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GÉNÉRALISATION OES FAITS PATHOLOGIQUE

inconvénients; c'est en les contrôlant, en les vérifiant l'une par l'autre, que l'on peut fonder une science réelle, établir une bonne doctrine médicale.

« La raison , dit Kant, n'a été donnée à l'homme que pour former l'expérience ; et notre esprit, en voulant dépasser les limites des sensations, méconnaît ses droits ainsi que son pouvoir. »

Si Tonne doit pas, en effet, se renfermer trop exclusivement dans les limites absolues de l'observation et de l'analyse , il ne faut pas non plus se perdre dans les régions transcendantales delà synthèse et de l'intuition. Le premier de ces excès amènerait la stérilité des faits, le second leur submersion dans le vague des théories imaginaires. C'est au moyen terme de la vérité qu'il faut atteindre et qu'il faut s'arrêter ; c'est de ce point qu'il convient de formuler une généralisation expérimentale et rationnelle dont nous croyons avoir démontré la nécessité.

« Mépriser la théorie, disait Fontenelle, c'est avoir la prétention excessivement orgueilleuse d'agir sans savoir ce que l'on fait, et de parler sans savoir ce que l'on dit. »

« Je suis bien loin de blâmer une théorie raisonnable en médecine, écrivait Huxam ; je pense, au contraire, qu'elle doit être la base d'une saine pratique; mais il faut, pour cela, qu'elle soit fondée sur la nature. »

«L'esprit humain, dit Cabanis, loc. cit., p. 2, ne peut se passer, pour le rappel et l'emploi facile de ses connaissances, d'un lien qui les unisse et les coordonne, et fasse un tout complet de ces parties insignifiantes, tant qu'elles restent éparses. »

Non-seulement Cabanis reconnaît partout la nécessité d'une bonne doctrine médicale , mais il indique même les moyens de l'obtenir, lorsqu'il ajoute, loc. cit., p. %2o : « Rendre compte de l'ordre et de l'enchaînement des objets ; en exposer, en développer les motifs; montrer tous les rapports de ces objets ou des faits rangés dans le tableau ; tirer de ces rapports toutes les conséquences qui peuvent s'en déduire immédiatement, voilà ce que les meilleurs esprits ont fait dans quelques parties des connaissances humaines , et voilà ce qu'il reste à faire en médecine. »

-70 moyens d'établir une bonne doctrine.

En démontrant ainsi que pour constituer une doctrine et même une science médicale, il est indispensable de recueillir les faits pathologiques par l'observation, l'expérience, la lecture des auteurs , l'enseignement des maîtres ; de les généraliser par l'analyse , l'induction , la synthèse , le travail d'intuition , nous croyons être dans la voie qui conduit à la vérité ; nous croyons avoir équitablement jugé , par la fin de non-recevoir , l'interminable procès de l'empirisme et du dogmatisme absolus.

Au nombre des généralisateurs les plus remarquables, nous citerons particulièrement : Hippocrate, Àristote, Galien, Paracelse, Bacon , Van Helmont , Borelli , Sylvius de Le Boë , Stahl , Boerhaave, Haller, Barthez, Cullen, Brown, Bichat, Rasori, Broussais, etc.

De toutes les questions générales que nous avons à résoudre dans ce travail , celle de savoir qu'elle est la véritable base d'une doctrine médicale , est assurément la plus importante et la plus grave. Là se trouve, en effet, la pierre fondamentale de tout l'édifice que nous devons élever. Si cette base est large et vraie, cet édifice , prudemment érigé , présentera la consistance et la valeur que l'on a droit d'en attendre pour le présent et pour l'avenir. Dans l'hypothèse contraire, toute l'habileté de sa construction ne le garantirait pas d'une ruine plus ou moins prochaine. Nous avons la conscience intime d'arriver à la première de ces conditions ; et l'avantage , en nous engageant dans ce travail , de pouvoir dire avec Cabanis, loc. cit., p. 445 : « Ce n'est pas pour soutenir des préventions favorites, c'est pour chercher sincèrement la vérité, qui, devant toujours à la fin s'élever sur les débris de toutes les opinions humaines, est la seule autorité qu'il puisse être à jamais honorable de reconnaître et de défendre. »

