‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 13 sur 168 · TEMPS ANTIQUES · texte numérisé non relu

TEMPS ANTIQUES

Des hommes y savent discerner différentes maladies et leur appliquer un traitement plus ou moins convenable. On y connaît l'emploi de certains remèdes qui ne font point partie des aliments journaliers. » Cabanis, loc. cit., p. 55.

On conçoit aisément dans quelles étroites limites , au milieu de quelle hésitation, de quelles incertitudes l'art médical fut d'abord exercé. Les appétits et les répugnances du malade vinrent s'offrir comme les premiers guides pour déterminer ce qu'il fallait faire et ce qu'il fallait éviter ; présentant ainsi les premiers éléments des indications et des contre-indications. Lorsque le malade éprouvait un accès de fièvre inflammatoire, par exemple: une répugnance plus ou moins grande pour les aliments, une soif plus ou moins vive , un état de lassitude générale , etc. , conduisaient naturellement au repos, à l'emploi des boissons tempérantes, à la diète, etc. ; et l'on voit déjà que ces moyens simples sont encore, même aujourd'hui , dans ce cas, les premiers à mettre en usage.

Des maladies analogues se reproduisirent; on se rappela nécessairement le succès des moyens déjà prescrits ; l'expérience vint dès lors appuyer les désirs instinctifs des malades ; on avait fait les premiers pas dans le vaste champ de l'observation. L'empirisme le plus absolu dirigeait alors sans aucun contrôle ces premières tentatives de l'art de guérir.

« Il est naturel de penser, dit Cabanis, loc. cit., p. 452, qu'on s'en rapporta d'abord aux appétits des malades, et qu'on se contenta de noter le succès de cette conduite. »

Au rapport d'Hérodote, les Babyloniens, les Chaldéens et d'autres peuples n'avaient pas de médecins, menu; de son temps; les malades étaient exposés sur la place publique ; chaque passant était obligé de les interroger et de leur indiquer les moyens et les remèdes qu'il avait vu conseiller, ou qu'il avait employés sur lui-même dans des cas semblables. Cet usage se continua lonctemps encore en Assyrie, en Lusitanie, etc; aussi les peuples reconnaissants élevèrent-ils des autels et des temples aux premiers hommes qui se distinguèrent dans l'art de guérir, car la science n'existait point encore.

Insensiblement les faits se multiplièrent, les expériences devinrent plus hardies, plus nombreuses, plus significatives ; l'observation s'agrandit et se perfectionna ; les souvenirs des guérisons et des moyens employés pour les obtenir se conservèrent dans la mémoire des hommes et se transmirent traditionnellement dans les familles, dans les sociétés naissantes. Des hommes animés d'une philanthropie réelle, ou dominés par le désir d'exercer un puissant empire sur les autres hommes, s'emparèrent de ces notions éparses, les rassemblèrent, en firent une sorte de science rudim en taire qui leur donna bientôt en effet du crédit et de la réputation dans l'art de guérir. Telle fut incontestablement l'origine des premiers médecins.

« La médecine, dit Cabanis, loc. cit., p. 55, fut cultivée d'abord par les malades eux-mêmes, ou par ceux qui les environnaient; chaque famille avait ses traditions et ses pratiques; chaque peuplade profitait de toutes les expériences faites dans son sein. Les hommes riches et puissants qui cherchaient à consacrer leur pouvoir et leurs richesses en devenant utiles à leurs concitoyens, se gardèrent bien de négliger la médecine, qui leur fournissait les moyens de se rendre souvent nécessaires. Chiron, Ariste, Thésée, Télamon, Teucer , Patrocle, Àutolicus, Ulysse, etc...., farefil

honorés en Grèce pour leurs connaissances médicales Sun

moins avides de gloire que les héros dont ils nous entretiennent , les poètes cultivèrent comme eux la médecine , tantôt pour se rendre plus recommandables par sa pratique , tantôt pour consigner dans leurs ouvrages ce que ses préceptes offraient de plus curieux et de plus intéressant. Ici viennent se placer Linus , Orphée, Hésiode, Musée, Homère, etc.... Les prêtres ne tardèrent pas à s'emparer de la médecine : il leur fut très-facile de l'identifier à leurs autres moyens de pouvoir. L'art de guérir et l'art sacerdotal avaient en effet plusieurs traits de ressemblance ou d'analogie; l'un et l'autre mettent en jeu les mêmes ressorts : la crainte et l'espérance. »

L'exercice delà médecine devint alors un véritable monopole. Jl s'environna des nuages de la superstition , du myslère, et ne

