les uns flottants entre peu doctrines opposées, les autres enfermés dans l'impasse de l'éclectisme , n'est-il pas évident que non-seulement il ne faut plus attendre pour établir une doctrine définitive, dont l'importance et la maturité sont arrivées, dont les éléments sont à la disposition de celui qui voudra la fonder; mais qu'une temporisation prolongée, sans aucun avantage pour la science , pourrait même l'exposer à de nouvelles déviations, lorsqu'elle semble fajre un temps d'arrêt il.uis la voie du progrès, du perfectionnement; et demander une généralisation assez large, assez positive, pissez vraie pour concilier l'assenlimeut de tous les bons
-Oî CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE.
esprits; pour unir, par ce lien commun, toutes les notions réelles de la médecine ; pour servir de centre et de foyer à toutes celles que l'observation et l'expérience viendront ultérieurement y déposer ?
Telle est la question réduite à son expression la plus claire et la plus vraie. Pour la résoudre par la négative ou par l'affirmative, il suffit actuellement de voir à quelle partie de ce dilemme conviennent les faits positifs que nous avons établis dans ce travail , et dont l'énumération va donner le dernier degré d'évidence à la solution que nous cherchons.
Comme art , la médecine est aussi ancienne que le monde ; comme science , elle compte plus de vingt-trois siècles d'existence incontestable. Parmi les différentes branches des connaissances humaines, en est-il beaucoup dont l'origine soit aussi reculée? En est-il une seule, parmi celles qui présentent la même antiquité , dont on ait , par défaut d'âge , contesté la maturité suffisante pour se créer une doctrine définitive? Nous ne le pensons pas, et nous croyons que , sous ce premier rapport, la médecine offre des titres plus que légitimes pour prétendre avec raison à cet important résultat.
Au milieu des praticiens innombrables qui sont venus enrichir le domaine de la pathologie des remarquables produits de leur observation et de leur expérience , il nous suffira de citer : Acron d'Agrigente, Hippocrate , Arétée, Galien , Aëtius, Alexandre de Tralles, Paul d'Égine , Gui de Chauliac, Ambroise Paré, Fernel, Baillou , Harvey , Sydenham , Baglivi , Hoffmann , Morgagni , Pringle, Haller, Cullen , Bordeu , Tissot, Stoll, Selle, Desbois de Rochefort, Corvisart, Desault, Bichat, Astley-Cooper, Dupuytren, Laënnec, etc. , etc. , pour démontrer jusqu'à l'évidence que la médecine et la chirurgie comptent , parmi ceux qui les ont cultivées , des observateurs du mérite le plus rare , et qu'il est assez difficile d'espérer pour l'avenir, dans un temps égal , une réunion d'hommes aussi éminents , sans même parler de tous ceux que nous eussions pu nommer encore.
A côté de ces investigateurs étonnants par leur aptitude à