N'est-il pas étrange de voir tous les généralisateurs chercher la base de leurs systèmes et de leurs doctrines , les uns dans l'économie universelle, dont les lois no peuvenl s'appliquer à

l'interprétation des phénomènes de la vie; les autres, dans l'économie mante, mais en admettant, ponreette base, L'une des abstractions

qui, sous les noms divers d'ivoppov, de nature, d'archée , d'Ame, de force vitale, de principe vital, de propriétés vitales, de force nerveuse, d'irritabilité, d'incitabililé, d'excitabilité, etc., sont bypothétiquement préposées à l'exercice des phénomènes vitaux.

Les premiers , comme nous l'avons démontré, sont dans l'erreur la plus complète , et jamais une doctrine pathologique réelle ne pourra s'établir sur une base aussi évidemment fausse. Que sont devenues toutes leurs théories, toutes leurs explications, sous le contrôle de l'expérience? En est-il resté une seule dans la science physiologique et médicale? Voyez celles de Crawfort, Lavoisier, Goodwin , Laplace, etc., sur la rénovation du sang dans l'acte de la respiration : est-il , en apparence, une théorie chimique plus séduisante? Ici, la quantité d'oxygène absorbé se trouve exactement en rapport avec la proportion d'acide carbonique /initiait , etc. Et cependant les expériences les plus positives, avec l'autorité de Fontana, Spallanzani, Chaussier, Nysten, Dumas, Beddoïs, Bichat, Coutanceau, etc., sont venues complètement la ruiner, pour y substituer une explication de saine physiologie. Que pensent aujourd'hui les meilleurs observateurs de ces indications de la chimiatrie, d'après lesquelles on prescrit des alcalis pour neutraliser des acides, ou des acides pour saturer des alcalis, etc., comme un pourrait le faire dans un matras ou dans uni' cornue ? Heureusement, pour les malades , que si le nom reste encore dans le langage médical vulgaire , la chose , au moins, se trouve entièrement bannie de la thérapeutique rationnelle et sérieuse.

Les seconds ont fait la double faute de choisir pour base de leurs doctrines, soit l'âme, soil nue hypothèse physiologique dont ils ont ensuite admis l'existence comme entité protectrice de l'organisme vivant.

Les uns et les autres ne pouvaient pas édifier, sur des fondements aussi précaires, une doctrine médicale positive et durable. Toutefois, ces dernières, en ne sortant pas du domaine delà

vie, se trouvaient, du moins en partie, sur le chemin de la vérité.

Peu satisfaits de ces premiers essais , les bons esprits de notre époque ont fait des efforts pour mettre sur la voie d'une meilleure généralisation.

« De simples spéculations , dit La Peyronie, loc. cit. , p. 24 , et des connaissances puisées dans l'expérience , ont été confondues également sous le nom de théorie ; j'appelle simples spéculations ces fictions de l'imagination, ces idées qui ne sont point tirées du fond des choses; ces principes fondés sur des possibilités et sur des vraisemblances ; ces conséquences qu'on en déduit si légèrement et avec tant d'assurance. De telles spéculations ne peuvent pas fonder la théorie de l'art de guérir; elles ne pourraient produire que des opinions incertaines , que la nature dément presque toujours , et que le temps et la raison effacent bientôt de la mémoire des hommes. »

« Tous les phénomènes de l'économie animale , ajoute Raige- Delorme, loc. cit. ,p.%00, de quelque ordre qu'ils soient, qu'ils appartiennent à l'état normal ou à l'état morbide , qu'ils soient provoqués par des influences naturelles ou par des causes artificielles, ont un mécanisme commun , sont soumis aux mêmes lois et aux mômes principes. La connaissance de ces principes, de ces lois, de ce mécanisme , serait nécessaire pour établir une véritable théorie dans la science de l'organisme, comme les lois de l'attraction ont fondé la théorie de notre système planétaire. Constituée ainsi, la science fournirait à l'art médical des données positives d'où se déduiraient avec sûreté la cause des maladies, tous les phénomènes dont elles doivent être suivies , et les moyens prophylactiques et curatifs qui peuvent les prévenir et les combattre. »

