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COLLECTION DES FAITS PATHOLOGIQUES

Il est certain que dans ces derniers temps on a fait abus de l'expérimentation, que l'on a beaucoup trop exalté sa puissance. Pour mieux comprendre la valeur et l'étendue des résultats qu'elle est susceptible d'offrir , il faut bien préciser la sphère positive de ses applications :

L'expérimentation médicale peut s'employer assez largement chez les animaux vivants, sains ou malades; mais n'oublions pas que ses résultats, appliqués à l'homme , ne doivent avoir qu'une valeur analogique.

Sur l'homme vivant, soit dans l'état normal, soit dans l'état morbide , elle est nécessairement très-bornée , puisqu'elle doit s'arrêter aux influences inoffensives de la chaleur, du froid, de la sécheresse, de l'humidité, du galvanisme, de l'électricité, de la lumière, de l'obscurité, des exercices moraux, intellectuels, gymnastiques, du repos, de la veille, du sommeil, des aliments, des médicaments dont nous connaissons déjà les propriétés distinctivcs ; à l'analyse du sang , de la lymphe , des produits sécrétés ; à leur examen microscopique, etc.; mais ici, combien les faits obtenus par ce procédé sont au-dessous , pour le nombre , la variété , l'importance, de ceux qui se trouvent spontanément produits dans l'organisme par les causes morbides qu'il recèle en lui-même, ou dont il est environné. Concluons que l'expérience n'a qu'une valeur inférieure à celle de l'observation, dans la collection des faits pathologiques ; mais qu'elle peut être utilement employée pour en vérifier , pour en contrôler même les résultats ; pour chercher et solliciter ceux qu'elle n'aurait pas encore obtenus; qu'enfin, l'observation restera toujours , en médecine , le principal moyen pour fonder positivement la science.

La lecture des auteurs. — Le livre de la science est, sans doute, moins instructif, surtout moins positif et moins vrai que celui de la nature ; cependant, les chapitres qui , dans le premier , se trouvent écrits par des praticiens judicieux, offrent le grand avantage de présenter un répertoire à consulter avec fruit; un indicateur , un guide pour conduire, plus sûrement lus débuts

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du médecin dans la voie difficile et périlleuse de l'observation. Nous ajouterons même que les paragraphes de ce livre, tracés par les cénéralisateurs, ne sont Pas sans enseignement et sans valeur pour le progrès. Nous avons , en effet, prouvé , dans l'examen des systèmes , que les plus défectueux n'avaient pas été sans importer , dans le domaine de la médecine , quelques vérités plus ou moins utiles à son avancement.

D'un autre côté , la vie est courte , l'art immense , l'occasion fugitive , l'expérience trompeuse , le jugement difficile , comme l'a dit Hippocrate avec tant de précision et de vérité : Ara longa, vita brevis, occasio prœceps, expcrientia fallax, judicium difficile; la capacité d'un seul homme ne pourrait donc jamais suffire à l'établissement de la science médicale sur des faits exclusivement puisés par lui dans les archives de la nature ; et dès lors il devient indispensable à tout esprit sage de ne point tenter une entreprise aussi considérable sans le concours des siècles passés et la collaboration de ses contemporains.

« Il faut nécessairement, dit La Peyronie, loc. cit., p. 46, recueillir les observations qui sont dispersées dans les ouvrages de nos prédécesseurs et de nos contemporains. Sans ce travail , le plus grand génie ne sera qu'un praticien peu éclairé et présomptueux ; car il entre dans l'exercice de l'art sans les connaissances qui sont renfermées dans ses écrits ; l'édifice qui a été élevé par les travaux de tant de siècles , sera l'édifice qu'il entreprendra témérairement d'élever. Or, l'esprit le plus vaste et le plus laborieux osera-t-il se flatter de pouvoir rassembler lui seul tous les matériaux qui doivent former cet ouvrage ? »

« Voilà, il faut bien le savoir, dit M. Max. Simon, Bull, de ihrr., t. 48 , /;. 75, le point précis où nous sommes aujourd'hui : derrière nous, tout un passé mal compris, dénaturé, inconnu, et dont il faut laborieusement recommencer l'étude; autour de nous, de grandes lumières dont il faut savoir nous servir pour nous guider dans les recherches de l'avenir, comme dans nos études plus fécondes encore du passé. Il est évident, pour qui voit ce qui se passe autour de lui, que la plupart des

