TITRE ET PRINCIPES DE CELLE QUE NOUS PROPOSONS
classe de maladies, sous la dénomination de lésions des conditions vitales.
ï" Les conditions psychologiques — se traduisent par des phénomènes d'un ordre particulier, auquel on donne le nom d'ordre moral. Ces phénomènes eux-mêmes se distinguent en deux classes : affectifs, intellectuels.
Les phénomènes affectifs , dans lesquels rentrent les passions , sont plus rapprochés des phénomènes vitaux; ils semblent en effet destinés à marquer la transition de ces derniers aux phénomènes moraux. On les voit, d'un côté, sous le nom d'appétits, préposés à la sollicitation des fonctions organiques , avec d'autant plus d'empire que ces fonctions sont plus importantes; à la conserva lion de l'individu, à la propagation de l'espèce ; de l'autre, sous le litre de passions, s'élever jusqu'à l'intelligence pour en développer ou pour en féconder les impulsions.
Les phénomènes intellectuels , bien que liés à l'influence du cerveau, supposent, dans l'économie de l'homme, l'existence d'un être immatériel que l'on désigne sous le nom d'âme. Descartes a dit : « Je pense, donc j'existe. » Nous ajouterons : Je pense, donc je possède une âme. Sans nous étendre longuement pour savoir quel rôle joue l'âme dans l'organisme humain , au point de vue de la vie; sans vouloir déterminer avec Aristote et Stahl si elle est informante , construisant et conservant nos corps; avec Platon et Leibnitz, si elle est seulement assistante, voyant ce qui se passe au même point de vue sans y prendre directement part, nous dirons que les actes vitaux s'effectuent sans la participation active de l'âme intellectuelle comme nous la comprenons, mais qu'elle peut exercer une influence considérable sur la marche et même sur les anomalies de ces fonctions.
Dans l'état normal, ces conditions offrent les dispositions les plus favorables au développement régulier des passions , à l'exercice convenable des phénomènes intellectuels.
L'état anormal de ces conditions peut être originaire ou bien accidentel; porter plus particulièrement sur les facultés affectives
2iS(i moyens d'établir une bonne doctrine.
ou sur les facultés intellectuelles; sur leur développement, leurs qualités , leurs proportions respectives, etc. ; de là, comme nous le dirons, une quatrième classe de maladies sous le nom de lésions drs conditions psychologiffucs.
Telle est cette économie vivante chez l'homme ; telles sont les quatre principales classes de conditions indispensables à sa vie complète et normale ; tel est cet organisme dont nous allons actuellement étudier les altérations pathologiques effectuées tantôt par ses propres impulsions, tantôt par ses indispensables et nombreux rapports avec l'économie universelle.
Il est maintenant facile de comprendre que l'établissement d'une doctrine médicale complète exige, autant qu'il est possible de L'acquérir : la connaissance de la texture des organes, des éléments constitutifs , des formes moléculaires , des tissus vivants ; de la composition , des qualités des fluides propres à l'économie organique ; de l'action intime des organes, du mécanisme des fonctions ; des influences de rame sur cet ensemble ; des causes qui peuvent altérer les conditions de l'économie vivante; de leur manière d'agir; des altérations humorales; des lésions organiques dans leur génération, leurs transformations successives, leurs rapports avec l'action des causes qui les ont déterminées ; de la nature et du mode d'influence des agents thérapeutiques ; des modifications successives de l'organisme dans les transitions de l'état pathologique à l'état normal , etc.
La doctrine biologique possédant une base vraie, large, féconde, sur laquelle viendront naturellement se grouper tous les faits pathologiques actuels et futurs, nous devons établir le doute philosophique de Descartes et de Bacon sur toutes les généralisations de ces faits; ne les effectuer et ne les admettre qu'après le contrôle de l'observation , de l'expérience et du raisonnement. De cette manière, au lieu d'improviser les principes de la science médicale , nous en aurons prouvé les vérités fondamentales ; et lorsque nous arriverons à l'exposition sommaire de notre doctrine, ses dogmes ne seront plus des assertions contestables , mais des axiomes rigoureusement démontrée.
riTRE Kl PRIRCIPES DE CELLE QUE SOUS PROPOSONS. 287
La maladie, — morbWi v<fooç; et, d'après Noël, Dict. latinogaîlic. : :jLOioç Bfeu, lésion de la vie, fut bien diversement considérée par 1rs médecins. Mais , au milieu d'un grand nombre de définitions différentes, ainsi que le fait observer Littré, Dict. de
méd., t. IS , p. 508, « dans presque toutes les langues, le terme par lequel se traduit le mot maladie, exprime l'idée d'une action nuisible, qui cause du mal. »
Hippocrate regarde la maladie, tantôt comme : « un trouble dans le juste mélange des humeurs et des qualités qui existent dans les corps; tantôt comme un désordre des puissances actives, etc. Plus ordinairement encore, comme un ensemble de phénomènes anormaux offrant cependant une marche assez régulière pour tendre vers une fin probable, un jugement , avec des périodes de préparation, d'invasion, d'augmentation, de décroissement, de terminaison; avec des phases caractérisées par les termes: crudité, coction, crises, dont on peut prévenir la manifestation et favoriser le développement.
Thcmison et les méthodismes , comme « une modification anormale de la fibre, qui se trouve tantôt plus tendue, tantôt plus relâchée que dans l'état moyen qui constitue la santé. »
Galien, comme « une altération de la quantité, de la qualité des humeurs cardinales : sang, lymphe, bile, atrabile ; de leurs proportions mutuelles et de leurs rapports avec les solides. »
Athénée, comme « un désordre dans le mouvement de l'air intérieur, circulant dans les vaisseaux de l'organisme sous le nom
de rvcliuia. »
Sylvius de Le Boë , comme « un excès ou des acides ou des alcalis qui ne sont plus à l'état de saturation qui constitue la santé. »
Borelli , comme « l'altération du consensus dynamique des différentes parties de l'organisme. »
Van Helmont, comme « les anomalies d'action de l'archée ; uin— cipale et de ses rapports ave< . »
Stahl, comme «desdésordres qui surviennentdanslesmouYements
et les actes vitaux effectués sous l'influence essentielle de l'âme. »
Gaubius, comme « des altérations mécaniques et chimiques de la matière organique , produites par des vices de la force vitale. »
Cullen, comme « des altérations de la force nerveuse. »
Brown, comme « un excès et bien plus souvent un défaut d'incitabilité. »
Rasori, comme « des diathèses sthéniques ou asthèniques. »
Pinel, comme « un tout indivisible depuis son début jusqu'à sa terminaison; un ensemble régulier de symptômes caractéristiques, et une succession de périodes avec une tendance de la nature le plus souvent favorable et quelquefois funeste. »
Baumes, comme « un excès ou un défaut de calorique, d'oxygène , d'hydrogène , de carbone , d'azote et de phosphore dans l'économie vivante. »
Winzelmann , comme « un désordre dans l'antagonisme des systèmes nerveux , sanguin et lymphatique. »
Broussais , comme «des irritations et abirritations, des inflammations et subinflammations. »
Hahnemann , comme « un état dynamique anormal , que l'on fait disparaître en produisant par les semblables un état dynamique artificiel. »
Chamberet : « La maladie consiste dans le déplacement permanent de nos parties , dans la lésion notable de leur tissu , ou bien dans le désordre ou l'embarras remarquable et persévérant de nos fonctions. »
Hufeland : « La maladie, chez l'homme , est toute déviation de l'être humain vivant, de ses parties, de ses forces, de ses actions, hors de l'état naturel , en tant qu'elle est perçue comme déviation ou qu'elle trouble les fonctions. »
Sprengel :« déviation notable du rapport avec les desseins de la nature, ou un état tel du corps, qu'il se produit des actes et des phénomènes en désaccord avec les fins de la nature. »
Buffalini :« changement spécial de l'état matériel du corps, changement qui résulte d'actions chimiques , organiques ou mécanicoorganiques. »
Çhomel : «aberration notable survenue soit dans les dispositions matérielles des solides et des liquides, soit dans l'exercice d'une on de plusieurs fonctions. »
Friedlander: « La maladie est une certaine forme de la vie qui est le résultat d'une sédition des forces, s'associant d'une façon nouvelle; forme qui, bien que contraire à la forme régulière de la vie, s'unit cependant avec elle. »
Dubois d'Amiens : « La maladie est un acte anomal et complexe, acte fondé sur l'organisation , que des circonstances insolites ont sollicitée à convertir ses opérations ordinaires en d'autres anomales. »
Roche et Sanson : « altération d'un tissu ou d'un fluide apportant trouble ou obstacle dans l'exercice d'un acte vital ou d'une fonction. »
Raige-Delorme : « dérangement des actions organiques qui constituent la santé. »
Littré : « La maladie est une réaction de la vie, soit locale, soit générale, soit immédiate, soit médiate, contre un obstacle, un trouble , une lésion. »
.Nous avons textuellement cité ces nombreuses définitions, pour arriver à mieux connaître l'état anormal de l'économie mante , désigné par le terme de maladie. Cette notion fondamentale est en eiïet tellement nécessaire, que, sans elle, nous ne pourrions actuellement faire un seul pas réel vers la constitution d'une véritable doctrine médicale.
Aucune de ces définitions ne nous paraît assez vraie , assez positive , assez complète :
Les unes prennent l'idée de la maladie hors du domaine physiologique; tandis, comme l'a très-bien fait observer Littré, « que c'est à la vie elle-même qu'il faut demander u,uelle est l'idée de la maladie : car la maladie n'est qu'une autre face de la vie. »
Les autres font de la maladie une entité distincte des parties qu'elle affecte. Or, celte dichotomie pathologique n'esl pas plus admissible que la dichotomie 'physiologique tendant a séparer la. vie de l'organisme. « Une maladie n'est pas un être nou?eau , dil
290 moyen- d'étàbhh i ne Wnne doctrine.
S quart, ayant une existence propre, indépendante : c'est seulement une déviation plus ou moins profonde de l'état de santé. » Cette vieille erreur médicale, si victorieusement combattue par Broussais , n'a plus aujourd'hui besoin de réfutation.
D'autres considèrent la maladie commeune réaction delapuissance vitale. C'est évidemment ici prendre le change et confondre les efforts conservateurs de l'organisme avec les désordres effectués dans l'économie vivante par les influences morbides. Il peut arriver , dans quelques circonstances exceptionnelles, que les résultats de ces efforts conservateurs dépassent le but physiologique et parviennent jusqu'à l'état pathologique; mais l'exception ne peut jamais constituer la règle ; et d'ailleurs ce serait ici confondre la maladie avec la thérapeutique naturelle, qui souvent la guérit ; ce serait, contrairement à l'observation, à l'expérience, aux faits , renverser d'un seul mot les lois si positives et si vraies de la nature médicatrice.
D'autres enfin établissent comme démontré ce qui précisément se trouve en question ; ou sont tellement resserrées, qu'elles ne comprennent qu'une partie du vaste ensemble des altérations pathologiques.
Pour nous , la maladie est une altération partielle ou générale des conditions physiques, chimiques, vitales, psychologiques, produisant des désordres su[Jisamm<ii1 appréciables dans 1rs [onctions de l'économie vtcanfr.
Cette définition, pour laquelle nous ne revendiquons pas le mérite impossible d'une perfection idéale , offre du moins l'avantage d'être complètement dans le sujet; de s'établir sur un fait; de proscrire à jamais cette nuisible et fausse distinction des maladies médicales et chirurgicales; de ne pas confondre, avec l'état morbide véritable, l'indisposition, /' 'in/irmité , le vice d'organisation, la convahsrrnce, etc., qui sont des conditions intermédiaires entre l'état physiologique et l'état .maladif; de comprendre les altérations locales i-l générales ; celles des solides aussi bien que celles des humeurs ; enfin, d'embrasser toutes les affections pathologiques, depuis la [inclure jusqu'à la munie.
Plusieurs observateurs habiles, portant le flambeau de l'analyse
l'uiioi.iuK. &M
dans l'examen de la maladie considérée comme un l'ait, ont distingué dans celle-ci le fond et la forme; l'état et l'acte.
« Il n'y a rien de plus important et de plus négligé, en pathologie comme en thérapeutique, dit F., Bull, de thérap., t. 49, p. 261 , que la distinction du fond et des formes des maladies. Le fond. d'une affection, c'est sa nature intime, le soutien des symptômes, la base des indications ; la forme, c'est son enveloppe , ses dehors et ses apparences , et pour ainsi dire son écorce ; le fond d'une affection provient de sa cause essentielle; ses formes dérivent des causes accidentelles... L'invariabilité de la nature des maladies, sous cette multiplicité de formes , atteste que derrière l'apparence extérieure d'un état pathologique , effet exclusif des dispositions individuelles et des impressions passagères des circonstances accidentelles , il existe des caractères fixes , caractères essentiels partout, et toujours les mêmes, dans la môme maladie. »
« Dans toute maladie , il y a , selon nous, dit Pariset, Dict. des se. méd., t. â, p. oGâ, deux choses qu'il faut soigneusement distinguer : l'état maladif; l'acte maladif. Ces deux éléments existent dans toute maladie. Le premier est la cause du second... L'état maladif est tout ce qui, intéressant le matériel de notre Organisation , ou l'exercice des propriétés vitales , ou l'un et l'autre à la lois, nous éloigne de l'étal de santé parfaite... L'acte maladif est tout ordre nouveau, extraordinaire, inutile, qui s'établit dans l'exercice de nos fonctions; et qui , provoqué par l'état maladif, est destiné à le modifier de manière à produire ou le retour de la santé , ou le développement d'une autre maladie, ou la mort... L'état maladif est souvent inconnu, bien que nous puissions apprécier ses causes , voir ses effets : l'acte maladif. »
Il serait peut-être plus exact, et surtout plus précis, d'ajouter : que dans toute maladie nous trouvons la nature , l'essence de la lésion : la condition pathologique, trop fréquemment inaccessible a l'intelligence; les faits qui la traduisent S les symptômes, le plus ordinairement à la portée de nos sens.
Lorsqu'on arrive à la distinction des maladies , il est indispensable de caractériser chacune d'elles par un nom. Mais lorsque
292 moyens d'établir une bonne doctrine.
celui-ci désigne la maladie de manière à comporter, en quelque sorte, les indications à remplir, il doit être d'une exactitude bien rigoureuse; autrement il porterait à des médications plus ou moins nuisibles. C'est ainsi qu'en donnant aux fièvres typhoïdes le nom de fièvres putrides, on faisait, ordinairement avec danger, pressentir la nécessité de recourir aux médicaments antiseptiques. Brown, en renfermant presque toutes les maladies sous le titre d'asthénies , conduisit à l'administration , souvent mortelle , des excitants les plus énergiques, dans les plus violentes inflammations; Broussais, en comprenant dans le terme irritation à peu près toutes les affections pathologiques, fit arriver la thérapeutique, avec des dangers moins fréquents mais tout aussi réels , à l'emploi des débilitants les plus positifs dans les plus profondes exténuations de l'organisme, en démontrant la vérité de cette assertion de M. Laffont-Gouzy : « Les réformes commencent par la nécessité et finissent par l'abus. »
Éléments des maladies. — En admettant quatre principales classes d'affections morbides : altérations des conditions 1° physiques, 2° chimiques, 5° vitales, 4° psychologiques de l'économie organique chez l'homme , nous n'avons pas la prétention d'établir que toujours chacun de ces modes se manifeste indépendamment des trois autres; nous pensons, au contraire, que, dans la majorité des cas, ils se combinent en différents nombres, en diverses proportions. Lorsque ces premiers éléments pathologiques sont isolément produits , il en résulte une maladie simple ; lorsqu'ils se développent simultanément et sont la conséquence les uns des autres, une maladie compliquée; c'est, dans ce cas, l'altération dominante la plus grave qui marque la classe dans laquelle on doit la placer; lorsqu'ils se trouvent sans liaison entr'eux, une maladie composée; dans cette modification, chacun des états principaux va se placer dans le rang qui lui convient. Il est dès lors facile de comprendre la précision et la simplicité de la classification nosologique dont nous présenterons le tableau.
En dehors de ces grands caractères fondamentaux, les maladies
offrent encore d'autres éléments dont la prédominance peut leur imprimer dos dispositions qu'il est important de connaître pour en mieux déterminer la gravité , mais surtout le véritable traitement. Ainsi , dans beaucoup d'affections morbides, il est souvent essentiel de bien établir quel est celui des éléments : nerveux, sanguin , lymphatique, bilieux, muqueux, rhumatismal , goutteux, etc., qui prédomine, pour apprécier les dangers de l'altération et pour décider si la thérapeutique doit incliner particulièrement vers les calmants, les émissions sanguines, les toniques, les évacuants, les balsamiques, les sudorifiques , etc.
Ces applications de la théorie des éléments pathologiques à la pratique de l'art, indiquées par Dumas, ont pris assez de faveur dans ces derniers temps; elles pourront offrir des avantages réels, en les utilisant avec une sage réserve.
Localisation des maladies. — Les anatomo-pathologistes, en prenant pour devise de la médecine clinique ce fécond principe de Bicliat: « Qu'est l'observation, si l'on ignore là où siège le mal? » eu mit extrait, par induction, cette loi fondamentale de leur doctrine : « Il faut rattacher les symptômes des maladies aux phénomènes pathologiques, à la souffrance, à, l'altération maté. fielle (1rs organes. »
troussais, dans son enthousiasme systématique, s'empare de ce. principe et de cette loi; les fausse l'un et l'autre , comme il avait déjà faussé beaucoup de lois et de principes physiologiques; les courbe avec effort sous le monomètre de son inflexible théorie. Pour lui : « Toute maladie est locale avant d'offrir aucun caractère de généralisation ; elle consiste exclusivement dans l'altération du solide vivant ; les diathèses ne sont que des conceptions imaginaires, etc. »
La localisation d'un assez grand nombre de maladies , la liaison des symptômes à l'altération des organes, la destruction de lontologismc , etc. , sont un immense progrès en médecine positive; et, bous ce rapport, les anatomo-pathologistes oui rendu le plus émment service à la science; mais leur système, créateur de celui de
194 MOYENS D'ÉTARMB UNE PQNNE DOCTRINE.
Broussais, abusant de sa loi fondamentale, voulant réduire, en dernière analyse, toutes les maladies à l'altération matérielle d'un organe, établir la doctrine pathologique sur cette base étroite, insuffisante et stérile, amoindrit considérablement le domaine de la science médicale; et, comme on l'a très-bien dit, faisant de la médecine une sorte de chirurgie interne , dont les moyens curatifs étaient fréquemment inapplicables dans les profondeurs de l'organisme , ruina complètement la thérapeutique rationnelle. Lisez, en effet, les meilleurs ouvrages écrits sous cette influence, vous y trouverez d'habiles, mais interminables descriptions d'anatomie pathologique, et, le plus souvent, absence de prescriptions pour combattre le principe de ces lésions cadavériques si soigneusement et si minutieusement exposées. De telle sorte qu'en résultat, les importants services rendus par ïanatomo-patliolofjisme à la science des lésions organiques, sont bien nuisiblcmcnt contre-balancés par les influences destructives, qu'assisté du plnjsiologisme exclusif, il est venu fatalement exercer sur la thérapeutique , en réduisant à peu près à néant le traitement curatif des maladies.
Il s'en faut beaucoup, assurément, que toutes les altérations morbides soient primitivement locales; que toutes affectent exclusivement les solides organiques ; un assez grand nombre , au contraire , et même des plus graves , présentent positivement leur siège primitif et principal dans les humeurs, et semblent envahir l'organisme entier avant do se traduire par aucun symptôme local. L'anémie, la chlorose, l'hyperémie, la fièvre des marais, le choléra, les scrofules, etc., nous en offrent d'incontestables exemples.
« N'est-ce pas en agissant, sur les humeurs, avance M. Bérard, Éloge historique de Broussais, que le fer guérit la chlorose; les alcalis, la gravelle ; les végétaux frais, le scorbut ; et le quinquina, la fièvre pernicieuse contractée par l'absorption des émanations des marais? »
Essextiaxitk des maladies. — Nous l'avons déjà dit dans un nuire ouvrage : « La nécessité d'étudier les altérations pathologiques se fit impérieusement sentir avant le besoin de connaître
l'organisme et ses phénomènes dans l'étal normal; il par une fâcheuse, mais inévitable conséquence, la médecine, comme art, précéda la physiologie comme science. Après plusieurs siècles d'aberrations, l'esprit humain régularisa ses études médicales, et procéda, par une investigation plus logique et plus fructueuse, de l'organisme sain à l'organisme souffrant, confus d'avoir suivi pendant si longtemps le contre-pied de la nature , de la raison et de la vérité. »
Faut-il donc s'étonner de trouver , dans les premières phases de la science pathologique , tant de conceptions futiles, imaginaires, erronées, au nombre desquelles nous signalerons particulièrement l'esseu tialit é des maladies?
Une aussi mauvaise direction dans les premières études médicales amena beaucoup de pathologistes , même parmi les observateurs les plus habiles, à la création d'abstractions, iV entités morbides pouvant, a leur sens, exister, dans l'économie vivante, indépendamment des organes, et devant, sur ce terrain dès lors neutre , lutter avec plus ou moins d'empire contre d'autres entités : nature, archre , urne , force vitale, etc.
Combattre aujourd'hui la réalité de ces entités avec l'imporlance exagérée que Broussaia mettait à leur poursuite , serait assurément tomber dans la triste situation d'un rêveur monomane qui fait Sérieusement la guerre à des fantômes.
« Plus j'observe, dit Amiral, et plus je médite, sur les faits déposés dans les annales de la science, et plus j'arrive à la couvielion profonde que dans beaucoup de pyrexies qu'un a longtemps appelées essentielles, comme dans an grand nombre d'autres maladies, soit signes, soit chroniques, l'organisme tout entier est troublé et comme dominé par une cause générale qui va partout faire sentir son influence, et de laquelle dérivent, comme autant d'elïels plus nu moins nécessaires, les diverses lésions que l'anatomie nous découvre. »
Après avoir rapporté «elle citation, llull. de thérap., t. 48, l>. Ô80, M. .Max. Simon ajoute : « L'observation directe, euinine le raisonnement, ont suffi sans doute pour conduire l'auteur de,
i9(i moyens d'établir une bonne doctrine.
la Clinique médicale à l'opinion théorique que nous venons d'exprimer ; mais nous croyons que si , aujourd'hui , son expression est plus explicite, plus formelle qu'elle ne l'a été jusqu'ici, cela tient surtout aux enseignements nouveaux qu'il a puisés dans les nombreuses expérimentations auxquelles il s'est livré sur l'emploi de la méthode évacuante dans les fièvres continues. »
Toutefois , cette opinion du professeur Amiral , et sur la localisation et sur l'essentialité des maladies, nous paraît d'autant plus concluante , qu'elle n'est pas suspecte et qu'elle attaque l'ontologie médicale sur le terrain même qui semblait devoir être son dernier refuge. A moins de revenir à l'enfance de l'art, cette loi pathologique si générale et si féconde ne sera donc plus contestée : Les maladies ne peuvent jamais être envisagées indépendamment des parties qu'elles affectent.
Dénomination des maladies. — Il serait bien important, pour la précision du langage médical , et même pour l'intelligence des indications thérapeutiques, d'effectuer, en pathologie, l'importante réforme si fructueusement opérée dans la nomenclature chimique, et d'adopter exactement la même base pour les nouvelles dénominations. Ainsi , la chimie désigne les corps d'après leur nature et les éléments qui les constituent : sulfate de soude , malate de fer , citrate de magnésie, par exemple ; la pathologie pourrait également, dans la grande majorité des cas , nommer les maladies d'après leurs caractères fondamentaux, de telle façon que le titre de chacune de us maladies serait en quelque sorte le résumé de son exposition. Ainsi, l'on dirait entérite hémorrhagique, au lieu de dysenterie; gastralgie, au lieu de boulimie, depyrosis, etc. Mais, comme nous l'avons déjà fait observer, ces dénominations, portant avec elles une indication générale de traitement, doivent être d'une exactitude rigoureuse ; autrement , il vaudrait mieux employer des noms insignifiants. Nous signalons cette réforme à l'attention des pathologistes amis du progrès; nous chercherons à la commencer dans notre tableau nosologique , sans toutefois nous dissimuler ses nombreuses difficultés et la prudente circonspection qu'elle exige.
Prédispositions aux maladies. — Pnrdispositio , disposition d'avance. On donne ce titre aux conditions, de l'économie vivante qui, sans être l;i maladie, rendent plus apte à la contracter; et l'on non une causes prédisposantes, les influences capables de produire ces conditions.
Parmi les causes prédisposantes, nous indiquerons particulièrement : les climats, les saisons, les constitutions atmosphériques, la disposition des lieux, des eaux, les habitations , les habitudes, les vêtements, les aliments, les passions, les travaux intellectuels, les exercices, le repos, la veille, le sommeil, l'incurie , les professions , etc.
Au nombre des prédispositions, nous désignerons surtout : le sexe, l'âge, la constitution, le tempérament, le caractère, les conditions héréditaires, les indispositions, les infirmités, les vices de conformation, la convalescence, le défaut ou l'excès des excrétions, etc.
Il est du plus haut intérêt de bien étudier et d'apprécier avec le plus grand soin toutes les prédispositions morbides, afin de les contre-balancer, ou même, lorsqu'il est possible, de les détruire par des moyens hygiéniques assez puissants. Si l'on apportait une attention suffisante à l'application de ce principe conservateur, le nombre des maladies, chez un sujet et dans un temps donné, présenterait bientôt une sensible diminution.
Causes des maladies. — Cause, causa , uhfa. On nomme ainsi : toute influence capable d'effectuer une altération partielle ou simultanée des conditions physiques, chimiques, vitales, psychologiques, produisant des désordres suffisamment caractérisés dans les fonctions de V économie rivante. La partie de la médecine qui s'occupe de l'histoire des causes, prend le titre d'étiologie: de a'iTta, cause, et de Xoyoç, traité.
Broussais établit en principe : « La santé ne s'altère jamais spontanément , mais toujours parce que les stimulants extérieurs, destinés à. entretenir les fonctions, ont concentré l'excitation dans quelque partie, ou parce qu'ils ont manqué à l'économie , ou parce que l'économie a été stimulée d'une manière qui répugne à l'exercice des lois vitales. »
*(J<S moyens d'établis uhi bonne doctrine.
Nous l'avons dit dans un autre ouvrage , ce dogme fondamental de l'étiologie du réformateur, nous paraît bien tranchant , bien prétentieux, bien absolu. Formuler, a priori , une loi semblable, n'est-ce pas en effet déclarer qu'il est sans exemple qu'un rouage de la machine vivante s'altère et périclite, qu'un défaut d'harmonie fonctionnelle se manifeste au sein de l'organisme, sans qu'un agent appréciable à nos moyens d'investigation ait déterminé ces lésions morbides assez ostensiblement pour que nous puissions toujours saisir les rapports entre la cause et l'effet? N'est-ce pas avancer, contrairement à l'expérience , à l'observation de chaque jour, qu'il n'existe aucune influence pathologique dont nous ne connaissions parfaitement la nature et la manière d'agir?
N'est-il pas , au contraire , évident , pour le médecin qui voit sans prévention, qui juge sans idée préconçue, que, dans un nombre de cas malheureusement trop considérable , il nous est absolument impossible de remonter à la véritable cause de la maladie que nous avons à combattre , et dont les difficultés du traitement rationnel se trouvent dès lors augmentées de toute l'obscurité de son étiologie ? Dans ce point, comme dans tous les autres, le système de Broussais est étroit, insuffisant, erroné ; la doctrine pathologique doit s'établir sur une base en même temps plus large et plus vraie.
Les causes morbides peuvent avoir leur principe , soit dans l'économie organique elle-même, soit dans l'économie universelle.
Dans l'économie organique : tels sont les vices, les virus héréditaires; le développement désordonné des fonctions; les raptus lymphatique, sanguin, nerveux; les passions destructives de l'organisme , les violentes impulsions de rame , l'abus des efforts intellectuels, etc.
Dans l'économie universelle , nous rencontrons la majorité des influences morbides. L'économie vivante, enveloppée dans cette économie générale , y trouve à la fois ses moyens de vie , d'entretien , de réparation , d'accroissement , de satisfaction , de bonheur ; et ses occasions de malheur , de souffrance, de dépérissement, de maladie, de mort. Au nombre des
causes morbifiqucs , nous signalerons : les vicieuses conditions, la composition défectueuse de l'air atmosphérique, l'excès de la chaleur, du froid, de la sécheresse, de l'humidité, de la lumière, de l'électricité; les brusques transitions de l'un à l'autre de ces états; les miasmes délétères, la mauvaise qualité des eaux, certaines dispositions des lieux; les virus, les venins, les poisons, les violences extérieures; l'abus, l'insuffisance ou la privation absolue des influences hygiéniques indispensables à l'entretien normal do l'économie vivante, etc.
Les auteurs ont distingué les causes pathologiques en locales ri générales , principalei et accessoires , éloignées et prochaines , positives et négatives, évidentes et occultes, physiques, chimiques, physiologiques, etc. Toutes ces divisions nous semblent compliquer le sujet sans aucun avantage pour la science.
Il est une question étiologique plus importante et surtout bien autrement pratique dans sa véritable solution : c'est de préciser comment et dans quelle proportion la cause pathogénique entre pour élément dans la constitution essentielle de la maladie.
« L'idée de cause, dit Pariset, loc. cit., p. 556, s'applique au phénomène qui précède; et celle d'effet, au phénomène qui suit; d'où il faut conclure que les deux mots de cause et d'effet n'ont de râleur, dans notre esprit, que pour marquer, entre deux phénomènes donnés, la constante antériorité de l'un et la constante postériorité de l'autre; tellement, que si l'existence du premier suffit pour déterminer celle du second , l'existence du second suppose , à plus forte raison , celle du premier. Quant à la raison secrète en vertu de laquelle un premier phénomène a le pouvoir d'en produire un second, cette raison existe très-réellement dans la nature; elle fait, sans contredit, partie de la chaîne des phénomènes qui dépendent les uns des autres ; mais elle n'existe point pour nous , parce qu'il nous est impossible de constater en quoi elle consiste. »
En physique , en chimie , la nature , la proportion des r/fets sont en général dans un tel rapport avec la nature et la proportion
300 moyens d'établir l.\e bonne doctrine.
des causes, qu'il est souvent possible de prévoir les premiers par la connaissance des secondes.
En pathologie, cette loi présente un si grand nombre d'exceptions, qu'il ne serait pas rationnel de la poser. Ainsi , telle cause produit une maladie grave chez tel sujet, et ne détermine absolument rien chez tel autre : un courant d'air froid , agissant en même temps sur trois individus , occasionne , chez le premier , une pleurésie ; chez le second , un rhumatisme ; chez le troisième , une hémiplégie. Il ne faut donc pas , lorsque l'influence morbide appartient aux causes communes, chercher dans la pathogénie la connaissance et la détermination de la nature et de la gravité d'une affection morbide. Toutefois, même dans ces conditions, il est encore important, au point de vue pratique, d'apprécier la nature et l'intensité des causes , pour combattre leur action lorsqu'elle persiste, pour en prévenir les retours; enfin, pour modifier le traitement suivant les indications que ces données peuvent ajouter k celles de l'altération elle-même.
A l'occasion de cette question posée par l'École de Paris , en 1844 , dans le concours de l'agrégation : « Influence de la connaissance des causes sur le traitement des maladies, » M. Fuster ajoute, Bull, de thérap., t. Tt , p. 100 : « C'est encore une de ces questions de haute philosophie médicale qui trahissent le retour aux principes de la saine médecine. Les causes jouent, en thérapeutique, le rôle le plus éminent. En effet, qui connaît la cause du mal est bien près d'en connaître le remède... Entièrement absorbés par la recherche du siège , la plupart des médecins ne comprenaient pas que l'étude seule des causes menait directement à l'indication essentielle ; tandis que dans la presque totalité des cas , nous parlons exclusivement des cas de médecine , la connaissance du siège ne peut mener qu'à des médications trèsaccessoires. »
On trouvera peut-être ici l'importance du siège des maladies un peu trop sacrifiée à celle des influences qui les déterminent, lorsqu'il s'agit de préciser les indications thérapeutiques, surtout si l'on n'envisageait que celles de ces influences dont nous venons de
parler; mais si l'on considère les causes que nous allons actuellement étudier sous le nom de spéciales, de spécifiques, cette réclamation ne sera plus aussi fondée.
