BACON
Né à Londres , le 22 janvier I06I , Bacon fait ses études à Cambridge et se montre, dès son enfance, avec les caractères d'un génie supérieur. À peine âgé de seize ans, il voit toute la futilité de la philosophie d'Àristote et ne craint pas de composer un écrit pour la combattre. 11 voyage en France et publie à dix-neuf ans un mémoire sur l'état de l'Europe , où l'on remarque déjà la maturité d'un jugement solide. Sentant le besoin de se faire un état, il se livre a l'étude des lois avec le plus grand succès, parvient aux premières dignités ; mais, au milieu même des travaux les plus sérieux, il ne perdit jamais de vue l'idée conçue, dès sa jeunesse, de réformer le plan des études scholastiques et d'en créer un plus
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propre à conduire les hommes dans les routes d'une saine philosophie. Pour y parvenir, il commence par embrasser toutes les connaissances humaines et les partage en trois classes , d'après la faculté morale qu'elles mettent plus spécialement en jeu. Ainsi, sciences 1° de la mémoire; 2° de la raison; 3° de l'imagination. « Il n'y a , dit-il , qu'un moyen de parvenir à quelques vérités et de s'assurer qu'on y est parvenu : c'est celui d'observer la nature , non-seulement dans les phénomènes qu'elle présente à nos regards, mais encore dans ceux qu'on peut découvrir par la voie de l'expérience. Il ne suffit pas d'avoir des yeux pour observer la nature , il faut un art pour diriger les observations ; il en faut un plus difficile encore pour interroger la nature. » Il a créé des méthodes pour atteindre ce double but. Il nommait son vaste plan la grande instauration des sciences; plan qu'il ne réalisa pas complètement, ce qui justifie ce jugement d'Horace Walpole : « Bacon a été le prophète des vérités que Newton est venu ensuite révéler aux hommes. » Il avait étudié la médecine et composé, entre autres ouvrages sur cette science, un Traité de la vie et de la mort. Il regardait comme la cause principale du plus grand nombre des faux systèmes qui de tout temps firent dévier l'art de guérir de sa véritable route, les applications que l'on voulut faire , à ses dogmes fondamentaux , des principes des autres sciences ; et traçait ainsi la marche à suivre pour éviter ce dangereux écueil : « On doit séparer la médecine des sciences étrangères ; il faut que ses dogmes soient tirés uniquement des faits qui lui sont propres, c'est-à-dire des observations et des expériences faites sur le corps vivant, sain et malade. Si l'on peut un jour les rapprocher des dogmes qui appartiennent aux autres sciences , ce ne doit être qu'après les avoir vérifiés séparément les uns et les autres. » Enfin, Bacon s'efforça de rectifier les instruments de la pensée , en ramenant les esprits à l'analyse. Il mourut chancelier d'Angleterre, le 9 avril ]6W, âgé de soixante-cinq ans.
Si les médecins avaient mieux apprécié la réalité, la valeur des principes qu'il vient déposer, nous n'aurions pas ultérieurement h déplorer les erreurs dangereuses des théories physiqueset chimiques.