« Après quelques généralités vagues et sans valeur, dit le rédacteur du Bull, de thérap., t. 48, p. 352, et qui pourraient souvent, sans se compromettre, s'inscrire au frontispice de tout livre qui traiterait de tout , moins la vie , au lieu de physiologie on fait de l'organologie ; c'est-à-dire qu'on ne considère la vie que .dans ses relations isolées avec telle ou telle partie, tel ou tel tissu,

BASE POSITIVE D'i \E DOCTRINE MÉDICALE. iTii

telle ou telle région; quant à ta vie d'ensemble, quant à la force

générale qui rallie toutes ces activités partielles en une unité , sans laquelle rien ne se comprend , parce que rien ne s'explique en physiologie, en pathologie , comme en thérapeutique, il n'en est le plus souvent nullement question, ou du moins, si l'on en parle, on ne le l'ait tout juste que pour montrer qu'on ne sait pas même poser la question. »

Sous le titre de : «Synthèse pathologico-thérapeutique , ou Pratique médicale expliquée par les mouvements physiologiques médicateurs naturels oit provoqués , » M. Dauvergne présente ainsi , Bull, de thérap. , t. 40 , p. 551 et 455 , quelques aperçus relatifs à l'établissement d'une doctrine médicale physiologique :

« Plus j'avance dans la pratique , plus je me persuade que la maladie n'est autre chose qu'une aberration dans les phénomènes de la vie, pour laquelle les causes déterminantes ne peuvent être prises en considération , qu'autant que ces causes auraient primitivement résidé dans les conditions de l'économie , et auraient engendré, par des réactions physiologiques désordonnées, ce dernier terme morbide dont il s'agit. Mais lorsqu'il est question de causes déterminantes extérieures , comme ces causes peuvent agir sur un organe et porter la conséquence pathologique sur un autre, elies ne sont à considérer qu'autant que le résultat ne serait pas encore produit, et qu'on serait encore à temps d'arrêter la tendance

pathologique Nos remèdes n'agissent donc pas sur la cause

du mal , même sur le mal lui-même , ils agissent sur les opérations intimes et profondes de la vie ; et c'est des actions et des réactions qu'ils déterminent, en finale, dans le mouvement moléculaire des fluides <it des tissus, que ressortent leurs effets thérapeutiques, et

par suite la guérison La vie est une collection de phénomènes

qui se succèdent dans les corps organisés , d'où nous pouvons déjà conclure que l'harmonie de ces phénomènes, c'est la santé, et la perturbation ou l'aberration de quelques-uns d'entre eux, c'est la maladie Le but de toute notre machine organique est : /" d'entretenir la sensibilité; 3° d'entretenir la composition et la décomposition de nos tissus, ce qui constitue la nutrition. »

î~i\ MOYENS D'éTABLIB I NK BONNE DOCTRINE.

L'auteur admet « que ces deux buts de nus élaborations organiques, sont les deux pôles de la vie ; que les maladies viennent toutes se ranger dans deux grandes classes tracées par ces deux buts de la vie, la sensibilité et la nutrition : maladies nerveuses et organiques; que les maladies incurables et vraiment chirurgicales ne peuvent pas trouver place ici.

Comprenant bien les objections sérieuses que Ton pourrait faire à ses principes , aux conséquences qu'il en infère , il cherche à les prévenir, en ajoutant :

« La nouvelle doctrine que je mets au jour, n'est toutefois pas un système, si on la compare avec ceux qui ont successivement régné jusqu'ici ; car chacun de ces systèmes s'égarait dans une théorie absolue. Ma doctrine n'invoque qu'un dogmatisme raisonné, complexe, qui peut s'incorporer tout ce qui est fait et observation, quoiqu'elle tende à une unité de vue , comme tout ce qui émane de la nature. »

?Sous eussions pu nous dispenser d'entrer dans ces détails , puisque M. Dauvergne n'a pas atteint la constitution d'une doctrine médicale , mais seulement, comme il le dit lui-même, loc. lit. , />. 455 , « que dans ce travail rapide il n'a pu qu'effleurer de si vastes questions. » Toutefois, comme dans ses aperçus, au milieu d'erreurs capitales, il se trouve quelques vérités physiologiques , nous avons voulu les reproduire textuellement , afin de laisser consciencieusement à chacun la part qui doit lui revenir dans la solution du problème que nous étudions.