Indépendamment des influences morbides communes, il existe en effet une classe entière d'influences pathogéniques particuliers, auxquelles on a donné, depuis longtemps, les noms de causes spéciales, causes spécifiques, etc. ; tels sont les vices, les virus, les wiiiiis, les poisons , les miasmes délétères, etc. C'est ici que la question , dont nous avons précisé les termes, acquiert une mande valeur, et qu'il devient indispensable de bien apprécier comment et dans quelle proportion la nature et la gravité de la cause entrent, comme éléments, dans la nature et la gravité de la maladie.
En consultant, sur cette profonde question, l'observation et l'expérience, nous arrivons k l'établissement de cette loi : Dans les diathèses cancéreuses, scorbutiques, rhumatismales , scrofuleuses, syphilitiques, goutteuses, dart reuses, etc.; dans les intoxication* générales par les poisons, les venins, les virus, 1rs miasmes délétères, etc. , il importe moins de connaître le siège des altérations locales qui peuvent se manifester, que d'apprécier, autant qu'il est possible , la nature et la gravité de la cause à laquelle ces maladies doivent leur développement.
Ici l'essence de la maladie se trouve naturellement tout entière dans l'essence de la cause ; les autres altérations qui peuvent se manifester dans les diverses conditions de l'économie organique , môme avec beaucoup de gravité, ne sont que des conséquences plus ou moins rapprochées des influences particulières de cette cause. L'importance de ces considérations , surtout au point de vue thérapeutique , nous conduit nécessairement à les compléter par une étude particulière des influences pathogéniques de l'air, des eaux et des lieux.
Constitutions : — /" Médicale, :'" atmosphérique, 5° Endrmique, 4° Épidémique. Hippocrate, dans ses admirables traités De «cre . locis et aquis . De epidem., Dr aphorism., etc., attache
30!$ MOYENS D'ÉTABtffl CNE BONNE DOCTRINE.
la plus haute importance à ces divers sujets , et les aborde avec une supériorité qui fait l'un de ses plus beaux titres de gloire.
Sydenham y jette beaucoup de lumière , mais il donne peutêtre une valeur exagérée à ces influences dans la détermination absolue de la nature des maladies ; et sa doctrine est loin de présenter ces grandes vues qui distinguent si éminemment celles du vieillard de Cos.
Rogers, Buchner, Lepecq de La Clôture, Baillou, Mertens , Huxham , Morton, Diemerbroeck, Ramazzini , Cazimir Médicus , Baglivi, Finke, Lancisi, Pringle , Stoll, Tissot, Rœderer, Wagler, Sarcone, Ozanam , Fuster, etc., dans leurs différents écrits, ont traité ces graves sujets avec un remarquable talent; nous le dirons pourtant avec regret , l'histoire des constitutions : médicales, atmosphériques, endémiques, épidémiques, est encore enveloppée d'erreurs et d'obscurités qu'il serait bien important de faire disparaître.
L'une des causes principales de ces obscurités, de ces erreurs, est la fâcheuse confusion que les auteurs ont presque toujours faite de ces quatre dénominations , qui nous semblent cependant assez distinctes. Nous chercherons à élucider la question en précisant plus rigoureusement le sens de chacune d'elles.
Constitution , au point de vue où nous envisageons ce terme : xaTa<;Ta<7iç , constilulio , de stare, se tenir, cum, avec, signifie l'assemblage de plusieurs parties qui forment un tout, un ensemble, une manière d'être , etc. ; cette expression , jointe aux dénominations : médicale, atmosphérique, endémique, èpidèmique, désigne des conditions, des états différents, et dont il est essentiel de bien établir les véritables caractères.
\6 Constitution médicale. — Nous comprenons, sous ce premier titre , l'ensemble des rapports que l'expérience et l'observation paraissent démontrer entre les dispositions qui nous entourent, surtout les conditions météorologiques de l'atmosphère, et certains états morbides généraux qui semblent dominer les maladies régnantes et leur imprimer une force commune pendant une saison,
quelquefois même pendant une ou plusieurs années. Ainsi, dans les constitutions médicalei , des affections pathologiques différentes prennent le caractère d'un élément principal , soit nerveux , sanguin, lymphatique, bilieux, inflammatoire, muqueux, asthénique, etc., de manière k présenter des maladies, non point identiques par le fond , mais plus ou moins analogues par la forme, la marche, les terminaisons et les indications générales du traitement.
« C'est un principe acquis k la science et qui repose sur des observations séculaires, dit le rapporteur de l'Académie des Sciences, à l'occasion de l'ouvrage de M. Fuster, Histoire médicale et météorologique de la France , qu'il existe des rapports de dépendance entre les caractères des saisons et la nature des maladies vulgaires. Chaque saison détermine, dans l'économie animale, un ordre de mouvements particuliers; elle y laisse en fuyant des empreintes d'autant plus marquées et plus durables, que son action s'est exercée plus fortement et plus longtemps. La saison qui succède vient, à son tour, imprimer aux corps vivants une série différente de mouvements nouveaux, et k l'aide de ces oscillations balancées dans de certaines limites, on a l'année médicale. »
En thérapeutique rationnelle, on doit sans doute laisser k la constitution médicale actuelle une part convenable d'influence dans les modifications que peut alors subir le traitement des maladies que cette constitution domine ; mais il ne faut jamais dépasser la mesure bien raisonnée de ces modifications , en négligeant trop absolument les indications réclamées par la nature fondamentale de l'altération morbide.
C'est entre ces deux termes que se trouve la thérapeutique raisonnée , dont L'expérience particulière k ces cas difficiles devra seule lixer les conditions. On conçoit dès lors combien Sydenham s'établissait dans le vrai, lorsqu'il disait : « Je ne suis jamais certain de traiter convenablement les premières maladies qui s'offrent à mon observation, lorsdu changement d'une constitution médicale stationnaire. »
304 moyens d'établir une bonne doctrine.
2° Constitution atmosphérique. — Nous désignons par ce terme un caractère assez prononcé , un ensemble assez permanent des conditions météorologiques de l'atmosphère, pour déterminer des altérations d'un ordre particulier, et donner aux maladies régnantes une disposition qui se manifeste dans presque toutes , avec indication de modifier le traitement d'après le génie spécial de ces conditions.
Cet état général et complexe de l'air ambiant se compose de plusieurs éléments; tels sont les états: barométrique, thermométrique, eudiomrtrique , hygrométrique, électrique, etc.; de telle sorte qu'il en résulte des conditions très-différentes, suivant les degrés de la chaleur, du froid, et leurs nombreuses combinaisons avec la sécheresse, l'humidité ; suivant la pureté de l'atmosphère, sa pesanteur, ses modifications électriques avec ou sans orages ; les brouillards , la pluie, la neige, la grêle, etc. ; les déplacements de l'air, auxquels on donne le nom de vents, et qui peuvent être plus ou moins nuisibles, suivant leur direction et leur violence.
Dans nos climats, surtout, la constitution atmosphérique change ordinairement avec chaque saison , en ramenant des maladies plus particulières à chacune d'elles. Ainsi, d'après la remarque de Stoll, les altérations morbides sont plus spécialement : « inflammatoires, au printemps ; bilieuses, dans l'été ; pituiteuses, à l'automne ; catarrhales , en hiver. » Sans donner une trop grande importance à la précision de ces rapports, nous pensons qu'il est bon d'en tenir compte et de s'éclairer, pour la pathogénie et la thérapeutique des maladies régnantes, de la connaissance précise des conditions météorologiques de l'atmosphère, soit qu'elles se lient directement aux saisons, soit qu'elles se montrent indépendamment de ces dernières.
3° Constitution endémique. — Comtitutio indemica, xaxdoraetç îvor/x'.o:, de iv , dans, et de ftjpoç, le peuple. Nous indiquons, par cette dénomination, l'ensemble des conditions hygiéniques d'une localité plus ou moins étendue, agissant d'une manière assez permanente pour y déterminer habituellement on ordre de
maladies permanentes oomme elles. Cette localité peut être un vaste pays, une simple division territoriale, une montagne, un
vallon, une plaine, une ville, etc.
Dans ces différentes localités , quelles que soient leur position géographique, leur configuration , leur étendue , etc., la constitution endémique se compose : de la situation dans un climat chaud , froid ou tempéré ; de la disposition montueuse , plane ou profondément déprimée; de l'inclinaison vers l'est, le sud, l'ouest ou le nord; de la nature géologique du sol, de son degré de fertilité; de la bonne ou mauvaise qualité des eaux; de la proportion des forêts, des bois, des diverses plantations; de la nature et de la qualité des productions alimentaires ; de l'étal le pins habituel des conditions météorologiques de l'atmosphère; de la nature des vents, depuis les moins offensifs, tels que : les brises, 1rs moussons, etc., jusqu'aux plus meurtriers, tels que : le chamsin d'Egypte, le simoun du Sahara, le sirocco d'Italie, les collas des Philippines , l'harmatan d'Afrique, etc. ; de la chaleur, du froid , de la sécheresse, de l'humidité ; du voisinage de la mer, des lacs, des marais, des étangs, des fleuves , des rivières, des ruisseaux, etc.; de l'agglomération des hommes, des animaux; du caractère, du tempérament, des mœurs, des usages, des habitudes communes , des vêtements, de l'alimentation, du degré d'intelligence , des passions dominantes, etc. : l'ensemble de toutes ces conditions forme la base d'une bonne topographie médicale; travail que devrait soigneusement effectuer, pour le pays qu'il a choisi, tout médecin qui veut y pratiquer avec succès.
La réunion des divers éléments de la constitution endémique offre un composé qui se diversifie de manière à présenter des types a peu près aussi multipliés que les différentes localités du globe , ces éléments pouvant se combiner en proportions , en nombres indéfinis; dételle sorte que l'on parviendrait dillicilemcnt a trouver deux de ces types absolument semblables. Chacune de ces constitutions agit si profondément sur les habitants de la contrée qu'elle embrasse, que non-seulement elle en modifie le tempérament, le caractère, les phases de développement el de
décrépitude , mais encore qu'elle fait naître au milieu d'eux une plus ou moins notable variété de maladies particulières, inhérentes à ces contrées, et donne constamment aux maladies communes un caractère spécial qui doit être pris en considération dans le choix et l'administration des moyens thérapeutiques.
Lorsqu'on étudie cette constitution dans une vaste étendue de pays, entre deux cercles parallèles a l'éqUateur, par exemple, cette large circonscription prend le nom de climat , de xXiW, région , et présente, peint à grands traits, le tableau que nous venons d'esquisser pour des localités plus étroitement limitées.
Chaque pays offre donc ses maladies propres ; ainsi , pour en citer seulement quelques-unes : le pyrosis et le ptyalisme , en Laponie ; le scorbut, en Norvège ; la boulimie , les engelures, en Russsie ; la plique , en Pologne ; la goutte , en Hongrie ; le rhumatisme, en Allemagne; l'hydropisie, les catarrhes chroniques, en Hollande ; les scrofules , la phthisie tuberculeuse , le rachitisme , en Angleterre ; les fièvres bilieuses , en Suisse ; les névroses , la pellagre , en Italie ; l'épilepsie , en Grèce ; l'hypocondrie , les hémorrhoïdes, en Espagne; l'hystérie, la monomanie , la lèpre, Féléphantiasis , le bouton d'Alep , etc., en Asie; l'ophthalmie, les obstructions, les dysenteries, l'obésité, les éruptions cutanées, le tétanos, etc. , en Afrique; la consomption, la fièvre jaune, les affections spasmodiques, le délire nommé calentwe,, la syphilis, les maladies cutanées, etc., en Amérique.
En France , les maladies endémiques sont plus rares , sans doute , en raison de la plus grande mobilité du climat ; cependant on en remarque plusieurs qui sont particulières ou du moins plus communes dans certaines localités ; ainsi : la fièvre des marais , en Sologne ; le goitre , dans les Vosges ; la fièvre typhoïde , à Paris ; la pustule maligne , en Bourgogne , etc.
En général , on observe dans les maladies endémiques une ténacité qui n'existe pas dans les mêmes altérations à l'état sporadique; ce qui paraît aisément s'expliquer par la présence habituelle des causes morbides ; il en résulte naturellement une conséquence thérapeutique du plus liant intérêt : c'est que, dans la
PATHOLOT.II. i»)7
plupart de ces maladies , il Tant, pour obtenir la guérison , chanç de constitution endémique, souvent même de climat ; c'est ainsi
qu'une latitude l'ait cesser les affections morbifiques d'une latitude opposée , et vice rasa. Toutefois, en changeant ainsi d'influences locales, même dans l'état de santé, l'homme est obligé, lorsque les influences nouvelles sont diamétralement opposées aux anciennes, de payer un tribut au pays qui le reçoit , par les modifications de ï acclimatement , qui devient ici l'un des chapitres les plus importants de l'hygiène.
i" Constitution endémique. — Constitutif) cpidemica , Y.-j.-Ai-'j.r;:; i-^-hv.rj; ; de i-'., sur, et de èï'j.os, le peuple. Nous exprimons par ces mots la condition spéciale de l'atmosphère caractérisée par la présence d'un agent pathogéniqiie le plus souvent inappréciable à l'analyse , mais se traduisant d'une manière incontestable par la production d'une maladie particulière.
A notre sens, la généralisation d'une maladie ne suffit pas seule pour faire admettre l'existence d'une véritable constitution épidémique . ainsi , le développement simultané d'un assez grand nombre de pneumonies, de catarrhes, de pleurésies, etc., sans aucun trait spécial avec leurs symptômes, leur gravité, leur marche, leurs terminaisons ordinaires, nous offre tout simplement une coïncidence morbide, une constitution médicale explicable par les conditions météorologiques de l'air, par la constitution atntoiphériqwt*
Dans la constitution épidémiqUe réelle, il existe toujours en môme temps dans l'atmosphère, indépendamment de ses conditions météorologiques , un principe morbide , le plus souvent inappréciable au thermomètre, au baromètre, à l'hygromètre, à l'endiomètre, à l'analyse chimique , à l'inTestigation de nos sens, que l'on nommera, si l'on veut : miasme, émanation pettilen* Helle, principe épidémique, etc. , mais dont l'évidence est révélée \kiy la production d'un maladie spéciale , mi generis, qui n'a ried de commun avec les maladies ordinaires , avec toutes celles quq peul occasionner la véritable, tonstitution atmosphérique : en
308 moyens d'établir une bonne doctrine.
prenant ce terme dans l'acception qu'il convient de lui donner, pour ne pas le confondre avec celui de constitution épidémique, ainsi que l'ont fait plusieurs auteurs, avec tous les inconvénients d'une grande confusion dans le sujet.
Ces vérités vont devenir plus évidentes encore si , reconnaissant toujours l'expérience et l'observation pour guides, nous faisons voir que les maladies épidémiques ne sont pas identiques par leur nature essentielle, mais qu'elles offrent des caractères généraux communs , et que dès lors ce principe caché , qui les produit , n'est pas plus identique dans son essence que les effets dont il est la cause; mais qu'il présente, quelle que soit sa nature, une façon d'agir commune et générale qui le constitue miasme, principe épidémique , etc. La seule chose qui nous resterait à prouver dans cette manière de voir , c'est que les maladies épidémiques ne sont pas identiques par leur nature essentielle, et qu'elles offrent des caractères généraux communs. Pour démontrer la première partie de cette proposition fondamentale , il suffit de nommer : le choléra, la peste , le typhus , la fièvre typhoïde, la variole, etc. Pour vérifier la seconde , nous n'avons simplement qu'à demander à l'expérience , à l'observation , quels sont les caractères généraux et communs des maladies épidémiques?
L'observation et l'expérience nous retraceront les suivants : apparition sous l'influence d'une cause qui agit passagèrement sur un grand nombre de sujets, indépendamment des climats, des saisons , des conditions de la température , de la sécheresse , de l'humidité, des états barométrique, électrique, eudiométrique de l'atmosphère ; invasion plus ou moins instantanée de l'organisme , ordinairement avec prostration , brisement des forces , inquiétude , pressentiment fâcheux, désordre des fonctions, stupeur, etc., comme si l'économie vivante comprenait , qu'on nous permette cette expression métaphorique pour mieux rendre notre pensée , qu'elle est actuellement sous le coup d'une influence grave , perfide et fatale; marche insidieuse , pouvant déjouer toutes les prévisions de l'expérience , occasionner la mort à l'instant même où les symptômes paraissaient devoir s'améliorer. Lorsqu'elle parcourt toutes ses
périodes , cette marche est ordinairement celle d'un empoisonnement général et miasmatique.
Première période : stupeur , concentration des forces, etc.; deuxième période : réaction , congestions, perturbations organiques ; troisième période : expulsion de la cause morbide par des crises favorables, ou terminaison funeste. Dans toutes ces maladies, le danger est ordinairement plus grand que l'état pathologique appréciable paraît l'indiquer : c'est précisément ce qui fit donner depuis bien longtemps, à ces altérations, les noms de maladies pernicieuses , malignes, etc.
Les épidémies peuvent se renfermer dans une contrée , dans un camp , dans une ville, etc. , ainsi qu'on le voit assez fréquemment pour la dysenterie, le typhus, la Gère typhoïde, la variole, etc. Tantôt elles portent l'épouvante, la désolation et la mort dans un pays, un continent , le monde presque tout entier , comme on ne l'a que trop fréquemment observé pour la peste , le choléra , etc. Les terribles pérégrinations de ces fléaux destructeurs s'effectuent le plus ordinairement de l'est à l'ouest; mais elles sont quelquefois tellement bizarres , qu'on les voit respecter un pays au milieu d'un continent; une contrée, au milieu d'un pays; une ville, au milieu d'une contrée ; souvent même, alors, ces lieux que l'épidémie n'envahit pas sont précisément ceux que leur insalubrité naturelle aurait semblé prédisposer à son atteinte , si l'on ne savait déjà que cette grande influence morbide n'a rien de commun avec toutes les autres, et qu'elle agit dans une indépendance habituelle des conditions individuelles et locales, qui cependant peuvent la favoriser.
Effrayés par ces calamités publiques, découragés par l'insuffisance ordinaire de la nature et des traitements les mieux combinés pour en conjurer les terribles effets, les anciens, en voulant remonter aux causes des épidémies, les attribuèrent à la colère r à la vengeance des dieux. Là vient se placer le divinum ijuid, le -.-. h^îov d'Hippocrate , « produisant, comme il le disait, des maladies malignes, surnaturelles, par une influence à laquelle tout doit irrésistiblement céder; » à l'action pernicieuse des astres, aux maléfices infernaux , etc. D'autres ont placé au nombre de ces
310 MOYENS IH-lAliLlR l NI- BONNE DOCTRINE.
causes, les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, le
dessèchement des marais, le creusage des ports, des canaux, l'apparition des comètes , les influences de la lune , des effluves , des émanations salines, sulfureuses, des myriades d'insectes microscopiques, des miasmes, etc.
Quelle que soit l'opinion admise, il faudra toujours, d'après l'observation , s'arrêter à l'idée de la présence d'un agent insaisissable par lui-même et positivement démontré par la maladie spéciale qu'il produit. A. moins que l'on ne veuille reconnaître des effets évidents sans une cause positive.
L'étude sérieuse des constitutions épidé iniques nous parait du plus haut intérêt pour la pratique de l'art. Savoir que la cause qui les produit est une influence toute spéciale, déterminant me sorte d'empoisonnement miasmatique, est un premier pas avantageux dans la saine voie de leur traitement; découvrir la nature de cette cause et le spécifique assez puissant pour la neutraliser, serait un immense progrès et la plus belle de toutes les inventions de la thérapeutique.
■Vous croyons pouvoir actuellement , et d'après l'observation , établir comme loi : dans le cours d'une épidémie , une maladie donnée offre des caractères quelle ne présente pas dans les conditions ordinaires ; elle exige le plus souvent alors des modifications essentielles dans son traitement.
« Qui ne sait, dit M. Fuster, Bulle t. de thérap., t. '21, p. 402, combien l'influence épidémique plane sur les maladies régnantes: combien die importe surtout au traitement fondamental? »
Xous croyons avoir assez nettement précisé le sens des termes constitutions : médicale , atmosphérique . endémique, épidémique, pour qu'il ne soit plus possible de les confondre ; nous espérons surtout avoir assez fait sentir leur influence particulière sur la pathogénie et le traitement des maladies, pour établir l'importance de leur étude au point de vue de la science et de l'art.
Distinction des maladies. — Plusieurs pathologistef ont multiplié jusqu'à l'excès les caractères qui peuvent servir à distinguer
1rs affections morbides, Bl son! ainsi tombés dans une confusion nuisible an diagnostic et même à la thérapeutique. Nous indiquerons surtout celles qui doivent éclairer ces doux points fondamentaux.
D'après leur marche , — les maladies doivent être distinguées :
|° En continuée, rémittentes, intermittente». Ces dernières , dont il faut sérieusement étudier les différents types, offrent, indépendamment daa caractères communs, un caractère spécial bien importants noter : la périodicité; caractère qni réclame on ordre particulier d'agents thérapeutiques ! le» antipériodiques apyroonês; moyens dont l'emploi devient presque toujours nécessaire et quelquefeis argent, indispensable, comme on le voit, par exemple , dans les lièvres intermittentes pernicieuses, etc.
2' En aiguës ou chroniques; mais, dans celte distinction, il ne faut pas prendre pour terme exclusif d'appréciation , la lenteur de la marche ou la durée de la maladie ; on doit également tenir compte rie l'âge, du tempérament, de la constitution du sujet; de la vitalité , de la nature de l'organe , du tissu affectés, etc.
D'après le mode de développement et de transmission, les altérations morbides peuvent être :
|° Héréditaires : propagées des parents aux enfants, chez lesquels on les observe dès la naissance : la syphilis , les scrofules , etc.
2° Sporadiffucs, de mtdpa, je sème, je disperse : apparaissant indistinctement dans tous les lieux, en tout temps , chez tous les sujets et sous l'influence de causes qui n'ont rien de spécial; telles sont: la bronchite, la pneumonie, la pleurésie ordinaire, etc.
3° Endémiques : particulières à certains lieux dont les conditions en produisent le développement, toujours avec des caractères Spéciaux; comme on le voit dans les maladies des prisons, >\<^ villes assiégées, des vaisseaui, d*'> camps, des hôpitaux, etc.,
OÙ ces maladies prennent souvent les formes du typhus, de la fièvre
typhoïde , etc.
ï" Épidémiques : parcourant ordinairement une plus ou moins grande étendue de pays; pouvant , mais toujours transitoirement ,
34â moyens d'établi» une bokne doctrine.
s'arrêter, se circonscrire même dans une étroite localité ; offrant deux espèces distinctes : l'une dans laquelle on observe des maladies très-différentes par leur nature , telles que des catarrhes , des péripneumonies, des angines, des entérites, etc., prenant une forme commune et paraissant dominées par une influence particulière qui les généralise et les rend ordinairement plus graves, toutes choses égales d'ailleurs, que les mêmes altérations à l'état sporadique. Ces maladies sont-elles bien épidémiques dans toute la valeur du mot? Existe-t-il dans l'air un principe morbide particulier qui leur donne ce caractère ? Le doivent-elles seulement à la constitution atmosphérique ?
Cette dernière opinion nous paraît plus conforme aux résultats de l'observation et de l'expérience ; puisque ce principe délétère n'est appréciable par aucun de nos moyens d'investigation , et qu'il ne produit, dans ce premier cas, aucune maladie spéciale capable de révéler positivement sa présence. Du reste , même en ne reconnaissant dans cette première catégorie que des maladies ordinaires généralisées , et sous l'influence d'un état météorologique particulier, elles n'en doivent pas moins être bien étudiées à ce point de vue qui les distingue de ces maladies à l'état sporadique ; et traitées d'après les indications que cette influence fait naître.
La seconde espèce , dans laquelle on observe distinctement des maladies spéciales, telles que la variole, la scarlatine, la rougeole, le typhus , la fièvre typhoïde , le croup, la peste, le choléra, etc. , démontre au contraire positivement la présence d'un agent spécial comme elle, et servant a déterminer la constitution épidémique. C'est seulement à cette seconde espèce que nous voudrions voir donner le nom de maladies épidémiques , lorsqu'elles sont passagères et qu'en même temps elles se généralisent assez pour le mériter ; tandis que l'on distinguerait les premières par celui de constitutions médicales morbides : on éviterait ainsi la nuisible confusion que l'on remarque dans presque toutes les histoires de ces maladies.
5° Non transmhsibles par le contact , par l'infection: gastrite,
phlegmon, arachnilis sporadiques, etc. , qu'il est dès lors absolument impossible défaire passer d'un sujet à un autre.
G" Infectieuses : non transmissihles par le contact, par l'inoculation, mais pouvant se communiquer par l'influence des miasmes qui entourent le malade ; par celle d'un principe morbide qui circule dans l'air, aux individus disposés à la recevoir : rougeole, scarlatine, dysenterie épidémique, typhus, lièvre typhoïde, choléra, lièvre jaune , peste, etc. Pour cette dernière, la question parait encore douteuse; et, dans l'opinion de quelques auteurs, la peste se trouve établir le passage des infections aux contagions, comme appartenant à ces deux genres de maladies.
7° Contagieuses : transmissibles d'un sujet à un autre par le contact et l'inoculation : la gale , la vaccine , la syphilis , la variole, etc. Cette dernière paraît en même temps infectieuse, et de plus elle offre le singulier privilège , dans la très-grande majorité des cas, d'être prévenue, neutralisée par la vaccine; de ne se manifester qu'une fois dans la vie , à quelques exceptions près ; dernier caractère qui distingue également son préservatif, dont l'inoculation devient a son tour impossible chez la plupart des sujets primitivement affectés de variole.
Plusieurs auteurs ont également placé au nombre des maladies contagieuses : le rhumatisme , la goutte , le scorbut , les dartres , le cancer, les scrofules, etc. L'observation n'a pas confirmé cette manière de procéder ; nous croyons en avoir démontré l'erreur, pour les scrofules , par des expériences bien positives. De telle sorte qu'aujourd'hui les praticiens n'admettent plus les virus, mais seulement les vices : scrofuleux, cancéreux, dartreux , scorbutique, goutteux, rhumatismal, etc., non transmissibles par lo contact, l'inoculation, maispouvantse généraliser dans l'organisme de manière à constituer les diathèses caractérisées par ces diverses dénominations.
Ces considérations nous amènent à l'étude comparative de la contagion et de l'infection.
La-fiontagion, — contagio,àe </nn, avec, et de tangere, toucher, /oç, dans sa véritable acception, est la. communication d'une
314 MOYENS D'ÉTABUB UNE ÏONNE DOCTRINE.
maladie d'un sujet à un autre, par le moyen du contact immédiat ou mieux encore de l'inoculation. Cette communication s'opère le plus ordinairement au moyen d'un principe délétère visible , appréciable au toucher , à l'analyse chimique , nommé virus , transmettant une maladie semblable à celle du sujet qui le produit, ainsi qu'on le voit pour les virus variolique, vaccin, syphilitique, etc. ; ce qui ne permet pas de le confondre avec le venin, également contagieux, mais déterminant une maladie qui n'existe pas chez l'animal dont il provient. Dans certains cas, la transmission paraît s'effectuer par des animalcules , comme on a cru le remarquer pour l'acarus de la gale.
L'infection, — infect io, de in, dans, et de jixus, établi, fixé , h o6opà, indique la communication d'une maladie par un principe répandu dans l'atmosphère. Ce principe, nommé miasme, de pfwFfHE , souillure , lorsqu'il s'élève du corps d'un malade ; émanation putride, lorsqu'il provient d'un foyer de matières animales en putréfaction ; effluve, lorsqu'il est le produit d'un marais, d'après la distinction de M. Nacquart ; ce principe, plus ou moins délétère, souvent inappréciable à nos moyens d'investigation , agissant seulement quelquefois sur l'odorat , paraît en général plus pesant que l'air, dont il occupe ordinairement les couches inférieures, et semble s'attacher plus spécialement aux tissus de laine, de coton, aux fourrures, aux plumes, etc. Tantôt produit par les grandes réunions d'hommes et d'animaux, surtout dans les lieux resserrés où régnent la misère, les maladies, il n'étend pas son action au delà d'un foyer quelquefois assez étroitement limité , comme on le voit pour les typhus, etc. ; il en est de même pour les effluves des marais. Tantôt développé par des causes souvent inconnues, il se répand au loin , emporté par les déplacements de l'air, comme on l'observe pour le choléra, la peste, etc. Quelle que soit sa nature , lorsqu'il émane d'un foyer déterminé, l'activité de son action paraît décroître, suivant les calculs de M. de Champesme, en raison directe du cube de la distance de ce foyer. Bien différente de la contagion, l'infection peut donc s'effectuer d'assez loin et par les trois principales voies d'absorption : la peau, les surfaces muqueuses
digoslivc cl respiratoire, D'après un grand nombre d'auteurs, au sens de M. Nacquart, dont les judicieux travaux ont éclairé le sujet , ces principes infectieux peuvent se conserver longtemps et se transporter, comme foyer d'infection, dam les tissus de laine, de coton , etc. Si ces faits deviennent évidents par l'expérience, l'importante et grave question des quarantaines se trouvera définitivement jugée.
D'après le siège, les maladies sont distinguées en : 4° locales, affectant seulement une partie de l'organisme : luxation, fracture, plaies, phlegmon, etc.; %° générales, paraissant envahir l'organisme entier : infections miasmatiques, virulentes, vices, cachexies, diathèses, ete. ; mais cette distinction n'est pas tellement établie, qu'elle doive toujours se maintenir; ainsi l'on voit quelquefois des maladies, d'abord générales, se résumer ultérieurement par une localisation; et, plus souvent encore, une affection, primitivement locale , se répandre dans l'organisme par une véritable généralisation.
Broussais , dans son étroit système , expliquait ce dernier fait d'une manière également trop bornée , en l'attribuant exclusivement aux sympathies morbides, alors que la continuité de tissu, la transmission par les grandes voies des circulations sanguine, lymphatique, etc., nous offrent ordinairement des moyens plus positifs et plus vrais d'interpréter ces généralisations pathologiques.
On a voulu, d'après le siège, distinguer également les maladies en allé rations des solides et des humeurs ; mais les solides vivants et les humeurs de l'organisme sont tellement liés dans leurs actions respectives, dans l'exercice des phénomènes de cette économie , qu'il nous semble difficile que l'isolement des altérations morbijiques dans les uns ou dans les autres, en supposant qu'il existe au début de ces altérations, puisse persister assez, dans la majorité êêë cas, pour légitimer cette distinction des maladies; et beaucoup moins encore les deux systèmes auxquels elle a donné naissance.
D'après le caractère, le génie particulier, les affections morbides ont été distinguées en :
1° Bénignes, peu dangereuses par Biles-mêmes, et surtoul
316 moyens d'établir lne donne doctrine.
n'offrant de gravité que celle qui s'y trouve inséparable de la lésion simple des conditions de la partie affectée ; laissant a l'organisme sa liberté de réaction curative , et cédant franchement à la puissance des moyens thérapeutiques appropriés : l'angine, la bronchite, le phlegmon simples et sporadiques , etc.
%° Malignes, pernicieuses, etc. , toujours graves, même avec une apparence d'innocuité] pour les regards de l'inexpérience ; mais, pour les vrais observateurs, offrant, dès leur invasion, un caractère insidieux , une marche irrégulière , quelque chose d'indéfinissable et de sinistre; déprimant la vie, jetant une sorte d'épouvante et d'effroi dans l'organisme ; enrayant ses efforts conservateurs et déjouant les plus savantes combinaisons du traitement par une influence insaisissable et perfide : le croup, le typhus, le charbon, la pustule maligne, le choléra, la fièvre typhoïde , etc.
D'après l'étal des réactions de l'organisme, les maladies sont distinguées en :
1° Apyré tiques , dans lesquelles on n'observe point cet état pathologique particulier auquel on a donné le nom de pyrexie , de fièvre; toutes les lésions des conditions physiques dans leur état de simplicité, principalement à leur début; toute la classe des maladies essentiellement nerveuses dans leurs conditions ordinaires, sans inflammation des nerfs, abstraction faite des fièvres intermittentes simples; un grand nombre de lésions psychologiques, monomanies, démence, etc., sans complications étrangères a ces lésions.
