‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 69 sur 168 · R0USSAIS, FRANÇOIS-JOSEPH-VICTOR · texte numérisé non relu

R0USSAIS, FRANÇOIS-JOSEPH-VICTOR

Né à Saint-Malo, le 47 décembre 4772, Broussais étudie dans cette ville, à Brest; vient à Paris en 1798, est reçu doeleur en 1803; part pour l'armée en 480o, avec le grade d'aide-major ; revient à Paris en 1808, publie son excellent Traité des phleamasies chroniques; retourne à l'armée avec le titre de médecin principal ; s'établit délinitivement à Paris en 4814; est nommé au Yal-de- Grâoe; ouvre en 1845 des cours particuliers de médecine, et commence à développer les bases de la réforme qu'il méditait depuis longtemps. Jusqu'ici Broussais avait paru, dans la science, avec les caractères d'un observateur profond , d'un praticien sage, laborieux, plein d'avenir; tout à coup il se montre avec ceux d'un fougueux réformateur, d'un chef de secte qui veut élever sa doctrine sur les ruines de toutes celles qui l'ont précédée; ne craignant pas, à l'exemple de Paracelse, de Brown et de Rasori, de porter ses regards ambitieux jusqu'au monopole de la science.

Il publie successivement ses trois Eramens de la doctrine médicale ijénéralement adoptée: excite en même temps l'enthousiasme irréfléchi de la génération médicale qui commence , et les justes réclamations de celle qui passe. Broussais est viialiste et s'arrête à ces dogmes fondamentaux : « Il n'existe qu'une propriété apparente dans les tissus , les physiologistes l'ont désignée par le mot contrttctili té. Lu force vitale est inconnue dans son essence , c'est une cause première. La chimie, virante est le phénomène vital le plus reculé qui frappe nos sens ; la vie de l'animal ne s'entretient que par les stimulants extérieurs; la diminution de la vitalité est rare, l'augmentation est très-fréquente. Les irritations, d'abord locales, s'étendent et se généralisent par les sympathies. La manière d'être des corps vivants est essentiellement distincte de

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relie des corps inertes; la santé suppose l'exercice régulier des fonctions; ki maladie résulte de leur irrégularité; lamort,deleurcessation.

La physiologie doit s'appliquer à l'homme malade aussi bien qu'à l'homme en santé ; une maladie est toujours locale dans son principe ; toute classification qui tendrait à isoler les phénomènes pathologiques des organes dont ils expriment la souffrance , serait essentiellement défectueuse. Le médecin doit porter toute son attention sur les organes, afin de ne pas prendre pour des êtres essentiels les résultats de leurs souffrances ; il faut proscrire entièrement les entités morbides ; ces conditions atmosphériques , imaginées par certains observateurs sous le nom de constitutions médicales, ne sont qu'un moyen d'exalter les succès de leur pratique et mieux encore d'excuser leurs revers ; les prétendues crises régulières ne sont que des déplacements accidentels de l'irritation; la nature ou force médira triée , admise par Hippocrate et par ses imitateurs , n'est autre chose qu'un résultat des réactions sympathiques ; il faut proscrire entièrement l'essentialité des maladies et ne pas faire, à la manière des nosologistes , des cires distincts avec des groupes de symptômes.

L'irritation morbide est le principe de presque toutes les maladies ; tous les tissus ont une action particulière; celte action est susceptible d'aberration, surtout j»ar excès, irritation, et c'est en cela que doit consister toute lapathologie ; HrHt ation petit exister dans un système , sans qu'aucun autre y participe , mais aussitôt qu'elle s'élève a un certain degré , elle se répète dans un ou plusieurs autres systèmes, par la mise en jeu des sympathies morbides, dont les nerfs sont les seuls moyens de transmission; les irritations n'ont point de durée, de marche fixe , et ces périodes réi/ulières , auxquelles on a prétendu soumettre le cours des maladies, n'existent point dans la nature et les faits; l'irritation du tube digestif, la (/astro-enté ri te , domine toute la pathologie, comme l'estomac domine tout l'organisme par ses sympathies physiologiques et morbides; toutes les fièvres se lient, plus ou moins directement, à cette irritation; les hémorrhagies, les névroses, les maladies êruptives, les hydropisies, les cachexies, les diathèses, les

maladies ?iralentes, les lésions organiques, les phthisies, le délire,

les aliénations mentales, etc., rentrent, en dernière analyse, dans le phénomène pathologique principal, l'inflammation.

Les maladies par diminution d'irritation sont très-rares, etl'on ne doit pas confondre avec la faiblesse réelle, l'oppression des forces, la fausse ad ijn amie : l'irritation formant la base des principes de la doctrine physiologique, et la nature médicatrice n'existant pas, la médecine expectante est toujours dangereuse en laissant finir talion progresser et détruire ; il faut approprier les médicaments à l'état des organes; constater l'état de l'estomac avant l'administration des agents thérapeutiques par cette voie; la plupart des maladies se résumant dans le grand phénomène inflammation, le fond de la thérapeutique doit consister dans les boissons tempérantes et les émissions sanguines. »

Broussais, doué d'un génie éminemment observateur, avait débuté largement dans la carrière médicale; il avait d'abord posé les bases d'un édifice appuyé sur l'expérience ; mais bientôt, saisi par l'esprit de vertige , il amoindrit de plus en plus son sujet ; arrive a ne plus voir autre chose que l'irritation dans l'organisme souffrant, à rattacher à peu près toutes les maladies kl&gastro-entérite, à remplir presque toutes les indications curatives par l'eau de gomme et les sangsues!... Broussais pouvait établir une doctrine, il n'a fait qu'échafauder un système. Il mourut à Vitry, près Paris, en 1838.

LAÊNNEC, RENÉ-THÉ OTHILE-HYACLNTHE.

Né à Quimper, en 1781 , Laénnec étudie à l'école de Paris , en 1800; est reçu docteur dans cette Faculté; se livre à l'enseignement de l'anatomie pathologique, trouvant dans cette science le véritable fondement de la médecine. C'est surtout à lui, à Bayle que nous devons la distinction et la classification des altérations organiques auxquelles on a donné le nom de tissus morbides. Mais une découverte du plus haut intérêt, celle de l'auscultation, devait plus spécialement encore immortaliser son auteur. En 1815, Laënnec vient communiquer it la Société de l'Ecole ses premiers résultats

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obtenus par l'application de l'acoustique à la connaissance des maladies de la poitrine. Hippocrate pratiquait la succussion; il avait même, comme il le dit assez vaguement, perçu quelques bruits pectoraux. Avenbrugger, en 1760, avait imaginé la percussion, dont Corvisart agrandit et féconda plus tard les applications. La science du diagnostic en était à ce point des investigations acoustiques, lorsque Laënnec fit la précieuse découverte qui devait ouvrir une voie toute nouvelle dans la science de l'exploration médicale , surtout pour les maladies du cœur, des poumons ; pour les épanchements Ihoraciques, etc. D'abord, ce sont des bruits confus et sans valeur. Mais bientôt Laënnec, avec un tact admirable, une précision mathématique, les distingue, les analyse, les isole, en donnant à chacun d'eux un nom , un caractère , une valeur symptomatique ; en créant en quelque sorte un art nouveau , celui de Y auscultation. Laënnec, dans l'intention de perfectionner sa méthode exploratrice , invente un cornet acoustique désigné sous le nom de stéthoscope, et publie en 4819 son Traité de V auscultation médicale , qui fit une grande sensation dans le monde savant, en attirant à Paris des médecins de tous les pays. Nommé professeur de clinique interne à la Faculté de Médecine , il meurt le 13 août 1826. .

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