Après avoir présenté dans leur jour le plus favorable, toutes les généralisations pathologiques importées jusqu'ici dans le domaine de la science ; toutes les idées qui pouvaient conduire à rétablissement d'une bonne doctrine médicale ; après avoir démontré que la base n'en devait pas être cherchée en dehors de la physiologie; que dans celle-ci les abstractions hypothétiques auxquelles on attribue le jeu de l'organisme ne pouvaient offrir cette base, nous arrivons nécessairement à nous demander : Oh no verons cette même base.' La réponse à cette grave question est si simple, si naturelle, que mus ne comprenons pas qu'elle n'ait

BASE P08ITIYE D'UNI DOCTRINE MÉDICALE. '21't

point été faite beaucoup plus tôt : Une bonne doctrine médicale doit éire fondée sur un fait assez large, assez capital pour dominer tout l'ensemble des actions normales et des altérations fOtkologiqvet de l'économie vivante : sir LA vie.

Eu constituant le système du monde, Newton ne considéra pas la gravitation comme une entité qu'il fallait connaître dans sa nature; il la prit comme un fait évident par ses résultats, et sur lequel vinrent se grouper toutes les lois de cette admirable généralisation.

A L'exemple de Newton, nous prendrons la vie comme le fait le plus général et le plus complexe de l'économie vivante, comme celui dans lequel rentrent tous les faits particuliers, soit à l'état normal, soit à l'état morbide; et, sur ce fait, nous établirons largeluciit et solidement la doctrine médicale, comme sur la véritable et la seule base positive qu'on puisse lui donner. Toutefois, nous voulons ici, non de simples assertions, mais bien des démonstrations évidentes ; nous arriverons dès lors au cœur de la question , nous préciserons les caractères de la vie, et nous prouverons qu'elle doit être exclusivement la pierre fondamentale de la science et de l.i doctrine pathologiques.

La vie, — vita, s ftfc*, offrit, dans tous les temps, un objet de méditation pour les poètes, les philosophes, les naturalistes , les médecins ; et cependant elle fut presque toujours assez généralement peu comprise et mal définie. Citons quelques exemples à l'appui de cette assertion:

Kant : « Principe intérieur d'action, de changement et de mouvement. »

Schmidt : « Activité de la matière dirigée par les lois de l'organisation. »

Bichat : « Ensemble des fondions qui résistent à la mort. »

Gutier : « Faculté qu'ont certains corps de durer pendant un temps, et sous une forme déterminée, en attirant sans cesse, dans leur substance, une partie des substances environnantes, et en rendant aux éléments une partie de leur propre substance. »

Bédard : « L'organisation en action. »

De Blainville : « Un corps vivant est un foyer où il y a, à tous moments, apport de molécules nouvelles et départ des anciennes; où la combinaison n'est jamais fixe , mais toujours in nisu d'un mouvement continuel plus ou moins lent, quelquefois avec chaleur. » Àdelon : « Mode d'activité, d'existence, dans lequel on commence par une naissance , on croît par intus-susception, on finit par une mort. »

Plusieurs écrivains modernes : « Résultat de l'influence d'une émanation divine répandue sur tous les êtres de la nature, en proportions variables, depuis le minéral élémentaire jusqu'à l'homme; manifestée par l'exercice des propriétés physiques, chimiques et vitales : Mens agitans molem. » Dutrochet : « Résultat de l'endosmose et de ï 'exosmose. » Bachoué : « Actions chimiques produisant un développement d'électricité. »

Fourcault : « Succession des phénomènes physico-chimiques dont la variété, la durée, l'intensité sont en rapport avec le développement de l'organisation, l'activité des causes physiques de ces phénomènes , ou l'action des fluides impondérables. »

Rouzé, dans un style à part : « Les conditions indispensables de l'existence sont dans la juste plénitude des origines premières ; leur balancement dans une cause motrice intérieure; leur fait absolu, rejetant toute espèce de prépondérance externe, etc. »

Aucune de ces définitions ne résout la question ; et si nous avons cité les cinq dernières , c'est seulement dans l'intention de prouver à quelles étranges conceptions l'imagination s'expose lorsqu'elle veut témérairement déchirer le voile des mystères impénétrables à la raison humaine.