2° Py rétiques , offrant, soit comme essence même, soit comme simple complication de la maladie , l'état pathologique désigné par les termes fièvre, pyrexie; toutes les maladies auxquelles vient s'adjoindre la réaction fébrile, toutes les fièvres : typhoïdes, des marais, des camps, intermittentes, etc. Ce sujet présentant une importance majeure , nous devons l'étudier d'une manière plus spéciale.
Théorie des fièvres. — La fièvre, febris, de fercerc, être
échauffé , bouillir, etc. , 6 mpxk, de *Bp, fou, indique, dans tous les idiomes, un état de l'organisme souffrant, caractérisé surtout par le développement d'une chaleur anormale plus ou moins intense. Hippocrate regardait même cette chaleur morbide comme le caractère principal de la fièvre; étranger à la connaissance du pouls, il ne faisait pas. entrer son appréciation dans les symptômes propres ;i cette maladie.
Il n'est point, en médecine, de sujet sur lequel on ait plus longuement , plus mal et plus confusément écrit que sur la fièvre. Hippocrate, Praxagoras , Celse, Galien, etc., la regardent tantôt comme un résultat de la fermentation , de la putréfaction des humeurs, de la bile plus particulièrement; tantôt comme un effort salutaire de la nature médicatrice pour effectuer la solution des maladies.
Selle, qui s'en est assez occupé pour composer un Traité de pyrétologie méthodique, la définit par un non-sens : « maladie avec froid, chaleur, et un pouls tantôt plus fréquent, tantôt plus lent que dans l'état naturel. » Borsiéri : « une maladie de tout le corps, lésant presque toutes les fonctions; tantôt aiguë, tantôt lente , tantôt continue, tantôt intermittente et revenant périodiquement; causée par les choses contre nature; jointe le plus souvent a une diminution des forces, à un pouls rapide ou fréquent, et à un changement de la chaleur naturelle , et susceptible de se juger par quelque excrétion critique, quand elle est primitive et qu'elle se termine par la guérison, etc. » Il nous semble difficile de porter plus loin la confusion et l'obscurité. Pierre Frank : « une affection de la nature irritée et réagissant contre un stimulant morbifique, avec lésion subséquente de quelques fondions. » C'est de la pure ontologie.
Sans nous arrêter plus longtemps à ces définitions fautives , à ces considérations imaginaires sur les pyrexies, nous résumerons ainsi les interminables débats de ce long et grave procès : Les anciens ont, en général , mal compris la nature tirs fièvres, surtout en leur attribuant un caractère d'essentialitè qui consacrait leur indépendance des parties affectées, et même, pour ainsi dire, de toute
-ÎIS MOYENS D'ÉTABLIH UNE BONNE DOCTRINE.
cause matérielle; les médecins du moyen âge ont augmenté ces erreurs de toutes celles de leurs vaines théories ; les modernes , et spécialement les anatomo-pathologistes , sont tombés dans l'excès opposé en regardant toute fièvre comme une conséquence des lésions organiques ; Broussais a comblé la mesure de cette erreur en imposant l'irritation comme la seule cause des pyrexies. C'est entre ces deux extrêmes que nous trouverons la vérité.
Confondant trop souvent le résultat avec la cause, la plupart des pathologistes anciens, et quelques modernes , ont pris la fièvre pour le fait morbide capital , dominant presque tous les autres , et devant, par conséquent, leur imposer sa dénomination générique. Partant de ce spécieux , mais faux principe, ils ont compris sous le litre de pyrexies un nombre infini de maladies essentiellement différentes, en jetant ainsi la plus grande confusion dans cet important sujet. C'est alors qu'ils ont admis des fièvres : érysipélateuse , scarlatine , miliaire , varioleuse , ortiée, catarrhale , muqueuse, cérébrale, gastrique , intestinale , utérine , urinaire , laiteuse , puerpérale , scorbutique , nerveuse , entéro-mésentérique , blanche , jaune , rouge, hectique, putride, maligne, rhumatismale, thyphoïde , pestilentielle, cholérique, etc., etc.; et, même dans la Mosoyraphie philosophique, au xixe siècle : inflammatoire, bilieuse, pituiteuse, adynamique, ataxique, adénonerveuse, etc., etc. Nous ferons grâce à nos lecteurs d'une centaine, au moins, d'autres fièvres désignées par des termes encore moins exacts, mais autrement bizarres, et dont ils trouveront la consciencieuse description dans le quinzième volume du Dictionnaire des sciences médicales, p. 211 à 486, si, comme nous , ils veulent bien , jusqu'à la fin , en parcourir les inutiles et minutieux détails.
D'après les travaux cliniques de notre époque , le moment nous semble arrivé de mettre un ternie à ces divagations de la science médicale , et de fonder la théorie des fièvres sur des données plus simples et plus certaines.
La fièvre , en prenant ce terme dans son acception la [dus large, est : un état pathologique de ronjunismc, caractérisé, lors de sou développement complet , par une augmentation notable de la
PATHOLOGIE. ',]lJ
chaleur : de lu force, de la fréquente du pouls; avec un ientimcnt de lassitude et de malaise plus ou moins considérables. Du i este, ce malaise, cette lassitude, cette fréquence, celte force du pouls, celte augmentation dé chaleur, offrent des modifications bien importantes à noter, suivant la cause, le caractère, la marche et la phase actuelle «le l'accès fébrile. Afin d'arriver de suite à eei initions essentielles pour la théorie, indispensables pour la pratique, pour le traitement d^> pyrexies; nous les distinguerons en continues, rémittentes , intermittentes.
I. Fièvres continues et rémittentes. — .Nous les comprenons sons un litre commun, pour simplifier noire marche, el surtout parce qu'elles nous semblent rentrer dans les conditions identiques d'un même fond , avec une simple différence dans l'uniformité du développement de leurs symptômes.
La fièvre continue est celle dont les caractères se maintiennent ii peu près au même degré pendant toute la durée de sa manifestation ; la lièvre rémittente est celle qui, dans son cours, offre, à des intervalles plus ou moins réguliers, des phases de diminution et d'augmentation dans le développement de ses caractères, mais sans présenter une apvrexie complète dans aucune de ses phases.
Si nous consultons l'expérience et l'observation sur la véritable nature de cette première classe de fièvres, l'observation et l'expérience nous les montrent, non comme des maladies essentielles, non pas même comme la raison première de l'état pathologique, mais comme l'effet, L'expression d'un état morbide antérieur, et qui <\i'<, lors en devient la cause avec le privilège de constituer le fond principal delà maladie. Les faits les plus positifs établiront cette importante vérité d'une manière incontestable, en prouvant que les caractères, le danger, le traitement dv^ lièvres continues et rémittentes, varient suivant la nature de la cause , de l'altération première qui les produit.
Prenons la lièvre la plus simple , celle qui présente le moins de gravité, l" fièvre éphémère , ainsi nommée pain' qu'elle est très**
fugitive et .se dissipe dans un espace de temps qui dépasse rarement
320 MOYENS d'établib une bonne DOCTRINE.
vingt-quatre ou quarante-huit heures; or, quelle est ordinairement la cause de celte lièvre? Un léger refroidissement général, un travail intellectuel , un exercice physique un peu trop actifs et trop prolongés; une impression vive, l'usage d'aliments excitants, de boissons fermentées, etc.; tout cela dans une proportion insuffisante pour déterminer une inflammation. Quels sont les caractères de cette même fièvre? La chaleur est douce , halituense; elle peut devenir plus sèche, plus agaçante, si des liqueurs fortes, des particules alimentaires plus acres, etc. , se trouvent importées dans les fluides circulatoires; le développement du pouls est franc, régulier , sans fâcheuse concentration ; l'abaissement des forces musculaires n'est qu'une simple lassitude sans prostration sinistre ; enfin le malaise qui se manifeste au début disparaît quelquefois pour faire place a une sorte de bien-être, lorsque le développement de l'accès fébrile est complet.
Il n'est personne assurément qui n'ait vérifié sur soi-même toute la réalité de ces faits. Or, nous le demandons actuellement, la fièvre n'est-elle pas ici seulement l'expression d'une excitation superficielle de l'organisme, antérieure au développement de cette réaction? La bénignité des symptômes fébriles ne se trouve-t-elle pas en raison directe de la légèreté de cette lésion, du peu de gravité des causes qui l'ont déterminée? Enfin, ne doit-on pas ici, dans une thérapeutique rationnelle , s'adresser à cette excitation superficielle de l'organisme, par l'éloignement des causes, le repos, la douce chaleur du lit, les boissons tempérantes, etc. , sans jamais attaquer directement la fièvre comme altération essentielle ?
Engageons-nous davantage dans la question ; voyons les fièvres se produisant à la suite d'une simple phlegmasie ; les faits seront ici plus concluants encore. Lorsque l'inflammation s'empare d'un tissu , d'un organe doués d'un certain degré d'excitabilité , d'importance dans l'économie vivante; lorsque cette inflammation présente une étendue, un développement suffisants, l'état fébrile se manifeste; et, chose remarquable , ordinairement avec l'intensité , la marche de l'inflammation , et même avec des caractères particuliers aux tissus, aux organes qu'elle affecte : ainsi la fièvre est
continue ou rémittente, suivant que l'inflammation marche d'une manière uniforme on qu'elle offre des alternatives de diminution et d'accroissement; la chaleur est vive, sèche, mordicante dans l'érysipèle ; douce , halitueuse , dans la bronchite, etc. ; lu pouls est petit, serré dans la phlegmasie des séreuses; large , plein dans celle des parenchymes ; vif, fréquent dans la pneumonie ; plus lourd , moins répété dans l'encéphalite, etc. Si l'inflammation devient plus violente, la fièvre augmente ; si elle diminue, la fièvre s'abaisse ; enfin, lorsqu'elle se termine favorablement, la fièvre disparaît avec elle.
Voilà ce que l'expérience nous démontre chaque jour. Ici les faits sont palpables, les rapports de cause à effet sont évidents; l'inflammation est la maladie principale , celle qui réclame les moyens thérapeutiques ; la fièvre n'est qu'un résultat , un symptôme , souvent, ainsi que nous le verrons, une complication ; n'exigeant, comme fièvre, aucun traitement, puisqu'elle doit céder sous l'influence de celui qui guérira l'inflammation.
Arrivons actuellement aucceurmôme de laquestion; étudions les maladies où l'essentialilc des fièvres avait d'abord paru plus soutenante; l'expérience et l'observation viendront également la bannir de ce dernier refuge. Nous parlons ici de l'état fébrile accompagnant les altérations morbides que nous voyons se développer sous l'empire de la contagion ou de l'infection : telles que la variole , la vaccine, la rougeole , la scarlatine, le typhus ordinaire, icteroï'de, la typhoïde , le choléra, la peste, etc.
Dans toutes les maladies de cet ordre si spécial, que nous offre d'abord l'observation, comme caractère essentiel et commun? Un véritable empoisonnement ou virulent ou miasmatique; transmissible par contagion, s'il est virulent; par infection, s'il est seulement miasmatique. Dans ces maladies, est-ce la fièvre qui se manifeste d'abord, qui domine ensuite la scène, et qui, en définitive, réclame le traitement? Toute la solution de cet important problème se trouve dans celle de ces trois questions. Suivons donc la marche commune à ces graves altérations pathologiques. Trois périodes principales s'y caractérisent lorsqu'elles achèvent leur complète révolution.
322 moyens d'établir bne Bonne doctrine.
Première période : contagion ou in fer lion. — Dans tonte l'économie vivante , impression de tristesse , d'inquiétude , pressentiments funestes , découragement, malaise, anxiété, prostration des forces, sorte d'ébriété, pâleur, froid des extrémités, quelquefois général , troubles nerveux et fonctionnels très-variables , etc. Ces premiers symptômes offrent sans doute plusieurs modifications dans leur développement, leurs combinaisons, suivant la nature, la gravité du principe ou contagieux ou infectieux; suivant l'âge, le sexe , le tempérament, le caractère du sujet, les conditions atmosphériques , locales, etc. , les complications d'autres maladies, etc. ; mais, indépendamment de toutes ces modifications, ces symptômes traduisent positivement la présence, dans l'organisme, d'un principe délétère plus ou moins offensif , plus ou moins dangereux et même assez puissant, dans certaines conditions, pour déterminer la mort avant le passage a la seconde période; ces symptômes suffiraient donc seuls pour indiquer la nature de cette lésion , de cet empoisonnement, si la contagion ou l'infection qui l'ont produit n'étaient pas là pour compléter la démonstration. Or, dans toute cette période, l'état fébrile n'existe pas encore.
Deuxième période : réaction. — En conséquence des lois de son organisation, des conditions spéciales qui la distinguent, l'économie vivante jouit du privilège, que nous examinerons bientôt, de tendre incessamment au rétablissement de l'état normal dérangé , à l'élimination des principes nuisibles qui s'introduisent dans son domaine. Ce n'est point ici une entité que nous venons créer, c'est cette tendance que nous devons signaler, c'est un fait que nous constatons. En conséquence de ces dispositions, les principes morbides que nous avons indiqués, soit contagieux , soit infectieux, après avoir produit la stupeur de l'organisme en déterminent la réaction, en supposant qu'il se trouve en mesure de l'effectuer.
Alors commence la seconde période caractérisée par le développement de la fièvre, par l'imminence des congestions locales, souvent à leur tour dangereuses ou même quelquefois mortelles ; enfin, par la traduction extérieure et sensible de la cause morbifique :
PATHOLOGIS. 323
ainsi par l'éruption de la vaccine, de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, etc., à la peau; de la typhoïde, à la muqueuse intestinale; par la cyanose dn choléra , les bubons, les pustules de la peste, etc. Ces manifestations locales peuvent à leur tour devenir autant de maladies secondaires plus ou moins graves ; mais elles ne constituent pas, comme on l'a cru longtemps, l'altération principale , elles ne sont pas même la cause première de la fièvre : c'est à l'empoisonnement contagieux ou miasmatique seul qu'il faut réserver ces caractères.
Quant à la fièvre, elle offre encore ici des symptômes particuliers et propres a cette classe de maladies. Souvent presque nulle dans la vaccine, ainsi que les phénomènes de la première période, elle semble témoigner du peu de gravité de cette contagion ; plus intense dans la rougeole , la scarlatine , la variole , le typhus , la typhoïde, la peste, le choléra, etc., elle se distingue surtout par l'irrégularité de sa marche , les phénomènes anormaux qu'elle excite , la disposition à la décomposition des humeurs qui l'accompagne fréquemment, et qui lui firent donner par plusieurs auteurs les noms de fièvres malignes, adfiw/miqueg . putrides, aiaxiques, etc.
Troisième période : élimination. — Si, dans cette phase, l'économie vivante se débarrasse entièrement du principe d'infection ou de contagion, sans accidents consécutifs, la guérison s'effectue d'une manière lente et graduée , dans la mesure de cette élimination; lu lièvre elle-même diminue sensiblement, etquelqucfois disparaît avant le retour complet de l'organisme à l'état normal ; voilà ponr les cas les plus simples, les plus heureux.
Dans certaines circonstances, les symptômes locaux prennent un fâcheux pouvoir , comme on l'observe dans les varioles confluentes, les typhoïdes avec une large éruption intestinale, la peste accompagnée de nombreux bubons , pustules, etc.; dans ces cas, la fièvre peut se prolonger sous cette influence , et des accidents graves, parfois mortels, se développer.
Chez quelques sujets, l'élimination se fait incomplètement, soit par défaut de réaction organique, soit par la négligence, des précautions
324 moyens d'établir une bonne doctrine.
si nécessaires de la convalescence; et l'on voit alors, même après une simple rougeole, une simple scarlatine, se manifester des accidents sérieux ou se développer dans toute l'économie un de ces états valétudinaires si pénibles et si prolongés.
Enfin, dans les cas les plus graves, l'organisme succombe a l'impuissance de la réaction; l'élimination n'a pas lieu; la mort arrive avec une effrayante rapidité , sans qu'aucun traitement puisse empêcher ni même ordinairement retarder cette funeste issue. L'observateur attentif peut assez souvent la prédire à l'avance; ainsi, pour choisir un exemple dans les faits les plus ordinaires : toutes les fois que le gonflement , la targescence vitale qui doit accompagner l'éruption variolique , surtout confluente , ne se manifeste pas franchement et d'une manière notable , lors même que la maladie semble , du reste , bien marcher , la mort est presque certaine. C'est après l'avoir un grand nombre de fois vérifiée par l'observation, que nous formulons cette loi très-importante, comme on le voit, dans la question à résoudre.
Ainsi , dans toute la classe des maladies produites par la contagion ou l'infection, les fièvres que l'on y plaçait avec le titre d' essentielles, ou tout au moins de maladies principales , n'y sont que des états pathologiques secondaires à V empoisonnement virulent ou miasmatique , et ne réclament aucun traitement fébrifuge , tant qu'elles s'y trouvent associées au type continu ou même avec de simples rémissions. Ainsi , toutes les fièvres de cette première catégorie ne sont donc pas des maladies essentielles , maisdes états morbides produits par d'autres altérations antérieures, dont ils deviennent alors une conséquence , l'un des symptômes généraux. Vouloir imposer à ces altérations antérieures le nom de fièvres , c'est donc évidemment confondre l'effet avec la cause , la maladie secondaire avec la maladie principale, en jetant de cette manière la plus grande confusion dans la théorie , mais , ce qui devient beaucoup plus grave encore , en faussant toutes les indications thérapeutiques raisonnées.
TI. Fièvre intermittente. — Afin de procéder avec la précision
el la clarté nécessaires dans un sujet de cette nature, nous étudierons d'abord la fièvre intermittente simple , sans aucune complication , avec les caractères qui la constituent essentiellement.
Nous désignons par le terme de fièvre intermittente une maladie particulière se manifestant et revenant par accès, avec des intervalles de santé parfaite , ou du moins pendant lesquels on n'observe aucun symptôme pathologique appréciable.
Chacun de ces accès complets est caractérisé par trois stades successifs :
1° Froid. — Son invasion peut être précédée par des pandiculations, des bâillements, un sentiment de malaise, etc. Dans presque tous les cas, elle se traduit d'une manière instantanée par le refroidissement , la pâleur des extrémités et de la face , le tremblement des lèvres , qui s'étend à l'organisme, avec frisson, claquement des mâchoires, horripilation, lividité de la peau, qui prend le caractère particulier désigné sous le nom de chair de poule ; froid douloureux se propageant souvent dans le trajet de la moelle épinière, lassitude , anxiété plus ou moins pénible, pouls serré, concentré, fréquent, irrégulier, respiration difficile , embarrassée, etc. La durée moyenne est d'une heure.
2° Chaleur. — Invasion lente et progressive de la chaleur du centre vers les extrémités, avec cessation de l'espèce d'angoisse générale, et même quelquefois manifestation d'une sorte de bienêtre comparativement à l'état qui précède; plus de liberté dans la respiration; pouls fréquent mais graduellement plus large, plus fort et plus régulier; coloration assez forte de la peau, qui reprend son poli naturel , etc. La durée moyenne est de six heures.
3° Sueur. — La soif, plus ou moins vive dans les deux premiers stades, est calmée; le pouls devient moins fréquent, plus souple, la chaleur diminue, la peau s'amollit, fournit une rosée d'abord légère, suivie de sueurs plus ou moins copieuses ; l'urine, souvent abondante et blanche dans le premier stade, rouge et plus rare dans le second, paraît ordinairement sédimenteuse et se couvre de pellicules dans le troisième, dont la durée moyenne est de deux
heures. Le malade s'endort assez ordinairement a la suite de l'accès , et ne conserve à son réveil , dans ce cas de simplicité dont les symptômes que nous venons d'exposer sont plus ou moins développés , qu'un peu de fatigue et de malaise qui se dissipent insensiblement pour faire place au retour de l'état normal.
L'intervalle des accès, l'apyrexie, peut varier par sa longueur d'un à trois jours, et même davantage, d'après plusieurs observateurs; c'est ce qui constitue le type des fièvres intermittentes, qui deviennent ainsi : quotidiennes, tierces, quartes, etc., avec des combinaisons de ces types dont on a fait des modifications beaucoup trop multipliées , et qui n'ont souvent d'autre résultat que d'en compliquer l'histoire.
Nous ne chercherons pas à savoir si , comme le pensent MM. Audouard, Piorry, etc. , le gonflement de la rate, que l'on a bien des fois remarqué dans le cours prolongé de ces fièvres , en est la cause ; si, d'après MM. Nepple , Littré , etc. , il s'en montre seulement l'effet ; ces considérations , qui sont loin d'offrir l'importance et la réalité qu'on a voulu leur donner, ne nous semblent pas à la hauteur du sujet, surtout étudié du point de vue où nous l'envisageons. Ce qu'il nous importe beaucoup plus de constater, c'est le caractère spécial des fièvres intermittentes comme affection morbide particulière, et comme essentiellement différente des fièvres continues et purement rémittentes.
« Il faut, dit Joseph Frank , t. 4 , p. 105, mettre le plus grand soin à distinguer les fièvres intermittentes des continues ; elles diffèrent absolument , et il est impossible de donner une théorie générale qui s'applique aux unes et aux autres. »
M. Rayer, Dict. de méd., a fait ressortir la distinction nécessaire entre ces deux ordres de maladies.
« Les fièvres intermittentes, dit M. Littré, Dict. de méd., t. 4o, p. ioi , sont tout à fait distinctes des fièvres continues, par leurs causes, par leurs symptômes, par leur marche et par leur traitement. »
Faut-il actuellement considérer cet état fébrile intermittent comme une maladie particulière , existant par elle-même, indépendamment de toule autre altération morbide capable de la
PATHOLOGIE, Ml
produire? relie esl ici la question capitale : nous allons franchement l'aborder.
Dans l'état actael delà science, les fièvres intermittentes nous paraissent les seules maladies que l'on puisse, d'après l'observation Bt l'expérience, continuer à désigner sous le nom de fièvres et comme altération morbide principale et distincte.
ftroussais, qui sur le lorrain des pyrexies combattit l'ontologitme avec tant d'avantage , vint échouer contre les lièvres intermittentes en voulant en fausser la pathogénie par l'application de son inilexible système. Pour lui : « toute fièvre n'était jamais que le résultat d'une irritation du cœur primitive ou sympathique. » Bientôt ensuite la gastro-entérite fut le dépôt exclusif de cette irritation ; ai , pour ne laisser aucune exception a la règle , après quelques hésitations, il admit des gastro-entérites intermittentes pour expliquer le développement symptomatique des fièvres du même nom. L'un de ses élèves, M. Mongellaz, dépassant encore la hardiesse procréatrice du maître, déclara, dans un traité spécial : « (pic toutes les phlegmasies pouvaient être intermittentes. » Ces opinions purement systématiques d'hier, n'ont plus aujourd'hui besoin de réfutation; nous les rappelons seulement pour mémoire et pour faire bien comprendre que la fièvre intermittente ne présente aucun rapport avec les inflammations ; qu'elle peut les compliquer, niais qu'elle n'en est jamais l'expression et le symptôme.
Si nous n'avions pris la ferme résolution de ne rien proposer, particulièrement de ne rien admettre d'hypothétique dans un travail aussi sérieux, m mis pourrions peut-être faire observer que les fièvres intermittentes semblent fréquemment avoir beaucoup plus d'analogie avec les /": > roues de l'appareil nerveux ganglionaire surtout, par leur marche périodique, leurs principaux symptômes, l'absence ordinaire de lésions organiques, le genre de traitement qui les guérit; Huns 1rs avons eu effet souvent détruites par les seules préparations opiacées, et toujours mieux en associant l'opium au quinquina, (pie parce fébrifuge seul , etc. ; mais nous ne voulons présenter actuellement ces observations qu'à titre de simples conjectures dont le temps et l'expérience pourront seuls juger la
328 moyens d'établir une bonne doctrine.
valeur ; jusqu'à cette époque , nous maintenons la fièvre intermittente au nombre des maladies qu'il faut étudier isolément et traiter par les moyens spéciaux qui seuls peuvent les attaquer avec le plus d'avantage et de -succès. La théorie que nous exposons va surtout acquérir beaucoup d'importance en examinant actuellement cette fièvre au point de vue des principales complications qu'elle est souvent en mesure de présenter.
La fièvre intermittente peut se compliquer avec les phlegmasieset même avec toutes les autres altérations morbides. N'est-ce pas dans plusieurs cas de ce genre que Ton a vu des fièvres continues prendre l'apparence de fièvres rémittentes, en se joignant à des accès de fièvre périodique , lors du paroxysme? et n'est-ce pas en conséquence de cette erreur, que certains pyrétologistes sont tombés dans cette autre, de confondre la fièvre rémittente avec l'intermittente ? Nous le pensons, et nous trouvons bien plus conforme à la saine observation, à la manière simple et vraie d'envisager les fièvres, de ne voir dans les rémittentes qu'une modification des continues offrant des alternatives de diminution et d'augmentation répondant exactement aux modifications semblables de la maladie dont elles ne sont que le symptôme ; et quand il se manifeste un véritable accès avec frisson, pâleur, etc., lors du paroxysme, d'y reconnaître la complication d'une fièvre intermittente et d'une fièvre continue; du reste, pour toutes ces complications de la fièvre périodique avec les autres maladies , il faut , comme nous le verrons dans la thérapeutique , faire .exactement la part des unes et des autres , en tenant un compte rigoureux des indications et des contre-indications.
Il nous serait du reste facile de citer un grand nombre d'opinions à l'appui de ces principes établis sur l'observation . « Nous voyons ici, à Paris, dans nos hôpitaux, dit M. Littré, Dict. de méd., t. 4 5, p. 154, des fièvres rémittentes causées par l'association d'une fièvre intermittente avec l'inflammation de quelque organe ; mais nous ne voyons pas ces transformations d'une fièvre intermittente en une fièvre violente, où toute intermittence, toute rémittence même ont disparu. »
Cette citation est d'autant plus concluante , qu'elle vient d'un médecin habile , dont les écrits sur la fièvre sont remarquables et
dans une bonne voie. M. R. D., tout en voulant rapprocher la rémittente de l'intermittente, ne s'est pas aperçu que, sous deux noms différents, il décrivait la même maladie à l'étal de complication et de simplicité. Ne dit-il pas en effet, Diet. de méd., t. 27, p. 585 : « Le caractère distinctif des fièvres remit tentes consiste dans l'apparition d'un véritable accès de fièvre intermittente qui vient en quelque sorte s'implanter, à jours et à heures fixes, sur une fièvre continue ? »
Non, ce n'est point là ce qu'il faut nommer une fièvre rémittente, si l'on veut conserver aux choses leur caractère essentiel; aux mots, leur véritable signification ; c'est tout simplement une complication de la fièvre intermittente avec la fièvre continue, réclamant son traitement spécial modifié par les contre-indications de l'état complexe. La fièvre rémittente vraie est au contraire la continue , suivant tout naturellement les alternatives d'augmentation et de diminution de l'altération principale qui la produit; ne réclamant point le traitement anti-périodique , dont l'influence pourrait souvent devenir très-nuisible ; résultat qui prouve tous les dangers de la confusion que nous cherchons à dissiper.
Nous devons particulièrement rappeler à l'attention des praticiens cette complication si grave des fièvres intermittentes, dans laquelle on observe, pendant la réaction du second stade, une tendance funeste aux congestions vers un organe important, et surtout vers le cerveau; ce qui les a fait nommer fièvres pernicieuses. Existe-t-il en même temps "/"' infection miasmatique ; ou la seule disposition que nous venons de signaler suffit-elle pour constituer le danger positif de ces maladies ?
L'expérience n'a peut-être pas encore définitivement prononcé, mais elle a démontré jusqu'à l'évidence la nécessité d'employer le quinquina aux doses les plus élevées, avant la manifestation du troisième accès; en établissant la nature particulière de cette allération, et l'irréparable inconvénient de ne pas en préciser assez tôt If véritable diagnostic. Les travaux de Torli et d'André Comparetti ont depuis longtemps fait sentir l'importance de ces considérationg assurément un peu négligées aujourd'hui sous la dernière
330 moyens d'établir une bonne doctrine.
influence de quelques préoccupations du système de Broussais, dont l'erreur et les dangers se font ici plus spécialement sentir.
En résumé , dans l'état actuel de la science, la fièvre intermittente seule mérite, au milieu de toutes les autres, le titre de maladie spéciale , et par ses caractères , et par le traitement particulier qu'elle exige. Elle se développe souvent, dans ce cas, sans cause et sans lésion organique appréciables. Elle peut être produite par l'infection des miasmes, des effluves, etc., se compliquer avec une autre maladie, etc. Ses caractères et son traitement éprouvent alors des modifications importantes à bien préciser. La fièvre continue est ordinairement le symptôme d'une autre maladie à laquelle, par conséquent, elle ne doit pas imposer sa dénomination et sa thérapeutique. La fièvre rémittente pare, c'est-à-dire celle qui se manifeste par de simples augmentations et diminutions , sans apparition des trois stades .froid, chaleur, sueur, eslune fièvre continue, suivant, dans sa marche, les augmentations et les diminutions de la maladie qui la produit. La prétendue fièvre rémittente de quelques auteurs, distinguée par le développement de ces trois stades, sans apijrexie complète, n'est autre chose que la complication des fièvres intermittente et continue; et dès lors, d'après les caractères que lui donnent ces auteurs eux-mêmes, elle ne mérite pas le nom de fièvre rémittente.
Enfin , d'après là manière dont elles se trouvent associées, — on a distingué les maladies en simples : toutes celles dans lesquelles on n'observe qu'un genre d'altération avec les seuls phénomènes pathologiques inséparables de cette lésion : une plaie, une fracture légères , un érysipèle borné , par cause externe , un phlegmon sous-cutané très-circonscrit, etc. Ici, les indications sont ordinairement peu nombreuses, faciles à remplir. Composées : celles qui présentent la coïncidence d'un certain nombre d'altérations semblables ou pour le moins analogues, chacune avec ses caractères de simplicité : l'existence actuelle et simultanée de plusieurs plaies, de plusieurs fractures, de plusieurs érysipèles , de plusieurs phlegmons, etc. Ici, les indications sont encore sans confusion et sans
difficulté. Compliguéei : celles qui nous offrent la réunion de quelques lésions plus ou moias graves , mais différentes par leur nature il surtout parle traitement qu'elles réclament : la gastrite , l'entérite
avec la lirMv intermittente; la pneumonie avec la chlorose, l'anémie; l'érysipèle œdémateux, phlegmoneux; les plaies avec pénétration dans les cavités splanchniques, etc. Dans cette troisième classe, on distingue les maladies qui se compliquent suivant qu'elles ne dériventpoint des autres : essentielles, principales, idiopathiques, etc.; suivant qu'elles sont la conséquence ou l'expression des autres : coméculives, accessoires, secondaires , sympathiques , sijmptowa/ii/ues , etc. Ici, les indications sont presque toujours nombreuses, différentes, quelquefois même entièrement opposées; d'où naissent les contre-indications. C'est dans ces cas difficiles que le médecin a besoin d'un grand discernement et d'une longue expérience.
Siège des maladies. — Dans l'enfance de l'anatomie, la médecine antique ne possédant aucun moyen de préciser le siège des maladies, fut naturellement conduite à leur essentialité , comme dogme fondamental de ses doctrines. Toutefois, ce qui paraissait lui manquer de ce côté se trouvait bien racheté par la profondeur de ses vues et l'élévation de ses données. En possession des immenses richesses de la science anatomique, la médecine moderne a pu rigoureusement établir et délimiter le siège des altérations morbides; mais n'a-t-elle pas souvent dépassé la juste mesure de ces applications? N'a-t-elle pas surtout acheté le pouvoir de les faire par le sacrifice des vues profondes et des données élevées de la médecine antique?
