‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 144 sur 168 · COLLECTION DES FAITS PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

COLLECTION DES FAITS PATHOLOGIQUES

Ce premier acte non.- offre trois procédés pour son accomplissement : L'observation, Yi /■/<> rû nce, la lecture des auteurs ; chacun d'eux offre des avantages particuliers que nous devons utiliser, el des inconvénients qu'il non- est important d'éviter avec soin.

L'observation, — observatio, ■?, djpnotç , envisagée comme procédé mis en usage pour la collection des faits pathologiques,

esl l'examen des cause-, des effets et du traitement relatifs aux maladies. Ce procédé, complexe dans son objet, doit être positif et précis dans ses moyens. C'est dans la nature elle-même que nous devons entreprendre eet examen ; c'est avec le secours de nos sens, guidés par l'attention, le raisonnement et la réflexion, que nous pouvons l'effectuer. C'est déjà faire pressentir que la finesse des sens , la fixité de l'attention, la solidité du raisonnement, la justesse de la réflexion . seront les premières conditions indispensables aux bons résultats de l'observation médicale: mais il ne >ullit point encore, pour constituer un observateur distingué, que la réflexion, le raisonnement, l'attention et les sens offrent d'excellentes qu dit es , il faut de plus qu'ils aient été perfectionnés

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par une éducation spéciale dans l'exercice de l'investigation pathologique , la plus importante et la plus difficile de toutes.

« Outre l'éducation naturelle, générale, progressive et insensible de nos sens, dit Corvisart, Nouvelle méthode pour reconnaître les maladies internes de la poitrine, introd., p.O, chacun d'eux reçoit ensuite, dans l'ordre social, une perfection d'une étendue indéterminée, suivant les différents arts, professions, métiers, etc., que les hommes se partagent et que chacun

embrasse La nécessité de l'éducation médicale des sens me

parait aussi démontrée que leur éducation naturelle et générale est une vérité de fait admise par tous. »

Les anciens avaient bien compris les caractères essentiels de la bonne observation. Parmi les modernes , l'auteur que nous venons de citer est un de ceux qui contribuèrent le plus puissamment à ramener ce procédé capital dans la voie certaine que lui avaient fait abandonner les systèmes extravagants du moyen âge.

Aujourd'hui, beaucoup de médecins, môme très-habiles, sont tombés dans les excès d'un minutieux positivisme ; de telle sorte que , dans leurs tableaux pathologiques , le fait principal , noyé dans une surabondance de détails accessoires, perd toute son importance et toute sa valeur. Nous signalerons également , comme nuisibles aux véritables progrès de la science médicale , ces abus que plusieurs nouveaux chimiâtres et iatro-mécaniciens font du microscope et de l'analyse chimique pour déterminer l'état pathologique de nos humeurs , et particulièrement pour inférer , de ces investigations, des données, qu'ils nomment certaines, sur la nature des maladies et sur les différences qui doivent les distinguer.

Nous admettrons volontiers les résultats de ces explorations, à titre de renseignements secondaires, mais nous croirions faire une faute grave en les plaçant sur la ligne des documents les plus positifs que l'observation puisse nous fournir; et nous laisserons surtout aux praticiens le soin d'apprécier ces assertions de M. Saucerotte, Bull, de thérap,, t. 44 , p. .97 : « Voici une méningite à forme insidieuse, et que plusieurs médecins réunis persistent à considérer comme une fièvre typhoïde, contre l'avis

2'-\s moyens d'établir une bonne doctrine.

d'un confrère qni y voit, lui, une affection idiopathique de l'encéphale. Or, l'analyse du sang prouve, par F augmentation de la

fibrine, qu'un a bien réellement affaire aune phlegmasie Une

jeune fille mal réglée se présente à moi avec certains symptômes

qui semblent dénoter de la pléthore Elle s'est fait saigner de

son chef, et son sang était couenneux Dans les idées de nos

devanciers, j'aurais cru avoir affaire a une pléthore résultant de l'insuffisance des règles. Mais j'examine son sang au microscope et je le trouve très-pauvre en globules ; cette apparente pléthore n'était

que delà chlorose. J'allais m'engager dans une fausse route

Ainsi, l'application des sciences physiques et chimiques a été utile à la thérapeutique au même titre que l'anatomie pathologique ou que la séméïotique. »

En repoussant des moyens accessoires ou futiles comme pouvant seuls faire distinguer des maladies aussi essentiellement différentes que la méningite et la fièvre typhoïde , lu pléthore et l'anémie , lorsque tant de symptômes pathognomoniques ne permettent pas au praticien exercé de les confondre, nous pensons qu'il faut, avant tout, diriger l'observation pathologique du point de vue de l'organisme vivant; n'admettre les données des investigations étrangères qu'à titre de renseignements plus ou moins utiles, sous peine de retomber dans les hallucinations de la chimiatrie, vers lesqnelli nouvelles tendances pourraient encore entraîner la

science médicale, si les bons observateurs ne prenaient soin de les signaler et de s'en garantir.