Ici vient naturellement se placer la judicieuse réflexion de M. Réveillé-Parise , Bulletin de thér., t. 59, p. 5 : « Que voiton dans ce concert synergique qui constitue l'organisme? Des éléments divers qui, étroitement unis entr'eux, forment un tout où le nombre disparaît dans l'unité; une multitude de fonctions qui, ayant leur sphère particulière d'action, n'aboutissent pas moins, dans leur ensemble, à ce point suprême qu'on appelle vie,

au physique; et le moi , au moral. Pourquoi notre science, qui est la connaissance elle-même de l'homme , se traîne-t-elle sans cesse dans une analyse qui ne finit rien, ne conclut rien, ou qui se perd dans le vide et le vague ? C'est toujours un sujet d'étonnement pour les hommes qui réfléchissent. »

Sans chercher à comprendre l'impénétrable nature de ce mode particulier d'existence , placés en face de l'organisme, demandons à l'expérience, à l'observation : Qu'est-ce que la vie? L'observation et l'expérience nous répondront : La vie est le fait le plus général et le plus complexe de l'économie organique , puisqu'il résume tous les autres, puisqu'il en est le principe et la fin.

Cette définition est tellement vraie, les lois qu'elle doit nous servir à fonder seront tellement en rapport avec celles de l'organisation , que l'examen de tout ce qui s'opère dans la chaîne des êtres animés, viendra la soutenir et la confirmer.

Remontez, en effet, des économies organiques les plus simples aux plus composées ; ou , ce qui d'après Keilmeyer est exactement la même chose , de l'état rudimentaire de l'homme à son entier développement, en passant par les états : amorphe, globulaire, fibreux, lamellaire et vésiculeux; vous verrez le fait général vie, d'abord très-simple, se compliquer de plus en plus par l'addition de nouveaux faits particuliers, et toujours dans la mesure des progrès de l'organisation et du nombre des instruments de l'économie organique. Descendez, au contraire, du degré le plus rlcvé au degré le plus bas de cette échelle anatomique , vous verrez les faits particuliers diminuer dans la même proportion , et le fait général se trouver enfin réduit à peu près à lui-même.

Dans tous les points de ces diverses transitions, le fuit vie se manifeste constamment avec les caractères de fait capital, essentiel, indispensable; et, ce qu'il est surtout bien important de noter ici : avec une indépendance positive des lois de la matière inerte, pour tout ce qui constitue les phénomènes vitaux.

« De même, dit M. R. D. , Dict. des se. méd„ t. 2ù, p. 443 %

que pour étudier la digestion ou toute autre fonction, il faut

jembler les actions partielles qui la composent, de même aussi,

278 moyens d'établir um<; bonne doctrine.

pour connaître cet ensemble complexe que l'on nomme la vie , il est besoin de comprendre tous les phénomènes qui y entrent comme éléments. La vie ne consiste point dans le jeu parfait de quelques fonctions , même les plus importantes , elle est dans l'agencement harmonique de tous les rouages divers.... Ce quelque chose que, dans notre ignorance et faute d'un meilleur mot, nous nommons vital, domine les lois physiques et chimiques, n'est pas en lutte avec elles , comme le disait métaphoriquement Bichat.... La vie est l'ensemble, la réunion des actes vitaux ; c'est le résultat des propriétés vitales, c'est-à-dire la matière organisée en action , etc. »

« La vie, ajoute Littré, Dict. de méd., t. 48, p. 575 , consiste dans la combinaison d'un corps organisé et d'une force; combinaison telle, que le corps organisé ressent ce qui agit sur la force , et la force ressent ce qui agit sur le corps organisé , c'est-à-dire

qu'ils forment une parfaite unité La vie est quelque chose de

positif, de réel, de primordial, qui ne peut-être expliqué par aucune hypothèse ; c'est un fait primitif qui sert de base et d'explication aux autres. On ne doit pas supposer que la vie soit quelque

chose d'indépendant des corps la vie est un fanal aussi bien

de la physiologie que de la pathologie ; c'est un but auquel tout

doit être rapporté dès qu'il préside à la science On voit

toutes les maladies remonter vers leur point central, vers la vie. »