On l'admettrait, nous le pensons du moins, en comparant les plus habiles traités de la première aux plus beaux ouvrages de la seconde. Les esprits judicieux semblent aujourd'hui bien comprendre ces vérités , et nos plus célèbres Écoles cherchent à rivaliser de zèle el d'efforts pour faire sortir la science médical.' de la Bphère étroite et mesquine dans laquelle on avait étouffé anciens et larges principes<
« Le solidisme, on ne le sait que trop, dit M. Fuster, Bull, de thér., t. 27 , p. 98, régnait naguère en maître dans l'École de Paris , le xixe siècle avait eu la gloire , si gloire il y a , d'entraîner la pratique dans celte ligne. Pinel , surtout, s'était élevé avec une sorte d'acharnement contre l'humorisme... Lien moins en opposant aux doctrines humorales les résultats de l'expérience, qu'en les attaquant par des assertions gratuites , et surtout par les armes du
ridicule C'est de lui que doit dater l'ère du solidisme de la
médecine parisienne Le succès de ses principes conduisit à la
domination de l'anatomie pathologique La médecine anato-
mique s'essaya encore au pouvoir, dont on croit l'avoir dépouillée, sous le manteau même de l'humorisme. Elle ne s'était exercée, dans' les précédentes écoles, que sur les tissus de l'économie; et, sous ce rapport , elle n'avait pas accompli sa tâche , puisqu'il lui fallait encore interroger, analyser, disséquer les liquides, éléments primitifs ou matière élémentaire des solides. C'est la mission qu'un reste de cette école cherche à mettre en honneur aujourd'hui. On voit ces retardataires de l'école anatomique s'attacher à découvrir dans les liquides , et dans le sang en particulier , le point de départ
et la raison suffisante de toutes les maladies Cette nouvelle
secte s'arroge à tort le titre d'humoriste car elle ne fait autre
chose que l'anatomie pathologique des liquides.
« Au point où en est arrivée la question de la nature des fièvres continues , dit M. Andral , et du rôle que jouent , dans leur production, les différentes lésions d'organes qui les accompagnent, la grande importance accordée à l'altération intestinale , comme point de départ de ces maladies , me semble devenir de plus en plus problématique. »
M. Réveilté-Parise , dont nous aimons à citer les judicieuses réflexions lorsqu'il s'agit de faire valoir les avantages de la médecine, élevée aux fécondes et belles considérations d'ensemble, ajoute, Bull, de îhérap., t. 41 ', p. 4â : « Non certes, l'art n'est pas tout entier dans les observations , elles n'en sont que le point de départ. L'art consiste dans les généralisations... Je renvoie à l'étude philosophique de l'histoire de la médecine, étude la plus
utile , la plus instructive que je connaisse , et en même temps la plus négligée, au moins en France. »
-Nous croyons avoir suffisamment démontré la vérité des opinions que nous venons d'émettre , et la nécessité de localiser le siège des maladies, sans nuire aux grandes vues pathologiques par des applications mesquines et forcées.
Dans les altérations des conditions physiques, le siège du mal est, en général, facile à déterminer; mais aussi, pour être juste et complète , cette détermination doit , en quelque sorte, présenter la rigueur mathématique ; il suffira, pour le prouver, de citer les fractures , les luxations , les hernies, etc.
Dans celles des conditions chimiques, le siège est souvent difficile à fixer avec une certaine précision ; ces altérations pouvant affecter aussi bien les humeurs que les solides , et se trouvant assez rarement délimitées par la circonscription d'un tissu , d'un organe et même d'un appareil ; comme nous le voyons pour la chlorose , l'anémie, les scrofules , etc. Heureusement que celte appréciation rigoureuse n'est pas indispensable , puisque ces maladies réclament ordinairement l'emploi de moyens dont l'action doit se manifester sur tout l'organisme.
Dans les altérations des conditions vitales , il est communément plus aisé de fixer le siège positif de l'affection, bien qu'elle puisse envahir simultanément les solides et les humeurs ; ces dernières ne pouvant plus être considérées aujourd'hui comme des fluides absolument inertes. Celte estimation est facilitée par la nature, le siège de la douleur, quand elle existe avec assez d'intensité ; par les différentes lésions fonctionnelles , par les caractères du pouls , etc. Du reste , il est presque toujours très-utile , au point de vue du pronostic et du traitement, de connaître la nature du tissu , de l'organe, de l'appareil où siège plus particulièrement la maladie principale, ainsi que l'expérience le démontre pour les névroses, les phlegmasies, les congestions, les asthénies, etc., dont la gravité, les indications curalives, etc., trouvent un de leurs principaux éléments dans celle connaissance du siège ; et dont les moyens thérapeutiques sont en môme temps généraux et locaux.
334 moyens d'établir une bonne doctrine.
Dans les altérations des conditions psychologiques, le siège ne peut, le plus ordinairement, être précisé que d'une manière vague, inductive et conjecturale. Ainsi, plusieurs médecins, même trèsexpérimentés dans le traitement de ces altérations , en ont placé le point de départ organique, les uns dans le cerveau, les autres dans les centres nerveux ganglionaires. Mais l'anatomie pathologique, en s'emparant d'un grand nombre de sujets morts après plusieurs années d'une démence, d'une monomanie, etc., les mieux établies , est loin d'avoir justifié ces localisations arbitraires; l'expérience et l'observation ayant encore presque tout à faire dans l'estimation réelle du siège organique des maladies mentales, faut-il s'étonner si leur traitement, en apparence le plus habilement combiné , devient si souvent illusoire?
Manifestation , diagnostic des maladies. — Toutes les maladies se traduisent à l'extérieur, pour l'observateur attentif, par des manifestations plus ou moins positives, plus ou moins faciles à saisir, à connaître, à préciser, et dont l'exacte appréciation constitue le diagnostic, de ota-Ytvtoaxw, je discerne; partie fondamentale de la science pathologique et de l'art médical , puisque sans elle on ne peut établir la base d'aucun traitement rationnel ; aussi l'expérience a-t-elle consacré ce principe : « qu'une maladie connue est à moitié guérie. » Nous trouvons partout la confirmation de cette importante vérité : « Le diagnostic est le premier élément de la thérapeutique... Tout progrès dans le diagnostic en est un pour la thérapeutique , ne fût-ce qu'en diminuant les chances d'erreur dans le choix et l'application des remèdes. » Bull, de thérap.
« Toute maladie réduite aux termes d'un problème dont on cherche la solution , ou d'une énigme dont on cherche le mot, dit Cabanis , loc. cit., p. 245, renferme sans doute en elle-même les données de son traitement. Ces données sont dans le caractère , dans le nombre et dans l'iniluence réciproque de ses phénomènes. Dès lors , pour être le plus sûr, le plus facile et le plus prompt, ce traitement doit s'y rapporter avec exactitude. »
Si nous avions encore besoin de prouver la nécessité d'une
bonne théorie pathologique basée sur le véritable diagnostic, pour garantir l'établissement d'une thérapeutique large et surtout cura-
li\c, il nous suffirait de citer l'opinion précisée par le rédacteur du Bulletin de thérapeutique, t. 28, p. G, et qui présente aujourd'hui toute la valeur d'un fait accompli : « La doctrine physiologique ;iv.iii réduit la science du traitement des maladies à la diète , aux sangsues et à l'eau de gomme; l'anatomie pathologique aboutit sur le même point à un scepticisme à peu près complet. »
Pour arriver sûrement à celte science capitale du diagnostic, il faut non-seulement apprécier avec la plus grande attention les caractères distinctifs qui traduisent la nature , le siège, la gravité de la maladie , mais encore tenir un compte exact des circonstances qui l'environnent, et particulièrement du sexe, de l'âge , du tempérament, de la constitution du sujet; des causes de l'altération, des constitutions médicale , atmosphérique , endémique , épidémique, etc.
( les caractères pathologiques ont reçu le nom de signes et de Symptômes. Sans nous arrêter à leurs nombreuses distinctions en commémoratifs , diagnostics, principaux, accessoires, univoques, équivoques, communs, particuliers, palhognomoniques, etc., nous dirons seulement : le symptôme, gû^to^ol, de ouv, avec, et de tiiVcco, je tombe, est: tout changement appréciable survenu dtnis les conditions normales des organes ou de leurs fonctions , cl lié à l'existence de la maladie (jui le produit. Ainsi, dans une pneumonie , la douleur obtuse du côté affecté , la gêne , la fréquence de la respiration, la toux, les crachats visqueux, sanguinolents, le râle crépitant, la lièvre, etc., sont ht tymptômet de l'inflammation du parenchyme pulmonaire; ou, si l'on veut, les changements de l'état normal qui tombent d'eux-mêmes sous les sens du médecin el du malade, lors dn développement de cette inflammation. Le signe , tignwn , de signare , exprimer; mpefav, de njfMtCvtt, je signifie, est le symptôme interprété dans ses rapports avec la maladie qui le produit, de manière à le faire connaître. Ainsi, dans la pneumonie que nous avons choisie pour exemple , ces mêmes symptômes détiennent, pour le médecin exclusivement, ht
336 MOYENS d'établir une bonne doctrine.
signes de l'inflammation parenchymateuse de l'un des poumons, parce que le médecin est seul en mesure de les interpréter, d'en préciser la signification et la valeur. Dans les expressions mômes symptôme et signe se trouve donc tout naturellement la différence, que la plupart des auteurs ont rendue presque inintelligible en voulant trop minutieusement la caractériser.
D'après Hippocrate : « Le concours des symptômes serait un enchaînement régulier des phénomènes que la nature suscite dans un but de guérison, et dont il importe de ne pas troubler la tendance spontanée, sans une nécessité absolue. »
Nous admettrons cette tendance de l'organisme vers l'état normal, et conséquemment une sorte de succession plus ou moins régulière dans l'expression de ses efforts conservateurs , mais il nous est impossible d'y renfermer tous les symptômes et surtout de voir dans leur succession l'intention formelle d'un principe intelligent dont il faut respecter les actes avec tant de confiance et de soumission. Cabanis nous semble avoir mieux compris la question , lorsqu'il dit, loc. cit., p. 56A : « La médecine est fondée sur l'observation d'une classe de phénomènes réguliers, sur l'étude de certains mouvements qui se succèdent et s'appellent dans un ordre invariable , ou du moins dans un ordre dont les anomalies apparentes peuvent elles-mêmes être soumises à d'autres règles fixes : elle est fondée sur la connaissance pratique de certains effets que l'art, soit en imitant, soit en contrariant la nature , vient à bout de produire méthodiquement. »
Aujourd'hui , môme avec nos puissants moyens d'investigation , tels que l'auscultation , la percussion , le spéculum , le microscope, l'analyse chimique , etc. , l'appréciation raisonnée des symptômes pathologiques, ou, si l'on veut, la science du diagnostic , est encore la partie la plus difficile de la médecine ; celle qui exige le plus de tact , de génie médical , de notions chimiques et d'expérience ; enfin celle que le médecin doit étudier avec le plus de soin , puisqu'elle présente la véritable clef de la saine pratique.
Dans cette estimation séméiologique , il faut d'abord s'attacher à bien préciser les symptômes essentiels, pathognomoniques; à
reconnaître les phénomènes morbides accessoires, sympathiques;
il faut s'éclairer de tous les renseignements du présent et du passé ; faire des questions opportunes , sans détails superflus , et les coordonner toujours de manière à marcher droit au but principal ; enfin, dans les cas malheureux, il faut compléter son instruction par l'autopsie , en mettant à profit les précieuses'notions de l'anatomie pathologique dont l'importance incontestable trouve ici toute son application. Aujourd'hui ces investigations ne doivent pas se borner aux solides ; elles doivent également s'étendre aux humeurs de l'organisme. Déjà Boerhaave , Lind , Huxam, Parmentier, Deyeux, etc., avaient signalé, sous ce rapport, des remarques utiles et variées pour le sang des scorbutiques ; dans ces derniers temps on a fait des recherches microscopiques et chimiques non moins curieuses pour celui des sujets affectés de chlorose , d'hémorrhagies passives , etc. ; sans doute il faut tenir compte de toutes ces observations physiques et chimiques à titre de renseignements accessoires , mais il serait contraire à tout principe de saine logique de leur donner trop de valeur quand il s'agit d'altérations opérées sous l'empire de la vie.
Il existe un dernier moyen d'exploration morbide que l'on doit employer seulement dans les cas douteux, et lorsque les autres procédés n'ont pas fixé le diagnostic d'une manière suffisante : ce moyen est le traitement empirique. Cette observation, du reste, n'est pas nouvelle ; Ilippocrate avait dit : « Naluram morborum <iini lianes ostendunt. » On comprend avec quelle prudence et quelle circonspection ces expériences thérapeutiques doivent être effectuées.
Au nombre des séméiologistes nous avons particulièrement à citer Hildenbrand, Vichmann, Pearson, Simmons, Grimer, Dreyssig , Sprengel, Landré-Beauvais , Vogel, Double, etc.
Marche , durée des maladies. — Ilippocrate regardait la marche des altérations morbides comme soumise à la direction de la nature intelligente, qui la réglait de manière à lui donner l'ordre el la précision d'une série de mouvements curalifs tendant Fera uni'.
;138 MOYENS D'ÉTABLIR une bonne doctrine.
solution , un jugement qu'il fallait respecter. Les doctrines modernes ont complètement rejeté ces dogmes et n'ont voulu voir, dans la marche des maladies , que des scènes de désordres et de perturbations , que l'on devait prévenir ou faire cesser par les secours les plus puissants de l'art. C'est encore entre ces deux extrêmes que nous trouverons la vérité.
Dans un petit nombre de maladies, telles que fë furoncle, la variole, la scarlatine, la rougeole, etc., nous observons, en effet, un cours assez régulier, une tendance vers la solution , une durée qu'il nous est possible de préciser avec une certaine exactitude.
Mais dans la plupart des autres altérations morbifiques, telles que le typhus, la peste, le choléra, la pleurésie, la pneumonie elles-mêmes , etc. , la marche n'est presque jamais suffisamment uniforme pour que nous puissions la prévoir, en assigner la durée ; la solution heureuse n'est point garantie de manière à laisser l'art complètement spectateur des phénomènes qui doivent s'effectuer.
D'un autre côté , dans tous ces désordres morbides,, nous retrouvons encore le cachet de cette régularité physiologique des phénomènes vitaux à l'état normal ; ces phénomènes, en devenant pathologiques , ont changé de caractère , mais en conservant une partie de leur manière de procéder sous les influences de la rie. C'est une importante vérité que M. Nacquart nous paraît avoir bien exprimée, Dict. des se. méd., t. 51 , p. 481 : « Comme les maladies ne créent rien de nouveau dans l'économie , mais ne font que la modifier, les lois constitutives de l'organisme marquent toujours plus ou moins leur présence. On la reconnaît, cette action des lois organiques, à un certain rhythme que caractérise une marche déterminée. Ce rhythme est tellement inhérent à l'économie, qu'on le retrouve au milieu du désordre même le plus prononcé. C'est a lui que l'on doit la marche plus ou moins précise que suivent les maladies. Cette marche est différente en général , suivant l'espèce de tissu ou de propriété qui est lésée , et suivant aussi l'espèce de lésion. Elle introduit encore, dans chaque maladie , des temps ou périodes dont la succession plus ou moins distincte , plus ou moins réguliers , forme le cours de la maladie. >►
Sans admettre , dans la marche des altérations, celle progression raisonnée de l'hippocratisme, et surtout ce profond respect qui ne permet presque jamais de la troubler, nous repousserons également ces dogmes du physiologisme de Broussais, qui n'adopte aucune mesure dans cette progression , aucune proportion dans ce respect.
Nous reconnaissons au contraire, dans le cours ordinaire des maladies, une assez constante régularité pour y distinguer des plia ses ou périodes et pour ne faire intervenir l'art que dans une proportion dont le diagnostic rationnel , secondé par les souvenirs de l'observation et de l'expérience dans les cas analogues , devra surtout bien préciser la mesure : ainsi, dans une altération morbide ordinaire , il existe naturellement quatre périodes :
\° Prodromes, — wp&pofteç, derp, devant, et de 8ç*Syuc*-t course; désignant cette phase dans laquelle se manifestent les signes avant* cowrewrs des maladies. Cette même phase n'existe pas toujours; elle s'annonce par un malaise indicible, un sentiment de lassitude , d'indifférence ou même d'aversion pour le mouvement, les exercices habituels, etc. , l'inappétence, le froid partiel ou général, un aspect de pâleur et de souffrance indéterminée, etc; sans être malade, le sujet n'est pas à l'état normal. Dans les altérations graves, surtout lorsque l'agent morbifique est de nature à menacer très-sérieusement l'organisme , on observe en outre un vague sentiment de tristesse profonde, une sorte d'appréhension, de crainte, de terreur, variables suivant l'importance de cet agent et le caractère du malade.
La durée de cette période n'a rien de précis ; elle change d'après la nature de l'altération, les conditions du sujet, les circonstances qui L'entourent, enfin suivant des influences qu'il est parfois bien difficile d'interpréter. Dans certains cas, on voit, si l'on en croit plusieurs observateurs, des causes morbides cependant tièsa.tivcs, les virus de la rage, de la syphilis, par exemple, séjourner pendant longtemps, comme ils le disent, à l'étal <l' incubation dans l'organisme, et ne manifester ultérieurement leurs effets que sous l'empire d'une cause déterminante. Ces considérations importantes et graves ont encore besoin d'être éprouvées an creuset de l'expérience avant que l'on puisse définitivement en admettre un
340 moyens d'établir une bonne doctrine.
bien en rejeter la réalité. On comprend tout l'intérêt qui se rattache à l'étude sérieuse de cette première période, puisqu'en parvenant à préciser ses rapports avec la maladie qui doit se manifester , on pourrait souvent empêcher le développement de cette dernière par des moyens appropriés et toujours plus puissants pour prévenir que pour combattre les altérations morbides.
2° Invasion. — Elle peut être subite, lente, franche, insidieuse. L'état pathologique remplace l'état normal avec l'apparition des symptômes qui caractérisent l'affection. C'est alors surtout qu'il faut établir le diagnostic , la maladie principale n'étant point encore masquée par les complications qui ne manqueront presque jamais de survenir ; et les indications thérapeutiques pouvant se trouver ainsi plus promptement, plus facilement et plus fructueusement remplies.
3° Augmentation. — Les phénomènes morbides atteignent plus ou moins rapidement le degré d'élévation qu'ils doivent présenter; les maladies symptomatiques, sympathiques, accessoires, viennent se grouper autour de l'altération principale, en aggraver souvent, en compliquer toujours le tableau. C'est communément alors que se manifeste le plus grand danger, que le diagnostic et le traitement, surtout, offrent le plus d'embarras et de difficultés par la confusion des symptômes et par les contre-indications plus ou moins impérieuses qui viennent s'opposer à l'emploi des moyens réclamés par les indications. C'est dans cette période que les congestions organiques sont particulièrement à redouter.
4° Diminution, cessation. — De même que l'invasion, la cessation peut être subite, instantanée, ou le plus fréquemment lente et progressive. Les maladies accessoires, sympathiques, symptomatiques , disparaissent ordinairement les premières et dans l'ordre inverse de leur manifestation ; l'altération principale , dans les cas les plus heureux , se dissipe insensiblement par la transition opposée à celle de son invasion : le passage de l'état anormal à l'état physiologique.
Indépendamment de ces périodes , la marche des maladies peut être aiguë, chronique, continue, rémittente, intermittente, etc.,
pathologie: 3 il
mais leur issue nous offrant des considérations du plus haut intérêt , doit être étudiée d'une manière plus spéciale.
Terminaisons des maladies. — Elles peuvent s'effectuer : par le simple retour aux conditions normales , en traversant l'état intermédiaire, que nous examinerons sous le titre de convalescence; par le changement du type aigu en type chronique, et vice versa ; celte seconde modification devient quelquefois curative , et, pour certains cas, l'art lui-même cherche à l'opérer dans ce but; par la création d'une autre maladie; c'est un avantage, si la seconde est moins grave que la première, et surtout lorsqu'elle siège dans un organe moins important; cette transition présente l'un des puissants moyens de la thérapeutique dans les dérivations permanentes ; enfin, par la mort, qui peut arriver promptement, sous l'influence d'une congestion , d'un arrêt dans le jeu des principaux appareils , etc. ; avec plus ou moins de lenteur , par le développement d'une lésion organique, par une exténuation générale, etc.
Lorsque la maladie finit rapidement par le bienfait des efforts curatifs de l'organisme, la guérison est ordinairement précédée par certains phénomènes d'élimination dont nous devons actuellement apprécier le caractère et préciser l'importance.
Théorie des crises. — Kp&nç, judicatio, jugement, de xpfa», je décide, je juge , indique, en médecine, l'effort salutaire de l'organisme qui termine une maladie. Les anciens ont employé le terme hjsis , de Àûçtç, solution, pour désigner les crises salutaires qui s'opèrent sans phénomènes apparents.
La théorie des crises nous offre une des questions médicales sur lesquel les on a le plus longuement et leplus vaguement discuté depuis l'antiquité jusqu'à nos temps modernes : les opinions préconçues, les systèmes ayant presque toujours, dans ces fastidieuses controverses , pris la place de l'observation et de l'expérience. Le seul moyen d'en finir sur ce point, comme sur tous les autres, c'est d'accepter les faits et le raisonnement pour juges du procès.
Hippocrate est, de tous les médecins, le premier qui se soit
341 moyens d'établir une bonne doctrine.
occupé d'une manière plus complète et plus spéciale de la théorie des crises. Déjà Pythagore avait invoqué la force des nombres pour assignera certains jours une plus grande influence dans la terminaison des maladies, mais c'est au vieillard de Cos qu'il appartient de leur avoir donné tant d'importance en les distinguant avec plus de précision et les désignant sous le nom de jours critiques.
Suivant sa doctrine , « beaucoup de maladies , et la fièvre plus particulièrement, consistent dans un vice des humeurs. La nature travaille, par la coction, à mettre la matière nuisible en état d'être expulsée de l'organisme. Cette matière, d'abord unie au sang, esta l'état de crudité; mais elle s'en sépare après l'élaboration qu'elle subit et se trouve ensuite évacuée, à des jours fixes, par des mouvements spéciaux ou perturbations critiques. Dans les fortes constitutions , la matière morbide est quelquefois insensiblement expulsée , sans crise appréciable ; chez le plus grand nombre des sujets, cette expulsion s'opère ostensiblement par les vomissements, les selles, l'excrétion urinaire, la salivation , leshémorrhagies, etc., à des jours particuliers ou critiques, dont les meilleurs et les plus ordinaires sont le septième , le quatorzième , le vingt et unième , etc. »
A côté de ces jours critiques favorables, il en existait de mauvais : le sixième, par exemple, reçut de Galien le nom de tyran, par la comparaison qu'il en faisait avec un despote qui condamne à mort.
Hippocrate ajoute : « qu'après le cent-rimjtième jour critique, la maladie changeait de nature. » Il désigne probablement ainsi le passage à l'état chronique. Galien, Arétée, Duret, Baillou, Fernel, Sydenham , Forestus , Stahl , Baglivi , Boerhaave , Yan Swiéten , Hoffmann , Stoll, Pinel, Landré-Beauvais , etc. , furent les illustres partisans de la doctrine hippocratique des crises, avec quelques modifications apportées par leurs idées particulières. Asclépiade , les méthodistes, Cullen, les vilalisles , les analomo-pathologisles surtout ruinèrent cette doctrine. Enfin Broussais , dans son exorbitant absolutisme, crut pouvoir substituer sa monomanie systématique à l'observation de tant d'hommes justement célèbres , à l'épreuve du temps , a l'expérience des siècles , et trancher la difficulté d'un
seul trait de plume , en déclarant : « que ces prétendues crises ne sont, en dernière analyse, rien autre chose que des déplacements accidentels de l'irritation. » Cette boutade capricieuse n'eut qu'un résultai , et , chose remarquable, un résultat avantageux : celui de ramènera l'examen d'une question qui semblait oubliée. C'est entre ces opinions opposées que nous devons encore chercher la vérité.
La théorie des crises, telle qu'elle est exposée dans les œuvres d'Hippocrate , n'est pins admissible aujourd'hui. L'observation et l'expérience ont fait justice de cette altération des humeurs comme principe du plus grand nombre des maladies; de cette coction de la matière morbide et de son élimination aux jours critiques indiqués d'une manière si précise et si minutieuse. Discuter longuement sur ces points jugés sans retour, serait combattre sérieusement des chimères. Si nous avions d'ailleurs besoin de preuves évidentes pour démontrer l'erreur de celte théorie , nous les trouverions dans Hippocrate lui-même, en faisant ressortir les contradictions formelles qui se rencontrent, sous ce rapport, dans ses ouvrages; comme on peut s'en convaincre en rapprochant le premier et le troisième livre des Épidémies, du Traité des aphorisme* et de celui des Pronostics.
Landré-BeauTais nous semble donner une bien mauvaise excuse de ces contradictions, lorsqu'il ajoute, Dict. des se. méd. , t. 7, p. 580 : « On ne prend pas garde qu'Hippocrate devait parler un langage fort différent dans un livre où il exposait les faits tels que la nature les lui offrait, et dans celui où il généralisait un grand nombre de faits , où il les classait et les présentait dans un ordre systématique. » Celle prétendue défense n'est-elle pas une véritable accusation? .Nous le demandons à Landré-Beauvais lui-même , quelle confiance pourrait donc inspirer la doctrine d'un auteur, fût-il Ksculape, dont les généralisations ne seraient pas l'expression rigoureuses des [ails que lai aurait offerts l" nature? »
Pour soutenir la réalité des fours critiques, Landré-Beauvais invoque un principe don! L'application nous parait aussi peu concluante, lorsqu'il dit, /or. cit. , p. 389 : « La terminaison dès maladies à des époques fixes, n'est pas plus étonnante qu'une
344 moyens d'établir une bonne doctrine.
foule d'autres faits que l'on observe se reproduire à des termes fixes : un temps égal s'écoule chaque année depuis la floraison jusqu'à la maturation des fruits; les phases de la lune et des autres planètes reviennent aux mêmes époques. » Et certes il pouvait ajouter des actes plus remarquables encore à son point de vue : l'incubation des œufs pour chaque espèce; la gestation chez la femme et les nombreux vivipares , etc. Mais il continue : « Comme dans la nature rien ne se fait qu'avec le temps , et que pour chaque effet particulier il faut un temps proportionné , il faut par conséquent un temps déterminé pour le retour des organes à leur état de santé, et pour l'élimination des matières qui sont devenues nuisibles. »
Nous pourrions répondre que dans l'accomplissement des phénomènes que l'on prend pour exemples , il ne s'agit point de jours bons ou mauvais, comme dans les jours critiques; de jours pairs ou impairs , de septénaires, etc. , mais nous ferons simplement observer qu'invoquer des faits normaux en preuve de ce qui doit se passer pour des faits anormaux, c'est appliquer les lois de l'ordre aux aberrations du désordre; expliquer les faits accidentels par les faits naturels; c'est en un mot fausser toutes les règles et toutes les applications de la plus saine logique. Ainsi que nous l'avons déjà dit, qu'on admette un certain ordre, une sorte d'enchaînement dans les phénomènes morbides, comme une conséquence des tendances phénoménales de l'économie dans l'état physiologique, on se trouvera dans la voie d'une doctrine vraie ; mais que Ton donne aux phénomènes pathologiques une marche plus régulière même et plus positive que celle des phénomènes vitaux à l'état normal, on tombera dans les mensongères illusions d'un faux système.
Enfin, Landré-Beauvais, si essentiellement hippocratique , fait cette concession à l'expérience mieux interprétée, loc. cit., p. 516 : « Ce serait se livrer à une exagération déplacée que de prétendre ([ne les crises ne manquent jamais. La vérité de leur apparition est bien prouvée par les observations ; mais on doit convenir qu'elles ne terminent point toutes les maladies, et même que, dans
pathologie; 343
celles où elles se font remarquer , il arrive quelquefois qu'on ne les observe pas. » Cette opinion précise bien ici le passage de l'erreur à la vérité.
Dès l'origine de l'art médical , tous les observateurs attentifs , surtout ceux qui faisaient une médecine à peu près expectante , remarquèrent , dans la solution heureuse d'un assez grand nombre de maladies , une marche plus ou moins régulière vers cette solution; et quelquefois, en conséquence de ces efforts conservateurs de l'organisme, des hémorrhagies, des émissions d'urine, des vomissements, des selles abondantes et salutaires, etc.; aujourd'hui, la thérapeutique étant plus active, l'organisme se trouvant plus rarement abandonné à ses ressources naturelles , ces efforts curatifs sont moins fréquents et moins bien caractérisés. Cependant on les rencontre encore assez souvent pour qu'il soit peu rationnel de les méconnaître et de ne pas leur accorder l'importance qu'ils méritent, l'attention qu'ils réclament dans un traitement pathologique habilement compris.
« De même que durant la santé, dit Cabanis, loc. cit., p. 42, des mouvements réguliers s'exécutent pour l'entretenir et la renouveler en quelque sorte à chaque instant; de même , d'après les lois de l'organisation animale, la maladie amène toujours une autre série de mouvements qui semblent destinés à la combattre , et qui , en effet, quand ils ne sont ni trop faibles , ni trop violents , ni détournés de leur but par des perturbations nouvelles , tendent le plus souvent au rétablissement de l'ordre et de la santé. »
Il reste bien démontré par l'expérience , que l'organisme peut, dans certains cas, au moyen d'un mouvement critique, se garantir d'une maladie grave; ainsi, l'on a vu plus d'une fois L'épistaxis, le flux hémorrhoïdal, etc., faire cesser l'assoupissement, la céphalalgie, les vertiges qu'aurait peut-être suivis une apoplexie; le vomissement, la diarrhée terminer spontanément un embarras gastrique, intestinal , etc. ; mais de cette tendance de l'organisme à s'affranchir, par les voies les plus directes et les plus faciles, à des temps indéterminés, de la surabondance du sang, de la bile, des mucosités, etc., à ces élaboratiôns humorales effectuées par un
346 moyens d'établis ums bonne doctrine.
travail régulier, à ces éliminations à jours fixes, calculables d'avance comme le retour d'une éclipse ou les phases d'une révolution planétaire, il existe toute la distance qui sépare l'observation d'un fait positif de la création d'un système purement imaginaire.
Les partisans de la doctrine des crises , telle que la comprenaient Hippocrate et ses imitateurs , ont fini par s'apercevoir que ces réactions favorables étaient loin d'arriver, même dans la majorité des cas, aux jours qui leur étaient si précisément assignés ; et le moyen qu'ils ont imaginé pour sortir de ce nouvel embarras, est tellement étrange, qu'il a besoin d'être appuyé par ces auteurs pour qu'on puisse le mettre à leur charge.
« Il va encore, dit Landré-Beauvais , loc. cit. , p. 581 , d'autres jours nommés intercalaires ou incidents : tels que le troisième, le cinquième, le sixivme, le neuvième, dans lesquels arrivent quelquefois les crises, mais rarement. » Il est certain qu'en prenant ainsi presque tous les jours de la semaine , les chances de les voir devenir critiques , augmenteront dans la mesure de cette addition.
Nous eussions moins insisté sur cette réfutation de la motion humorale et des jours critiques, si cette fausse théorie ne s'était pas aussi longtemps abritée sous la protection des noms les plus recommandables, et n'eût dès lors offert une tendance plus dangereuse à se conserver ou plutôt à se reproduire dans le mouvement qui semble aujourd'hui nous ramener vers les dogmes fondamentaux de la médecine antique.
Les principales voies organiques vers lesquelles peuvent s'effectuer ces éliminations critiques, d'après la théorie que nous admettons, sont la peau : sueurs, éruptions, hémorrhagies, etc. Les muqueuses : flux muqueux, séreux, sanguins, éruptions, etc. Les séreuses, les synovi aies : épanchements séreux, synoviaux, purulents, etc. Le tissu cellulaire .-œdème, furoncles, phlegmons, bubons, etc. Les glande* : excrétions : salivaire , bilieuse, urinaire, etc. Lorsque l'humeur qui tendait à s'évacuer par une voie favorable , change de direction et se porte vers un autre point avec des dangers plus ou moins grands, la crise prend le nom de métaitase, de (tcTofenç, déplacement.
Tel est aujourd'hui, d'après l'expérience et l'observation , le point de vue sous lequel nous devons envisager la théorie des crises.
