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XII. HUMORISME

Si nous examinons avec attention la médecine des plus anciens peuples du monde , celle des Indiens, des Hébreux, des Égyptiens, des Grecs , nous y rencontrons déjà des idées d'humorisme répandues au milieu des théories imaginaires de la superstition ou de la philosophie. Les systèmes dePythagore, de Platon , d'Hippocrate et d'Aristote sur les quatre éléments et les quatre humeurs , amenèrent plus positivement encore cette doctrine, dont Galien doit être considéré comme le fondateur. Platon avait déjà dit : « que la

bile est susceptible de s'enflammer et de produire alors un grand nombre de maladies. » Hippocrate admettait l'altération primitive et la coction des humeurs ; Praxagoras avait imaginé dix humeurs morbifîques dans l'organisme ; Dioclès , Hérophile avaient professé les mêmes principes; Athénée, fondateur du pneumatisme, avait, le premier, admis la puîridité des fluides vivants ; toutes ces données étaient vagues , disséminées , sans principes et sans lois ; Galien les réunit , les augmenta des produits de ses théories imaginaires, pour en former une doctrine. Dans celle-ci , la surabondance ou l'altération des humeurs produit toutes les maladies.

Ainsi , l'excès du sang déterminait la pléthore ; celui de la lymphe, l'anasarque , l'hydropisie; celui delà pituite, les affections phlegmatiques ; celui de la bile, l'embarras saburral, gastrique, intestinal , les maladies bilieuses, etc. L'effervescence des humeurs occasionnait l'inflammation, la fièvre ; leur acrimonie, les éruptions, les dartres, la lèpre, etc.; leur putridité , les maladies pestilentielles , dysentériques , putrides , etc. Enfin, lorsque les alchimistes vinrent plus tard associer leurs folies à celles des humoristes, on ne vit plus , dans les fluides en mouvement au milieu de notre organisme, que des dégénérescences acides, alcalines, salines, etc., comme éléments de toutes les altérations morbifîques. Les indications thérapeutiques et les médications étaient une conséquence nécessaire de ces déplorables principes. Ainsi , l'on saignait pour effectuer la rénovation du sang , pour diminuer sa plasticité , son acrimonie; on administrait les vomitifs, les purgatifs, pour débarrasser les premières et les secondes voies de la bile et des saburres dont elles étaient surchargées; on employait les diurétiques, les expectorants, les sudorifiques , etc. , on ouvrait des exutoires par les cautères, lesmoxas, les vésicatoires, etc. , pour donner un libre cours aux humeurs altérées; on prescrivait des amers, des dépuratifs, etc., pour modifier les fluides circulatoires viciés dans leur nature; on opposait les acides aux humeurs alcalines, les alcalins aux humeurs acides , etc.

L'humorisme offrit une influence bien nuisible sur la marche de la pathologie. Son empire fut très-étendn, son règne beaucoup

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trop long. Parmi ses partisans, nous comptons, avec regret, des praticiens du plus grand mérite , qui , sans admettre toutes les aberrations de ses funestes conséquences , ne parvinrent cependant pas à se garantir de l'admission de ses 'principes fondamentaux. Nous trouvons au nombre des sectateurs de cette pernicieuse doctrine : Galion, Oribase, Aètius, Rhazes, Avicenne, Avenzoar, Averrhoè's , Sanctorius , Sennert , Baillou , Sydenham , Rivière , Huxham, Gaubius, Vogel, Selle, Hildebrand , Stoll, Ch. L. Hoffmann , etc.

Les médecins qui combattirent l'humorisme avec le plus de résolution et de succès furent particulièrement : Alexandre de Tralles , J. Fernel, Brissot , Argentier, Joubert, qui le premier fit judicieusement observer que la putréfaction ne peut jamais se manifester dans une partie de l'organisme, tant qu'elle jouit de la vie; Gui Patin, Fréd. Hoffmann, Bordeu, Cullen, Brown, Pinel, Broussais , etc.

La doctrine de l'humorisme est essentiellement erronée dans ses principes ; dangereuse , bien souvent môme funeste dans ses conséquences, lorsqu'elle est professée d'une manière absolue , mise en pratique dans l'universalité des cas. Mais presque tous ceux qui l'ont combattue d'une manière exclusive, en voulant éviter un excès, sont tombés dans un autre. Dire que dans la très-grande majorité des maladies l'altération porte d'abord sur le solide vivant, c'est assurément énoncer une incontestable, une importante vérité pathologique ; mais ajouter que , dans aucune altération morbide , la maladie ne commence par les humeurs , c'est vouloir établir un axiome en contradiction avec l'expérience et les faits , c'est émettre une erreur. Dire que les indications thérapeutiques doivent presque toujours être cherchées dans l'état pathologique des organes, et le commémoratif des causes appréciables, c'est encore poser une loi pratique vraie ; mais ajouter que , dans aucun cas, on ne doit, pour le traitement, avoir égard à l'état des humeurs; qu'on ne peut jamais, d'après leur manière d'être, employer les vomitifs , les purgatifs , les sudorifiques , les expectorants, les diurétiques, les épuratifs, les boissons aqueuses, les

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tempérants, etc., c'est nier les résultats les plus positifs de l'observation, c'est vouloir établir un axiome faux, c'est priver la thérapeutique d'un grand nombre de moyens puissants et d'autant plus essentiels , que rien ne peut avantageusement les remplacer. Nous donnerons des preuves certaines de la vérité de ce jugement, en établissant une doctrine médicale. Qu'il nous suffise actuellement de constater qu'après avoir pris des boissons alcooliques , par exemple , il survient presque instantanément dans tout l'organisme un état de chaleur et d'excitation qui témoigne assez de la modification des fluides circulaires, par l'absorption de ces principes excitants ; et que l'on calme assez promptement ces premiers symptômes anormaux , en amenant , dans les mêmes fluides , une modification contraire par l'usage d'une boisson aqueuse. Que l'on use pendant un certain temps d'aliments salés , fumés , de pâtisserie, de charcuterie, etc., comme régime principal, on verra survenir des éruptions cutanées, des furoncles plus ou moins nombreux, quelquefois même des érysipèles , des dartres , etc. Que l'on mette en pratique une alimentation douce , fraîche , tempérante, que l'on ait recours aux bains tièdes , aux boissons mucilagineuses , gommeuses, acidulés, aux légers laxatifs, etc., la santé se rétablira bientôt par degrés. Ici le rapport des causes et des effets est également facile a saisir.

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