Ces considérations sur la manière d'envisager la vie , sont , pour M. R. D., de 1840; pour Littré, de 1838. Nous ferons observer que nous les avons toutes publiquement professées depuis 1816, à l'Ecole Pratique de Paris, et publiées, à peu près textuellement, en 1833, Phys. méd. et philos. , chapitres économie vivante , t. 4er ; histoire de la vie, t. 4. Nous faisons cette remarque , non comme une réclamation , mais seulement pour prendre rang , et comme simples dates à constater.

Ce fait général vie, cet état spécial, ce mode particulier d'existence , ainsi que nous pouvons indifféremment le nommer, offre des lois qui lui sont propres; ses actes se produisent dans un ordre, avec une harmonie qui n'appartiennent qu'à lui. Les corps

lises peuvent seuls on présenter la manifestation; l'ensemble de ces corps, de cet ordre, de cette harmonie, de rns lois, constitue l'économie vivante; comme la gravitation, ses lois, tous les corps, l'ordre, l'harmonie qui se maintient entr'eux, forment l'économie universelle.

En conséquence, dans l'économie universelle, ou macrocosme , existe l'économie animale, ou microcosme. Cepetitmonde, au milieu il ii grand monde , se régit à sa manière ; les lois de la gravitation et des affinités chimiques y sont contre-balancées et même temporairement suspendues par les lois de la vie ; ainsi la vie est à l'économie organique ce que la gravitation est à l'économie universelle. Tous les corps peuvent graviter, les corps organisés seuls possèdent I" fa cul té de vivre.

Nous insistons sur cette dernière loi pour éviter à certains écrivains le soin , très-inutile , de chercher encore sérieusement à prouver : « qu'il y a, môme chez l'homme , des effets de chaleur, d'élasticité , de pesanteur, etc. » La combustion de l'homme soumis à l'action d'un foyer brûlant ; sa congélation sous l'influence d'un froid liès-vif; sa gravitation lorsqu'il est précipité d'un lieu plus ou moins élevé, etc., sont des résultais qui , depuis longtemps, n'ont plus, eu effet , besoin d'une telle démonstration.

Voici , du reste , ce que les vrais physiologistes ont dit et ce qu'ils répètenl aujourd'hui , sans être toujours bien compris :

« Dans ce laboratoire que nous avons nommé l'économie virante, s'effectuent des combinaisons étrangères aux lois de la chimie. On y voit se former des produits que l'art de Lavoisier , de Vauquelin est pour jamais incapable d'effectuer. En un mot, les lois et les procédés habituels do l'économie organique, diffèrent essentiellement des procédés et des lois de l'économie universelle.»

Dans l'état normal , — aux différentes phases do la durée temporaire de l'économie organique, le balancement des lois vitales pi des lois physiques offre des proportions différentes, mais réglées par l'arrangemenl primordial ^'< choses : I" tant que l'organisme est en progrès d'accroissement, il se manifeste, comme on l'a dit, //// excès de vie dans l'accomplissement de tous les phénomènes

physiologiques dont l'exercice est à peine balancé par la tendance active et permanente des phénomènes physiques et chimiques. %° Aussitôt que l'organisme est arrivé à son entier développement, la vie devient moins tumultueuse , mieux équilibrée par ces tendances chimiques et physiques. 3° Pendant la dégradation essentielle de l'organisme, les phénomènes vitaux offrent une diminution progressive de leur empire sur les tendances physiques et chimiques, dont les effets se manifestent surtout dans les points éloignés des centres physiologiques. 4° Enfin , il arrive un terme où ces tendances passent insensiblement, dans toute l'économie organique, à l'état de phénomène, par un envahissement destructif; et lorsque l'empire des lois physiques et chimiques est arrivé à dominer partout les dernières tendances vitales, le mode d'existence propre aux corps organisés, disparaît ; cette économie spéciale rentre dans les conditions de l'économie universelle; aussitôt, la gravitation, les affinités chimiques , s'exerçant dès lors sans obstacles , entraînent plus ou moins rapidement cet organisme dans une entière décomposition. Ces faits n'expliquent-ils pas la mort naturelle ?

