X. SOLIDISME
La théorie corpusculaire des anciens fut l'origine du solidisme. Thémison , élève d'Àsclépiade , voulut modifier la doctrine de son maître par une méthode plus simple ; ce qui fit donner à son système le nom de méthodisme. Dans celte doctrine, toutes les maladies affectent primitivement les solides. Si les humeurs offrent quelquefois des altérations , elles ne sont que la conséquence de celles des solides , et ne doivent jamais être envisagées comme l'affection principale ; comme celle qui réclame et qui doit fixer les indications et le traitement. Les considérations relatives aux causes des maladies, à leur siège, aux saisons, aux climats, aux constitutions atmosphériques, au sexe, à l'âge des malades, etc. , sont absolument négligées. Quant à la nature des altérations pathologiques , Thémison n'en reconnaissait que deux variétés : le resserrement : strictum; le relâchement : laxum. Il admettait un terme moyen : mixtum , qui devenait ainsi l'expression de la santé. Sa thérapeutique était aussi simple que sa classification : Il employait contre le strictum les bains tièdes, les boissons tempérantes , les ventouses , les sangsues , etc. , dont il paraît avoir le premier fait usage ; contre le laxum, les bains froids, les boissons toniques, etc. Il proscrivait les vomitifs, les purgatifs, les sudorifiques, les diurétiques, en un mot tous les évacuants. Thessalus, l'un des successeurs de Thémison, donna beaucoup de vogue a cette mélhode par sa présomption et par son charlatanisme. Les méthodistes, par un procédé qu'ils nommaient métasyncrise : du grec nETaauyxpivw, je mêle avec changement, en latin recorporatio , avaient la prétention, par un régime approprié, de renouveler l'organisme, soit en partie, soit même en totalité. Dans les maladies chroniques rebelles, ils employaient la méthode cyclique, du grec xuxXo;, du latin cyclus, cercle. Cette méthode consistait à mettre successivement en usage, de manière à revenir au point de départ , toutes
les médications, en passant par les plus opposées , jusqu'à la rencontre de celle qui soulageait ou guérissait le malade. Il y avait les cycles: métasyncritique , par lequel on modifiait la constitution du sujet; résomptif, qui devait, par un régime progressivement plus réparateur , la reconstituer lorsqu'elle était fatiguée par les remèdes.
11 est évident que le méthodisme, comme doctrine, est sans aucune valeur , et qu'il n'offre d'intérêt que par son intime union au solidisme, doctrine rivale de Yhumorisme , avec lequel il fut toujours en guerre ouverte. Il eut pour sectateurs : Eudème , Soranus , Valens, Cœlius Aurélianus, etc.
Le solidisme reproduit dans ces derniers temps par Cullen, Bordeu, Pinel, et la plupart des médecins de l'école de Paris, n'a plus aucune ressemblance avec le méthodisme de Thémison , pour la distinction et le classement des maladies. Né du dégoût produit par les abus del'humorisme, il nous paraît , en voulant éviter un excès, être tombé dans l'excès contraire. Évidemment , dans le plus grand nombre des lésions morbides, l'altération commence par les solides vivants, et les humeurs n'éprouvent cette altération que d'une manière consécutive et comme résultat de celle des solides. Mais dans quelques maladies , telles que les inoculations virulentes , vénéneuses , les infections miasmatiques , épidémiques, etc., il serait bien difficile de ne pas admettre une altération des humeurs, dans lesquelles ces principes délétères sont immédiatement déposés; antérieure à celle des solides organiques, chez lesquels on ne voit se manifester les phénomènes d'intoxication qu'après un temps plus ou moins long. Ainsi, le solidisme, qui devait ramener la pathologie dans une voie plus physiologique et plus conforme à l'expérience , repose évidemment sur des principes trop exclusifs et trop absolus.
XL PNEUMATISME.
De TTveuaa, esprit : cette doctrine, dont Platon , Aristote , Érasistrate avaient jeté les premiers fondements , en expliquant les
PNEUMATISME. HUMORISME. 143
fonctions de l'organisme par l'action d'un principe aérien de nature immatérielle, fut définitivement fondée par Athénée d'Àttalie. Quelques auteurs ont pensé qu'il avait cru trouver les éléments de sa théorie dans les écrits du vieillard de Cos. « Les pneumatiques, dit Cabanis , loc. cit. ,p. A49 , sur un aperçu d'Hippocrate ou de ses premiers disciples , donnent le département de la vie à l'air errant dans nos vaisseaux : toutes les altérations de la santé tiennent au désordre de ses mouvements. »
D'après le pneumatisme , on reconnaît dans le corps humain « quatre principes ou qualités , le chaud , le froid , le sec , l'humide, régis par un esprit, irveû-jta, envoyé du cœur, par les artères, dans toutes les parties de l'organisme, qu'il pénètre de manière à déterminer ses mouvements , à diriger ses fonctions avec un empire nécessaire, puisque rien ne peut s'opérer sans lui. Il gouverne l'économie vivante ; comme le grand esprit, l'économie universelle. Dans l'état pathologique, ce même principe agit avec une puissance égale pour prévenir les maladies ou pour les combattre lorsqu'elles sont développées. » Au nombre des pneumatiques, on compte Archigène, Léonides , Agathinus, Hérodote, Magnus, Arétée deCappadoce, le seul qui, dans la secte, présente une valeur positive, et que son grand talent d'observation aurait dû soustraire aux séductions d'un aussi faux système. Le pneumatisme n'offre en effet qu'un seul point remarquable , c'est d'avoir été le précurseur de V animisme de Stahl.