I. POINT DE VUE CONVENABLE POUR ÉTUDIER UNE DOCTRINE
Le premier soin d'un esprit attentif et judicieux qui veut étudier avec succès un objet complexe et de haute portée, consiste à se placer le plus avantageusement pour tout embrasser, tout apprécier; à s'établir au véritable point de vue.
L'observation, l'expérience, les faits, sont, comme nous n'avons cessé de le reconnaître , les seuls fondements réels de la pathologie , les seuls éléments qui puissent essentiellement concourir à la formation d'une bonne doctrine médicale.
Mais il ne faut pas , à l'exemple de certains observateurs patients, consciencieux, exacts sans doute, mais dépourvus d'intelligence et de génie, faire un assez grand abus de ce principe incontestable , pour imaginer que l'on doit se renfermer dans le simple examen, la seule énuméralion de ces faits, sans pouvoir, en conséquence de la fâcheuse pusillanimité qu'ils nomment prudence et circonspection , s'élever à leur généralisation raisonnée pour en obtenir des axiomes, pour en constituer une doctrine. L'observation réduite à cet aspect borné, l'expérience emprisonnée dans ces étroites limites, les faits annulés par ce défaut d'emploi, n'arriveraient qu'au néant d'une routine aveugle et ne parviendraient jamais à fonder une science.
Il faut, au contraire, sans perdre de vue les notions positives que nos sens nous ont fait acquérir, sans courber le jugement sous le joug de l'imagination , user de nos facultés intellectuelles pour rapprocher, comparer, induire, appliquer; mais, pour accomplir ces actes de haute philosophie médicale , il faut quitter le modeste sentier de l'empirisme exclusif , s'élever dans les régions supérieures de la science pathologique , pour en dominer l'ensemble , pour en effectuer la généralisation.
Lu consacrant ces principes, qu'un assez grand nombre de
2'yl MOYENS d'établir une bonne doctrine.
médecins modernes ont on méconnus on désertés, nous ne faisons qu'interpréter la pensée des meilleurs esprits de tous les temps. Il nous suffira d'en citer quelques-uns pour démontrer que nous ne procédons pas sans preuves.
« Il y a longtemps, dit Réveillé-Parise, Bull. dethér.,t.39,p. $ , qu'on répète, et probablement qu'on répétera encore cette sentence magistrale de Baglivi : Ârs medica iota in observationibus; c'està-dire que toute la médecine consiste dans les faits... Je pense qu'il ne faut admettre cette sentence qu'avec prudence et restriction. Non, toute la médecine ne consiste pas dans les faits : il faut l'observation, plus la réflexion , plus L'induction, plus l'application : c'est par cette équation seule, plus ou moins répétée dans l'immensité des cas pathologiques, qu'existent la science elle-même et les progrès qu'elle peut faire. Admettre sans limites l'axiome de Baglivi, c'est rester dans une analyse inféconde; c'est sarcler le champ médical sans en récolter les fruits, c'est-à-dire les conséquences et les principes; en un mot , c'est entasser sans fin, sans mesure, des matériaux, el ne point élever l'édifice ; car la conception et l'ensemble font également défaut... Ne formant ni doctrine, ni théorie, qu'arrive-l-il nécessairement? On se tient dans le terre-àterre des faits et des petites réalités qui en jaillissent à la surface...
« Le second inconvénient de l'abandon de toute doctrine, c'est d'entraîner les praticiens dans l'empirisme qui , sur une infinité de points, touche de près à la routine... Aujourd'hui, la science reste sans doctrine capable de rallier et de guider les opinions. Tout est morcelé, fractionné , sans harmonie et comme sans but. C'est une situation véritablement fâcheuse. Faut-il donc nous contenter d'un sec et fastidieux inventaire de faits? L'empirisme plus ou moins raisonné, mais toujours avec son caractère étroit et vulgaire, sera-t-il indéfiniment triomphant ? Nous n'osons le croire. La science a une autre destinée; il faut donc qu'elle ait une autre marche. Toutefois, en cherchant à poser des dogmes, à établir des principes, elle n'en doit pas moins rester inébranlable dans la série des trois termes suivants : lefa.it, l'induction, l'application. »
Il nous semble impossible de mieux préciser l'état de celle grave