GÉNÉRALISATION DES FAITS PATHOLOGIQUES
La collection de ces faits ne serait d'aucune utilité pour la science et même pour l'art , si leur généralisation ne venait les féconder, leur faire porter des fruits, en obtenir ces principes, ces axiomes et ces lois qui dirigent avantageusement l'art après avoir constitué la science.
« Doit-on se contenter, dit Réveillé-Parise, Bull, de thérap., t. 50 , p. 8, de recueillir, de cataloguer seulement les observations particulières, comme on le fait presque toujours maintenant? Non sans doute ; ce serait renoncer à la science elle-même ; celle-ci ne se compose que d'inductions, de conséquences et de principes... Un fait recèle une ou plusieurs vérités; il faut les en extraire. Ces vérités se lient avec d'autres faits analogues; on doit les réunir jusqu'à produire des faits généraux qui, ajoutés à d'autres faits analogues , peuvent remonter à des faits principes plus généraux encore. C'est tout simplement la méthode baconienne , la seule féconde , que l'on vante beaucoup , comme à l'ordinaire , mais qu'en vérité on ne cherche guère à appliquer en médecine. »
Nous arrivons, ainsi qu'on le voit, au point capital de notre œuvre, à l'établissement des lois fondamentales de la science pathologique ; lois qui doivent, pour mériter confiance, offrir un caractère d'incontestable vérité. En effet, « un principe n'est point une abstraction, dit Quesnay; il n'est principe que parce qu'il est le résultat de l'expérience. » Toutefois, il ne faut pas exiger ici des équations
2G(> moyens d'établir une bonne doctrine.
et des calculs rigoureux; chaque science doit avoir sa manière de raisonner el de conclure; et, sans un défaut absolu d'intelligence, on ne confondra jamais, sous ce rapport, la médecine et les mathématiques.
« La méthode numérique, si vantée il y a quelques années, dit Réveillé-Parise , Bull, de thér., /. 50, p. 54 , ne met nullement à l'abri des déceptions ; il y a des chiffres menteurs, comme il y a des raisonneurs sophistiques. Jusqu'à présent les chiffres n'ont été que des nombres : le point essentiel serait d'en faire des principes. »
En face de l'immense collection des faits puisés dans la nature el dans la science, un esprit judicieux, avant de s'élever à leur généralisation , éprouve le besoin de les apprécier définitivement , de les mettre en ordre , et même d'en rejeter plusieurs. C'est précisément ainsi que procède le naturaliste dans ses excursions. Après s'être surchargé d'une grande quantité d'objets, il sent la nécessité d'en sacrifier un certain nombre afin de pouvoir continuer sa route ; il les soumet dès lors à l'examen, et se débarrasse de ceux qui n'offrent pas assez d'intérêt pour être conservés. Après avoir effectué cette opération préliminaire, il faut procéder à la généralisation des faits pathologiques dont on a constaté futilité. Deux méthodes principales doivent concourir à l'accomplissement de cet important résultat : l'analyse et la synthèse.
L'analyse, — analysis, àvaXïxnç; d'àva,de nouveau, et de Xuwje résous : résolution d'un tout dans ses parties. « L'analyse, dit Condillac, décompose les choses, et démêle tout ce que l'imagination y suppose sans fondement. »
« L'analyse , dit Nacquart, Dict. des se. méd., t. 2, p. 40 , est la méthode d'investigation et de raisonnement actuellement usitée dans toutes les branches des connaissances humaines, et à laquelle les sciences doivent leurs plus beaux résultats. Ennemie des axiomes , des principes généraux et des définitions , elle divise ce qui est conquis.'' pour en saisir les vrais éléments; puis, une fois en possession de ces matériaux premiers, elle se relève alors de ces données simples aux aggrégats les plus composés , el en