TEMPS ANTIQUES
Tel ne devait pas être son avenir. La superstition l'avait en quelque sorte inhumée dans les temples ; la philosophie devait la soustraire a cette funeste léthargie , en l'exhumant de son tombeau pour la faire naître et grandir sous l'influence vivifiante de la raison et du grand jour de la publicité.
À cette mémorable époque , les philosophes , dans leurs entreliens avec les asclépiades , sous les portiques des temples , surprirent leurs principaux secrets , et la médecine passa bientôt des coupables réticences du sacerdoce aux philanthropiques traditions de la philosophie ; du profond mystère des autels aux révélations généreuses de l'enseignement public.
Parmi les philosophes qui professèrent d'abord la pathologie avanl de la mettre en pratique, nous devons honorablement nommer : Thaïes, Pylhagore , Empédocle, Ànaxagore, Démo cri te, Acron, Heraclite, Timée , Eudoxe, Epicharme, Démocède, etc.
Les philosophes avaient ressuscité la médecine comme on ranime un sujet frappé d'asphyxie , en lui rendant l'air et la lumière ; mais, dans leur manière de procéder, ils ne pouvaient pas assurer et développer son existence, puisqu'ils professaient des dogmes enfantés par l'imagination, au lieu de répéter des expériences et d'observer des faits, seuls capables de fonder une bonne doctrine. Ils eurent toutefois un grand mérite : celui d'arracher la science aux mains de la mysticité, de l'ignorance et delà superstition, pour lui donner un caractère d'indépendance et de publicité qui tôt ou tard devait en amener le perfectionnement et les succès.
« Jusque-là, dit Cabanis, loc. cit., p. ô'i, les médecins, successivement poètes, héros ou prêtres, n'avaient été que de simples empiriques et souvent même de misérables charlatans... Dès lors , une doctrine raisonnée fut mise à la place de ces recueils indigestes de formules ; des combinaisons plus hardies commencèrent à lier les principes de la science à ceux des autres connaissances humaines... Mais en remédiant à des défauts, on tomba dans un excès dangereux. Non contents d'appliquer à la médecine celte métaphysique générale et supérieure qui plane sur
toutes les sciences... les philosophes s'efforcèrent d'y transporter
les prétendues lois de leur physique et différentes autres hypouV d'autant plus fécondes en erreurs, dans cette application, que leurs objets particuliers étaient absolument étrangers à l'étude du corps vivant... Ces premiers philosophes firent donc du bien et du mal à la médecine. Ils l'arrachèrent à l'ignorance sans méthode ; mais Us la précipitèrent dans plusieurs hypothèses hasardées ; ils la firent passer de l'empirisme aveugle au dogmatisme imprudent. »
A l'époque où nous sommes arrivés, la médecine commençait à poindre dans le vaste champ des connaissances humaines; elle ne méritait point encore le nom de science. La nécessité de soulager les infirmités inhérentes à notre faible nature, en avait fait surgir les premières notions; un génie puissant et spécial pouvait seul en jeter les impérissables fondements. Ce génie va bientôt paraître, e1 la médecine va s'élever avec lui à l'horizon des sciences utiles et positives.
« La science s'est formée, dit Raige-Delorme , Diet. de mvd., t. 19, p. I9G, dès que l'on s'est attaché à rapprocher les observations de même ordre pour en faire ressortir des principes communs et en déduire des préceptes généraux; lorsqu'on a tenté d'établir la liaison entre les préceptes et les observations. La science s'est étendue successivement en se livrant à toutes les recherches qui pouvaient faire connaître les objets de ses considérations sous toutes leurs faces ; elle a de cette manière agrandi le cercle des applications et augmenté les moyens de l'art, qui, de son côté , en s'étendant et en rendant sans cesse à la science les services qu'il en recevait, lui a révélé de nouveaux faits et en a reculé les limites. »
Faut-il donc s'étonner si les anciens philosophes , en suivant une marche opposée, faussèrent dès le début les principes de la pathologie. Remplaçant l'expérience par l'imagination ; l'observation des faits, par la recherche des causes premières ; les lois de la vie, par des lois puisées dans la phv>iqnr , la philosophie transcendante , etc. , ces esprits d'une si haute portée n'en firent pas moins dévier la science médicale de sa véritable route, h tomber l'.oi
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dé guérir au-dessous de la valeur qu'il avait acquise par les seuls enseignements de l'instinct et de la nature.
