‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 152 sur 168 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL

Nous avons , dans ce travail consciencieux , positivement établi la certitude et l'importance de la médecine; justifié son rang élevé au nombre des sciences naturelles ; déterminé les caractères qui lui sont propres et qui la distinguent de toutes les autres; exposé son origine, ses progrès, les théories, les systèmes et les doctrines qui sont venus tantôt favoriser , tantôt contrarier , suspendre ou faire même rétrograder la marche qu'elle doit suivre vers le perfectionnement; fait équitablement à chacun la part qu'il a prise a ces diverses modifications ; constaté, d'après la récapitulation des faits, l'état actuel de la science ; prouvé non-seulement la possibilité , mais encore la nécessité de rallier ces faits épars, ces théories sans valeur par leur isolement, ces vérités dénaturées par l'esprit systématique, dans une doctrine fondamentale basée sur l'expérience et sur l'observation raisonnée.

Cette première partie complétée , nous avons indiqué la route à parcourir dans l'établissement de cette doctrine; signalé les écueils dans lesquels sont tombés les plus célèbres généralisateurs; précisé les moyens indispensables pour éviter ces écueils; abordé franchement toutes les difficultés de la science; discuté la valeur de ses dogmes successivement étudiés, en apportant toujours à l'appui de nos décisions et de nos principes l'autorité des faits et l'opinion des observateurs les plus compétents au point de vue de chacune des parties de la science que nous examinions.

Voulant donner à ce travail un caractère expérimental et sérieux, nous avons sacrifié l'agréable à l'utile, repoussé les théories brillantes, les systèmes imaginaires, pour nous attacher exclusivement aux axiomes déduits rigoureusement des faits. En présentant exclusivement les résultais de nuire expérience particulière, nous

eussions imprimé plus d'originalité sans doute à ce même travail, mais il eût alors offert moins de consistance et de valeur. Nous n'avons d'ailleurs jamais dû perdre de vue : qu'il s'agissait, pour nous , de reconstituer la science médicale tout entière , entreprise immense où devra toujours succomber l'exorbitante présomption d'un seul homme, si nous en jugeons par les enseignements du passé ; qu'il était dans l'intérêt de l'art et de la justice de laisser à chacun ce qui devait lui revenir dans cette œuvre de régénération pathologique ; enfin , qu'il s'agissait ici de fonder une doctrine et non pas d'imaginer un sijstème.

Cette manière de procéder, en nous imposant un travail beaucoup plus grand , nous a créé des difficultés bien plus nombreuses, bien plus pénibles à surmonter ; mais aussi, dans l'exposition sommaire par laquelle nous allons terminer , au lieu d'improviser des axiomes contestables, par cela même qu'ils n'auraient pour garantie que les convictions d'un seul observateur, nous formulerons une suite de lois de la vérité desquelles resteront solidaires tous les hommes dont le nom fait autorité dans la science médicale.

Si, malgré ces puissantes garanties, quelques-unes de nos lois pouvaient encore se trouver en question pour certains esprits, ce n'est pas dans cet exposé sommaire qu'il faudrait les attaquer, mais dans la partie que nous achevons, où nous les avons discutées ; puisqu'il s'agirait, pour les infirmer, de détruire les preuves sur lesquelles nous avons cru devoirles établir. Procéder autrement serait contraire à toute justice, à toute logique : ce serait condamner sans entendre.

Plus nous avons avancé dans ce travail, plus nous avons compris que le titre de Doctrine biologique était le seul qui convenait à la doctrine médicale ; puisque dans toutes les altérations des conditions physiques, chimiques, vitales et psychologiques de l'organisme, on voit le grand phénomène vie dominer toutes les circonstances de la marche et du traitement de ces altérations , c'est-à-dire la pathologie tout entière.

EXPOSITION DE LA DOCTRINE BIOLOCilOlE

La médecine , forpix^, medicina , ats medendi , présente une branche de l'histoire naturelle dont l'objet essentiel est de connattre les altération» pathologiques de l'économie rivante et d'appliquer les remèdes les plus avantageux à leur guérison.

