‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 21 sur 168 · GALIEN · texte numérisé non relu

GALIEN

mémorable clans les fastes de la science médicale ; sans doute cet homme éminent rendit à la médecine un service immense en rallumant le flambeau de l'hippocratisme, à peu près éteint; mais en même temps il altéra d'une manière bien fâcheuse la vérité d'une lumière aussi pure, en la forçant à traverser le prisme trompeur do ses rêveries et de ses vaines illusions. L'éloge qu'en fait Renauldin , loe. cit., />. 44, est donc vrai, mais il ne doit pas être accepté sans réserve : « Fort de son éloquence et de son savoir, Galien osa seul s'opposer au torrent de l'ignorance ; tenta de ramener à son premier état le dogmatisme du divin vieillard; renversa toutes les sectes qui étaient alors en vogue, et éleva sur leurs débris un système raisonné , dont les profondes racines maintinrent sa domination pendant l'espace de treize cents ans. »

Anatomiste célèbre , il eût perfectionné cette science bien davantage encore , si son habileté , au lieu de se consumer sur des animaux, et spécialement sur des singes, se fût exercée sur l'homme lui-même. Son ouvrage De usu partium, n'en est pas moins un chef-d'œuvre, pour l'époque à laquelle il fut écrit. C'est dans ce traité que le médecin de Pergame, tout païen qu'il élait, nous enseigne la meilleure manière de louer et d'honorer le Créateur. « En écrivant ce livre, dit-il, je compose une hymne a Celui qui nous a faits. Je pense que la solide piété ne consiste pas tant à lui sacrifier plusieurs centaines de taureaux, et à lui offrir les parfums les plus exquis, qu'à reconnaître et annoncer sa sagesse, sa puissance et sa bonté par le récit de la perfection de ses œuvres. »

Lorsque Galien vint à Rome , la suprématie de la science élait disputée par les sectes empirique, dogmatique, pneumatique, méthodique, éclectique, etc. Sa voix puissante y proclama la doctrine hippocratique en déclarant, avec l'accent d'une religieuse conviction, qu'elle était la seule admissible, et que le vieillard de Cos avait engagé la médecine dans sa véritable route. A cette profession de foi, en même temps si solennelle et si positive, toutes les sectes rivales s'évanouirent comme on voit au retour de la lumière se <l issi|»er les vaines illusions de la nuil. Mais élait- ce bien la doctrine d'IIippocrale qu'on allait mettre ù la place de ces

théories imaginaires? Nous ne le pensons pas; et l'exposition trèssommaire de la doctrine de Galien deviendra la meilleure preuve de la vérité de notre assertion.

« Le corps vivant est formé de trois ordres de principes constituants : les solides, les humeurs, les esprits.

« Les solides, sont : 1° simples, avec la dénomination de parties similaires ; ce qui répond aux tissus des modernes ; 2!° composés , sous le nom d'organes.

« Ces solides sont formés de quatre éléments : le feu, l'eau , l'air et la terre. Les qualités premières de ces éléments, sont : le chaud, le froid, le sec et l'humide.

« Les humeurs sont au nombre de quatre : le sang, la pituite, la bile et l'atrabile.

« Les esprits sont de trois espèces : naturels, vitaux, animaux.

« Trois facultés correspondent à ces trois esprits : naturelle , vitale, animale ; à la mise enjeu de ces trois facultés , trois actions du même nom.

« Le suprême régulateur de cet ensemble est la nature.

« L'équilibre de ces éléments, l'exercice libre et facile de ces facultés constituent la santé ; les conditions opposées forment les maladies.

« Celles-ci viennent se ranger dans trois grandes classes , suivant qu'elles affectent : 1° les parties similaires; 2° les parties organiques ; 3° en même temps les unes et les autres.

«Les causes des maladies sont de deux espèces : 1° externes, l'influence nuisible des six choses improprement appelées non naturelles; 2° internes, qui se divisent en deux variétés : antécédentes, consistant dans le vice des humeurs, par excès, pléthore; par défaut, cacochymie. Conjointe, celle qui s'identifie à la maladie. »

L'auteur se livre ensuite aux distinctions des signes , des symptômes, des dispositions du pouls , en les rendant presque toujours subtiles et très-souvent imaginaires. Toutefois, il s'acquit une juste célébrité par sa grande habileté dans le pronostic.

Sans entrer dans les détails minutieux de la doctrine de Galien, nous voyons déjà combien elle s'éloigne de la vérité simple de riiippoeralismo. Sa thérapeutique n'est pas moins en opposition

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avec les principes sur lesquels il semble d'abord vouloir l'établir.

« La nature, dit-il en effet, est le premier mobile de toutes nos facultés. Le médecin doit être le premier ministre de la nature. »

Mais bientôt il s'abandonne à des distinctions vaines et multipliées sur les indications à remplir, sur les propriétés des médicaments, et conduit ainsi, par ses enseignements défectueux, a la plus nuisible polypharmacie.

On a reproché à Galien d'avoir manqué du vrai courage médical qui fait oublier sa propre conservation, en bravant le danger dans les calamités publiques. Il n'avait pas non plus la fermeté des grands chirurgiens, bien qu'il opérât avec une dextérité remarquable.

De tous les pathologistes, il est encore le plus érudit, le plus fécond; et si, parmi ses nombreux ouvrages, plusieurs sont fatigants à lire par leur peu d'importance et leur prolixité , quelques-uns du moins offrent le mérite positif d'avoir fait revivre ceux d'Hippocrate, et de nous retracer fidèlement l'histoire de la plupart des médecins de l'antiquité; d'autres, tels que les traités De s(Uiitate tuenda, De locis affectis, De experientia medica, etc. , seront toujours consultés avec fruit et cités avec éloge. D'après Suidas, Galien mourut dans sa patrie, à l'âge de soixante-dix ans, en laissant un nom qui ne périra jamais.

« Pendant quatorze cents ans, dit Raige-Delormo, loc. cil., />. 201 , Galien fut le dieu de la médecine, on ne jura que sur sa parole ; son autorité , comme celle d'Aristote , dont il partagea la fortune aussi bien que la philosophie, fut absolue... Du reste, quelque funeste qu'elle ait été en imprimant une mauvaise direction à l'étude de la science , en en arrêtant longtemps la marche, cette influence fut heureuse , en ce sens qu'elle fit pénétrer partout les notions positives acquises jusqu'alors on médecine. »

Galien avait ramené les esprits au culte , plutôt encore d'Hippocrate que de ses véritables dogmes ; il avait plutôt abaissé les autres systèmes quo posé les bases d'une doctrine solide et féconde. Dialecticien pins brillant que profond ob§enrateur, il avait courbé les faits sous les séduisantes illusions d'un système

nouveau, par le développement qu'il eut le fâcheux pouvoir de lui donner , au lieu de soumettre les théories et les systèmes à l'empire de la saine et rigoureuse expérience; au lieu d'établir positivement la doctrine médicale sur la nature et l'observation. Aussi verrons-nous la science pathologique retomber dans le chaos des vaines hypothèses, des plus absurdes généralisations, jusqu'à cette grande et mémorable époque où le génie d'un siècle vint effectuer ce que n'avait pu faire le génie d'un seul homme.

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