HOFFMANN, FRÉDÉRIC
Originaire de Halle, en Saxe, né en 1660, Hoffmann étudie à Erfurt, est reçu docteur en 1680. Il professe à Iéna, à Halle; se livre avec beaucoup de succès aux études chimiques; acquiert une brillante réputation dans toute l'Allemagne. Appartenant, par sa doctrine, à l'école d'Edimbourg, il pense que la vie s'exerce, que toutes ses modifications et ses révolutions se passent dans le solide, qu'il nomme, pour cette raison, solide vivant; que les changements éprouvés par les fluides ne sont que la conséquence des modifications effectuées dans les solides. Il soutient, avec Stahl, une lutte prolongée, toujours avec la plus grande urbanité. Bien qu'il fût très-habile chimiste, il n'aimait pas les médications trop compliquées. « J'affirme avec serment, disait-il, que, dans ma jeunesse, je courais avec ardeur après les remèdes chimiques; mais, avec l'âge, j'ai été convaincu que fort peu de remèdes bien choisis, tirés des substances, même les plus vulgaires en apparence, soulagent plus promptement et plus efficacement les malades, que toutes les préparations chimiques les plus rares et les. plus recherchées. » Du reste, avec Hippocrate, il reconnaît unepuissance vitale dont les lois ne peuvent être bien appréciées que par l'observation des phénomènes propres aux corps vivants.
Hoiïmanii mourut a Halle, le 12 novembre 1742, à l'âge de soixante-deux ans.
liAGLlYl-
Né ;i Raguse, en 1668, Baglivi fut un des médecine qui comprirent le mieux que les faits pathologiques n'appartiennent pas au même ordre de phénomènes que les faits physiques et chimiques ; cl qu'au lieu de les soumettre a priori aux généralisations du dogmatisme, il fallait commencer, au contraire, par les bien observer. Il étudie à Naples, est reçu docteur à Padoue ; voyage, visite les hôpitaux, s'attache surtout aux livres qui décrivent et peignent les phénomènes au lieu de les expliquer; arrivé à Rome, il fut, encore très-jeune, élevé, par Clément XI, au titre de professeur d'anatomie et de chirurgie dans le collège de la Sapience. Il manifeste la plus haute estime pour Hippocrate, « dont la voix, disait-il, était moins celle d'un homme, que celle delà nature. » Il publie un essai sur la fibre motrice , devient le chef des solidistes modernes ; il veut rétablir la division pathologique de Thémison , et retombe dans le dogmatisme, qu'il avait combattu d'abord. Baglivi mourut à Rome, en 1706, à peine âgé de trente-huit ans.
BÛERIIAAVE, IIERMANN-
Né àWoorhoul, près de Leyde , le 31 décembre 1668, d'un père très-versé dans la connaissance des langues anciennes, H. Boerhaave reçut une première éducation très-brillante. Avant onze ans, il possédait bien le grec et le latin. En 1682 , il vient à Leyde; y fait des études remarquables. À vingt ans, il donne des preuves d'une éloquence, d'une science dans le grec , le latin, l'hébreu, le chaldéen, surtout d'une érudition qui le placent au premier rang. Il commence a vingt-deux ans l'étude sérieuse de la médecine; s'instruit dans l'anatomie, plutôt au moyen des livres que par les dissections; apprend a peu près seul toute la science pathologique, sur laquelle, cependant, il devait exercer un si puissant
1ÎAGI.IVI, liOlilUlAAVE. 91
empire. Après avoir lu tous les ouvrages de médecine , en remontant de l'époque moderne aux temps anciens , il reconnut la grande supériorité d'Hippocrate , et combien il méritait d'être nommé le père de cette science. La voie qu'avait suivie le vieillard de Cos lui parut la seule qui pouvait conduire à la vérité. Il fut reçu docteur en 1693, à Harderwik. En 1701, nommé professeur agrégé, plus tard professeur en titre, a l'Université de Leydo , il devint bientôt le maître le plus fameux de toute l'Europe, entouré de disciples qui venaient de toutes les parties du monde pour assister à ses leçons, remarquables par une brillante élocution,par une érudition immense, par une méthode inductive , claire, précise, où les notions acquises devenaient le principal moyen d'arriver à celles qu'il s'agissait d'obtenir. Mais insensiblement entraîné par l'influence de ses premières études mathématiques, il abandonne la voie d'Hippocrate et jette les vicieux fondements du dangereux système que l'empire de son génie devait faire exclusivement adopter. Son aptitude, ses connaissances profondes en physique, en chimie, le développement plus borné de son tact médical, le genre de ses notions anatoiniqucs,son admiration pour la doctrine et le génie d'Hippoerale, nous expliquent en même temps sa prédilection pour les Ihéones mécaniques, hydrauliques, chimiques, et ses retours vers la voie de l'expérience et du naturalisme ; enfin , cette espèce de confusion , dans ses dogmes , de l'empirisme raisonné d'Hippocrate, de l'humorisme de Galien , du solidisme de Thémison , de la théorie corpusculaire d'Àsclépiade, du mécanisme de Pitcarn, du système chimique de Sylvius, etc. , sorte d'éclectisme informe que sa vaste érudition lui donna probablement l'occasion de fonder.
