NATURALISME
constitution de l'air , qu'Hippocrate regarde « comme le dominateur de toutes nos affections; » Fernel, « d'un principe de désorganisation, de malignité, de putréfaction; » Jérôme Mercuriali, « de l'influence des astres; » Foës, « de la puissance de la divinité sur le corps humain; » Prosper Martianus, « de l'empire des démons sur nos corps, par la permission de Dieu; » Melchior Sebiz, « de tout ce qui est dérobé à nos sens , à notre raison , dans les causes des maladies , etc. »
La plupart des médecins distingués ont professé le naturalisme avec quelques modifications. Parmi ces derniers, nous devons particulièrement citer Galien, qui lui fit perdre sa belle simplicité primitive par des développements abusifs, et le dénatura par un fâcheux mélange d'humorisme ; Léonicénus , Linacer, Houllier, Duret, Fernel, Bâillon, Sydenham ; Stahl, qui substitua le nom d'âme à celui de nature ; Baglivi , qui devint le chef des solidistes modernes; Hoffmann, Pringle, Pinel , Hufeland, Laënnec , etc.
Le naturalisme, tel qu'Hippocrate l'a fondé, présente un grand nombre d'éternelles vérités médicales, sur lesquelles on devra toujours ériger le monument de la science; mais il offre, en même temps, plusieurs erreurs capitales, que nous attribuons à l'époque de sa naissance, plus qu'au génie puissant qui, dans un concours de circonstances telles que celles dont nous sommes actuellement environnés, l'eût assurément fait arriver à sa perfection.
Le naturalisme d'Hippocrate pèche essentiellement par le défaut complet de base anatomique et physiologique ; il admet la nature comme une entité , luttant, dans l'état anormal, contre une autre entité : la maladie. Il donne à cette nature médicatrice une trop forte puissance , au désavantage et presque à l'exclusion de celle de l'art , en réduisant le plus ordinairement celui-ci à l'état passif de médecine e.rpectante . Or, il nous semble impossible aujourd'hui d'admettre des entités physiologiques et pathologiques; de regarder le traitement des fièvres intermittentes, pernicieuses surtout, de la syphilis constitutionnelle, de l'apoplexie, de la pneumonie
arrivée à la période si grave de la suffocation, surtout chez les vieillards, du croup, etc., etc., comme pouvant être abandonné aux efforts conservateurs de la nature ; et de ne pas accorder plus de confiance à l'art, puissamment secondé par le quinquina , le mercure, la saignée, l'émétique à haute dose, et ce médicament employé de manière à provoquer des vomissements répétés, etc., etc.
Nous reprocherons également à cette doctrine d'attribuer trop souvent les influences pernicieuses que présentent certaines maladies, à cette autre entité, le to 0s~ov , au lieu de les rapporter a leur véritable cause , qui se trouve tantôt dans la disposition anatomique des parties affectées , tantôt crans la nature môme de la maladie, tantôt dans la constitution du sujet, tantôt dans les conditions atmosphériques, dont plusieurs sont appréciables par nos moyens d'investigation , et dont quelques autres nous sont , jusqu'à ce jour, absolument inconnues.
Enfin, nous trouvons qu'elle généralise trop la marche des maladies, « comme représentant la solution d'un jugement , avec des idées de crudité, de coction, etc.; » qu'elle accorde beaucoup trop d'importance aux jours critiques en les précisant avec toute l'invariabilité d'un calcul rigoureux , dont les actes de l'organisme vivant, soit en maladie, soit même en santé, ne seront jamais susceptibles , etc. , etc.