IV. TITRE ET PRINCIPES DE LA DOCTRINE QUE NOUS PROPOSONS
Comme l'a dit Jean Muller : « Dans l'organisme, c'est l'unité du tout qui plane au-dessus de la multiplicité des membres , et qui la domine. »
En rendant celte pensée plus précise encore , nous ajouterons : dans l'économie organique , c'est la vie qui plane au-dessus de toutes les fonctions, et qui les domine. Ou, si l'on veut enfin, pour éviter toute interprétation d'ontologie : c'est le fait général vie qui renferme tous les faits particuliers : phénomènes et fonctions.
La vie , à l'état normal , est directement appréciable par nos sens dans les organismes supérieurs ; par nos sens , au moyen de l'expérience, dans les germes, dans les êtres rudimentaires; dans les organismes supérieurs à l'état anormal, ainsi qu'on le voit dans certaines maladies , telles que la catalepsie, la léthargie, etc.
Nous établissons comme axiome démontré depuis longtemps par l'expérience et l'observation : qu'il ne peut exister ni état ni acte maladif là où ne se rencontrent ni état ni acte vital; et cet axiome nous paraît lu dernière et la meilleure preuve pour
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établir que la vie , comme fait évident el général, est la seule ! convenable sur laquelle on puisse fonder la véritable doctrine médicale.
En conséquence, nous donnons à celle, que nous proposons le titre de doctrine Biologique : de pfoç, vie, et de xôyoç , traité. Doctrine des maladies envisagées au point de vue de la vie.
On ne dira pas, sans doute, en rapprochant de ce titre celui de Doctrine physiologique admis par Broussais , que nous n'avons fait que changer un mot : en remplaçant ^«ç, force, nature , par Bfoç, vie. Ce serait en effet prouver que l'on ne comprend pas la valeur des termes, puisqu'il existe ici toute la différence d'une hypothèse au fait le plus positif ; d'un mode d'existence évident ii l'abstraction imaginaire par laquelle on cherche à l'expliquer ; d'une base large, sérieuse, impérissable, à une base exiguë, futile et précaire. Tout ce que nous avons établi jusqu'ici , tout ce que nous [liions encore ajouter, prouvera, nous l'espérons, que la différence n'est pas seulement dans le mot , mais bien plus essentiellement dans la chose.
Le fait rie est donc évidemment le point rouirai où nous devons dous arrêter : au-dessus, nous irions, avec tant d'autres , nous égarer dans les suppositions, dans les vaines théories, dans les entités : nature, arrive, dîne, principe vital, forces ritafes . propriétés vitales, irritabilité, excitabilité, etc.; au-dessous, nous tomberions dans les applications erronées des lois physiques et chimiques à l'explication des phénomènes vitaux.
Dans l'économie de l'homme, qui seule va maintenant fixer notre attention, nous rencontrerons, comme dans toutes les autres économies vivantes, des conditions d'existence qui, chez lui, sont les plus nombreuses de toutes et peuvent cependant être réduites ï quatre classes principales; ainsi, conditions : 49 physiques , 2° chimiques, 3" ritales, 4° psychologiques.
1° LES CONDITIOH8 PHY8IQUB8 — se manifestent dans la partie
matérielle solide qui forme la base fixe des lissus, des organes,
des appareils de l'économie vivante. Dans l'état normal , toutes ces parties sont disposées de la manière la plus favorable à l'exercice libre, facile, complet de leurs phénomènes, des fonctions auxquelles elles prêtent leur concours; à Tordre, à l'harmonie qui doivent exister dans l'ensemble de ces phénomènes et de ces fonctions.
L'état anormal de ces conditions peut être originaire ou bien accidentel; affecter la partie en elle-même , ou consister dans un défaut d'équilibre avec les autres parties de l'organisme, etc. De là, comme nous le verrons , une première classe de maladies , sous le titre de lésions des conditions physiques. Applications en partie admissibles pour les humeurs.
2" Les conditions chimiques — se trouvent naturellement dans la qualité , la proportion relative des principes matériels constituants des humeurs de l'économie vivante. Dans l'état normal, ces humeurs sont composées le plus avantageusement pour les résultats auxquels elles sont destinées. Conditions analogues dans les solides.
L'état anormal de ces conditions peut être également originaire ou bien accidentel; affecter la quantité, la qualité, le défaut de rapport des éléments de ces humeurs, etc.; delà, comme nous le ferons observer , une seconde classe de maladies sous le nom de lésions des conditions chimiques.
3° Les conditions vitales — se révèlent dans ce mode particulier d'existence active que l'on nomme la vie, et qui résulte, pour l'état normal, du développement libre, facile et complet, des phénomènes et des fonctions de l'organisme ; de l'ordre et de l'harmonie qui doivent exister dans l'ensemble de ces phénomènes et de ces fonctions.
L'état anormal de ces conditions peut être originaire ou accidentel ; affecter un phénomène , une fonction , l'économie vivante entière, l'ordre, l'harmonie qui doivent exister dans cette économie, etc.; de là, comme nous le remarquerons , une troisième