Oubliant l'indépendance de l'économie vivante au milieu de IV '(momie générale , ou du moins l'influence que les lois vitales exercent constamment sur les lois générales de la matière, pour en modifier, souvent même pour en conlre-balancer entièrement les effets, il admet : « que le calibre des vaisseaux, coordonné au calibre des globules composant nos liquides, est le ripporl hydraulique qui préside à la circulation de nos humeurs, j. I'mii s<''ji,ir;iiion du sani dans les oignes sjjGjéleurs, à la congestion
morbifique de ce fluide vivifiant dans les inflammations, les tumeurs, les fluxions morbides, etc.; que les indications thérapeutiques sont, avant tout, de rétablir ce rapport, cet équilibre mécanique, parles incisifs, les désobstruants, etc.; que les humeurs peuvent contracter différents degrés d'acrimonies qu'il faut corriger par des agents chimiques appropriés, etc., etc. Toutefois, la justesse de son esprit le ramenait fréquemment vers cette belle simplicité de l'hippocratisme ; et, dans ses dernières années, il attachait beaucoup moins d'importance aux théories systématiques dont son éloquence avait si malheureusement généralisé la propagation. L'école de Leyde jouissait déjà d'une grande célébrité lorsque Boerhaave y fut nommé professeur; dès cet instant, il l'absorba dans sa gloire. Révéré dans sa patrie , cet illustre médecin entretenait des correspondances avec tous les hommes distingués, avec toutes les Académies, qui se glorifiaient de l'avoir pour membre ; la renommée avait porté son nom dans tous les pays civilisés. Un mandarin chinois lui adresse une lettre offrant, pour toute suscription : « A Boerhaave, en Europe , » et la lettre parvient aisément à son adresse. On a voulu comparer le professeur de Leyde au vieillard de Cos ; il existe entre eux moins d'analogies que de dissidences : « Hippocrate est, comme l'a dit un savant biographe , bien plus précis dans ses observations , plus judicieux dans ses dogmes, plus sévère et plus fécond dans ses généralisations. » L'un avait le génie de l'observation, de la nature, de l'invention, de la médecine; l'autre, celui de l'analyse, du rapprochement , de la coordination, des sciences physiques et chimiques. C'est bien plutôt avec Galien qu'il faudrait mettre Boerhaave en parallèle: « L'un et l'autre, dit Cabanis, loc. cit., p. 94, ont réuni toutes les connaissances de leur siècle; l'un et l'autre ont voulu les transporter dans la médecine. En la réformant sur des plans généraux et vastes, ils se sont efforcés d'y fondre des doctrines qui lui sont absolument étrangères, ou qui du moins n'ont avec elle que des rapports isolés et relatifs à quelques simples accessoires... Ils ont laissé une grande tâche à leurs successeurs : celle de séparer avec justesse plusieurs choses belles et excellentes