Il existe dès lors, en médecine, deux parties principales qu'il faut bien distinguer : la science , qui enseigne; l'art, qui met en pratique. Dans l'ordre logique et parfait, c'est donc la première qui doit diriger le second.

Dans l'ordre naturel, au contraire, le second précède nécessaircmentla première. Aussi la médecine fut-elle purement empirique a son origine, et devint-elle dogmatique seulement lorsque l'esprit humain fut assez riche de faits pour les coordonner, les comparer, les juger, en obtenir des principes et des lois.

\\ est donc aujourd'hui bien facile de prononcer un jugement équitable et définitif dans l'interminable procès de fempiriime et «lu dogmatisme.

Si Fempirismt persiste à se borner à la simple observation des

faits, sans en obtenir aucune généralisation, il devient stérile, sans impulsion, sans progrès; la médecine qu'il institue n'est plus qu'un art aveugle, sans principes et sans lois.

Si le dogmatisme veut improviser ses lois et ses principes , au lieu de les obtenir immédiatement de l'observation et de l'expérience, la médecine, dont il revêt seulement la forme, présente une science vaine , futile, imaginaire , dangereuse même par les écarts dans lesquels elle doit entraîner l'art.

Pour arriver à la constitution d'une médecine vraie dans ses théories, utile dans ses applications, il faut donc identifier ces deux modes, faire, comme on l'a dit, de l'empirisme raisonné, du dogmatisme pratique ; ou , plus nettement encore , déduire les principes et les lois de la science immédiatement des faits authentiques recueillis par l'expérience et l'observation; diriger exclusivement l'art d'après ces principes et ces lois.

La médecine , ainsi constituée , forme une science distincte et positive dont l'ignorance ou la mauvaise foi pourraient seules désormais contester l'importance et la réalité.

De tous les arts essentiellement utiles à l'humanité , l'art de guérir n'est-il pas celui dont les droits à la reconnaissance des individus et des nations sont le plus anciennement et le plus légitimement acquis? C'est lui qui nous fait apprécier : par l'anatomie, la structure et les dispositions de l'organisme; par la physiologie , le jeu des appareils, les fonctions de l'économie vivante; par l'hygiène publique et privée, les moyens de conserver la santé , de s'opposer à l'invasion des fléaux destructeurs ; par la matière médicale , la pharmacie, la thérapeutique, etc., les agents et les procédés à mettre en usage pour le rétablissement de l'état normal plus ou moins gravement compromis par la maladie. Son empire est tel , qu'il se montre , dans certains cas, supérieur k celui de la nature , en guérissant , lors même que celle-ci devient impuissante.

Loin d'être conjecturale , comme on le répète avec tant d'inconséquence, la médecine apparaît aussi positive que toutes les sciences, que tous les arts dont les notions pratiques ne sont pas établies sur l'invariabilité d'un calcul rigoureux, puisque son objet est

EXPOSITION DE LA DOCTRINE BIOLOGIQUE. i i -i

l'observation; clic est plus utile par ses résultats, puisque son but est la guérison de l'homuie souffrant.

Sa division en médecine et chirurgie est arbitraire et nuisible au progrès. On pourrait tout au plus, dans l'application, distinguer des médecins et des chirurgiens ; encore chacun d'eux perdra-t-il nécessairement quelque chose à cette séparation.

La médecine étant une science toute particulière , ayant son domaine dans l'économie vivante, ne doit jamais chercher en dehors de cette économie ses théories , ses principes et ses lois. L'infraction de cette règle de conduite si simple, si vraie, si naturelle, est devenue la source la plus ordinaire de ses principales erreurs. Mais en même temps il est avantageux pour elle de s'appuyer sur la plupart des autres, seulement pour s'aider de leurs lumières, en raison de la solidarité qui lie toutes les branches des connaissances humaines, toutes ces divisions arbitraires de la science universelle.

Dans ces relations utiles, il faut spécialement admettre : la physique, la chimie, la botanique, la zoologie, les sciences mathématiques, la philosophie, la morale et les belles-lettres; toutelois, en n'oubliant jamais que dans ces rapports l'usage est trop souvent bien voisin de l'abus.