Dans l'état pathologique , — nous retrouvons les mêmes principes et les mêmes applications , tant cette doctrine est la conséquence des faits. Dans ces effrayantes maladies, telles que la peste , le choléra , le typhus , etc. , où l'organisme paraît comme foudroyé par une pernicieuse influence , ne voyons-nous pas l'économie vivante , même pendant ses plus brillantes périodes , présenter les caractères alarmants que nous venons de constater dans la décrépitude et la caducité naturelles? Cette habitude , cette odeur cadavéreuses, ces décompositions locales plus ou moins étendues, etc. , ne viennent-elles pas signaler un imminent danger, en indiquant la domination progressive des tendances physiques et chimiques sur les phénomènes vitaux? N'est-ce pas en conséquence de ces faits que les anciens observateurs donnaient , à plusieurs de ces altérations, les noms de maladies malignes, pernicieuses , putrides, etc. ?

L'observation la plus positive nous autorise donc à poser celle lui générale si féconde en résultats : Pendant toute la durée de la

vie, le microcosme est régi par ses lois propres; de telle sorte que l'influence vitale est un obstacle incessante l'influence des affinités chimiques du macrocosme.

Nous pourrions maintenant chercher à pénétrer l'origine de la vie ; nous demander s'il faut la placer, comme le disent Oken et Walter,dans ces corpuscules qu'ils font venir du sang, sous le nom de biosphères: trouver, avec Wiegmann, le premier degré de l'animation dans la matière verte produite par l'influence combinée de l'humidité , de la chaleur et de l'électricité ; vouloir découvrir comment la vie reste latente dans une graine, pendant plusieurs années , pour se manifester ensuite aussitôt que cette graine est soumise à ces mêmes influences; comment l'action vitale a pu, d'après les expériences de Spallanzani , se manifester onze fois dans le rotifère après autant de dessiccations; suivre le développement de l'existence physiologique, dans la série des végétaux et des animaux, pour arriver jusqu'à l'homme ; constater que cette existence est nécessairement temporaire dans les individus; mais que , dans les espèces , la propagation la rend impérissable , etc. ; toutes ces considérations , d'un haut intérêt sans doute , ne rentreraient point assez directement dans notre sujet. Nous nous bornerons au rappel de cette loi que nous avons établie dans un autre ouvrage : Plus l'organisation, plus la vie sont compliquées dans leurs dispositions et dans leurs modes , plus les altérations a a maladies sont fréquentes, nombreuses , diversifiées; plus la mort accidentelle est à craindre.

Ajoutons actuellement que les organismes vivants offrent une dernière faculté qui leur est propre et dont l'existence est, chez eux, le caractère fondamental de la vie : c'est de présenter une température indépendante de celle des milieux ambiants. Mais, avec toutes ces qualités spéciales, aucun d'eux ne saurait vivre longtemps dans un isolement complet : l'air, l'eau, la chaleur, la lumière, l'électricité, les éléments d'accroissement et de réparation, que par une autre faculté particulière ils peuvent assimiler à leur propre substance, offrent pour eux autant de nécessités dont le nombre el la diversité varient suivant la place qu'ils occupent

2H2. moyens d'établir lwe bonne doctrine.

dans l'échelle des êtres organisés. On conçoit par avance toutes les modifications physiologiques et pathologiques dont ces indispensables agents peuvent devenir la cause dans l'économie vivante; et combien l'histoire des maladies empruntera de lumière à cette manière d'envisager la production d'un grand nombre d'entr'elles.

En résumé : la vie est le mode particulier d'existence des corps organisés; la raison fondamentale du maintien de leurs éléments dans les rapports qui constituent ces corps.

Prenant cette vie comme le fait commun à toutes les économies organiques, nous avons actuellement l'assurance d'avoir choisi la vraie , la seule base positive sur laquelle on puisse établir une doctrine médicale assez vaste pour embrasser tous les faits pathologiques acquis à la science et tous ceux dont elle peut ultérieurement s'enrichir.

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