« Si l'on nous demande notre opinion sur cette question tant débattue , dit M. Coutaneeau, Dict. tir méd. . /. 9, p. 509, nous nous humerons à faire remarquer que les actes de la vie, soit qu'ils s'accomplissent ordinairement dans l'espace d'un jour, de quelques semaines ou de plusieurs années , soit qu'ils n'aient lieu qu'une seule fois dans le cours de la vie entière, sont réglés suivant certaines périodes de temps et affectent tous une sorte de régularité. Mais aucune de ces périodes n'a une durée fixe , et cette régulant.'- est rarement parfaite lien est de même des maladies
dont la marche est la plus régulière ; les changements qui marquent les différentes époques de leur cours se succèdent dans un ordre déterminé, mais dans un laps de temps d'une durée toujours incertaine. Peut-on mettre en doute qu'il n'en soit de même des phénomènes critiques, quand il est possible de les observer, et serait-il raisonnable de leur accorder le privilège d'une précision numérique qui ne se rencontre nulle part? »
Ces considérations sont vraies , même pour les éruptions de la typhoïde, de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, de la vaccine, etc., qui cependant offrent le prototype des éruptions critiques , au point de vue de la régularité; en effet , le temps de leur apparition, la durée de leurs périodes ne présentent jamais qu'une précision approximatifs et susceptible d'assez grandes modifications. Toutefois, avec ces conditions raisonnées, les mouvements de l'organisme offrant la valeur de crises favorables , doivent être constamment respectés lorsqu'ils s'opèrent dans une direction, avec des proportions convenables; favorisés, lorsqu'ils sont embarrassés dans leur développement; enfin, contrariés et combattus seulement lorsqu'ils deviennent intempestifs ou surabondants.
Convalescence, becbi tes. — La convalescence, eonvalescenli a,
de cqnvalescerc , se fortifier, •;, Zv^faotç, est le passage gradué 4e l'état morbide à l'état de santé parfaite. Pour qu'il se manifeste
une convalescence , il faut que l'altération ait offert une certaine gravité ; c'est à ce point de vue que nous allons étudier la transition de l'organisme vers l'état normal.
Il existe, relativement à la convalescence, un préjugé vulgaire bien dangereux, qui consiste à poser en principe : « que le sujet qui vient d'éprouver une maladie se trouve, par cela même, à l'abri d'une récidive. »
Nous établissons, au contraire , l'axiome diamétralement opposé comme une loi fondée sur l'expérience : Le convalescent d'une maladie grave est, par ce fait, plus disposé à devenir malade , et surtout à présenter de nouveau l'altération pat ho logique dont il est à peine guéri.
On donne au retour de la maladie qui se reproduit dans ces conditions défavorables, le nom de rechute, de re, de nouveau, et de cadere, tomber : b-xocicooi; toujours, comme le démontre l'expérience, plus pénible et plus dangereuse que la première altération ; ce qui du reste peut aisément s'expliquer par la faiblesse actuelle de toute l'économie vivante , et surtout par l'état presque maladif où se trouvent encore les organes déjà si fatigués par la première invasion.
Il en résulte naturellement cette autre loi, conséquence nécessaire de celle qui précède : Dans la convalescence, les plus grandes précautions doivent être prises pour garantir toute l'économie des influences morbides et, particulièrement les organes antérieurement lésés, de toutes celles qui pourraient y réveiller la maladie qu'ils viennent d'éprouver. L'application de cette loi si simple , si vraie, si éminemment utile et cependant beaucoup trop négligée , nous paraît de la plus baute importance en thérapeutique raisonnée , surtout dans les maladies contagieuses , virulentes , infectieuses, etc., l'absorption étant très-active chez les convalescents ; dans les maladies nerveuses, intermittentes , etc., où l'habitude prise devient une cause nouvelle du retour de ces altérations et nécessite, pour les prévenir, l'emploi des anti-périodiques, même après la guérison, etc.
Du reste, c'est dans l'hygiène, plus particulièrement, que
se trouvent les principaux moyens de rétablir les forces plus ou moins épuisées par les souffrances, les déperditions de toute nature, la diète, les émissions sanguines, etc.; depuis que la thérapeutique est mieux raisonnée, que l'on fatigue moins les organes digestifs parles déplorables abus de la polypharmacie , l'économie par l'excès des saignées, etc. , la convalescence devient moins difficile et moins prolongée.
Lorsqu'elle suit une maladie sérieuse , qu'elle marche franchement vers l'état normal sans laisser dans l'organisme aucun principe destructeur, un bien-être indicible se fait sentir au physique , au moral même : celui qui l'éprouve s'imagine commencer une vie nouvelle où tout paraît illusion et prestige ; une vie dont ceux qui ne l'ont pas ressentie ne comprendront jamais tout le charme; une vie tellement exceptionnelle , qu'elle perd une partie de ce charme, de cette suavité poétiques, aussitôt que l'économie vivante a recouvré toute la force et toute la santé premières.
Lors, au contraire, que la convalescence est longue , difficile, incomplète, comme on le voit fréquemment chez les vieillards, chez les sujets d'une mauvaise constitution, épuisés par l'abus d'une thérapeutique exténuante, par l'action d'un empoisonnement virulent, miasmatique, ainsi qu'on l'observe après la syphilis invétérée, le choléra, le typhus, etc. , le sujet tombe quelquefois pour toujours dans ce fâcheux état que l'on nomme valétudinaire , valeladiiKiiiits, de valetudo, santé ; v<xn)fum6&iç ; cacochyme, cacochymes ; y.a/.o/uao,-, de xaxo? , mauvais , et de /;jy.oç, humeur , qui sans être précisément la maladie , n'est cependant pas la santé ; le moral suit les vicieuses dispositions du physique; le caractère devient souvent difficile, ombrageux, acariâtre, sombre, mélancolique, et toute la vie se passe ainsi dans une condition d'autant plus malheureuse , qu'elle se trouve alors presqn'à jamais irrémédiable.
Il est, en résumé , facile de comprendre que la convalescence, indépendamment de ces traits généraux , en offre de particuliers qui sont relatifs au sexe, à l'âge, au tempérament, à la constitution, au caractère, aux habitudes, au genre dévie, aux climats, aux localités, aux saisons, aux constitutions : médicale,
atmosphérique, endémique, épidémiquc , au genre de traitement, à la nature de la maladie qui vient de se terminer, de telle sorte qu'elle peut varier comme toutes ces conditions dans leurs combinaisons infinies, et qu'elle doit toujours , en dernier résultat, pour être bien appréciée, bien conduite, se trouver étudiée dans chaque disposition spéciale et dans chaque sujet en particulier.
Pronostic. — Le pronostic, prognosis, àepro, avant, et de gnoscere, connaître : to wpoywimjtfiv , de r.ch, avant, et de y.vwcrx.w , je connais, est le jugement porte par le médecin sur la gravité, la marche ultérieure et la terminaison d'une maladie.
La médecine antique attribuant une marche à peu près fixe aux différentes lésions morbides, et précisant d'une manière assez positive les jours critiques où ces lésions pouvaient se juger, devait accorder au pronostic beaucoup plus de valeur et de confiance que la médecine moderne, pour laquelle ces illusions de la théorie des crises ont été dissipées sans retour par l'observation et l'expérience raisonnées.
« Les deux plus célèbres écoles de l'antiquité, dit Reydellet, Dict. des se. méd., t. 45 , p. 572, celle de Cnide et celle de Cos, différaient en ce que la première ne s'occupait que de l'état présent des maladies, sans s'inquiéter de ce qui pouvait arriver, tandis que la seconde , au contraire , mettait toute son attention à prévoir et à annoncer les événements futurs; et c'est à cette marche rationnelle, qui lui donnait tant d'avantage dans le traitement des maladies, que l'école de Cos a dû tout l'ascendant qu'elle a pris sur sa rivale. »
Cette comparaison nous semble un des meilleurs moyens d'établir positivement le point où se trouve ici la vérité.
L'école de Cnide , absorbée dans l'empirisme absolu, ne chercha pas à connaître les efforts conservateurs de l'organisme , et par conséquent à préjuger les événements futurs des maladies; elle resta constamment en deçà de ce point réel qu'il importe d'atteindre. L'enseignement de Cos, emporté par les vives impulsions d'un dogmatisme tjop envahissant, voulut substituer \\ la marche indépendante
et libre de la nature, an cours artificiel presque mathématiquement
calculé, s'élever de cette base précaire à la prescience médicale à peu près entière, en déchirant le voile de l'avenir; elle dépassade
beaucoup ce même point, que nous placerons aujourd'hui précisément entre ces deux extrêmes.
Hippocrate, guidé par l'admirable génie d'observation qui le distingue, ne semble-t-il pas prévoir et chercher à prévenir cet entraînement de son école au delà du vrai, lorsqu'il dit : « On ne peut, dans les maladies aiguës, prédire le sort des malades, soit pour la vie , soit pour la mort On rapporte , d'après les médecins, beaucoup de prédictions belles et tout à l'ait surprenantes, telles que moi-même je ne puis en citer, ni n'ai entendu personne
en citer de pareilles Quant à moi , je ne devine point, mais je
décrirai Les signes d'après lesquels on peut conjecturer quels sont les malades qui doivent guérir et ceux qui mourront; ceux qui seront guéris dans peu ou dans un long temps , ou qui succomberont Je conseille d'être très-réservé dans les prédictions
car il faut bien savoir que quiconque parvient à prédire avec justesse excite l'admiration des malades intelligents, mais que celui qui se trompe passera peut-être pour un insensé. »
La science du pronostic est l'une des parties les plus importantes el les plus difficiles de la médecine; elle exige, en effet, une connaissance profonde et raisonnée de l'organisme, de ses fonctions, dis rapports qui lient ce merveilleux ensemble; une longue expérience, une observation attentive, un coup d'œil sûr; elle donne an praticien l'immense avantage de n'être pas surpris par les événements , de prévoir les accidents et d'être en mesure de les prévenir ; aussi est-ce particulièrement pour la gouverne de l'observateur que nous trouvons le pronostic indispensable ; et nous pensons qu'un habile médecin ne doit jamais, surtout dans les cas graves, prescrire nu traitement cl s'éloigner de son malade avant d'avoir, autant qu'il est possible, calculé toutes les phases de l'altération, toutes les complications qui pourront survenir, et toutes les chances des moyens qu'il emploie.
C'estàce pronostic intime, établi dans In consciencieuse attention
352 MOYENS d'établir une bonne doctrine.
de l'observateur, que nous attachons le plus grand prix; quant à celui qui consiste à prophétiser avec suffisance l'avenir du malade et l'issue de la maladie , nous le croyons moins propre au talent modeste qu'au jactancieux charlatanisme.
C'est bien ainsi que le comprend Reydellet, lorsqu'il dit, loc. cit., p. 312 : « La science du pronostic est la science des médecins observateurs; c'est elle qui distingue l'homme profond et réfléchi,
du simple routinier L'art de prédire exige une combinaison,
un calcul au-dessus de la portée du médecin ordinaire , lequel ne voit que les phénomènes actuels, sans en prévoiries conséquences éloignées. »
Toutefois, il se rencontre des circonstances graves, impérieuses, dans lesquelles, pour garantir des intérêts matériels ou moraux , un médecin doit à sa conscience de s'expliquer avec les proches du malade , plus rarement avec le malade lui-même , sur la nature du pronostic à porter. C'est dans ces difficiles et délicates circonstances qu'il doit faire preuve de la circonspection, de la prudence et de la discrétion, vertus principales de son noble ministère. C'est alors qu'il doit garder une juste mesure entre ces avertissements durs et sans compassion qui portent la désolation dans la famille , l'effroi dans l'âme du moribond, et ces déclarations ambiguës du charlatanisme stupide , qui , pour se ménager une issue dans ses continuelles aberrations, s'enveloppe d'illusions et d'obscurités, à la manière des oracles imposteurs.
« Cette science si utile , si nécessaire au médecin, dit Reydellet, loc. cit., p. 574, deviendra funeste au malade toutes les fois qu'elle sera maniée par un ignorant ou un imprudent; car il faut apporter d'autant plus de ménagement dans l'établissement du pronostic, qu'il peut être suivi de conséquences funestes; il n'est presque aucun cas dans lequel un médecin doive porter un jugement absolu et décisif, surtout lorsqu'il craint une issue fâcheuse. »
Si maintenant on considère que le pronostic doit se modifier relativement à chacun des sujets, aux différentes altérations que chaque malade peut offrir, on sentira mieux encore toutes les difficultés qui
se rencontrent poui établir ce pronostic; avec quel soin on doit éviter une fâcheuse précipitation, lorsqu'il 5'; il de le porter.
Dans l'impossibilité de formuler une règle pour chacun de ces cas particuliers, nous dirons seulement : Que, chez tous les malades et dans toutes les maladies, il faut, pour arriver le plus sûrement possible à ce précieux résultat, étudier avec la plus grande attention les causes morbides, les circonstances au milieu desquelles s'est développée la maladie, sa nature, son intensité, sa période actuelle, sa marche, l'importance de l'organe affecté; l'âge, le sexe, la constitution, le tempérament, le caractère, la force du sujet; ses habitudes, sa manière de se coucher, de répondre aux questions; sa coloration, son faciès, la confiance qu'il manifeste ou les terreurs dont il est agité ; le jeu des principales fonctions de l'organisme, le nombre des rechutes éprouvées, le degré de réaction des tendances curatives de l'organisme , la mesure des avantages obtenus par ces tendances et par l'application des moyens thérapeutiques , etc. C'est seulement après avoir mûrement apprécié , jugé ces diverses conditions et toutes celles qui ressortent des cas particuliers , des signes plus ou moins favorables ou funestes, que le médecin pourra former un pronostic assez certain, mais qu'il ne devra jamais traduire qu'avec la plus grande réserve et dans les cas absolument indispensables.
Tou< les auteurs s'entendent, avec raison, sur l'importance et sur les immenses difficultés d'une bonne classification des maladies. Celles que la science possède offrent presque toutes le grave inconvénient de considérer les altérations morbides comme des individualités simples, et de vouloir les coordonner comme on l'a fait pour les minéraux, les plantes et les animaux; sans comprendre «pie les maladies ne présentenl point des entités appartenant à tel ordre, dans un cadre nosologique , sans pouvoir être jamais revendiquées par tel autre.
Le seul moyen de sortir Ai^ embarras el de la confusion
;>ji moyens d'établir une bonne doctrine.
qu'amène cette manière de voir essentiellement erronée, consiste a regarder les maladies , telles qu'elles sont toujours , comme des faits pathologiques plus ou moins complexes; à les ranger dans l'ordre auquel appartient leur type capital et dominant; tout en reconnaissant très-bien, en notant avec soin qu'elles peuvent appartenir, mais moins essentiellement, à d'autres ordres par leurs traits secondaires. En partant de ce principe, que l'observation raisonnée vient elle-même poser, nous espérons mettre un peu plus de précision dans l'arrangement des états morbides , sans toutefois avoir la prétention d'en présenter une classification irréprochable ; ce qui nous paraît impossible en médecine , comme du reste dans toutes les autres branches de l'histoire naturelle.
Les meilleurs esprits ont reconnu, dans tous les temps , entre les maladies , des caractères qui les distinguent , d'autres qui les rapprochent, de telle sorte qu'il devient possible et surtout nécessaire d'en coordonner la réunion.
« Ce sont, dit Cabanis, loc. cit., p. 170, des ensembles de phénomènes toujours différents, toujours individuels et spécifiques, qui s'offrent a nos yeux : et plus nous sommes en état de bien voir , moins nous trouvons ces prétendues identités de maladies, qui n'ont d'existence que dans le cerveau des observateurs irréfléchis ou inattentifs. »
« Une disposition méthodique et régulière, dit Pinel, loc. cit., p. 6, suppose dans son objet un ordre permanent et assujetti à certaines lois générales; or, les maladies, que l'on regarderait à tort comme des écarts ou des déviations de la nature , n'ont-elles point ce caractère de stabilité, puisque leurs histoires, recueillies par les anciens et les modernes, sont si conformes lorsqu'on ne trouble point la marche de la nature ? »
« S'il n'y avait que des individualités morbides, sans ressemblance fondamentale entre quelques-unes de même espèce, dit M. X. , Bull, de thér. , t. 14, p. 269, l'expérience ne serait qu'un vain mot, la science une déception, le titre de médecin qu'un mensonge. À cela peut se réduire le plaidoyer pour la statistique appliquée a la thérapeutique. »
I LASSlPIl MIUN DES MALADIES.
L'idée de classer les maladies semble particulièrement due à Césalpin, à Sydenham : « lequel désirait des tables qui, sous chaque titre, pussent lui rappeler ses propres observations et celles d' atrtrtii. » Dans cette carrière difficile se sont plus spécialement engagés : Félix Plater, Jonstonus, Boissier de Sauvages, Linné, Vôgel, Bfacbride, Sagar, Ackermann, Cullen, Mortung, Yilet, llaaitmann, Sprengel, Gruner, Darwin, Selle, Hoffmann, Pinel , Baume, Tourdes, Tourtelle, Récamier, Duret, Richerand, Alibert, Roche et Sanson , etc.
La santé parfaite, condition générale et régulière de l'économie vivante , bien moins absolue que relative à chaque sujet en particulier, se fonde sur l'état normal des quatre grandes conditions de cette économie : 4° physiques; 2° chimiques; 3° vitales; ï" psychologique* . Par une conséquence nécessaire, la maladie ci insiste dans l'état anormal de l'une ou de plusieurs de ces conditions. ^Toiis trouvons donc tout naturellement ici la division simple des maladies en quatre principales classes : altérations des conditions : /" physiques; 2° chimiques; 5° vitales; 4° psychologiques.
Nous ne formulons aucune hypothèse, nous admettons la maladie comme un fait pathologique; et nous rencontrons ce fait dans l'altération d'une ou plusieurs conditions évidentes, inséparables de l'économie vivante chez l'homme. Enfin, comme nous en avons pris l'engagement, nous placerons chacune des affections morbides dans la classe à laquelle appartiendra son type essentiel et fondamental.
Cette manière de coordonner les maladies nous offrira surtout un avantage incontestable au point de vue thérapeutique sans contredit le plus important, celui de signaler, par la dénomination même des divisions , pour les affections qu'elles renferment , la principale donnée du traitement.
Première classe : Altérations des conditions physiques. — Elle comprend les maladies qui sont essentiellement le résultat d'une modification anormale dans les conditions physiques des diverses parties solides qui par leur ensemble constituent
l'organisme. C'est aussi par des moyens physiques appropriés que l'art vient remplir les premières et les principales indications qu'elles font naître : rapprochement qui semble militer en faveur de cette coordination, et prouver qu'elle s'engage dans les voies de la vérité , surtout lorsque nous verrons le même rapport s'établir pour les trois autres divisions. Cette classe offre six ordres :
4° déplacements : — Hernies, déviations, invaginations, renversements , luxations , etc.
2° Dilatations : — Varices, anévrismes, tumeurs érectiles, ampliation des réservoirs, etc.
5° Rétrécissements , oblitérations.
4° Solutions de continuité : — Contusions, plaies, brûlures, gerçures, fissures, ulcères, fistules, ruptures, fractures, etc.
5° Corps étrangers : — Développés , importés dans l'organisme.
G0 Anomalies numériques des parties : — Organes en excès, en défaut, à l'état d'insuffisance-; absence d'organes ou départies.
Deuxième classe : Altérations des conditions chimiques. — Elle renferme les maladies qui présentent , pour caractère fondamental, une modification anormale dans la composition élémentaire des humeurs plus particulièrement. C'est ici par des moyens chimiques, sous Tinfluence des élaborations vitales, que les premières indications thérapeutiques peuvent être remplies. Cette classe offre deux genres :
Premier genre : par cause spéciale. — Ici, l'influence pathologique forme le principal caractère de la maladie qui peut affecter simultanément les humeurs et les solides organiques. Ce genre se divise en sept ordres :
4° Poisons : — Arsenic , belladone , ciguë , strichnine , opium, etc.
2° Venins : — De la vipère , du scorpion, de la tarentule, de la guêpe, etc.
5° Virus : — Syphilis, rage, variole , vaccine, pourriture d'hôpital , morve , charbon , pustule maligne , peste , etc.
4° Principes infectieux : — Typhus, typhoïde, choléra, fièvre jaune, fièvre des marais , scarlatine , rougeole , miliaire , etc.
ô*° Foyers de résorption.
6° Vice* : — Dartreux, scorbutique, rhumatismal, goutteux, scrofuleux, cancéreux, etc.
7° Animalcules : — Acarus de la gale, entosoaires, poux, chique, dragonneau, etc.
Deuxième genre : pur came ordinaire. — Ici, la nature de la maladie rentre dans les caractères de la modification anormale. Ce genre comprend trois ordres :
1° Excès : — Hyperémie, pléthore, etc.
2° Insuffisance : — Anémie, chlorose , etc.
5° Perversion : — Cacochymie, altérations de la lymphe, etc.
Troisième classe : Altérations des conditions vitales. — Elle réunit toutes les maladies qui se distinguent essentiellement par une modification anormale de la vitalité organique. Dans celte nombreuse division, les indications thérapeutiques principales sont remplies par des moyens propres à ramener les conditions de la rie aux proportions naturelles de la santé. Celte classe offre quatre ordres :
4° Augmentation : — Excitation, irritation, inflammation, hémorrhagies actives, hypertrophies, hypercrinies , anasarque, hydropisies actives, névralgies, etc.
2° Diminution : — Asthénies, hémorrhagies passives, atrophies, hypocrinies, œdème, hydropisies passives , hyponeuroses , etc.
5° Perversion : — Nutritive : Induration, ramollissement, suppuration, productions organiques : cartilagineuses, cornées, osseuses, pseudo-membraneuses, kystes, fongus , polypes , tubercules, mélanose, cyrrhose , etc. Sécrétoires : Altérations de l'urine, diabètes, etc., de la bile, de la salive, du lait, etc. Nerveuses : névroses , convulsions , spasmes , épilepsie , vertiges , catalepsie, etc.
4" Suspension : — Syncope, asphyxie locale, générale, paralysie, gangrène, etc.
358 moyens d'établir une bonne doctrine.
Quatrième classe : Altérations des conditions psychologiques. — Elle contient les maladies qui présentent pour caractère propre une modification anormale de l'intelligence et des passions, sans presque jamais offrir , à l'autopsie, des lésions organiques en mesure d'expliquer ces modifications; ce qui les distingue essentiellement de tous les autres états morbides, et même des différents délires qui sont la conséquence d'une altération plus ou moins directe, plus ou moins grave de l'encéphale, et rentrent dans la classe de ces altérations, dont ils ne sont alors qu'un résultat, un symptôme. Aussi les observateurs donnèrent-ils, depuis longtemps, à cette quatrième classe de maladies, le nom d'aliénations mentales, comme s'ils eussent voulu faire comprendre qu'en effetlesiége de ces maladies se trouvait ici particulièrement dans l'âme. Pour ces affections , c'est dans la médecine morale que l'on rencontre les principaux moyens thérapeutiques. Cette classe offre trois ordres :
■1° Perversion avec exaltation : — Manie, monomanie, hallucinations, etc.
2° Perversion avec diminution : — Démence, imbécillité , etc.
3° Suspension plus ou moins complète : — Stupidité, idiotisme, etc.
Cette classification , que nous ne donnons pas comme parfaite , nous semble surtout présenter pour avantages essentiels : d'être simple , vraie , de faire disparaître cette fâcheuse distinction de la médecine et de la chirurgie ; de comprendre toutes les maladies connues , de pouvoir admettre toutes celles que l'avenir fera découvrir; enfin, de mettre sur la voie des premières indications thérapeutiques à remplir pour chacune des altérations morbides , par la seule considération de la place qu'elle occupe dans ce cadre nosologique.
La thérapeutique, tlierapcutice , o^t.-J.-x , de Ospaneuw , /c traite, je remédie , est cette partie essentielle de la science médicale qui
nu ÎRAPE1 UOUE. 159
pose les règle* , dirige 1rs applications d&n% le traitement des maladies.
N'est-ce pas déjà faire comprendre que toutes les autres divisions de la pathologie ne sont réellement, au point de vue pratique, seul véritablement utile, que le préambule de celle-ci, qui, jointe à la connaissance du diagnostic raisonné , constitue l'art médical tout entier?
« Les théories les plus brillantes, dit Miquel, Bull, de tliér., I. 45 , ]>. ■') , ne sont jamais que des paroles vides , tant qu'elles ne se résolvent pas en une bonne méthode de curation. »
« La thérapeutique, dit M. Guersant, Dict. de Mèd., 1. 20, p. 606, est le complément nécessaire de toutes les connaissances médicales , et le but vers lequel doivent tendre tous les efforts des médecins. La pathologie, considérée isolément, ne serait qu'une partie de l'histoire naturelle de l'homme, et un simple objet de pure curiosité ou de statistique , si on la séparait de la thérapeutique.»
Mais si la science du traitement des maladies est la plus utile, en même temps, et par une fatalité bien regrettable, elle présente, au point de vue pratique, la plus difficile et surtout celle qui fait trop souvent défaut dans les plus pressantes et les plus graves occasions. « Notre art , dit Cocchi , a bien plus de puissance pour connaître que pour agir. »
Ce n'est pas assurément l'étendue qui manque a cette science, puisque son domaine est immense et qu'il embrasse l'action de tous les corps, modifiés indéfiniment parle génie de l'homme, et toutes les ressources de la médecine morale. Mais les qualités de ces innombrables agents ne sont pas toujours faciles à bien apprécier; et leur action sur les causes, sur l'essence même des maladies, est, (linis presque tous les cas, un problème dont la solution ne se réalisera peut-être jamais; car, d'après l'heureuse expression de M. Forge I : « La notion du mode d'action intime des médicaments est la pierre philosophale de la science. »
L,i thérapeutique suffisamment comprise nous offre trois objets principaux : l° l'appréciation la plus exacte possible des agents qu'elle emploie ; 2" l'interprétation de leur influence sur l'homme aux états
360 moyens d'établir dne bonne doctrine.
physiologique el pathologique; 3° l'habileté nécessaire dans leur application.
Pour mieux préciser l'action des médicaments , on a fait des expériences nombreuses, variées, ingénieuses même, sur les animaux. Les résultats ont été loin de répondre aux espérances que l'on avait conçues , et n'ont jamais offert qu'une simple valeur analogique. On a de plus tenté quelques essais sur l'homme sain; mais serait-il rationnel de conclure positivement des effets produits sur l'organisme à l'état normal, aux effets à déterminer sur l'organisme à l'état morbide? Ici, l'on ne peut apprécier que des résultais physiologiques , alors que les influences thérapeutiques sont, avant tout , celles qu'il faudrait pouvoir bien estimer : il en résulte que les seules expériences capables d'inspirer une confiance motivée , doivent être faites sur l'état maladif; ce qui ramène évidemment ici les essais du traitement à l'empirisme raisonné.
« L'homme pathologique , dit M. A. Lalour, Bull, de thér., t. 20 , p. 208, n'est pas, en effet, l'homme physiologique; des fonctions tout à fait nouvelles , inconnues dans leur nature et leur essence , fonctions complètement différentes des fonctions physiologiques , surgissent chez l'homme malade , et les modificateurs de ces fonctions ne peuvent nous être révélés que par l'observation empirique. »
C'est , en dernier résultat , à l'expérience clinique bien dirigée qu'il faut particulièrement demander les notions qui manquent à la thérapeutique, et tenir, dans l'estimation des résultats qu'elle fournit , une juste et sage mesure entre ceux que trop de suffisance porte à vouloir donner a la médecine la rigoureuse précision des sciences mathématiques, et ceux dont l'ignorance et la prévention cherchent à la réduire aux déplorables conditions d'un art purement conjectural. Voici, du reste, l'opinion d'un homme grave, lui-même partisan de la statistique médicale, sur la valeur des notions que l'on peut en obtenir :
« Les sciences physiques et physiologiques , dit M. Guersant , Inc. cit., p. 6/0, et l'expérimentation sur les animaux, sont d'excellents guides pour diriger le médecin dans l'étude si difficile
rHÉRAPEUTIQUE. .)(i|
de la thérapeutique. Mais l'observation clinique est l'unique moyen d'appréciation des effets thérapeutiques, et la statistique le seul à l'aide duquel on puisse se rendre compte de la valeur des expérimentations. Le médecin staticien ne doit jamais, toutefois, perdre de vue que dans le problème si complexe des effets thérapeutiques, il y a toujours au moins un élément de la combinaison qui nous est plus ou moins inconnu et qui nous échappe : c'est la connaissance exacte de l'idiosyncrasie on de l'individualité, qui vient sans cesse modifier les autres éléments des calculs , et qui nous laisse toujours dans celui des probabilités. »
Plus nous observons, plus nous méditons les écrits des véritables praticiens , plus nous comprenons la difficulté des progrès de la science thérapeutique, plus enfin nous arrivons à reconnaître la réalité de cette loi, qui n'est pas de nature a changer nos convie-, tions : En bonne médecine d'application, ce sont moins encore des maladies que des malades qu'il faut traiter. En effet, les expériences deviennent ici tellement personnelles , tellement de circonstance, que les moyens qui réussissent chez tel sujet ne produisent point des résultats semblables chez tel autre , dans un cas analogue , du moins en apparence ; et que chez le même sujet les moyens qui l'avaient délivré d'une altération morbide, ne le guérissent pas toujours de cette maladie qui se reproduit ultérieurement avec des caractères qui paraissent identiques. C'est donc avec beaucoup de réserve qu'il faut accepter ces résultats, si concluants en apparence, delà médecine numérique et de la statistique médicale; et l'on doit surtout bien comprendre que la valeur thérapeutique du médecin est moins encore dans l'étendue de sa science que dans la finesse de son tact et dans la perfection de son génie. « Sans la connaissance de l'à-propos médical, dit Stoll, toute méthode de traitement est mauvaise, non par la faute des remèdes, mais par l'ignorance du médecin. »
D'un autre côté, vouloir n'employer que des médications dont on puisse toujours interpréter et même expliquer la manière d'agir, serait évidemment répudier un assez grand nombre desprincipaux et des plus indispensables agents thérapeutiques dans les cas les [dus
.")(î2 moyens d'établir use bonne doctrine.
graves : le mercure , dans la syphilis ; l'émétique , dans le croup ; le quinquina, dans la fièvre intermittente pernicieuse, etc. Cette prétention dangereuse est encore l'une des hallucinations du physiologisme mal compris ; et l'expérience elle-même nous ramène , pour ces cas particuliers , a l'empirisme éclairé.
« On dit avec raison, ajoute M. Réveillé-Parise, Bail, de thcr., t. 4L p. 558 : La physiologie est la raison de la médecine. Sans doute , l'une contient les principes et l'autre les conséquences. Mais vouloir faire uniquement la médecine en raison des lois vitales ou physiologiques, c'est un but idéal auquel nous ne parviendrons jamais , parce qu'il faudrait que l'organisme nous fût intimement connu. La médecine empirique aura donc toujours une immense influence sur le praticien. »
Arrivé à cette partie si sérieuse et si difficile de la pathologie , le médecin a besoin , plus que jamais , de se débarrasser de toute préoccupation imaginaire , de tout esprit de système ; d'agir avec le plus profond discernement, en s'éloignant le moins possible des conséquences rigoureuses de l'observation et de l'expérience ; en suivant une doctrine dont elles sont les impérissables fondements.
« Ici , dit M. F. , Bull, de ihér. , t. 47 , p. 75 , nous pénétrons dans l'empire nébuleux des interprétations ; ici s'élève le champ clos où combattent, avec acharnement, vitalistes, humoristes, solidisles , empiriques, rationalistes, écleetisles, etc. Sans accorder, nous praticiens, trop de valeur aux théories, si mobiles de leur nature; tout en reconnaissant que la matière médicale, qu'il faut bien distinguer de la thérapeutique , a peu gagné à ces révolutions éternelles comme les hommes et les siècles, nous ne pouvons pourtant nous refuser à reconnaître qu'un système, une idée théorique quelconque , préside nécessairement à l'application (}<'> remèdes, sans quoi le médecin ne serait plus qu'un simple manœuvre ; l'induction , le tact médical seraient des mots vides de sens. »
Les agents thérapeutiques , si nombreux et si variés, se divisent naturellement en cinq classes : 4° vitaux; 2° moraux; 5° hygiéniques;.^ pharmaceutiques; 5° chirurgicaux.
