NATURALISME
Dans cette doctrine , les maladies sont , en général , envisagées comme des phénomènes anormaux , offrant cependant une marche plus ou moins régulière, avec des phases de préparation , d'invasion, d'augmentation , de décaissement , de terminaison. Hippocrate voyait, dans cette marche, ce qu'il nommait un jugement ; et distinguait les trois périodes principales de cette révolution complète, par les termes : crudité, coction, crises. « La nature était l'arbitre de ce jugement , effectuait la coction et provoquait les mouvements critiques favorables. Les terminaisons funestes étaient le résultat soit de la supériorité de la violence du mal aux réactions de la nature ; soit des crises accidentelles qui s'effectuaient contrairement à ses intentions ; soit enfin de l'influence absolue du rb 0aov , influence à laquelle tout doit irrésistiblement céder. C'est dans les altérations pathologiques de cette dernière catégorie , que l'on rangeait les maladies surnaturelles , malignes , etc. »
« Les terminaisons régulières s'effectuaient à des jours plus ou moins précis, et que l'on pouvait d'avance indiquer, sous la dénomination de jour s critiques, se comptant ordinairement par septénaires, mais dont les principaux étaient le quatrième, le septième, le onzième , le quatorzième et le vingtième. »
Le naturalisme ne remonte point à la recherche des causes premières , de l'essence des maladies ; mais il s'attache à la connaissance positive des influences morbides et des symptômes appréciables par nos sens. Le traité d'Hippocrate : De aère, locis et aquis, nous donne la mesure de l'importance qu'il accordait à ces études, et de la supériorité avec laquelle il avait signalé ces grandes et importantes modifications amenées par les saisons, l'état de l'atmosphère, etc., auxquelles on a donné le nom de constitutions atmosphériques, médicales, épidémiques, etc.
Dans cette même doctrine, le traitement des maladies est ordinairement simple, rationnel, dégagé des moyens violents, perturbateurs , des formules indigestes et compliquées de la polypharmacie. On a beaucoup d'égards pour les désirs instinctifs des malades , lorsqu'ils ne sont pas désordonnés ; pour les impulsions
136 SYSTÈMES El DOCTRINES PATHOLOGIQUES.
de la nature, lorsqu'elles semblent dirigées avec mesure et discrétion ; on évite même , dans ce cas , de la troubler par aucune intervention artificielle , et l'on fait alors ce que l'on nomme la médecine expectmte ; ou, en d'autres termes, on laisse purement et simplement agir la nature , avec la seule attention d'éloigner les influences qui pourraient contrarier la direction et le développement de son travail curatif. Dans les cas moins simples , où la nature ne semble pas en mesure d'effectuer seule une guérison plus difficile, on fait intervenir l'art, mais seulement comme premier ministre de la nature , pour en diriger , augmenter , diminuer, modifier ou remplacer les efforts , suivant les circonstances de son action; jamais pour les contrarier ouvertement tant qu'ils ne sont pas nuisibles.
« La nature du corps humain, disait Hippocrate, est l'objet essentiel de la médecine. Quand elle indique la route à suivre pour effectuer le rétablissement de la santé , la doctrine de l'art médical est trouvée. Si elle répugne à quelque chose, tout ce que vous ferez en opposition à ses instincts sera inutile. Sans avoir jamais rien appris, elle est essentiellement savante pour tout ce qui rentre dans ses actes nécessaires. Sachez l'interroger, elle vous indiquera ce qu'il convient de faire : car la nature est le vrai médecin des maladies. Lorsqu'elle éprouve de la douleur , elle aspire à la guérir , non par des voies violentes ou téméraires, mais par des procédés faciles et doux. Quand elle ne peut, dans sa faiblesse, atteindre la fin qu'elle se propose , alors elle implore les secours de l'art. Lorsqu'elle est trop accablée par l'effort de la maladie , elle ne songe pas même à la combattre. »
C'est dans les altérations pathologiques de cette catégorie que les anciens, et surtout Hippocrate, ont admis l'influence du to 0eTov; il semblait même la reconnaître dans toutes les affections morbides, puisqu'il dit : « Il existe quelque chose de divin en toutes les maladies , et le médecin capable d'en prédire l'événement se fait admirer par son jugement et sa pénétration. » Du reste, les commentateurs du vieillard de Cos ont diversement interprété le sens qu'il attachait au d'ainum quid : Galien prétend qu'il s'agit de la