Si l'on veut faire de véritables progrès dans l'art de guérir, on doit lire surtout dans le répertoire de la nature ; mais il ne faut pas se dissimuler toutes les difficultés de cette lecture. Les premiers observateurs , sans préoccupations systématiques , rencontrant moins d'écueils dans ce livre, et n'y trouvant d'abord que des caractères simples et peu nombreux , n'avaient besoin que d'un enseignement assez borné pour les déchiffrer; mais aujourd'hui le secours d'une méthode préliminairement acquise est indispensable pour arriver a ce résultat.

« la funeste aptitude à se payer de mots, dil Cabanis, loc. vit.,

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j). 62, en n'attachant à ceux dont on se sert que des idées fausses ou vagues, tient peut-être, en grande partie, à l'habitude de se peindre sans cesse des objets qu'on n'a pas vus et de remplacer l'ouvrage des sens par celui de l'imagination. Une manière de juger entièrement saine, dépend de sensations complètes et justes; or, la nature ou les objets étant nos véritables maîtres, et leurs leçons, à la différence de celles des hommes ou des livres , se proportionnant toujours à nos facultés, ce sont les seules qui ne soient presque jamais infructueuses, les seules qui ne nous égarent jamais. »

Il faut, du reste, pour bien observer, moins de génie que de sagacité, de pénétration, de jugement, de constance et de ténacité. On demandait à Newton par quels procédés il était arrivé à ses plus belles découvertes : « En cherchant toujours , en cherchant surtout avec patience, » répondit-il.

Une fois entré, sans idées préconçues, dans la voie de l'observation , l'esprit s'y fortifie , s'y perfectionne et devient de plus en plus capable de s'y distinguer : « C'est une vérité de fait, dit Bricheteau, Dict. des se. méd., t. 57, p. 57, que les hommes accoutumés, dès la jeunesse, à observer les effets naturels et à les apprécier à leur juste valeur, sont moins sujets à l'erreur et plus exempts de préjugés que les autres hommes. »

En réfléchissant aux grandes et nombreuses qualités indispensables pour former un observateur accompli, faut-il s'étonner d'en rencontrer, en médecine, seulement quelques-uns de cet ordre, dont les noms puissent être cités: Hippocrate, Àrétée, Fernel, Forestus, Baillou , Bonnet, Sydenham, Hoffmann, Baglivi, Morton , Morgagni, de Ilaèn, Bordeu, Zimmermann, Stoll, Desbois de Rochefort, Corvisart, Laënnec, Andral, etc. , nous offrent les principaux officiers de cette autre Légion d'honneur.

L'expérience, — e^perientia, vj mîpa, considérée comme procédé relatif à la collection des faits en médecine, est l'épreuve que nous faisons pour découvrir la vérité des choses dans les nuises, li- caractère h l'1 traitemen! des maladies. Ainsi que l'observation ,

elle choisit tous ses sujets dans la nature , avec cette différence qu'elle provoque, tandis que l'observation attend la manifestation des faits pathologiques. Il ne faut donc pas les confondre dans l'examen des procédés d'investigation. Comme l'a très-bien indiqué Zimmermann : « L'observation lit dans la nature; l'expérience l'interroge. »

« La nature ne se montre qu'obscurément à nos yeux, dit La Peyronie, Mém. de l'Acad. roy. de Chir., t. -/", préf.,p. 40; nous devons donc examiner scrupuleusement sa marche , la suivre dans tous ses détours et observer ses effets. Mais, dans l'observation, l'esprit n'est que simple spectateur, il ne voit que les dehors; il faut, à l'aide des expériences, chercher à pénétrer jusqu'aux principes sensibles de la nature , c'est-à-dire qu'il faut la prévenir , l'interroger , la forcer à se découvrir. »

« Par l'expérimentation, ajoute Reid, on acquiert en peu de temps une connaissance beaucoup plus étendue des lois de la nature , que celle que des siècles d'observations accidentelles pourraient donner. »

Cette assertion, tout au plus soutenable pour les sciences physiques et chimiques , ne nous semble pas admissible au point de vue de la pathologie; ce serait, en effet , donner à l'expérience , sans l'observation , un immense avantage qu'elle est , comme nous le verrons , bien loin de présenter.

« Méthode expérimentale, ce mot a fait fortune dans le nouveau vocabulaire, écrit Réveillé-Parise, Bull, de thér., t. 55 , p. 457 , et véritablement il le méritait. La méthode expérimentale , dit-on , est la base de la médecine. À entendre certaines personnes , la science médicale tend , avant tout , à être positive ; elle se détourne des hypothèses pour marcher droit aux applications; elle renonce à ce qu'elle ne peut expliquer , pour s'attacher à ce qu'elle peut connaître; elle ne s'appuie que sur le vrai , sur le réel, en un mot sur la méthode expérimentale : qui n'a pas lu et entendu répéter ces brillantes, ces flatteuses paroles? Quel beau langage, et combien il est encourageant ! malheureusement , il s'en faut que les effets répondent aux promesses. >>

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