1111 IIW'KI MOLE. -')C-'t
1° Agents vhai \. — Dans cette classe viennent se ranger toutes ces impulsions favorables, e1 même quelquefois nuisibles, que
l'on voit s'éveiller dans l'organisme, à l'occasion des influences morbides auxquelles il est actuellement soumis : impulsions que l'on a depuis longtemps étudiées en les personnifiant, dans l'antiquité, sous le nom île nahirc mèdicatfice. Pour mieux suivre l'enchaînement des idées, nous examinerons cet important et grave sujet sous ce dernier titre, en prenant soin, toutefois, d'en bien préciser la valeur.
Nature médicatrice. — Depuis l'origine de la science pathologique, la difficile et grande question de la nature médicatrice n'a pas cessé de préoccuper sérieusement les esprits les [dus profonds et les génies les plus observateurs. Il est, du reste , facile d'expli" quer cri entraînemenl général de toutes les époques, si l'on considère que dans cette question fondamentale se trouve la raison essentielle de la thérapeutique, la base de l'art médical tout entier.
Dans sa primitive simplicité , la médecine , dépourvue des nombreux moyens curatifs dont l'expérience devait progressivement l'enrichir, abandonnait l'organisme à peu près à ses ressources naturelles, dans le traitement des maladies qui venaient l'assiéger.
Il en résultait nécessairement une beaucoup plus grande facilité pour l'observation des efforts conservateurs de l'économie vivante ; aussi les créateurs de la médecine antique, au premier rang desquels nous devons particulièrement citer Hippocrate , ne manquèrent-ils pas d'apprécier c^^ efforts et d'en signaler avec précision les merveilleux résultats. Aussi dans chaque phase des révolutions de ! ience, les comprit-on d'autant mieux, que la médecine était plus expérimentale si plus rationnelle; aussi, dans noire époque si éminemment sérieuse el positive, après avoir abjuré les erreurs ou dissipé les illusions de toutes les théories imaginaires, de tous les systèmes exclusifs , les esprits judicieux , les vrais observateurs, cherchent-ils a ramener la pathologie dans les voies du natmtalisme
bien conquis et modifié par les épreuves du temps.
« Dans chaque maladie, la nature emploie, «lit Cabanis, he. '•//.. /;. É96\ um1 certaine série de mouvements pour changer l'étal
364 moyens d'établir vm bonne doctrlne.
morbifique et ramener la santé. Ces mouvements sont d'ordinaire les mieux appropriés à ses vues et à ses moyens ; et lorsqu'elle paraît entièrement libre dans son choix , elle les affecte de préférence vers tel ou tel émonctoire. »
« Il y a dans l'organisme vivant, dit Miquel, Bull, de thèrap., t. 26, p. 6 , une force innée qui le crée, le développe et tend à rétablir l'équilibre entre les fonctions, lorsque la maladie est venue le troubler ; c'est ainsi qu'un grand nombre d'affections morbides ont une marche déterminée; que beaucoup d'entr'elles , bien que diversifiées dans leurs manifestations , ont un génie commun , sont sous la loi d'une même aberration intime de la vie. »
« Il faut, dit M. Guersant, loc. cit., p. 616, que le médecin étudie et consulte sans cesse la force médicatrice de la nature , parce qu'elle est le régulateur des moyens thérapeutiques et la source première de toutes les guérisons. La nature s'égare souvent quand elle est abandonnée à elle-même ; et s'il est quelques maladies qui guérissent spontanément , il en est d'autres qui se terminent presque toujours d'une manière fâcheuse par les seules forces de la nature. »
La question ne consiste donc pas actuellement à savoir s'il existe dans l'organisme souffrant des efforts conservateurs et curatifs : ils sont démontrés par l'expérience , admis par les meilleurs observateurs ; c'est un fait capital acquis à la science pathologique. Mais il faut rechercher la cause réelle de ces efforts et surtout apprécier, avec un profond discernement, leur importance et leur mesure dans le difficile problème du traitement des maladies , afin de préciser nettement et sans erreur les limites au delà desquelles toute la confiance qu'on leur accorde , avec raison , deviendrait fatale au sujet affecté.
Dans les temps antiques , Hippocrate se distingue surtout par l'ensemble des grandes et belles considérations qu'il formula sur la nature médicatrice, et dont il constitua si positivement le dogme fondamental de sa doctrine , qu'on la désigne , même encore aujourd'hui, sous le titre de naturalisme.
Privé des secours puissants de l'analoniie et de la physiologie ,
sciences qui n'existaient point alors, cet illustre médecin ne pouvait pas comprendre, par la seule force de son génie, pourtant si profond, le véritable principe et les caractères essentiels des efforts euralifs de l'organisme, que son admirable talent d'observation ne lui permit cependant pas de méconnaître au point de vue de leur manifestation et de leurs avantages. Mais, pour les expliquer, il imagina dans l'économie vivante, sous le nom de nature médicalrice, une entité distincte, intelligente, réglant les divers actes physiologiques et pathologiques avec toute la mesure et toute la portée d'un génie bienfaisant et protecteur qui voit , raisonne , juge et calcule par avance les résultats importants et nombreux de ses déterminations.
Un grand nombre de pathologistes admirent ce principe sous des noms différents. « La nature prévoyante, dit Palladius , Traite drs fièvres, }>. 87, qui est dans l'intérieur, veillant comme un bon médecin à la conservation du corps , excite le mouvement fébrile pour chasser et consumer les agents nuisibles qui la troublent. »
Toutefois, les partisans mêmes de cet ontologisme naturel finirent par s'apercevoir que la nature n'était pas toujours aussi prévoyante, aussi sage : « L'on avait vu, dit Cabanis, loc. cit., p. 459 , que la nature se trompe quelquefois dans son objet ; qu'elle semble , par une espèce de délire , se précipiter dans le péril ou le créer elle-même en faisant des tentatives funestes , en dirigeant ses efforts d'une manière inconsidérée , en poussant les évacuations jusqu'au dernier terme de l'épuisement. »
Les observateurs sérieux comprirent qu'au point de vue de la médecine antique la doctrine des efforts conservateurs de la nature médicatrice était inadmissible, en contradiction, par son principe fondamental , avec les lois de l'organisation et les résultats de l'expérience; les anatoiïio-pathologistesl'ébranlèrentdans sa base, enfin Broussais entreprit de la ruiner complètement.
Il prouva sans peine , ces preuves étaient faites avant la conceptian de son étroit système, que l'entité intelligente et réfléchie '/// naturalisme se trouvai! chaque jour eu désaccord avec les
3C<J MOYENS i/KTABLTR UNE BONNE DOCTRINE.
données les plus positives de l'observation. Mais dans la nécessité d'admettre un grand nombre de faits pathologiques dont la manifestation semble traduire la réalité des efforts conservateurs de l'organisme, le réformateur n'hésita pas à les expliquer par un mot à peu près magique : « par la réaction des sympathies morbides. »
Nous rejetons avec Broussais , avec la plupart des bons observateurs, la réalité de l'être nature, chassant avec intelligence, de son domaine, l'entité maladie; ici l'interprétation est essentiellement fautive. Mais vouloir nier la réalité d'un fait évident, par cela seul qu'il est mal expliqué, nous paraît bien peu logique. Nous admettons en conséquence, dans l'organisme, des tendances: conservatrice* pour l'état normal; protectrices et réparatrices pour l'état morbide , et nous trouvons dans l'ensemble même de la constitution des êtres vivants, la raison et l'explication de ces tendances.
En créant les organismes , depuis le plus simple jusqu'au plus compliqué , l'auteur de l'univers dut nécessairement, pour ne pas se montrer inférieur au génie de l'homme dans ses productions , imprimer à chacun de ces organismes des conditions appropriées d'existence, de développement et de conservation au milieu de tous les modificateurs qui les entourent. C'est précisément cette grande et sublime pensée du Créateur que nous révèlent chaque jour l'observation et l'expérience ; de telle sorte que la réalité de ces conditions n'est plus à l'état d'hypothèse, mais de fait positivement démontré.
Si nous arrivons donc, sans idée systématique, à l'observation des économies vivantes , en remontant la chaîne des êtres , nous retrouvons partout les preuves incontestables de ce fait général et commun. Ainsi :
Le simple végétal s'approprie des éléments puisés dans le sol et dans l'air, s'entretient et s'accroît par une élaboration particulière et dans laquelle interviennent les seules conditions vitales de son existence. L'arbre affecté d'une plaie nous offre bientôt, dans le lieu de la blessure , un travail d<' cicatrisation que les seules
IIIinAPElTIQl E. 367
tendances favorables et conservatrices «le son organisme conduiront ordinairement à bonne lin.
Les animaux il'uii ordre inférieur nous montrent des phénomènes analogues et sons les mêmes influences ; chez quelques-uns, ces influences deviennent si puissantes, qu'elles vont jusqu'à la reproduction d'une partie, d'un membre tout entier.
Enfin, chez l'homme nous voyons l'estomac digérer les aliments, repousser les substances nuisibles; chaque organe sécréteur puiser dans le sang les éléments appropriés pour en former l'humeur qu'il est chargé d'élaborer, etc. Un os est fracturé : que peut l'art dans la guérison de cette maladie? Mettre seulement les fragments en contact et les maintenir dans l'immobilité.
Oui donc effectuera cet admirable travail dans lequel on voit progressivement les bouts fracturés se ramollir par la soustraction du phosphate calcaire , pour obtenir un tissu capable de cicatrisation ; se réunir par l'excitation adhésive ; se durcir par le retour du phosphate calcaire , par la formation du cal pour constituer, dans le siège précis de la fracture, un os souvent plus solide que le premier? La même tendance qui vient d'accomplir la cicatrisation de la plaie du végétal : la condition vitale et conservatrice de cette économie.
En résumé, ces faits positifs et tous ceux qu'il nous serait encore si facile d'invoquer, démontrent jusqu'à l'évidence, comme première condition des organismes vivants, des tendances conservatrices et Citratwes inhérentes à ces organismes et dont il n'est plus permis de faire des êtres distincts, intelligents, aptes à raisonner, etc., comme on les admettait, sous les noms de nature médrcatrirr. <F instinct , d'âme saisi tire , de force vitale, etc.
Ajoutons que dans la constitution de ces tendances curalives, il existe une liaison réciproque , uni- véritable solidarité protectrice entre les diverses pallies de l'organisme; dispositions qui favorisent, Agrandissent le développement *\c> moutements conservateurs, et sur lesquelles on a si longuement disserte, en leur donnant le litre spécieux de sympathies morbides.
« La nature, dit M. Nacquart, toc. cil., p, 483, en prenant ce
368 moyens d'établir une bonne doctrine.
mot dans l'acception de la médecine , n'est que la vie elle-même mise en action. Il faut dire la même chose des forces médicatrices, objet de tant de controverses en médecine. Que sont- elles en réalité , sinon cette même action de toute l'économie qui marche au secours de celles de ses parties qui sont lésées? C'est la nature qui guérit : autre expression d'un sens tout à fait analogue, et qui aies mêmes bases.
« Cependant ces locutions, cette dernière surtout, ne sont pas sans danger, en ce qu'elles semblent accorder une sorte de raisonnement à ce qui n'est que le développement nécessaire d'un mode donné d'organisation; qu'un effet résultant de la coordination entre toutes les parties. Ainsi, ramenées à leur véritable valeur, ces expressions de nature, de forces médicatrices, de nature qui guérit, cessent d'être des jeux de l'esprit ou des espèces d'êtres mystérieux ; et le langage de la médecine prend une propriété de termes qui devient le garant de la justesse des idées. »
Cette manière de voir, légitimée par l'expérience, avait déjà prévalu dans l'esprit des médecins les plus distingués : « La puissance de la nature , dit Cullen, dépend de l'harmonie et du rapport de chacune des parties. »
D'autres ont comparé la vie, dans l'état morbide , à l'aiguille aimantée que l'on a dérangée des rapports naturels avec son pôle, qui présente des oscillations proportionnées à ce dérangement, et ne s'arrête qu'après le rétablissement de ces rapports.
Sans accorder trop d'importance à des comparaisons bonnes tout au plus pour favoriser l'intelligence du sujet, concluons en reconnaissant pour l'économie vivante, à l'état pathologique , des tendances curatives dans les mouvements organiques se rattachant aux lois primordiales de sa constitution ; offrant le premier des agents thérapeutiques , celui sans lequel tous les autres perdraient à peu près leur valeur; dont il faut toutefois bien diriger l'application , en évitant les immenses dangers de croire à son infaillibilité.
2° Agents moraux. — Bans cette classe viennent se ranger
rHÉRAPEUTIQUE. ÎG9
toutes les influences capables d'agir directement sur l'intelligence
ou sur les passions, et dont la direction bien entendue constitue cette partie essentielle et trop négligée de la thérapeutique, depuis longtemps indiquée sous le nom de médecine morale. Il suffit de rappeler ici l'action réciproque des dispositions psychologiques de l'homme pour faire comprendre toute la valeur de ces agents dans le traitement des maladies.
« La crainte, le découragement, dit Guersant, loc. cil., p. 6H, la tristesse, le chagrin, le malheur produisent des résultats évidemment débilitants sur le moral et sur le physique ; tandis que l'espérance, la gaieté, le bonheur, la confiance, augmentent l'énergie vitale et doublent les forces. La confiance et l'espoir qui se rattachent pour le malade aux conseils que donne le médecin, concourent souvent beaucoup aux succès des moyens physiques qu'il emploie. À plus forte raison la direction morale qu'il imprime aux idées du malade, a-t-elle une influence bien plus grande encore , quand il s'agit de combattre des affections morales et de ramener le calme au milieu du désordre des facultés intellectuelles. »
Cettemédecine morale, sibiencompriseparleséminentspraticiens de tmis les siècles, olïre-t-elle aujourd'hui le développement qu'elle devrait présenter? C'est une question que nous adressons à ceux dont la véritable philanthropie dirige le cœur, dont la philosophie sublime relève encore le génie. Voici leur pensée , nous aurons le courage de la formuler : De nos jours , la science médicale semble perdre en inspiration ce qu'elle gagne en positivisme ; on la fait trop souvent descendre au niveau de l'hippialrique.
Dans l'étude que l'on fait de l'homme souffrant, on met presque toujours son mural en dehors de la question ; on interroge les symptômes de son organisme à peu près comme un objet d'histoire naturelle, comme un problème de diagnostic à résoudre , sans même trop bien dissimuler que l'autopsie peut seule donner à l'avide curiosité de l'anatomo-pathologisme, le dernier mot de celle importante solution.
Hippocrate, Arétée, Bâillon, Sydenham, Desgenettes, etc., interprétaient autrement la puissance morale du médecin, lorsqu'ils
370 moyens d'établir une bonne doctrine.
portaient la confiance et la guérison au milieu des populations ravagées moins encore par les épidémies que par la terreur qu'elles inspiraient. Aujourd'hui même, nos plus habiles observateurs , en dégageant la médecine de ces entraves, de ces données étroites et mathématiques sous lesquelles on avait voulu l'asservir , tout en lui conservant la précision qu'elle s'est acquise et qu'elle ne doit plus aliéner, l'ont rendue a toute la splendeur qu'elle offrait dans les temps antiques.
Le médecin qui veut obtenir de grands succès en thérapeutique, doit donc faire la médecine du cœur et de l'esprit; il doit, sans pédanterie , sans charlatanisme surtout , s'environner d'une sorte de prestige qui commande la confiance que son talent et son zèle viendront ensuite justifier. Le malade chez lequel il a captivé cette confiance, véritable foi médicale, est déjà, par cela même, dans une très-bonne voie de guérison.
« Pour sauver le patient, dit Cabanis, loc. cit., p. 544, des déterminations aveugles, vacillantes, contradictoires de son entourage , il faut une autorité qui captive sa confiance , qui puisse imposer atout ce qui l'approche, confondre l'ignorance par l'ascendant des lumières , donner au traitement un esprit méthodique et de l'unité. »
« Il est, dit M. Réveillé-Parise , Bull, de thér. , t. 20 , ;;. 5 , une autre thérapeutique dont il faut chercher les bases dans un
ordre plus élevé , c'est-à-dire dans la puissance morale Ce qu'il
y a de plus fâcheux , c'est que les hôpitaux, cette abondante source d'instruction pour la clinique matérielle, ne fournissent aucun
secours pour la thérapeutique morale Il n'est donné ni au
scalpel , ni au calcul , ni aux réactions chimiques , de connaître les secrets de l'âme, de mesurer la volonté de l'âme, de l'assujettir à la balance ou au dynamomètre. Si l'on veut en apprécier l'influence pour la dompter, pour la diriger, ce ne peut être que par des moyens d'une nature morale. Or, quel corps de doctrine avons-nous sur ce sujet? Où sont nos ressources, nos axiomes, nos remèdes, nos formulaires? L'anatomie de l'âme , science toujours élevée et intéressante, esta peine ébauchée sous le rapport
illl ItAl'El ! TIQUE. 371
médical. Beaucoup de médecins trùs-exix'Timontés , d'une incontestable sagacité pour suivre et traiter matériellement une- maladie , restent indifférents tout à l'ait à l'observation psychologique, ou bien manquent des qualités indispensables pour la rendre utile; ils ne payent jtoint lire dans le cœur humain. »
« >'e sont-ce pas , ajoute Hufeland , des fonctions saintes et sublimes, celles qui consistent à se faire le consolateur des misères physiques et morales de l'humanité! tâche difficile et glorieuse, à laquelle beaucoup se croient appelés , et qui compte peu d'élus ! Vie de science et de labeur, de dévouement , d'immolation de soi , à laquelle s'élèvent ceux-là seuls en qui la nature a jeté le germe des meilleures facultés du cœur et de l'esprit. »
Le médecin qui tient à remplir dignement cette indispensable et si belle partie de son ministère , qui devient ainsi , comme on l'a dit, un véritable sacerdoce, doit faire une étude constante et sérieuse de l'homme moral dans toutes les conditions de son existence ; étude pénible, difficile, conduisant à des applications plus difficiles et plus pénibles encore , mais dont les fatigues ne sont pas toujours sans rémunération. En portant ce coup d'œil profond et réfléchi dans les abîmes du cœur, dans les replis les plus cachés de la conscience, l'observateur y trouve sans doute bien des plaies saignantes, quelquefois même de hideux ulcères; mais aussi, lorsqu'il parvient à les cicatriser, les plus douces consolations sont la digne récompense de ses veilles et de ses travaux!...
3° A.GENTS hygiéniques. — L'hygiène , hygiène, Cy^vr; , de uyu'.a , santé , est une branche importante et nécessaire de la médecine que l'on a définie , dans ses applications : l'art de conserver la santé, de prévenir les maladies; on devrait ajouter : de concourir à leur guérisoa, les secours de l'hygiène, dans un grand nombre d'altérations morbides, passant avant ceux de la pharmacie.
Cette science est si évidemment et si généralement utile, qu'elle fut m honneur chez les peuples anciens et cultivée par eux avec des résultats qui, même aujourd'hui , sont encore assez remarquables pour exciter notre admiration. Les Chaldéens, les Égyptiens,
372 MOYENS d'établir une bonne doctrine.
es Indiens, les Hébreux, les Grecs, se distinguèrent successivement dans l'application et la propagation de ses préceptes; Moïse, Lycurgue, Minos, etc., les érigèrent en principes religieux, en lois.
Les premiers médecins, Hippocrate surtout, en firent la base fondamentale de leur thérapeutique dans la plupart des maladies ; et la médecine fut ainsi longtemps hygiénique avant de pouvoir devenir pharmaceutique. Dire que cette partie de la science embrasse tous les agents qui ne rentrent pas dans les médicaments et les opérations , c'est faire comprendre qu'elle n'offre dans l'univers d'autres limites que celles qui sont imposées aux objets de nos immenses rapports; aussi devient-elle maintenant si vaste dans son ensemble , qu'on l'a divisée en hygiène : privée , publique, civile, militaire, navale, etc., suivant les objets particuliers de ses applications. Au point de vue de l'hygiène privée, c'est plus spécialement dans les indispositions et les convalescences qu'unie à la médecine morale cette partie de la thérapeutique doit faire à peu près tous les frais du traitement. Quant à l'hygiène publique, et, par extension, à la police médicale , plus appréciées, mieux observées peut-être chez les peuples anciens que parmi les nations modernes, elles trouvent aujourd'hui, dans les merveilleux progrés de la physique , de la chimie et de toutes les autres branches de l'histoire naturelle , des éléments d'action très-puissants et qui donnent, sous ce rapport, à la médecine actuelle une incontestable supériorité sur la médecine antique.
4° Agents pharmaceutiques. — L'agent pharmaceutique , de ipapfUExav, remède ou médicament, peut être défini : toute substance capable de modifier avec avantage l'organisme à l'état de maladie. Le médicament diffère de la substance alimentaire par le défaut de qualités essentiellement nutritives; et du poison, par l'absence des effets toxiques , soit en raison de sa nature , soit en conséquence de la proportion dans laquelle il est administré.
Cette partie spécialement active de la thérapeutique présente aujourd'hui tant d'importance, une si grande étendue, qu'elle
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forme trois sciences relatives au point de vue sous lequel sont envisagés les innombrables médicaments qu'elles étudient; ainsi : l'histoire naturelle de ces agents considérés dans leur nature et leurs caractères distinctifs ; la pharmacie , comprenant la manière de les préparer; la matière médicale, indiquant leurs propriétés curatives, leur mode d'administration, les circonstances qui les réclament et les quantités auxquelles ont peut les donner.
Embarrassés de cette richesse apparente, au milieu de celte confusion des médicaments , les médecins ont senti la nécessité de les disposer dans un ordre assez régulier pour en faciliter l'étude , le choix et l'application. Plusieurs classifications ont été présentées sans atteindre suffisamment ce but difficile à remplir. Dans une question essentiellement pratique, nous pensons que la meilleure base de coordination doit se trouver dans les principales indications auxquelles ces agents sontenmesure de répondre; et, d'après cette manière de voir, on pourrait en admettre quatre classes :
Excitants, — divisés en quinze genres : toniques fixes, astringents, excitants diffusibles , anti-périodiques, vomitifs, purgatifs, diurétiques, vermifuges, anti-syphilitiques, diaphoniques, sialagogues, expectorants, sternutatoires , emménagogues, aphrodisiaque.-.
Tempérants, — divisés en sept genres : aqueux, acidulés, huileux, féculants, mucilagineux , albumineux, sucrés.
Neutralisant», — divisés en trois genres : anti-spasmodiques , stupéfiants , anesthésiques.
Destructeurs, — à dose suffisante, divisés en quatre genres : perturbateurs, narcotiques, vésicants , corrosifs.
En proposant cette classification simple et naturelle , nous sommes bien éloigné de la croire parfaite; nous pensons plutôt qu'il n'en existera jamais avec ce caractère. Il se trouvera toujours, en effet , des médicaments remplissant en même temps plusieurs indications, appartenant dès lors à plusieurs divisions; et si l'on voulait ensuite les coordonner d'après tous les effets qu'ils peuvent produire en raison de leur variété, de leurs doses, Av< circonstances de leur administration, des dispositions particulières du sujet, etc.,
374 moyens d'établir une bonne doctrine.
la confusion la plus complète serait le déplorable résultat de cette prétention. C'est pour l'éviter que nous avons classé les médicaments d'après la principale indication qu'ils semblent remplir , en simplifiant, autant que possible, nos divisions , sans accorder, toutefois, à cette classification plus d'importance qu'elle n'en mérite.
5° Agents chirurgicaux. — Us présenlentpour caractère commun d'être à peu près tous puisés dans la physique et la mécanique ; un très-petit nombre appartiennent à la chimie. Leur application plus ou moins compliquée prend ordinairement le nom d'opération. Us peuvent être distingués en trois classes : 4° la main seule; %° la main armée d'un instrument ; 3° les machines , bandages , appareils , etc. S'adressant à des altérations de conditions physiques , étant mécaniques de leur nature, ils offrent, dans leur manière d'agir, et dans leurs effets, une précision que l'on ne rencontre jamais dans les autres ; mais , en même temps , ils exigent plus de savoir et d'habileté dans leur application , l'art ne pouvant plus être ici remplacé par la nature.
Tels sont les nombreux agents mis à la disposition du médecin pour le traitement des maladies. Véritables instruments thérapeutiques , ils doivent , pour atteindre ce but essentiel de tous les efforts de l'art médical, présenter les qualités les plus avantageuses ; être mis en usage avec l'à-propos et l'habileté nécessaires.
Aujourd'hui , par les expériences consciencieuses , par les admirables découvertes des savants observateurs de nos temps modernes ; par la judicieuse et positive direction qu'ont imprimée à cette partie de la pathologie nos journaux de médecine , et spécialement le Bulletin général de thérapeutique, dont les colonnes sont généreusement ouvertes à tous les travaux utiles, depuis l'observation du fait le plus simple jusqu'aux plus hautes considérations de la philosophie médicale; par le concours de tant de puissances réunies dans un môme but, la science du traitement a pris un caractère sérieux, précis et véritablement curatif; elle donne a l'art beaucoup plus qu'autrefois et lui promet tout ce qu'il est
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raisonnablement permis d'en espérer pour l'avenir. Toutefois, les esprits sages doivent se tenir en garde contre les vaines et chimériques prétentions.
La vie des êtres animés a ses limitesà jamais infranchissables; certaines maladies, leur incurabilité, qu'il nous sera toujours impossible de surmonter, sans que l'art doive être accusé d'impuissance; il faut s'en prendre seulement à la rigoureuse , mais immuable condition de la nature des choses; vouloir la changer serait avoir la folle pensée d'outre-passrr les bornes des facultés humaines et de porter atteinte à l'inviolabilité des desseins éternels. Renfermons-nous, au contraire, prudemment, dans la sphère où nous avons la liberté d'agir; et, du point de vue de l'observation et de l'expérience , cherchons à faire produire à la thérapeutique tout ce qu'elle est susceptible d'effectuer dans l'état actuel de la science médicale.
« La thérapeutique , dit Barbier d'Amiens , Dicl. des se. hh'iI. , /. 60, p. 252, ne se compose plus de la connaissance de recèdes qui font des miracles , de médicaments dont l'expérience <i toujours constaté les vertus; la médecine prend une autre attitude; comme l;i chirurgie, elle raisonne ses opérations, ses procédés; comme la chirurgie, elle veut quelque chose de positif dans son action, d'exact dans l'effet des instruments dont elle se sert... Mais la lésion dont s'occupe la thérapeutique n'est pas celle que dévoilent les recherches anatomiques. Celle-ci a gagné son dernier terme : elle a déliassé les limites où les secours médicinaux pouvaient l'arrêter... Ce sont donc , non pas les lésions des appareils organiques que Ton rencontre dans les cadavres, mais celles que révèlent les symptômes el que fait reconnaître la physiologie , que le thérapeutisle doit étudier, pane que ce sont ces dernières, telles qu'elles sont pendant que la vie existe, qu'il faut traiter... C'est l'action physiologique des remèdes, ce sont les effets immédiats que leur Administration provoque, qui doivent principalement occuper le mérapeutiste. »
Ces réflexions , justes pour le plus grand nombre , ne sont cependant pas entièrement admissibles; ainsi, nous pensons que les altérations organiques doivent être étudiées avec soin dans toutes
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leurs phases , dans leurs rapports avec les causes qui les déterminent, avec les symptômes qui les traduisent, non pour les guérir lorsqu'elles ont atteint leur dernier terme, puisqu'elles se trouvent irrémédiables , mais pour les prévenir , pour les arrêter dans leur marche , lorsque ces résultats sont encore possibles. D'un autre côté , les effets physiologiques ne nous semblent pas les seuls que les médicaments puissent produire ; Broussais l'eût soutenu sans doute , ce dogme est une conséquence de son dangereux système, nous prouverons qu'il est, comme tous les autres, beaucoup trop exclusif.
Si nous examinons actuellement l'homme au point de vue de la thérapeutique dont il est, pour nous, le sujet, nous voyons, ainsi que Bacon le fait observer , qu'en raison de l'extrême sensibilité de ses organes , il est , de tous les êtres doués de la vie, le plus susceptible d'être modifié par l'action des médicaments : ce qui prouve l'empire de la médecine et devient en même temps la source de ses fréquentes erreurs. Mais, indépendamment de ces dispositions communes a l'espèce humaine, combien n'existe-t-il pas de conditions particulières à chaque sujet de cette espèce, en conséquence de l'âge, du sexe, du tempérament, du caractère, de l'éducation, du genre de vie , des professions , des habitudes , etc. , qui nécessitent , de la part du médecin , un tact exquis , une science physiognoinonique profonde , une attention soutenue pour approprier la thérapeutique à ces innombrables individualités?
« Observons, dit Cabanis, loc. cit., p. 5â8 , que les méthodes de traitement, souvent uniformes et simples lorsqu'elles s'appliquent à des individus dont l'esprit ou la sensibilité n'a reçu que peu de culture , deviennent très-compliquées , très-variées , trèsdifficiles, lorsqu'il s'agit de personnes dont l'existence morale a pris son entier développement... Sitôt qu'on n'appartient plus au commun des hommes , le traitement de chaque maladie exige des combinaisons particulières et qui peuvent souvent n'être pas relatives à la maladie elle-même. Ainsi , la médecine pratique se réduit à peu de formules dans les campagnes, dans les hôpitaux ; mais elle est forcée àmultiplier, à varier, à combiner ses ressources
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dans le traitement des hommes livrés aux affaires , des savants, des gens de lettres , des artistes , etc. »
Si nous voulons maintenant apprécier la manière d'agir des moyens thérapeutiques, nous trouvons d'autres complications et des difficultés plus grandes encore. Les auteurs ont longuement discuté sur cet important sujet sans y jeter beaucoup de lumière ; nous reviendrons donc à l'observation des faits, qui seule peut nous éclairer dans cette route obscure.
En étudiant la question à ce point de vue, nous reconnaissons que les nombreux résultats déterminés sur l'organisme par les agents curatifs, sont réduits à deux ordres principaux : 1° physiologiques , 2° thérapeutiques.
Les effets physiologiques — sont tous ceux qui consistent dans une modification appréciable des phénomènes vitaux, produite par une action soit directe, soit indirecte, comme on le voit pour les dérivations. Sous ce rapport, on observe trois genres d'influences : augmentation, diminution, modification dans la nature des phénomènes sensilifs , moteurs, nutritifs, secrétaires , etc., soit isolément, soit en même temps dans plusieurs de ces phénomènes.
Quelle que soit la voie par laquelle pénètrent ces modificateurs, qu'ils affectent d'abord les solides ou les humeurs dont l'isolement ne peut ici longtemps se prolonger, il est en général assez facile d'apprécier ce premier mode d'action auquel se bornait à peu près toute la thérapeutique dans le physiologisme de Broussais, qui la privail ainsi de ses principaux moyens, en la réduisant encore à l'abaissement de l'inflammation par les boissons tempérantes et les émissions sanguines.
Aussi mal compris, le traitement des maladies est loin de répondre à toutes les indications ; il proscrit les modificateurs pathologiques les plus certains, les seuls qui paraissent agir sur l'essence des altérations morbides.
Les effets thérapeutiques — sont au contraire ceux qui se caractérisent par une modification dans la nature intime de la maladie, soit pour la diminuer, soit pour la guérir complètement. Ici les modificateurs semblent frapper la cause même de l'altération,
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lorsque cette cause eu constitue le caractère fondamental ; et cette même cause une fois détruite , il ne reste plus que les altérations physiologiques et consécutives à combattre par les effets de la première catégorie. Un exemple donnera toute la clarté nécessaire à ces explications.
Lorsqu'une épine s'enfonce et reste dans la peau, le point qu'elle occupe devient bientôt un centre de fluxion avec rougeur, chaleur, gonflement, douleur; en un mut, inflammation. Ici la piqûre avec présence du corps étranger est la maladie principale et primitive; l'inflammation est la maladie secondaire, la conséquence.
En se bornant aux effets physiologiques, au traitement de l'inflammation par les émollients , on voit les accidents persister ; en commençant par les effets thérapeutiques , par l'extraction de l'épine, on observe bientôt la suppression des symptômes inflammatoires, quelquefois même sans aucune application locale. Si dans toutes les maladies l'épine , ou, si l'on veut, la cause morbide essentielle , qui toujours existe, était aussi distincte, aussi facile à faire disparaître, la thérapeutique deviendrait puissante, complète , et l'action des moyens qu'elle emploie serait aisément comprise dans les deux ordres d'effets qu'elle produit ; mais nous sommes loin de cette perfection.