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se montra plus aux yeux du vulgaire ignorant, qu'avec les caractères du merveilleux et de l'inspiration. Habilement renfermé dans lu sanctuaire des temples , il s'entoura des moyens les plus capables de frapper et de séduire l'imagination de la multitude. Ces temples étaient spacieux, construits dans des lieux élevés, au milieu des sites les plus agréables, environnés des bois sacrés et silencieux où les esprits attristés et les cœurs brisés retrouvaient le calme et la paix. L'éloignement des affaires, des chagrins domestiques ; la pureté de l'air, des distractions ménagées avec art; un régime sain, régulier; l'empire habilement exercé suides imaginations faibles, par la secrète influence de la divinité de ces lieux révérés, produisaient des guérisons d'autant plus retentissantes, qu'on ne manquait jamais de les entourer des prestiges les plus séduisants et les plus capables d'inspirer une aveugle confiance. Aussi, comme le dit Cabanis, loc. cit., p. 50 : «Le dieu soutenait d'autant mieux sa réputation , qu'il avait moins besoin de la mériter. »

Chez les plus anciens peuples, et notamment chez les Égyptiens, chez les Israélites, même avant Moïse, la médecine était exercée par les prêtres , qui prenaient le soin d'inscrire sur les murs de leurs temples toutes les guérisons notables et les recettes au moyen desquelles ces guérisons avaient été obtenues. Homère nous assure que les connaissances médicales étaient assez généralement répandues chez les premiers ; les préceptes institués par le législateur des seconds , prouvent assez qu'il possédait en hygiène des connaissances notables pour ces temps reculés.

« En Egypte, dit Cabanis, loc. cit., p. 45, les prêtres avaient usurpé l'empire exclusif des lumières; ils étaient les seuls médecins.... La médecine s'enseignait dans leurs temples avec des cérémonies d'initiation.... A Jérusalem, dit le même auteur, loc. cit., p. 41 , on voyait dans le vestibule du temple un formulaire complet de remèdes dont Salomon passait pour être l'auteur. »

Les (irecs , surtout, se firent ensuite remarquer par leur pieux enthousiasme pour ceux qui les premiers se distinguèrent dans l'exercice de l'arl médical. Apollon, Esçùlajpe furenl élevés au rang

des dieux. Des temples nombreux devinrent les sanctuaires de leur science et de leur pouvoir. On vit bientôt les colonnes de ces temples se couvrir des tablettes sur lesquelles étaient gravées les histoires des maladies et l'expression de la reconnaissance des malades guéris. Ces tablettes , origine probable des ex-voto communs dans nos églises chrétiennes de plusieurs localités , nous offrent en même temps les premiers rudiments de la science médicale. Au nombre des temples d'Esculape, nous citerons comme les plus fameux, ceux d'Épidaure, de Pergame, de Cos. de Cnide, etc.

C'est dansées sanctuaires en même temps craints et ré?érés, que la médecine fut alors étroitement renfermée , soustraite aux regards profanes, entretenue dans une longue et déplorable enfance. Le simulacre de la divinité s'y montrai! sous la forme d'un serpent: et les prêtres, nommés asclépial es, se transmettaient par une véritable hérédité, beaucoup moins la science médicale que le monopole de son exercice , et les avantages de prélever un impôt sur la crédulité du vulgaire.

Il est, en effet, aisé de comprendre toute la nullité que devait alors présenter l'art de guérir . en considérant qu'il ne pouvait s'appuyer sur aucune connaissance anatomique, les préjugés religieux interdisant absolument l'examen des cadavres; que, pour toute garantie de capacité, ceux qui l'exerçaient ne pouvaient offrir que le caractère insuffisant et mystérieux de certaines cérémonies d'initiation ; enfin, que la science en mesure d'éclairer les applications de cet art, n'était autre chose qu'un aveugle empirisme agissant dans le secret, sans direction et sans contrôle. Aussi, comme le dit Cabanis en parlant des prêtres égyptiens, loe. cit., p. 45: «L'appareil mystérieux des initiations imprimait encore dans les âmes les plus profonds sentiments de respect et de crainte.... et pour obtenir quelque communication de leurs dogmes , il fallait s'engager au secret ou promettre de n'en faire part qu'à des adeptes liés par le même serment. »

Si les choses fussent restées dans ce déplorable état, il est certain que la science pathologique eût toujours été dans ces conditions rudimentaires . ou. pour mieux dire, qu'elle n'eût jamais existé.

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