Ainsi Pythagore voulut expliquer la production des maladies et l'action curative des médicaments , par la puissance des nombres; Démocrite . pas les rapports de forme et de situation des atomes ; Heraclite, par les différentes modifications du feu créateur et conservateur de l'univers, etc Àcron d'Agrigente fut le seul qui,
réduisant les raisonnements à l'appréciation des symptômes, essaya de ramener la médecine dans la voie de l'observation. Ses tentatives restèrent sans effet, et son enseignement plus vrai fut dominé par renseignement plus séduisant et plus captieux des autres philosophes. Tout le succès qu'il obtint de son heureuse inspiration, fut d'être considéré, beaucoup plus tard, comme le créateur et le chef de l'empirisme raisonné. Hérodicus voulant tirer avantage de la passion des Grecs pour les exercices du corps , préconisa la gymnastique, non-seulement comme très-utile pour la conservation de la santé, mais surtout comme un moyen très-puissant dans la guérison t\c<. maladies. C'est du reste beaucoup moins pour avoir accrédité cette doctrine , que pour avoir été le maître du génie qui devait en quelque sorte créer la science médicale, et, ce qui valait mieux encore , l'établir sur ses véritables fondements, qu'Hérodicus a mérité les honneurs d'une juste célébrité.
Le puissant concours des philosophes de l'antiquité vint, comme on le voit, jeter dans le champ de la pathologie des germes funestes et qui, longtemps, devaient y porter les plus mauvais fruits au milieu de quelques produits avantageux. « Delà, comme l'a dit Cabanis, loc. n'L, p. 56\ naquirent tant de futiles théories qu'on retrouve également dans les ouvrages de Platon, d'Aristote, de Plutarque, et dont ceux d'Hippocrate lui-même ne sont pas entièrement dégagés. »
Au nom d'Hippocrate, nous éprouvons le besoin de nous arrêter, de nous recueillir profondément. À l'apparition de ce génie si médical , si fécond et si vrai , nous voyons en effet la médecine commencer une ère toute nouvelle; ou, pour mieux dire encore, la science pathologique se fonder et grandir sur les seules bases qui puissent en assurer le perfectionnement et la durée.
il) HISTOIRE DL LA MÉDECLNE.
Préparée par l'enseignement public des philosophes et par les efforts que firent les asclépiades, surtout dans les temples de Cos et de Cnide, pour ne pas rester au-dessous de leurs rivaux, cette grande révolution médicale s'effectua pendant le plus beau siècle de l'ancienne Grèce. « Tandis que la médecine pratiquée d'après la meilleure de toutes les méthodes s'enrichissait, dit Sprengel , Hist. de la méd., t. 4 , d'une multitude de vérités utiles et nouvelles, l'aimable philosophie de Socrate démontrait que le bonheur est inséparable de la sagesse ; Euripide et Aristophane composaient ces pièces que la postérité «levait considérer comme le chef-d'œuvre de l'art dramatique ; Thucydide retraçait les événements de la guerre du Péloponèse dans un ouvrage dicté par le génie de l'histoire; Phidias animait le marbre; Zeuxis etPolyctète réussissaient k peindre la beauté ; et les Grâces elles-mêmes semblaient conduire le pinceau de Parrhasius. »
DGRATE.
Fils d'Héraclide , petit-fils d'Hippocrale Ier, dix- septième descendant d'Esculape, parent d'Hercule du côté de sa mère Praxithé , Hippocrate naquit dans l'île de Cos 460 ans avant Jésus-Christ.
Appartenant, comme on le voit, à la célèbre famille dis asclépiades, vouée depuis si longtemps au culte du dieu de la médecine , il fut élevé au milieu des circonstances les plus favorables pour développer ce génie particulier dont l'avait doué la nature. Ayant reçu de son père les premières notions de l'art, il vint dans la savante Athènes étudier la pathologie sous Hérodicus, les lettres et la philosophie sous Gorgias. Puis, suivant la coutume des philosophes et des médecins, il voyagea beaucoup et toujours avec fruit, surtout en Thrace, en Scythie, en Macédoine, en Thessalie , etc. Il se fixa définitivement dans ce dernier pays , après avoir excité l'admiration et l'enthousiasme ^< populations, en