Dans le plus grand nombre des altérations morbides , nous ne connaissons ni la nature ni même le siège précis de cette épine* Dans le typhus, la lièvre des marais, la peste, le choléra, etc., nous pouvons bien supposer la présence d'un miasme, d'un agent délétère , mais son essence et l'antidote qui pourrait l'anéantir nous sont absolument inconnus ; il nous est impossible de produire ici autre chose que des effets physiologiques; les tendances vitales seules peuvent déterminer les effets thérapeutiques; et si quelque jour nous découvrons cet antidote, nous le devrons aux hasards de l'empirisme. Dans la variole, la syphilis, etc., nous savons que l'épine est un virus ; nous possédons la vaccine et le, mercure pour le neutraliser ; mais nous ignorons complètement le mode d'action de cet effet thérapeutique.
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Si l'on voulait une dernière preuve de l'immense progrès que la connaissance de celle épine dans les maladies amènerait pour la promptitude et la sûreté de leurguérison, nous pourrions la trouver dans la découverte positive de l'acarus* de l'épine qui produit la gale, et du moyen de le l'aire promptement périr : « Autrefois, dit M. Devergie, Bulletin de thêrap., t. il, />. ï, cette maladie exigeait douze, quinze jours de traitement; actuellement, au moyen d'un bain alcalin et des frictions avec la pommade d'ilelmerick , les malades ne restent que six à huit heures à l'hôpital St-Louis. »
Enfin , si nous passons à l'application des moyens thérapeutiques, nous rencontrons des difficultés d'un autre genre , mais que l'on peut en grande partie surmonter par l'établissement des règles pratiques dont l'expérience raisonnée vient nous offrir les principes fondamentaux. Deux méthodes se présentent pour diriger ces applications et doivent se remplacer mutuellement, suivant les circonstances particulières du traitement :
Le rationalisme) — guidé par une bonne théorie, interprétant les faits pathologiques et cherchant dans les agents curalifs ceux qui semblent convenir le mieux au rétablissement de l'état normal. Dans celte manière de procéder, l'interprétation des effets thérapeutiques précède constamment l'usage des modificateurs auxquels on va confier le soin de les produire. C'est Galien qui le premier fit comprendre les avantages de cette sage méthode sur l'aveugle routine.
L'empirisme éclairé , — dans lequel on essaie des médicaments nouveaux sans recourir aux lumières d'une théorie suffisamment arrêtée pour en déterminer le choix; <>ù l'on emploie des agents éprouvés, par la seule raison qu'ils ont semblé réussir dans une maladie que l'on |uge avoir été pareille, sans chercher l'établissement d'autres rapports entra le remède et la maladie. Ici l'action du moyen thérapeutique précède l'interprétation de ses effets, dont on ne songe pas même à se rendre un compte physiologique bien
exact.
Quelle que soit du reste la méthode que l'on mette actuellement en usage, il faut procéder avec une grande réserve, un profond
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discernement et suivre avec soin les règles que nous allons tracer : « Dans les essais nombreux que j'ai tentés à l'hôpital St-Louis , dit Alibert, Eléments de thérap., t. I , prolég., p. xj, pour constater la vertu des remèdes, en présence d'un grand concours d'élèves, j'ai eu occasion de me convaincre que rien n'était plus sage que de chercher et de douter sans cesse dans une matière qui intéresse de si près la vie des hommes. »
La première considération qui se présente, au point de vue des applications thérapeutiques, est celle qui concerne le malade envisagé d'abord sous tous les rapports de son individualité : sexe, âge, tempérament, constitution, caractère, intelligence, infirmités, résultats des maladies antérieures, de la profession, du genre de vie, des habitudes, répugnances, antipathies, appétits morbides, etc. ; ensuite relativement aux circonstances qui l'entourent : habitation , climat , saison , constitution : médicale , atmosphérique, endémique, épidémique, etc.; enfin, indépendamment de toutes ces conditions individuelles, dont l'étude sérieuse devra précéder l'application thérapeutique et la modifier plus ou moins profondément, il en est une que l'on doit placer en première ligne , c'est un état physiologique favorable à l'action des moyens mis en usage. Oue peut en effet espérer la thérapeutique, des agents : vitaux, dans un organisme vicieusement constitué, usé par l'âge , les maladies et toutes les causes d'exténuation ; hygiéniques et pharmaceutiques , dans une économie vivante actuellement envahie par un virus, un venin, un poison, un miasme délétère dont l'antidote n'est pas encore acquis à la science; moraux, sur un esprit aliéné par la démence, à peu près anéanti par l'idiotisme ?
Ce que nous disons de l'organisme est également applicable à la partie sur laquelle on porte immédiatement l'influence médicatrice, et nous conduit à rétablissement d'une loi très-importante et beaucoup trop négligée par l'empirisme : Les agents thérapeutique* doivent toujours être appropriés à l'état actuel des organes avec lesquels on les met en contact. En thèse générale, on peut ainsi classer ces agents, d'après l'ordre dans lequel il est
convenable de Les employer pour le traitement des maladies ordinaires : vitaux, moraux, hygiéniques, pharmaceutiques, chirurgicaux. Pour ce traitement, il existe trois méthodes principales : /" prophylactique , 2° curai i ce, 5° palliative.
1° Méthode prophylactique, — TcpowXaxTixrfç , de icpo?uXa<nw ', je préserve, je garantis. Cette partie de la thérapeutique a pour objet de prévenir le développement d'une maladie qui menace l'organisme pour un temps plus ou moins rapproché. Dès lors il ne faut pas confondre les moyens hygiéniques, dont l'inlluence est de conserver l'état normal sans action directe sur une cause morbide, avec les agents prophylactiques effectuant essentiellement la destruction de cette cause. C'est ainsi que procèdent : la vaccine contre la variole; l'excision, la cautérisation, contre la rage, la pustule maligne, le venin de la vipère; la caléfaction des pieds dans l'imminence d'un coryza par le refroidissement de ces parties; l'usage d'un puissant diaphorétique avant l'invasion d'une pleurésie que tend à produire une répercussion de la sueur, etc. Dans cette méthode, deux conditions doivent seules garantir le succès : détermination prompte, exécution vigoureuse et bien dirigée. Si l'on fait défaut à l'une ou à l'autre de ces conditions, cette méthode pourra devenir plus nuisible qu'utile.
Au nombre des moyens de la méthode prophylactique viennent encore se ranger tousceux que la police médicale et l'hygiène publique sont en mesure de mettre en usage pour prévenir l'importation ou la propagation d'une épidémie produite par un principe contagieux. Là se rencontrent surtout : les cordons sanitaires, les quarantaines, la purification des objets contagionnés , etc.; moyens sur la nécessité desquels on a longuement discuté sans éclairer assez la question pour que le problème soit définitivement résolu. Du reste, celle solution est tout entière dans l'appréciation des caractères contagieux ou non contagieux de l'agent épidémi. pie dont on veut empêcher l'extension. C'est là qu'il faut porter la lumière de l'observation et de l'expérience conduite avec intelligence et sans aucune prévention.
2° Méthode curative. — Elle a pour objet la guérison des maladies à leur état de manifestation plus ou moins complète. Elle présente quatre modes , suivant la nature des agents que l'on fait intervenir et la manière dont ils sont employés : expectant, adjuvant, perturbateur, spécifique.
Mode expectant. — Médecine expectante , expectatio, de expectare, regarder, attendre. En interprétant mal une traduction trop littérale, on a pensé que, dans ce premier mode , le médecin restait simple spectateur des efforts curatifs de l'organisme , auxquels il abandonnait complètement le sort du malade. C'est comprendre d'une façon bien imparfaite, ajoutons môme bien fâcheuse , le caractère de l'expectation et du rôle appartenant à l'art dans cette partie de la thérapeutique.
Nous l'avons dit : le praticien doit étudier avec soin les tendances médicatrices de l'organisme , les respecter ou les favoriser dans le plus grand nombre des maladies. C'est assez faire entendre que, dans les cas ordinaires , le médecin ne viendra pas contrarier ces mouvements favorables par des médications inconsidérées, mais qu'en môme temps, loin de rester indifférent contemplateur du travail important qui s'opère dans l'économie vivante , il saura déployer les avantages d'une science profonde , en prescrivant ce qu'il faut éviter ou faire au point de vue des agents nombreux de l'hygiène ; les ressources d'une philanthropie si puissante lorsqu'elle sait à propos soutenir la confiance par des encouragements et des consolations ; enfin , surveiller avec une attention incessante les tendances organiques afin d'éviter toute surprise; et lorsqu'elles sont insuffisantes ou mal dirigées , de faire intervenir à temps les secours les mieux appropriés de l'art médical. Si nous trouvons en effet un véritable talent à savoir s'abstenir des médications actives dans les maladies qui ne les réclament pas , nous verrions une ignorance, une sécurité coupables à ne pas les employer sans hésitation dans celles qui marchent de manière à les indiquer positivement.
« Le rôle de l'homme de l'art, dit M. Renouard, Bull, de tltrr., t. 2.9, p. 244, a été comparé, dans ces cas, tantôt à celui d'un
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serviteur ou d'un ministre qui n'attend pour agir que le signal du maître, tantôt à celui d'un spectateur oisif; mais il est évident qu'en cette occurrence l'oisiveté du médecin n'est qu'apparente ; et la dénomination de médecine inactive , employée pour désigner ce mode de traitement, me paraît très-impropre Vouloir généraliser à l'excès la méthode expectantc sous le titre de médecine hippocratique ou de médecine naturelle , c'est méconnaître le progrès des lumières et vouloir enchaîner le génie de la médecine au lit de Procuste. »
Dans un temps où l'atuitomiame-pathologique et le phyiiolotjismc de Broussais ont si gravement compromis l'avenir de la véritable thérapeutique; où le retour au naturalisme d'Hippocrate ne serait pas un moyen de réparer ce dangereux inconvénient, il est essentiel de se bien pénétrer des funestes conséquences du mode expectant admis avec trop de confiance et trop d'exclusion des autres. « L'expectalion, dit M. Réveillé-Parise , dans la plupart des maladies a autant de dangers que la médecine trop active et polyphannaque. »
Jusqu'ici , nous voyons à peu près exclusivement concourir au traitement des altérations morbides les agents vitaux, hygiéniques e\ muraur , dans ce premier mode qui convient surtout au début des affections légères et de toutes celles qui ne sontpoint encore assez bien caractérisées pour fournir des indications positives.
Mode adjuvant. — De adjuvare , favoriser, seconder. Ici, les egentf thérapeutiques de tous les ordres peuvent être appelés à venir en aide aux agents vitaux pour en diriger ou pour en faciliter le développement; toutefois, les agents pharmaceutiques, ou médicaments, sont les plus employés dans ce genre de traitement où l'art et la nature viennent se prêter un mutuel appui. Les agents chirurgicaux, surtout ceux qui sont relatifs aux émissions sanguines, aux dérivatifs, ete, , y trouvent aussi fréquemment leur application,
«La médecine agissante, dit M. Naoquart, loc. cit., p. W7, B'exerce dans le sens même de la nature, qu'elle tend seulement à
favoriser elle a pour objet de tracer a l'organisme malade une
marche pins sûre, el de l'amener à une délivrance pins prompte. »
De cette médecine au mode perturbateur, le pas est quelquefois bien glissant et le praticien a besoin de beaucoup de science, d'art et de circonspection pour ne pas ajouter à la maladie qu'il attaque la maladie même du traitement qu'il emploie. Nous pensons dès lors qu'il est essentiel d'établir des règles générales que l'on puisse rencontrer comme autant de jalons sur la véritable route k parcourir.
Quelques écrivains ont prétendu qu'il était impossible d'arriver k ce résultat ; et , pour preuve , ils ont fait observer que les mêmes altérations guérissaient assez fréquemment par des méthodes opposées. Mais la réalité de ce fait ne trouve-t-elle pas son explication dans la puissance des efforts conservateurs de l'organisme, qui devient souvent, alors, supérieure k celle des agents artificiels dont l'influence bien interprétée n'est pas d'ailleurs dans une aussi grande opposition qu'on pourrait le penser d'après un examen superficiel?
« On ne peut nier, dit Réveillé-Parise, qu'il n'y ait dans l'organisme vivant une force médicatrice qui, dans certains cas, conduit seule k la guérison ; c'est la fortune protectrice du mauvais praticien. »
La première loi du mode adjuvant consiste k ne faire aucune opposition aux tendances curatives de l'organisme ; a borner leur action; k modérer , exciter ou remplacer, suivant les occasions, ces mouvements conservateurs. « L'acte qui constitue la vie, dit Àlibert, loc. cit. , p. iij, présente un but entièrement analogue k celui que se propose la médecine ; et celle-ci ne doit faire que ce que la nature ferait elle-même si elle procédait avec ordre. Ce n'est point en supprimant des mouvements trop rapides, ou trop faibles, ou trop inégaux, qu'on vient k bout d'opérer la guérison : c'est en rectifiant ces mouvements. »
Une seconde loi complètement fondée sur l'observation, prescrit de consulter surtout l'idiosyncrasie et même les instincts du malade ; à s'adresser moins a des catégories qu'à des sujets , moins k des classes de maladies qu'à des individualités pathologiques. « A considérer les maladies dans leur ensemble , dit Cabanis, loc. cit. , p. MO . et sons Ions leurs points de vue, l'une ne ressemble jamais
rai RAPE! imi E. 388
à l'autre il y a toujours, comme dans les physionomies les
plus semblables en apparence, des traits ou des nnances qui les distinguent. Or, les moindres modifications dans leur caractère devant en apporter d'analogues dans leur traitement , il importe d'étudier chaque cas en lui-même, afin de tirer de la combinaison ou de la dépendance naturelle de ces divers phénomènes, un plan raisonné de conduite. »
« C'est dans la connaissance parfaite des tempéraments, dit Alibert, loc. cit., p. xj, que réside toute la difficulté de l'art; elle seule peut apprendre quelles sont les exceptions a faire aux dogmes généraux de la thérapeutique. Il est des individus qui , pour la même affection , exigent des traitements opposés ; et les praticiens emploient souvent, pour la même fin, des moyens contraires. »
Frédéric Hoffmann fait observer que c'est moins la diversité des maladies que la différence des sujets qui réclame de la part du praticien les plus profondes et les plus incessantes méditations.
Il est également d'un intérêt majeur de bien connaître les antipathies individuelles pour certains médicaments qui détermineraient des effets d'autant plus fâcheux, que leur innocuité naturelle ne laisserait aucune raison d'en apprécier la véritable cause. « Les impressions, dit Alibert, loc. cit., p. xjv, sont toujours relatives à la constitution et au degré de susceptibilité de l'être qui les éprouve. Souvent une cause très-légère excite en lui les mouvements les plus violents, tandis que d'autres qui sembleraient devoir lui imprimer île l'orles secousses, sont pour lui sans effet. »
\)r tous les organes, l'estomac esl celui qui manifeste le plus d'antipathies individuelles pour quelques agents pharmaceutiques. .Nous avons vu des sujets que cinq à six gouttes d'éther portaient aux convulsions; d'autres chez lesquels un centigramme d'émétique produisait tous les symptômes d'un violent empoisonnement, etc. Jl n'est pas moins essentiel, sous le même rapport, de tenir un compte exact des dispositions sympathiques et de celles que l'habitude a pu développer.
Une conséquence naturelle de ces notions fondamentales est celle qui doit faire proscrire de la thérapeutique rationnelle ces formules
générales, communes, invariables, que les empiriques ignorants ont la prétention d'imposer à tous les sujets et dans toutes les circonstances d'une même altération morbide ; n'est-ce pas évidemment plus inconsidéré, mais surtout plus dangereux encore que de vouloir faire accepter un vêtement identique pour les hommes de toutes les tailles et pour la température de toutes les saisons?
Les saines théories peuvent sans doute guider le praticien dans le choix des médicaments qu'il emploie, mais en suivant cette marche il ne doit jamais s'écarter beaucoup des résultats constatés par l'observation et par l'expérience : « Il faut tirer toutes les règles de la pratique, dit Hippocrate, non d'une suite de raisonnements antérieurs , quelques probables qu'ils puissent être , mais de l'expérience dirigée par la raison. »
Dans l'intention de trouver un point d'appui fixe aux déterminations a prendre pour une circonstance donnée , le rédacteur du Bulletin de thérapeutique fonde cette loi : « Rechercher et classer avec le plus de précision possible, la moyenne d'un grand nombre de cas à résultats identiques. »
Le mode que nous examinons doit particulièrement s'adresser aux conditions physiologiques dont il est en mesure de modifier les résultats. Il offre moins d'empire sur les causes pathologiques et ne peut, que dans les cas exceptionnels, s'attaquer isolément aux symptômes. C'est en méconnaissant l'importance de cette dernière loi que les médecins du moyen âge , plus spécialement , sont tombés dans les graves inconvénients de la polypharmacie , en faussant ainsi les véritables indications thérapeutiques.
Souvent , pour chaque prescription , on réunissait les agents les plus opposés , dont le moindre danger était de se neutraliser, dans l'intention très-formelle de les adresser individuellement à chacun des symptômes principaux. C'est d'après ce principe erroné que l'on arriva par degrés , et dans le chimérique espoir d'obtenir une panacée universelle , à rassembler presque tous les médicaments pour la formation de ce monstrueux arcane qui, sous le nom de thériaque, fut si longtemps vendu par le charlatanisme cupide a l;i superstitieuse et grossière ignorance.
raiiupii riQi k. 387
« La polypharmacie, dit M. Forget, Bull, de thér., t. 25, p. 242, en général, fut une invention propre des Arabes et des chimistes des siècles passés. Le mordant Gui Patio désignait les polypharmaques de son temps sous le nom de cuisiniers arabesques. »
C'est avec peine que nous lisons dans Sydenham ces préceptes si contraires aux lois de la saine thérapeutique : « Je crois que les plantes agiront mieux si l'on en unie plusieurs ensemble, que si
nous les employons séparément Quand il s'agit de remplir une
indication curative , chaque substance composant le médicament y contribue pour sa part, et plus il en entre dans ce médicament, plus il offre de vertus. »
« Les médecins sages et dociles aux lois delà nature, dit Gui Patin, dans une de ses lettres si caustiques, savent avec des moyens simples opérer des effets multipliés...» Il ajoute, après Bacon : La quantité et la variété des médicaments , sont filles de l'ignorance. »
« Le médecin, dit de Haèn, Ratio, med., part. /, avec sa cuisine fastueuse, pèse plus sur le malade que la maladie ellemême. »
Dans cette confusion de remèdes ordinairement contradictoires, il devient impossible d'en calculer et d'en préciser les résultats; on peut donc inférer de ce fait incontestable , que la polypharmacie frappe souvent de nullité les enseignements de l'observation et de l'expérience. Aussi les véritables praticiens de tous les siècles ont-ils constamment blâmé cette vicieuse méthode; il nous suffira, pour le prouver , «le citer : ïlippocrate , Arétée , Huxam , Gaubius , Cullen, Chirac, Fréd. Hoffmann, de Haën, Stoll , Zimmermann, J. Frank, Desbois de Rochefort , Corvisart, Laënnec, etc.
Toutefois, en réprimant un abus, il ne faut pas tomber dans un an lie et poser en principe que l'on doit constamment employer les médicaments à l'étal de simplicité. Ce pv/ritanitme thérapeutique aurait presque autant d'inconvénients que la polypharmacie. L'expérience nous démontre en effet chaque jour le grand avantage de l'association des substances qui se conviennent, soit pour
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augmenter, soit pour diminuer, soit enfin pour modifier leur action d'après les innombrables circonstances des cas particuliers. Seulement, ces associations doivent toujours être peu compliquées, dirigées par le raisonnement, opérées d'après les lois de la plus saine chimie , sanctionnées par une sage et consciencieuse observation. Suivant la prédominance de l'un des éléments : nerveux, sanguin, lymphatique, bilieux, rhumatismal , goutteux , scrofuleux, scorbutique, dartreux , vénérien, cancéreux, intermittent, etc.; suivant le développement d'un ou plusieurs phénomènes pathologiques très-saillants, et qu'il est important de réprimer plus ou moins promptement, la thérapeutique est obligée tantôt de s'attacher plus spécialement à la cause, tantôt de porter directement son action sur le symptôme; c'est alors que le tact médical , secondé par les profondes notions d'une longue expérience , devient indispensable pour improviser des règles applicables à chacun de ces cas exceptionnels ; règles qui ne se trouvent jamais écrites nulle part; auxquelles peut seul conduire le véritable génie de l'observation médicale. Si l'on voulait ici poser une loi générale , Gaubius nous en fournirait la meilleure formule, De meth. concin. formul., prop. 45 : « N'opposez pas des remèdes à tous les symptômes , mais bien aux symptômes urgents, dont l'amendement fera cesser les autres. »
Dans le mode adjuvant bien compris , il faut apprécier avec soin les tendances curatives de l'organisme , en respecter la marche tant qu'elle est avantageuse et suffisante , mais ne point s'abandonner à cette funeste sécurité qui leur confierait toutes les chances d'un traitement sans contrôle.
Lorsqu'apparaît la nécessité d'agir, l'art doit, autant qu'il est possible, attaquer d'abord la cause, la maladie principale ; ensuite, s'il est nécessaire , les effets, les altérations accessoires et secondaires ; enfin, dans quelques circonstances, combattre les symptômes dominants lorsqu'ils peuvent compromettre la sécurité du malade, porter le trouble et le désordre dans les mouvements conservateurs de l'économie vivante. Dans toutes ces médications symptomatiques , le résultat dos moyens mis en usage ne devra jamais être une
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augmentation de la cause, ni se trouver en désaccord avec les indications de l'altération essentielle. C'est alors que l'expérience et la sagacité du médecin deviennent indispensables pour concilier tous ces intérêts divers et souvent opposés.
Les efforts de l'art nous offrent, dans ce mode, un assez grand nombre d'opérations que l'on peut réduire aux suivantes : abaisser ; relever, modifier les actions vitales; agir sur un rit' ment morbide, sur un symptôfrw prédominant : favoriser unmouvement critique : établir une diversion aux influences morbides, etc.
Abaisser les action* vitales. — Ici se présente naturellement une distinction importante au point de vue de la science , essentielle, indispensable sous le rapport de l'art; en effet, cette exaltation des actions vitales qu'il s'agit d'abaisser, peut être nerveuse ou sanguine; il existe entre ces deux modes pathologiques une différence capitale sous le rapport de leur nature , de leurs symptômes, de leur gravité, des moyens à mettre en usage pour les réprimer.
Abaisser les actions nerveuses. — Les rapides progrès du physiologisme , de l'anatomo-pathologisme surtout , en portant jusqu'à l'exagération les conséquences des lois établies par ces doctrines, faussèrent les idées relativement à la nature des affections nerveuses, par la prétention de les rattacher presque toujours à des lésions organiques soit des nerfs eux-mêmes , soit des centres dont ils émanent. Engagés dans cette voie, plusieurs systématiques, spécialement pour l'appareil disgestif, confondirent plus d'une fois les névralgies et les inflammations, avec des conséquences pratiques dont il est aisé de prévoir les funestes résultais. La saine observation a fait justice entière de ces prétentions et de ces abus.
« On se forme autour de nous une idée aussi fausse que grossière, dit M. Fuster, Bulle t. de thérap., t. 30, p. 5, de l'appareil des symptômes nerveux qui pullulent de tous côtés dans le cours et les progrès des maladies ; à entendre le vulgaire des médecins , et beaucoup de notabilités médicales ne se distinguent pas à cet k1 du vulgaire, les symptômes nerveux n'expriment autre chose
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qu'une irritation palpable et matérielle de l'arbre encéphalo-rachidien ; et plus spécialement des deux centres de cet arbre. Ces médecins lui opposent les anti-phlogistiques, les réfrigérants, etc. . . . Les grands praticiens jugent plus largement et de plus haut les symptômes nerveux des maladies. Pour eux, les phénomènes sensitifs et moteurs sont inhérents à l'exercice même de la vie. »
L'observation a démontré que, dans les véritables névralgies, il existe, comme le disaient les anciens : morbus sine materia, c'est-à-dire une lésion morbide qui diffère essentiellement de l'inflammation , où l'afflux du sang est toujours l'un des caractères essentiels. Pour ceux qui reconnaissent, d'après un grand nombre d'expériences positives, la réalité d'une sorte d'électricité animale parcourant , sous le nom de fluide nerveux, les différentes parties de l'appareil encéphalo-rachidien, il se fait des fluxions, des congestions nerveuses, comme il s'opère des congestions, des fluxions sanguines ; mais les premières n'altèrent pas matériellement le tissu des organes qu'elles affectent; elles ne laissent, comme traces de leur passage , qu'une lésion fonctionnelle , une surexcitation nerveuse , une douleur plus ou moins vive avec des désordres, des perturbations très-variables du sentiment et du mouvement ; avec une gravité beaucoup moins positive, en général, que celle des perturbations et des désordres inflammatoires.
On comprend maintenant toute la distance qui sépare l'exaltation des actions nerveuses de celle des actions sanguines , sous le rapport : 4° du danger, bien inférieur pour la majorité des cas , toutes choses égales d'ailleurs , dans la première que dans la seconde ; %° de la marche , rémittente pour la seconde; le plus souvent intermittente pour la première, comme si l'organisme avait besoin, pour ne pas tomber dans l'épuisement complet, de réparer, au moyen d'un véritable repos, les pertes de l'innervation, sur laquelle semble reposer le phénomène capital de la vie; du reste, quelle que soit l'explication , le fait existe et l'observation nous montre les affections nerveuses revenant par crises périodiques plus ou moins régulières; 3° du traitement, les émissions sanguines étant presque toujours nuisibles dans les névralgies, dont elles augmente^
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quelquefois les accidents d'une manière effrayante; alors que l'on guérit ordinairement ces maladies par l'exercice , les antispasmodiques , les calmants , les anesthésiques , les anti-périodiques, souvent même les toniques, etc.; moyens qui deviendraient presque toujours nuisibles dans les inflammations.
« Les symptômes nerveux, ajoute M. Fuster, loc. cit., p. S, surviennent dans toutes les affections où la vie est en péril, et sont
l'expression même du danger de ces affections La pire chose
est ici d'insister sur les émissions sanguines; on se trouve beaucoup mieux, en général, de l'emploi des toniques dans le cas de prostration ; et des anli-spasmodiques lorsqu'il se manifeste des désordres dans l'innervation. »
Abaisser les actions sanguines. — Les exaltations de celte catégorie se caractérisent par divers modes : hyperémies, congestions, inflammations, hémorrhagies actives, etc.; leur marche est continue ou seulement rémittente , à moins qu'elles ne se trouvent compliquées d'une exaltation nerveuse ; les réactions fébriles qui les accompagnent sont continues ou rémittentes comme elles. Les principaux moyens à leur opposer sont le repos, la diète, les boissons tempérantes, quelquefois les bains tièdes, fréquemment les émissions sanguines, agents thérapeutiques employés dès la plus haute antiquité. Si l'on en croit l'histoire, Podalire, au retour du siège de Troie, guérit par la saignée le fils du roi Ibmœtus. Hippocrate mettait en usage les bains chauds, froids, les venlonses scarifiées; faisait ouvrir les veines, etc.
« L'inflammation bien observée, dit 31. R. P., Bull, de thérap., présente constamment dos alternatives de rémission et d'exacerba* lion; il semble, pour ainsi dire, que quand la phlogose agit avec force, elle désorganise, et qu'elle se repose quelques instants pour se ranimer ensuite el reprendre son travail désorganisâtes ; il j i bien des Lois, bien des conclusions pratiques renfermées dans ce principe. »
Quanl aux émissions sanguines, moyen principal d'abaisser les exaltations du môme nom , plusieurs lois de la plus grande importance doivent présider à leur emploi, pour les utiliser avec tous
392 moyens d'établir une bonne doctrine.
les avantages qu'elles peuvent offrir et se garantir des graves inconvénients de leur abus , dont le physiologisme de Broussais nous a fourni tant d'exemples.
Il faut bien distinguer, d'abord, les saignées capillaires et celles des gros vaisseaux, qui ne doivent jamais, en bonne thérapeutique, être indistinctement employées.
Les premières conviennent lorsqu'il faut plutôt déplacer l'impulsion circulatoire que diminuer notablement la masse du sang ; dans le rappel d'un flux sanguin très-utile , dans les phlegmasies modérées, spécialement dans celles des tissus membraneux; chez les sujets avancés en âge, cacochymes, nerveux, faibles; lorsque les organes importants à la vie ne sont pas menacés d'une violente congestion; dans tous les cas équivoques où l'on pourrait craindre les résultats d'une dépression trop instantanée des forces vitales sous l'influence d'une déplétion très-abondante et surtout rapidement effectuée.
Les secondes sont , au contraire , préférables chez les individus jeunes, forts, sanguins, lorsqu'une congestion dangereuse esta redouter ; dans les inflammations très-développées , affectant les tissus parenchymateux doués d'une riche vascularité, spécialement au début de ces inflammations, etc.; en un mot, dans toutes les occasions où l'indication principale engage à diminuer promptement la proportion du sang dans l'organisme.
Mais une loi fondamentale et relative aux émissions sanguines , quelle que soit le procédé d'après lequel on les effectue , consiste à calculer avec la plus grande précision l'abaissement que l'on produit dans les forces de l'organisme , de manière a ne pas les réduire au point de brisertoutelapuissancedes mouvements curatifs, enlaissant l'économie vivante sans défense contre les dernières atteintes d'une cause morbide envers laquelle tous les secours de l'art sont désormais impuissants. C'est particulièrement dans les maladies épidémiques , avec infection ou contagion , que cette loi capitale en thérapeutique, naguère si mal comprise, trouve ses applications les plus incontestables et les plus utiles.
« N'oublions pas, dit M. Andral , Clin, médic. , que si dans les phlegmasies il esl souvent nécessaire d'enlever l'excès de la
THÉRAPElllolE.
réaction, il faut aussi redouter une débilitalion trop grande ; il faut toujours laisser à l'organisme assez de force pour qu'il puisse reprendre l'harmonie <!<• ses fonctions. On ne guérit pas seulement en diminuant le stimulus, on guérit aussi soit en l'augmentant, soit en lui donnant une répartition plus uniforme. »
L'emploi des saignées coup sur coup , de manière à constituer cette méthode nouvelle que l'on nomme jugulante, est donc tout au plus applicable à quelques sujets , dans certains cas exceptionnels, et devient inadmissible, ou serait même essentiellement nuisible dans la plupart des phlegmasies et chez la grande majorité des individus. « Le plus grand nombre des médecins, dit M. Max. Simon, Bull, de Mr., t. 46, p. 5*7, qui n'ont point encore adopté la méthode jugulante, continuent de traiter la pneumonie suivant les enseignements de l'antique expérience , et guérissent
tous les jours Et c'est lorsque le système de Broussais est
débordé de toutes parts par les faits nombreux qui lui échappent, qu'on voudrait faire passer dans la pratique générale l'exagération d'une des conséquences de son principe erroné; qu'on voudrait ri. Iilir qu'il n'y a qu'une seule thérapeutique, et que cette thérapeutique consiste en une sorte de cathétérisme du système vasculaire! On conviendra que le temps au moins est assez mal choisi. »
Relever (es actions vitales. — Cette indication, qui remplissait à peu près toute la thérapeutique dans le système de Brown, et se trouvait en quelque sorte oubliée dans celui de Broussais, offre une grande importance et réclame assez fréquemment des secours appropriés, même en distinguant bien l'oppression des forces de leur défaut réel, ou, mieux encore, la concentration dynamique de l'asthénie positive. Mais si l'on veut remplir cette indication fondamentale avec discernement et succès, il faut en même temps séparer ici les appareils nerveux et sanguin, au point de vue de l'adynamie qui peut les affecter.
La véritable asthénie nerveuse , qu'on ne doit pas confondre avec les paralysies symptomatiques produites par une compression, une lésion matérielle des centres ou des divisions de l'arbre encéphalorachidieo , dépend d'une diminution plus ou moins considérable de
394 MOYENS d'établir une bonne doctrine.
la puissance innervatrice , et doit être combattue par les toniques, les excitants diffusibles, le régime animal, etc. , avec des modifications suivant les circonstances particulières.