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observateurs, à l'heure qu'il est, sont entraînés dans cette double

voie d'exploration.... A la manière donton marche aujourd'hui, on rencontrera les études historiques sur son chemin, on s'y livrera , et , nous le croyons, avec le plus grand profit pour la science. »

« Quels que soient le génie et l'activité d'un homme, dit Raige-Delorme , loc. cit., p. 208, il est rare qu'il puisse, même Bordes parties assez restreintes de la science, observer tous les faits particuliers qui seraient nécessaires pour les constituer en état de théorie complète. Tantôt les occasions de l'observation silices sujets , sont rares ; d'autres fois, des circonstances indépendantes de l'observateur l'ont empêché de recueillir tous les éléments des faits. Pour compléter l'expérience que l'on n'a pu acquérir, il faut donc recourir à l'expérience des siècles. »

En mettant a contribution ces précieuses archives de la science pathologique, il ne faut jamais s'écarter de cette probité scientifique toute particulière , qui ne permet point de s'approprier les conceptions des autres , et qui fait au contraire un devoir consciencieux de les reproduire au nom de leurs auteurs , lorsqu'on se trouve en position de les utiliser. Nous avons religieusement suivi ce précepte d'équité. C'est la principale raison du grand nombre de citations textuelles renfermées dans ce travail. Nous avons de plus rencontré, dans celte manière de procéder, l'immense avantage d'appuyer toutes nos assertions sur l'autorité des hommes les plus compétents ; de fournir à nos lecteurs le moyen de vérifier nos citations, afin de donner à notre œuvre toute la consistance et toute la vérité que pouvait seul lui promettre un aussi puissant concours.

Qu'il nous soit permis de constater ici , comme acquit de conscience et comme expression de gratitude, que nous avons été largement favorisé , dans ce travail d'édification , par les rationnelles et judicieuses tendances de la majorité de nos journaux de médecine , et tout spécialement du Bulletin général de thérapeutique médicale et chirurgicale, dont l'excellent esprit, dont les sages el lumineux principes ont exercé le plus salutaire empire sur le retour aux véritables doctrines.

C'est en méditant le livre de la science que l'on doit surtout user

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d'un grand discernement et d'une prudente circonspection. C'est alors surtout qu'il faut se garantir du prestige des noms célèbres ; qu'il faut procéder entre la crédulité naïve et le scepticisme absolu, pour ne pas légitimer cette sentence des médecins arabes : « Quicumque e.rperitur , auget scientiam; qui vero crédit, auget crrorem. »

Il est maintenant facile de comprendre pourquoi les cliniques ont toujours offert l'enseignement pathologique le plus substantiel, le plus vrai; la source naturelle de l'art médical, et le principal moyen d'assurer ses incontestables progrès. Là se trouvent en effet réunis, dans leur véritable foyer, l'observation, l'expérience, la parole du maître, qui remplace les livres avec avantage. Aussi les hôpitaux étaient déjà tenus avec soin sous les empereurs d'Orient; chez les Arabes, dans leurs établissements d'Espagne, parce qu'ils regardaient une vaste infirmerie comme le laboratoire nécessaire de la médecine pratique. Le vœu de Cabanis, qui désirait voir cet enseignement précieux s'organiser dans tous les hôpitaux ; celui de M. Réveillé-Parise , qui propose une association clinique entre tous les praticiens, sont donc l'expression d'un incontestable besoin pour la science et pour l'art.

Observation, expérience, lecture des auteurs, enseignement des maîtres, tels sont les principaux moyens à mettre en usage pour la collection des faits pathologiques ; mais il ne faut pas accorder à chacun d'eux , pris séparément , une trop aveugle confiance; ils pourraient en effet nous tromper : l'observation elle-même n'est pas toujours à l'abri de ce grave inconvénient.

« L'observation peut être imparfaite ou trompeuse, dit La Peyronie, loc. cit., p. 11 ; elle a été également la source de l'erreur et de la vérité ; des opinions entièrement opposées ont eu souvent, pour elles , le témoignage d'un nombre égal d'observations. »

En combinant l'usage de ces différents moyens , en les vérifiant, en les contrôlant les uns par les autres, avec intelligence et discernement, nous arriverons nécessairement à réunir, pour la constitution d'une doctrine médicale, des matériaux de la plus haute importance et de la plus grande valeur.

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