STAHL
NéaÀnspach, le 21 octobre 1660, Stahl étudie la médecine à [éna ; à peine reçu docteur il fait des cours et jette aussitôt les fondements de sa grande réputation. En 1694, il est nommé professeur à l'université de Halle. Rienlôt célèbre dans toute l'Allemagne, en 17 1 6 il se rend à Berlin avec le titre de médecin du roi. Dégoûté de bonne heure des systèmes pathologiques enfantés par les applications abusives de l'astrologie , de la physique et de l'alchimie à la science médicale ; séduit par les doctrines philosophiques de son époque , tendant à soumettre les phénomènes des corps vivants à l'action d'un principe intelligent et distinct de la matière, Stahl, doué d'un esprit aussi juste que pénétrant , d'un génie vaste , puissant, capable de tout saisir et de tout généraliser , se trouve bien naturellement porté à la doctrine du spiritualisme , dont il devint le chef et le principal fondateur. Poussant jusqu'au dédain orgueilleux la confiance en lui-môme et dans sa doctrine , il faisait peu de cas de l'érudition et ne pardonnait jamais à ceux qui ne partageaient pas sa manière de voir. « Je n'ai pas eu, disait-il, le temps d'essuyer la poussière des bancs et de pâlir au milieu d'antiques bibliothèques,.., cependant j'ai lu les anciens cl je leur dois un grand nombre de connaissances.... dégoûté de ce que l'on
me conteste la nouveauté de ma doctrine , j'ai renoncé à toute liaison littéraire. >> Il portait si loin son aversion pour l'application des lois physiques et chimiques aux phénomènes de la vie, qu'il proposa très-sérieusemenl de bannir la physique et la chimie de renseignement des sciences médicales : c'esl évidemment condamner un excès en tombant dans un autre. Stahl formule ainsi l'idée fondamentale de sa doctrine: « La matière ne présente par ellemême qu'un état passif... le corps, comme tel, n'a pas la faculté de se mouvoir. Il doit toujours être mis en mouvement par des substances immatérielles. Tout mouvement est un acte spirituel. >>Stahl accorde le corn à1 âme à cet être immatériel qui, d'après lui, donne l'activité au corps organisé, veille à sa conservation et à l'intégrité de son emble. Leibnitz objecta : « Que l'âme ne pouvait régir le corps indépendamment des lois du mécanisme : que les lois du corps sont celles du mouvement . et que les lois de l'âme sont morales; que l'âme est immatérielle ; et qu'indépendamment de cette puissance , le corps en possède une autre : la force du mouvement. »
Stahl, qui déjà refusait à l'âme la réflexion et la conscience intime de ses actions, dans l'accomplissement des phénomènes involontaires du corps , se trouva contraint de lui donner « l'étendue et la matérialité. » Sentant ensuite la nécessité de subordonner à l'âme quelque chose qui fût en mesure d'expliquer la cause d'un grand nombre de phénomènes pathologiques, il admit :« la tonicité, cause (}*'< congestions, des hémorrhagies, des lièvres, des spasmes, etc. » Sa thérapeutique est une conséquence de ces principes : « Le médecin doit moins dominer la nature, que lui obéir. » Toutefois, il était partisan des émissions sanguines , même dans les maladies chroniques. Il ne se défendit pas toujours de la confiance dans les arcanes; il débitait, avec prédilection, sa poudre stomachique, son spécifique pour arrêter les hémorrhagies, ses pilules balsamiques, etc. Cette doctrine, ambiguë dans son principe, n'ayant de vrai mérite que celui de ramoner à l'adoption des lois vitales dans l'explication des phénomènes du même ordre , eut beaucoup de peine à s'établir. àlberti et Junckcr lui donnèrent plus lard une faveur passagère.