L'asthénie sanguine , qui peut embrasser la lymphe dans son extension, est caractérisée par l'anémie, la chlorose, le scorbut, les hémorrhagies passives, l'œdème, etc. , et réclame particulièrement les préparations ferrugineuses , les toniques fixes , les amers, etc.
Modifier les actions vitales. — Indépendamment de l'augmentation et de la diminution pathologiques , les actions vitales offrent souvent encore une véritable perversion dans leur nature , avec des aberrations du sentiment et du mouvement pour l'influence nerveuse; avec la formation de produits anormaux pour les actions nutritives, secrétaires, etc. Ici la cause morbide est inconnue dans son essence, et les moyens que l'art possède pour la combattre se trouvent dès lors bornés et peu certains dans leurs effets curatifs. On comprend qu'ils doivent être choisis parmi les modificateurs des influences vitales; mais on sent en même temps qu'ils sont plutôt désignés par l'empirisme expérimental que par les résultats d'une pratique raisonnée. C'est évidemment le point le plus faible de la thérapeutique. Là viennent se placer les fondants, les résolutifs, les altérants , etc.
Agir sur un élément morbide, surirn symptôme prédominant. — En même temps que la maladie principale, on a quelquefois à combattre : un élément morbide : ainsi le rhumatisme , par les sudorifiques; la goutte, par les alcalins , les préparations de colchique, etc.; la bile, par un purgatif; l'hyperémie, par une saignée; l'anémie, par les ferrugineux, etc.; un symptôme pénible .-ainsi les convulsions , par l'éther; la douleur, par l'opium, le chloroforme : le spasme intermittent, etc. , par le quinquina, etc. On conçoit toute la circonspection et toute la prudence qu'exigent ces médications secondaires.
« Sans parler des maladies aiguës , dit Miquel , Bull, de thérap., t. 85 , p. 525 , dans lesquelles on voit si souvent surgir , du côté du système nerveux , les désordres les [dus graves , et dans lesquelles
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les plus opiniâtres localisateurs sont forcés de combattre directement les lésions secondaires, combien n'est-il pas important de suivre la même pratique lorsqu'il s'agit de ces maladies chroniques qui minent lentement l'organisme en éveillant de tous côtés , mais surtout du côté du système nerveux, des sympathies morbides... Dans les divers cas où les différents phénomènes purement sympathiques se croisent, se combinent, se succèdent de tant de manières, la thérapeutique doit-elle se borner à diriger ses médications contre la lésion locale?... Agir ainsi, c'est, nous le croyons, déshériter la thérapeutique d'une partie de ses avantages... Elle n'a point achevé son œuvre quand elle n'essaie pas de réprimer les désordres sympathiques développés loin du foyer primitif du mal. Les antispasmodiques habilement ménagés , la méthode révulsive dans ses divers modes d'application, les opiacés, etc., passant en quelque sorte par-dessus la lésion locale , et s'adressant directement à la source des désordres sympathiques nés du côté du système nerveux , sont , dans une foule de cas , d'une incontestable utilité. »
Favorisée un mouvement critique. — C'est ordinairement par les sueurs, l'urine, la salive, le vomissement, la diarrhée, le flux menstruel , chez la femme , hémorrhoïdal , pour les deux sexes, etc., que s'effectuent les mouvements critiques naturels ; en conséquence, toutes les fois qu'ils tendent à s'opérer avec avantage, et que l'organisme est impuissant pour en accomplir la manifestation, c'est alors qu'en bonne thérapeutique l'art doit venir au secours de la nature par l'emploi des sudorifiques, des diurétiques, des sialagogues , des vomitifs, des purgatifs, des emménagogues , des aloétiques, etc., suivant qu'il existe l'une ou l'autre de ces indications; dans certains cas, il convient de prendre l'initiative pour déterminer ces crises ou les remplacer par des moyens appropriés.
Enfin établir une diversion mm influences morbides. — Là vient naturellement se placer la question sérieuse des révulsions et des dérivations , qu'il est de la plus haute importance de ne pas confondre , bien qu'un assez grand nombre d'auteurs emploient ces dénominations comme absolument synonymes. Pour s'en convaincre et pour apprécier en même temps les graves inconvénients
39(3 moyens d'établir une bonne doctrine.
d'une aussi étrange confusion , il suffira de lire à peu près tous les écrits publiés sur ce sujet depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, et spécialement la thèse de Bouchard, les articles de Pinel , de MM. Renauldin, Guersant, etc. , sur la révulsion et la dérivation.
Cette première faute sérieuse de ne pas donner aux mots leur signification propre ; aux choses , leur véritable caractère , a conduit à des conséquences très-fàcheuses. Elle a jeté dans les idées un tel désordre , que l'on a discuté , disputé même , sans jamais parvenir à s'entendre; comme s'en convaincront aisément ceux qui voudront parcourir les fastidieuses controverses élevées, avec toutes les violences de la persécution , entre Brissot, Cardan, Montanus, Botal, A. Paré , Mercuriali, Yallésius, etc. , et leurs contradicteurs : Mariano Santo, Argentier, Gonthier, T. Éraste, V. Trincavella, Sylvaticus , etc. Elle a fait négliger complètement les considérations relatives à la révulsion proprement dite, qu'il est pourtant si nécessaire de savoir bien appliquer, et dont les lois n'ont rien de commun avec celles de la dérivation réelle.
Si cependant on ne veut pas regarder comme identique l'action de la glace appliquée sur le crâne pendant une phlegmasie de l'encéphale , dans l'intention de repousser la congestion qui tend à s'effectuer vers cette partie , et celle d'un vésicatoire appliqué sur les membres pelviens pour faire diversion à cette même phlegmasie, l'on sera bien forcé de reconnaître la différence essentielle de la révulsion et de la dérivation au point de vue de l'enseignement, et surtout l'indispensable nécessité de leur distinction à celui de la pratique. Nous avons l'assurance de voir tous les observateurs partager nos convictions et nos idées sur cet important sujet.
La révulsion, — revulsio, de revellere, arracher, ou mieux de revolvere , refouler, repousser, àvr^-act? , est l'action thérapeutique par laquelle on repousse , on fait refluer vers d'autres parties les fluides circulatoires qui tendent à congestionner celle sur laquelle on applique l'agent révulsif. Comme en général ce dernier produit encore un abaissement dans l'excitabilité locale, il diminue dans la même proportion, avec d'immenses
IIIKIUPEITKH E. 397
avantages, toutes les impulsions vitales, nerveuses et circulatoires vers cette partie.
La révulsion s'opère au moyen des styptiques, otuimxrfç, <le<7Tuç,w, je resserre, et surtout des réfrigérants. Elle convient très-bien au débat <\r> phlegmasies avec imminence de congestions dans les organes essentiels, et particulièrement dans l'encéphale, etc., mais elle exige, pour son application, des luis sans lesquelles celte application pourrait devenir funeste.
Il faut toujours que l'organe duquel on repousse la congestion soit plus important que ceux vers lesquels on la fait arriver. Pour compléter cette indication, on place en même temps un dérivatif sur des parties où cette congestion n'offre aucun danger. C'est ainsi que l'on applique simultanément de la glace sur le crâne, des synapismes ou des vésicatoires aux membres pelviens.
L'action révulsive doit être graduée : on commence par la plus faible pour s'élever à la plus forte par des transitions insensibles; et lorsqu'on juge qu'il convient de la supprimer, on le fait en observant des transitions inverses de celles que l'on a suivies dans son application.
L'action révulsive une fois commencée, il faut la continuer sans aucune interruption pendant toutle temps où pourrait s'effectuer l'impulsion inflammatoire, nerveuse ou congestionnelle contre laquelle on l'emploie. Cette loi devient nécessaire pour garantir l'efficacité du moyen et prévenir ses résultats funestes. En effet, en établissant des intermittences dans ces applications , elles sont dérivatives , provoquent des réactions dangereuses, quelquefois mortelles. En faut-il davantage pour faire mieux comprendre encore l'immense intervalle qui sépare/'/ révulsion et la dérivation, puisque nous trouvons enlr'elles toute la différence qui dislingue ici la répulsion de l'attraction?
La dérivation, — derivatio, de derivare, amener, faire venir, h/i-v.-)., est l'action thérapeutique par laquelle on attire, on fait arriver les mouvements vitaux , circulatoires et nerveux dans une partie plus ou moins éloignée d'une autre dont on veut les détourner. Si la distinction de la révulsion et de la dérivation
398 MOYENS d'ktabltr une bonne DOCTRINE.
portait surle plus ou moins de proximité de ces deux parties, comme l'ont établi quelques auteurs , nous n'hésiterions pas à la rejeter ; dans l'un et l'autre cas , il existe en effet toujours dérivation seulement; et ceux qui l'ont combattue pour admettre ensuite une identité parfaite entre la signification de ces deux termes , n'ont fait dès lors qu'attaquer une véritable illusion pour consacrer une dangereuse erreur.
Nous croyons donc en avoir dit assez pour démontrer par le raisonnement, par l'expérience et par l'observation, qu'il ne s'agit pas ici d'une vaine dispute de mots à mieux interpréter, mais d'un mode thérapeutique puissant, faussé dans sa notion fondamentale, et, par une conséquence nécessaire , déshérité des principes et des lois qui doivent en diriger l'importante et difficile application. Ce que nous allons ajouter en terminant portera cette démonstration au dernier degré d'évidence.
Les dérivatifs sont , en général , pris dans la classe des stimulants plus ou moins énergiques ; plusieurs , parmi les moyens d'opérer des émissions sanguines ou des soustractions électriques.
Ils peuvent être externes : saignées capillaires, acupuncture, électro-puncture , frictions stimulantes , synapismes , vésicatoires , cautères, sétons, moxas, cautère actuel, etc.; internes : vomitifs, purgatifs, diurétiques, sialagogues , diaphoniques, excitants divers , etc.
Plusieurs lois essentielles doivent présider a leur emploi :
L'attraction dérivative sera toujours faite vers une partie moins importante que celle dont on veut effectuer la libération ; le plus souvent de l'intérieur à l'extérieur; bien rarement, et seulement avec la plus grande circonspection , de l'extérieur à l'intérieur; assez loin de l'organe affecté pour que l'excitation artificielle ne puisse pas joindre ses effets à ceux de l'irritation pathologique ; assez près pour que la dérivation s'opère et qu'elle ne s'écarte pas de la route qu'il faut rigoureusement lui tracer.
Elle doit être lente, graduée, profonde, permanente, dans les maladies chroniques , dont le déplacement plus difficile exige un temps plus considérable. On la rendra plus superficielle, plus
PffÉRAPEUTIQUE. 399
instantanée, dans les affections aiguës et sans lésions matérielles graves. .Mais il l'uni ici qu'elle suit effectuée sans exciter la lièvre, les sympathies douloureuses qui retentiraient, avant tout , dans l'organe souffrant, en produisant ainsi beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages.
On regardait naguère encore les dérivatifs, par lesquels on détermine un travail de suppuration , comme des voies ouvertes à des humeurs vicieuses répandues dans l'organisme; il est bien plus rationnel et plus physiologique d'y voir une inflammation superficielle que l'on cherche à substituer à l'inflammation profonde qui fait l'objet du traitement.
Avant la découverte de la circulation, alors que l'on croyait le sang en stagnation dans les vaisseaux, il était naturel de penser que la saignée veineuse pratiquée dans le voisinage d'un organe congestionné, pouvait offrir un résultat dérivatif; mais aujourd'hui que l'on connaît bien le cercle parcouru par le sang, il est difficile de trouver ce résultat ailleurs que dans la saignée artérielle et surtout capillaire. Celle-ci peut-être opérée par l'application l\\>> sangsues ou des ventouses scarifiées ; comme il en résulte un effet attractif puissant, la saignée devient alors à la fois dérivative et déplétive; de telle sorte qu'il faut, suivant que l'on veut faire prédominer la seconde ou la première de ces modifications, ouvrir des voies d'émission plus ou moins nombreuses.
Ces applications doivent s'opérer assez près de l'organe malade pour amener la dérivation ; assez loin , pour ne pas y développer encore le mouvement sanguin par l'action positive du procédé que l'on emploie dans l'intention de le combattre. Enfin , lorsque ces applications sont faites pour suppléer ou reproduire une hémorrhagie critique supprimée, c'est dans le lieu même où celle-ci doit paraître, qu'il faut effectuer celte application, en supposant qu'il n'existe aucune contre-indication en mesure d'y mettre obstacle.
Les dérivations nerveuses peuvent avoir lieu par des excitations plus ou moins éloignées; et, d'après ceux qui reconnaissent la présence du fluide nerveux , par des soustractions qu'ils nommenl
saignées électriques, au moyen de Vèlectro et de l'acupuncture. C'est une question encore à l'état d'hypothèse, mais qui présente assez d'intérêt pour la soumettre au creuset de l'expérience et de l'observation.
Mode perturbateur. — Perturbation, perturbatio , de perturbare, renverser , jeter par terre confusément, oi^u^yi , indique cette médication où l'art prend une vigoureuse initiative , et , sans tenir compte des tendances naturelles, sur lesquelles il ne peut plus assez compter, accepte la responsabilité d'un traitement exceptionnel dont l'énergie peut seule arracher l'économie vivante au pressant danger qui la menace. Ici, les règles ordinaires sont complètement négligées; l'empirisme raisonné fait loi; toutes les indications particulières naissent de la spécialité de l'état morbide et des circonstances qui l'environnent; toutes les applications sont individuelles et réglées par l'expérience et le génie du médecin ; à tel point que l'on pourrait dire en style figuré : pour l'art, c'est le coup d'état; pour l'organisme, c'est l'état de siège.
C'est ainsi que, mettant à l'écart toutes les règles de pratique rationnelle, toute la légalité médicale adoptée, on donne l'émétique à doses très-actives et très-répétées dès le début du croup , sans nécessité positive de provoquer le vomissement, dans la seule pensée de troubler la marche si dangereuse de l'inflammation spécifique, et sans même avoir préalablement combattu cette inflammation par les anti-phlogistiques habituels ; que l'on administre le quinquina dans tout le développement de son action, aussitôt que la fièvre intermittente pernicieuse est reconnue , sans tenir alors tout le compte rigoureux des contre-indications qui peuvent ici se présenter, mais qui ne sont pas suffisantes pour détourner du but qu'il est urgent d'atteindre immédiatement , etc.
« Plus nous avons mis de soin à tracer la marche que suit la nature dans les cas réguliers , dit M. Nacquart , loc. cit. , p. 489, plus nous avons insisté sur le besoin, pour le médecin, de conformer ses vues à celles mêmes de la nature, dans ces cas réguliers, et plus, au contraire, il doit déployer de force, d'énergie, oserons-nous dire de violence, dans ces grandes aberrations qui menacent l'individu
I LÀSSIFIGATIOH DES MALADIES. i01
on seulement quelques-unes de ses parties. C'est lorsqu'il faut intervertir des directions vicieuses dans les forces de la vie, changer promptement des fluxions qui ne tarderaient pas à devenir funestes,
rompre des habitudes que l'économie tend à contracter, que le médecin doit agir moins dans des roules données que dans l'intention de changer celles qui existent. »
Toutefois, même dans ces cas si graves, si exceptionnels, un véritable praticien doit encore bien calculer la portée des moyens qu'il emploie, en les proportionnant à l'idiosyncrasie du sujet, à l'état actuel de la maladie.
Ici , sans doute , le coup d'oeil sûr , l'à-propos , la détermination prompte , l'action puissante , instantanée , offrent les seules garanties de l'organisme dans l'issue de cette partie sérieuse du (juitte ou double; mais c'est précisément en raison de cette omnipotence qu'exerce alors un médecin sur la vie des hommes, qu'il doit avoir toujours présent à la pensée , qu'en regard d'une indécision, d'une timidité, d'une lenteur funestes, il existe une confiance aveugle, une audace, une précipitation irréfléchies qui ne sont pas moins à redouter; que c'est entre ces deux écucils, alors si rapprochés l'un de l'autre , qu'il faut marcher avec une prudente, mais inébranlable fermeté; c'est en comprenant bien, c'est en accomplissant avec cette mesure toutes les difficultés de sa lâche, que le praticien, même dans le cas d'insuccès, aura la conscience d'avoir fait tout ce que l'art était capable d'effectuer, et ne sera pas écrasé sous h1 poids de l'énorme responsabilité dont il est chargé dans ces redoutables occasions.
« La médecine perturbatrice, ajoute M. Nacquart, loc. cit., p. 490 , ne peut donc pas être envisagée comme un mode habituel de curation , comme une forme constante que pourrait prendre la thérapeutique, mais bien comme une ressource à laquelle le médecin e ne recourt qu'après avoir bien balancé les chances de l'action qu'il va tenter, par les accidents qu'il a à redouter de la marche de la maladie. Cette médecine doit le moins possible s'éloigner des règles de la nature, et par conséquent elle esl d'autant plus méthodique qu'elle conserve [tins d'analogie avec la médecine agissante. »
Mode spécifique. — Nous désignons sous ce terme, en le prenant dans son acception rigoureuse , la médication qui semble , en guérissant, détruire l'essence même de l'altération morbide. C'est assez faire comprendre que si la science médicale possédait, pour chaque maladie, la connaissance d'une médication de cet ordre, l'art serait complet et la thérapeutique toute-puissante ; mais si nous ajoutons qu'après le vaccin , pour prévenir la variole ; le mercure, pour guérir la syphilis; le quinquina, la fièvre intermittente ; le fer , l'anémie; le soufre, la gale, etc., nous ne possédons que des spécifiques au moins très-douteux, on sentira combien nous sommes loin de cette perfection , et combien étaient opposées à la vérité les opinions des pharmacologistes qui attribuaient à chaque médicament la vertu spéciale de guérir au moins une affection morbifique. Nous pouvons d'autant moins compter sur les progrès de la science, dans cette voie, que toutes les découvertes y sont dues à l'empirisme, au hasard ; et qu'il nous est impossible d'expliquer l'action des spécifiques , même de ceux dont l'efficacité nous est le mieux démontrée par l'observation et par l'expérience.
« Les anciens croyaient a l'existence des spécifiques, dit Mérat, Dict. des se. méd., t. 52, p. 268; tout médicament, dans leur opinion, était non-seulement un spécifique, mais possédait même plusieurs vertus spécifiques. Théophraste, Pline, Dioscoride, Matthiole, etc., à chacune des plantes dont ils parlent, ne manquent pas d'y joindre la liste de leurs vertus spécifiques. Cette confiance illimitée dans la propriété des agents médicinaux montre bien l'enfance de la science médicale ; elle devait être le plus souvent démentie par les résultats de la pratique. »
Mais si l'art ne trouve à sa disposition qu'un très-petit nombre de véritables spécifiques, il possède beaucoup de médicaments d'une action spéciale; ce qu'il ne faut pas confondre, comme l'ont fait plusieurs auteurs. Dans cette classe d'agents thérapeutiques nous rencontrons : les sudorifiques , les diurétiques , les vomitifs, les purgatifs, les sialagogues, les sternutatoires, les emménagogues , les vermifuges, les narcotiques, les aphrodisia- , les anêsthésiques , les astringents, les anti-spasmodiqttes ,
CLASSIFICATION DBS MALADIES. 403
les altérants, etc.; encore eette action spéciale n'est-elle pas tellement invariable qu'elle ne puisse éprouver «les modifications
relatives à la dose du médicament, aux dispositions du sujet, aux circonstances de la médication, etc. Ainsi les boissons diaphorétiques abondantes pourront offrir un effet diurétique en lus donnant froides, ou lorsque la peau ne se trouve pas dans une température suffisamment élevée ; i'émétique, suivant qu'on l'administre à dose forte ou faible, dans une moyenne ou dans une grande proportion de véhicule, suivant que ht tolérance peut ou non s'établir, devient successivement vomitif ', pur gai if, cuntro-stimuUint, etc.
« Si l'on ne peut admettre de véritables spécifiques, ajoute Mérat, loc. cit., p. TlO, on ne peut nier que quelques médicaments n'agissent d'une manière spéciale sur certains tissus. On connaît l'effet des alcooliques, des narcotiques, sur le cerveau; du mercure, sur les glandes salivaires; des cantharides, sur la vessie; du soufre, sur la peau ; du polyyala seneka, sur le tissu du poumon ; de la scille, sur les reins; de la digitale, sur l'action du cœur, etc. »
« Relativement à la grande question des spécifiques , dit M. F., Bull, de ihérap., t. H, p. 76, nous admettons qu'en raison de sa constitution spéciale, chaque médicament peut et doit même avoir sou action spéciale sur l'organisme, action le plus souvent occulte et qui échappe au raisonnement; mais , à part cette propriété problématique particulière, les modificateurs de l'économie possèdent des propriétés générales démontrées, ou à peu près, sur lesquelles sont basées les classifications thérapeutiques. Or, ces propriétés générales , n'est-il pas raisonnable de les prendre en considération jusqu'à ce qu'il soit prouvé que l'action spéciale l'emporte sur elles?.... En un mot, l'empirisme, lorsqu'il est en contradiction avec le rationalisme, constitue un jeu dangereux, une espèce de quitte nu double dont le médecin prudent doit se défier toujours. »
Il faut en généra] apporter beaucoup de réserve lorsqu'il s'agit de prononcer définitivement sur la valeur positive d'un agent thérapeutique; et, comme le dit Àiibert, loc cit., p. xlij : « On aura éternellement raison de douter ^\r.<> effets salutaires qu'ont
-i-0-4 MOYENS D'ÉTABLIR UNE BONNE DOCTRINE.
paru produire certains remèdes, quand on ne saura pas discerner ce qui appartient au médecin de ce qui appartient à la nature. »
« Si l'on m'objecte qu'il y a beaucoup de remèdes spécifiques, dit Sydenham , j'avoue sincèrement qu'ils me sont inconnus; et je crains fort que ceux qui les vantent ne soient aussi ignorants que moi. »
Cette opinion est trop exclusive , et nous devons ici nous placer entre la confiance aveugle et le scepticisme absolu. D'un autre côté, l'expérience démontre qu'il est toujours avantageux de n'associer que le moins possible, à d'autres substances, les spécifiques et même les médicaments spéciaux dans leur action. Sydenham , bieD qu'il soit polypharmaque, donne cet important conseil : « Les remèdes qui ont une action spécifique sont d'autant plus efficaces qu'ils sont moins associés à d'autres. »
Quant aux spécifiques préservatifs des maladies , nous ne connaissons encore positivement, jusqu'ici, que le vaccin pour la variole ; encore cette prophylaxie, dont les immenses avantages ne sont plus contestables, offre-t-elle de trop nombreuses exceptions. En première ligne des médecins qui paraissent avoir le plus contribué à sa propagation , nous citerons particulièrement : Jenner, Woodville , Pearson, Simmons, Husson, Aubert, Odier, Decarro, Sacco, Mongenot, etc.
En 1850, M. Auzias-Turenne lut devant la Société de Chirurgie un mémoire dans lequel il prétendait avoir trouvé le moyen de rendre l'homme inattaquable à la syphilis, comme on le préserve de la variole.
11 établit, en principe , que la syphilis constitutionnelle ne peut attaquer l'organisme qu'une seule fois dans la vie , et conseille l'inoculation du virus , sous le titre de typhilisation , pour garantir à jamais l'homme de cette maladie, ainsi qu'on prévenait autrefois la variole par l'inoculation de la variole elle-même. M. Spérino , chirurgien en chef de l'hôpital des vénériens de Turin, fit des expériences à l'appui des opinions de M. Auzias et leur donna du retentissement. M. Ricord entreprit aussi des essais qui n'eurent aucun succès; enfin M. le docteur L..., avec un véritable fanatisme
scientifique , opéra sur lui-même une série d'inoculations qui le mirent dans an état grave et renversèrent toutes les chimériques prétentions de H. Auzias. M. Cullerier, après avoir examiné M. L..., pris connaissance de toutes les pièces du procès, fit sur cet objet un rapport concluant et qu'il termine ainsi : « J'ai besoin d'assurer que je professe depuis longtemps pour M. Auzias l'estime la plus grande; personnellement, je le mets en dehors de ce débat, mais je ronserve mon indépendance pour dire bien haut que son syphilisme me paraît du mysticisme, et que je crains bien qu'en définitive
sa syphilisation ne soit qu'une chose qui n'a pas de nom
dans la science. »
M. Debout, rédacteur du Bull, de thérap., auquel nous devons cette communication , ajoute , loc. cit. , t. 44 , p. 450 : « L'impression de cette protestation de M. Cullerier contre cette étrange doctrine et ces expérimentations déplorables , a été votée à l'unanimité , et il a été déclaré , en outre, par le président, que la note lue par ce savant collègue devait être considérée comme le manifeste de la Société de Chirurgie dans cette question de la syphilisation. »
3° Méthode palliative. — La palliation , palliatio , de pallin re , couvrir, masquer; de palliiun , manteau; -rrapaxdXuaua , est la dernière ressource de la thérapeutique; elle a pour objet d'alléger 1rs maux que cet art n'est point en mesure de guérir. Ici la médecine a perdu ses plus beaux avantages; mais le médecin ne doit jamais, pour cela, déserter son poste; il lui reste à remplir un rôle de dévouement et d'humanité ; des souffrances plus ou moins cruelles à modérer, des inquiétudes et des terreurs à combattre, des espérances à soutenir, des encouragements et des consolations à donner ; ce n'est pas dans ces moments si difficiles et si pénibles que sa philanthropie doit fairedéfaut; c'est alors, en effet, qu'il se juge lui-même et qu'il vient prouver, par sa conduite, s'il est digne de la haute mission (pie sa noble profession l'a chargé d'accomplir.
Si c'est un devoir consciencieux d'agii quelquefois avec la plus
106 MOYENS D'ÉTABLIR UNE BONKl doctrine.
grande énergie dans les circonstances qui l'exigent , atec i\a chances de succès , il y aurait témérité , inconséquence , disons plus, inhumanité coupable à mettre en usage des médications fatigantes , et surtout douloureuses contre des maladies qu'il est évidemment impossible de guérir. C'est alors que le médecin doit abdiquer ses plus hautes prétentions et ne plus avoir en perspective que le repos et le soulagement du malade ; c'est alors cju'il doit se borner au traitement le plus doux, le plus naturel, et ne se proposer d'autre but que la médecine symptomatique , à laquelle toute la thérapeutique se trouve alors bornée.
« N'employez jamais, dit M. X., Bull, de thérap., de remèdes actifs dans les maladies imaginaires et dans les maladies incurables, soyez-en sobre dans les maladies invétérées. »
« Sachons pallier , dit Miquel , Bull, de thérap., t. 23, p. BS4 , quand nous ne guérissons pas , c'est encore de la thérapeutique. Cette pratique est d'ailleurs, h l'heure qu'il est, celle de tous les médecins dont l'horizon intellectuel s'étend plus loin que les quatre murs d'un amphithéâtre. »
C'est quelquefois dans ces cas désespérés que les malades sont envoyés dans le pays natal, aux eaux, aux bains de mer, dans les climats différents de ceux qu'ils habitent, etc. Lorsque ces déplacements sont utiles et justifiés par une espérance de guérison , ils doivent être prescrits, et souvent ils amènent des résultats favorables, que l'on n'aurait peut-être pas obtenus, sans leur concours, dans un traitement curatif dont ils deviennent ainsi le complément.
Lors , au contraire , que la maladie est incurable , que le moribond , en abandonnant ses habitudes , son entourage et le confortable de son habitation , ne peut trouver , dans ces déplacements , que fatigue, isolement, ennui, etc.; lors surtout que ces voyages sont conseillés avec l'arrière-pensée de se débarrasser d'un sujet importun, d'une responsabilité dont on craint de se charger, etc., le médecin commet une faute grave en les prescrivant, puisqu'il fait abus de confiance. Dans ces tristes conjonctures , il doit généreusement sacrifier ses considérations personnelles au bien du malade qui lui remet, avec abandon, le soin de son avenir.
LASSIFK ITIOB DE8 Mal àDIEE
Voies d'application dbs médicaments. — Quelle qne soil la méthode mise en usage, il existe plusieurs voies par lesquelles on peut faire parvenir, dans l'organisme, les nombreux agents de la
thérapeutique. Des surfaces de divers ordres viennent s'offrir pour l'absorption des médicaments : la peau, les membranes muqueuses, séreuses, synoviales, le tissu cellulaire , les veines, etc.; il est du plus haut intérêt de bien apprécier ces voies d'importation dans leurs avantages absolus et relatifs à telle substance, à telle maladie, etc.
La peau. Recouverte de son épidémie, cette membrane fournit une voie d'importation assez difficile pour un grand nombre de médicaments ; elle en reçoit d'autres avec une remarquable facilité. Pour augmenter son action absorbante, on la prépare au moyen des bains, des frictions, etc., on effectue ces applications sur les parties les plus fines, les plus abondammentpourvues de vaisseaux lymphatiques, etc. On a conseillé, à cette occasion, de placer les substances médicatrices sous l'aisselle ; M. Forget a fait, de cette pratique, uu procédé thérapeutique sous le nom de méthode axillaire ou ma$chaliatne. Dépouillée de son épidémie, la peau devient, pour certains médicaments surtout, une voie d'absorption si active, qu'il faut alors apporter beaucoup de circonspection dans leur usage et ne les employer qu'à doses d'abord très-faibles. À. Lambert, inventeur de ce genre d'application des agents médicina lui donna le nom de méthode endermique.
Les îiicmhnnirs ini/t/iiriisex nous offrent la voie la plus ordinaire des médications intérieures; d'un facile accès pour la majorité des médicaments. Il en est quelques-uns , et certains venins même, qne les membranes muqueuses ne laissent point arriver d;uis le Bjstème absorbant. C'est une étude à la fois utile, et curieuse que l'expérience' doit continuer avec discernement. Les muqueuses : oriculaire, nasale, oculaire, buccale, pharyngéœsophagienne, gastro-intestinale, pulmonaire, orétro-vésicaie , vagino-uiérine , etc. , sont les différentes foies ouvertes a ces médications si nombreuses et si variées.
Les iérewet , en raison de leur disposition, des Inconvénients quelquefois très-graves de la pénétration «le l'aii dans leur cavité,
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do la facilité avec laquelle s'y développe l'inflammation sous l'influence des excitants, offrent des voies thérapeutiques en général très-dangereuses, particulièrement pour celles d'une grande étendue. La tunique vaginale présente jusqu'ici la seule que l'on ait expérimentée avec un entier succès.
La même réserve doit exister pour les membranes synoviales et pour un certain nombre de kystes accidentels.
Le tissu cellulaire offre une voie thérapeutique assez souvent exploitée : on donne à ce genre d'application le nom de méthode h ii po dermique. Les autres tissus ne présentent ni la même fréquence d'emploi , ni les mêmes avantages relativement à l'importation des agents curatifs.
Les veines sont la voie la plus directe pour faire arriver ces agents dans le torrent circulatoire ; mais la prudence ne permet pas d'y recourir sans une profonde réserve , en raison des dangers qui peuvent accompagner ce genre de médication. C'est par cette voie que l'on a tenté des expériences pour le traitement de la rage , du choléra, etc., expériences jusqu'ici sans aucun résultat avantageux. C'est dans les veines que l'on fit autrefois ces transfusions téméraires dans un but extravagant. On les a reprises, dans ces derniers temps, avec plus de circonspection dans leur usage, plus déraison dans leur objet, pour prévenir les suites funestes d'une énorme déperdition sanguine ; quelques succès récents paraissent assez les justifier pour qu'il convienne d'en continuer l'expérience dans les cas analogues; une observation consciencieuse, appuyée sur des faits plus nombreux , pourra seule décider la grande question de leur opportunité.
Sphère d'activité des moyens thérapeutiques. — On la distingue en locale : bornée à la partie sur laquelle se fait l'application. Cette activité n'est pas toujours aussi facile à circonscrire qu'on semblerait le penser. Elle peut s'étendre, se généraliser même par l'imbibition , l'endosmose, l'absorption , les rapports sympathiques des diverses parties de l'organisme, etc. Constitutionnelle : portant son influence d'une manière plus ou moins marquée sur toute l'économie vivante, avec des degrés et des modifications relatifs a
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la nature, à la susceptibilité, aux fonctions, à l'importance des différents appareils de cette économie ; circonstance peut-être un peu négligée dans ces médications, et cependant bien essentielle à
considérer pour le choix des agents thérapeutiques de cette catégorie.