IX. DOGMATISME
De SoYjxa , dogme ; de ooxsw je pense : cette doctrine fut ainsi nommée parce qu'elle remonte aux causes premières et qu'elle raisonne sur leur nature et sur l'essence des maladies. L'asservissement de l'empirisme aux règles absolues de l'observation , fit sentir les graves inconvénients d'une doctrine exclusive, et devint ainsi la cause occasionnelle de l'établissement du dogmatisme. Ces deux sectes, qui auraient dû se fondre et se rectifier l'une par l'autre, s'éloignèrent de plus en plus de la vérité , se perdirent en devenant rivales, en se combattant
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comme deux ennemies irréconciliables depuis l'antiquité jusqu'à
nous.
« Et cependant, comme le dit Cabanis, loc. cit., p. 85, la querelle des dogmatiques et des empiriques n'était qu'une vaine dispute de mots. Les uns, il est vrai, se conduisaient d'après des règles et des axiomes; ils fouillaient dans les causes prochaines ou éloignées ; les autres s'en rapportaient uniquement à l'expérience et rejetaient toute hypothèse comme corruptrice de l'observation. Mais les empiriques raisonnaient l'expérience, et les dogmatiques expérimentaient, si l'on peut ainsi dire , le raisonnement... Le classificateur dogmatique et l'empirique philosophe, quand ils ont également du talent , ne suivent pas des routes si différentes qu'on pourrait le croire. La nature les guide l'un et l'autre, comme par la main. »
Dans le dogmatisme, le procédé mis en usage a reçu le nom d'analogisme. Les bases fondamentales de cette doctrine étaient ainsi posées :
Il est essentiel de connaître l'organisme vivant , la structure intime des parties qui le constituent, le jeu des instruments dont son économie se compose. Il faut apprécier également, non-seulement les causes apparentes des maladies, mais encore leurs causes occultes ; non-seulement les symptômes évidents qui traduisent extérieurement ces altérations, mais encore l'essence, la nature intime de ces dernières. Il faut prendre l'observation et l'expérience pour guides , mais on ne doit pas s'y livrer sans intention et sans but. Par conséquent , il est indispensable de s'élever , par la réflexion, à la création de principes généraux qui devront diriger l'expérience et l'observation, au lieu de les abandonner, comme dans le simple empirisme , aux chances du hasard. Ces principes ou lois doivent servir à préciser les termes des problèmes pathologiques ; l'observation , l'expérience et le raisonnement doivent en effectuer la solution.
Dans toutes les maladies qui portent sur les organes intérieurs, lorsque leur terminaison est funeste, il est indispensable, pour en compléter la connaissance , de faire des autopsies
cadavériques et de comparer l'état de ces organes malades à celui qu'ils offrent dans les conditions normales. Enfin , les indications du traitement doivent être établies non-seulement sur les notions acquises par l'appréciation des symptômes apparents, mais encore, et même avant tout, sur les connaissances acquises , par le raisonnement , sur la nature des causes efficientes et sur l'essence des maladies.
Le dogmatisme revendique Hippocrate comme son principal auteur; sans doute le vieillard de Cos en donna l'idée par la sagesse avec laquelle, évitant, dès ses premiers pas, les principes exclusifs de l'empirisme , il marcha toujours avec discernement entre les abus de ces doctrines rivales. Mais, dès l'instant où le dogmatisme devint également absolu dans ses lois , et surtout lorsqu'il s'égara dans les théories imaginaires sur la recherche des causes occultes, sur l'essentialité des maladies, le père de la médecine pouvait-il être considéré comme le chef d'une doctrine aussi évidemment en opposition avec les axiomes que lui-même avait formulés? Nous ne le pensons pas , et c'est pour cette raison que nous avons préféré le terme de naturalisme pour désigner la doctrine d'Hippocrate. Au nombre des sectateurs du dogmatisme, nous devons spécialement citer : Thessalus , Dracon , Polybe , Dioclès , Praxagoras, Galien, Baglivi, etc., etc.
Le dogmatisme présente l'immense avantage d'avoir amené les bons observateurs à généraliser les résultats de l'expérience pour en formuler des lois ; à placer les connaissances de la physiologie, de l'anatomie descriptive, générale et pathologique, au nombre de celles qui doivent constituer les véritables fondements de la science médicale ; à prendre en considération le caractère des causes appréciables etla nature connue des maladies , lorsqu'il s'agit de préciser les indications thérapeutiques. Mais il offre, en même temps , l'inconvénient très- fâcheux d'avoir exposé les esprits à s'égarer dans la recherche des causes occultes, de l'essentialité des altérations pathologiques ; d'avoir souvent admis, a priori, des principes contraires aux données de l'observation et de l'expérience, que l'on faisait plier sous les caprices de ces théories préconçues ; d'avoir ,