L'art de guérir, surtout au point de vue de l'application , nécessite un génie d'observation tout particulier, auquel on donne le nom de tact médical. C'est ce génie qui sait créer des voies nouvelles alors que les dogmes de la science lui font défaut; c'est lui qui constitue les praticiens d'élite, et qui parmi les médecins portera toujours au premier rang : Hippocrate, Galien , Arétée, Fernel , Baillou, Sydenham, Boerhaave, Morgagni, Cordeu, etc.

Les généralisations médicales se résument sous quatre formes principales, qu'il ne faut pas confondre si l'on veut éviter la confusion dans les termes, et, par une conséquence nécessaire, dans l'exposition des idées; ces formes sont : la théorie, In. méthode . If système, la doctrine.

La théorie, <)-u.,û-x , theoria, spéculation, contemplation, est, eu médecine, la partie spéculative de la science , par opposition

à la partie pratique de l'art . C'est l'explication particulière du mode de production d'une maladie, de l'action d'un médicament, etc. Toutes les fois qu'elle sort du domaine de la vie, qu'elle se fonde sur des notions empruntées à la physique , à la chimie , à la mécanique , à la psychologie pour interpréter des phénomènes vitaux , elle est par cela môme frappée d'erreur ; lorsqu'elle s'établit sur des conjectures imaginaires , elle n'offre plus qu'une vaine hypothèse; et, dans l'une et l'autre circonstance, peut devenir l'origine et la base des systèmes les plus faux et les plus dangereux. L'histoire de la science pathologique nous en présente malheureusement un grand nombre d'exemples.

La méthode , piOoooç , methodus, manière, moyen, est, en médecine , l'ordre , la marche , la voie que l'on suit dans la recherche , dans l'exposition des vérités , des dogmes , ou dans l'application des agents thérapeutiques. Les différentes modifications de la méthode prennent le nom de procédés.

Le système, aùtm^x, systema, est, en médecine, la généralisation de la science qui rattache tous les faits pathologiques dans leur coordination , tous les phénomènes dans leurs théories , toutes les lois , tous les dogmes dans leurs principes , à l'empire absolu d'une idée fixe , d'une hypothèse exclusive. En supposant même cette idée juste , cette hypothèse fondée , le système n'en devient pas moins une conception fausse dans sa partie spéculative , mais surtout dangereuse dans ses applications , en prenant un point de la pathologie pour la pathologie tout entière; en courbant, avec effort , tous ces faits , tous ces phénomènes , toutes ces lois , tous ces dogmes sous l'inflexible niveau d'une théorie problématique ; en faisant tourner l'édifice de la science médicale sur l'étroit pivot d'une seule idée. Dans cette première condition, le système est donc toujours un bizarre assemblage de quelques vérités et de nombreuses erreurs. Mais lorsque cette idée fondamentale est fausse, il devient un abîme où la science peut aller se briser et se détruire à jamais. Si ces généralisations ont quelquefois communiqué de l'impulsion à la médecine, élucidé quelques-uns de ses principes , ils ont , plus souvent encore , faussé sa marche et retardé

DOCTRINE BIOLOGIE B. i |.'>

ses progrès. Dès lors, sous ce rapport, lea enseignements du passé doivent éclairer e! guider les travaux de L'avenir. La doctrine, mlhi*t doctrvna, est, en médecine, un ensemble

de lois fondamentales déduites plus ou moins rigoureusement de l'expérience et de l'observation , liées entr'clles de manière à former un corps de principes d'où l'on l'ait dériver, à titre de conséquences, les préceptes de la science et les applications de l'art. Il existe entre la doctrine ei le système toute la distance qui sépare les futiles produits de l'imagination et les inductions raisonnées des faits; une idée dominante , exclusive , et la réunion logique d'un grand nombre d'axiomes émanés de l'expérience. Cette généralisation offrant une base large, vraie, solide, h, l'épreuve du temps, est donc précisément celle sur laquelle nous devons établir définitivement la médecine. La vie représentant l'idée fondamentale de cette science, le terme doctrine biologique est donc le seul qui puisse la bien caractériser.

Page 1