XIII. l.liniIATRIE
De yyxzvx, chimie, etd'iirrparif, médecine; médecine chimique. La chimiatrie, ou doctrine chimique, vint marquer le premier pas essentiellement dangereux que lit la médecine dans cette voie funeste où devait s'effectuer sa décadence en même temps que celle de toutes les sciences et de tous les arts. Née de l'alchimie, associée , dès son origine , à toutes les extravagances de la philosophie occulte , de la divination , des sortilèges, de l'uroscopie, du magnétisme , de la chiromancie, de l'astrologie judiciaire, de la magie, de la recherche des talismans, de la pierre philosophale , de la panacée universelle, des amulettes , <■(«•., cette doctrine,
CHIMIATRTB. \ïi
préparée par Albert Le Grand, Roger Bacon, Arnaud de Villeneuve, Raimond Lulle, Paracelse, Van Helmont, etc., fat définitivement établie par Sylvius de Le Boé. Avec la chimiatrie commence le renversement de toutes les lois physiologiques. Tous les phénomènes vitaux, dans l'état de santé comme dans l'état de maladie , vont désormais être expliqués par les mûmes théories et d'après les mêmes principes que ceux des corps inertes. Ainsi, dans cette même doctrine : « Le corps vivant est formé d'éléments acides, alcalins, qui se combinent par la fermentation, pour donner naissance à des produits nouveaux ; les humeurs sécrétées se forment de même, dans les glandes, au moyen d'un ferment particulier à chacune d'elles. Les aliments sont encore élaborés dans l'estomac par cette action chimique. Le sang s'épaissit lorsque les acides y dominent , comme dans la pléthore , l'inflammation ; il se dissout lorsque les alcalis surabondent, comme dans l'anémie, la chlorose , les maladies putrides , etc. ; la lymphe se coagule dans ses canaux, en ferme le passage , d'où résultent les obstructions , etc. » En conséquence de ces déplorables dogmes , les chimiatres emploient, suivant les indications : « des alcalis, des acides, des fondants, des incisifs, des désobstruants, etc.,» avec la prétention de remplir ces indications erronées.
Une semblable doctrine , fausse dans ses principes, extravagante ft dangereuse dans ses conséquences, ne présente rien d'utile pour la science, et laisse dans sa plus simple exposition tous les moyens d'une réfutation suffisante.
Lorsque la chimie raisonnée vint remplacer les hallucinations de l'alchimie , ses merveilleux progrès excitèrent l'admiration générale et portèrent les esprits enthousiastes à des applications nouvelles de ses lois aux dogmes de la médecine et de la physiologie. Plus sages, plus mesurées, plus rationnelles en apparence que celles de l'alchimie, ces applications n'en devinrent que plus dangereuses et n'en étaient pas moins fautives. L'animisme de Stahl, le vitalisme des modernes en ont fait justice ; et cependant, même encore aujourd'hui , quelques théoriciens plus brillants que solides, cherchent toujours, dans les révélations de la chimie,
l'explication des mystères physiologiques et médicaux , en opposition à cet axiome qui consacre l'impossibilité absolue de jamais expliquer les actes de la vie par les lois de la matière inerte, et qui déclare essentiellement fausses toutes les doctrines qui prennent cette application pour base fondamentale.
Au nombre des partisans de la doctrine chimique et de ceux qui sont allés jusqu'à vouloir classer les maladies en la prenant pour base, nous trouvons : Beddoës, Darwin, Reil , Girtanner, Baumes, etc.