‹ Nouvelle doctrine médicaleChapitre 97 sur 168 · VITALISME · texte numérisé non relu

VITALISME

Bartliez est désigne comme le fondateur du vitalisme , sans toutefois être le premier qui ait eu l'idée d'un principe régulateur des actes de la vie , indépendant de l'action de l'âme et de celle des lois physiques. La plupart des anciens philosophes en ont soupçonné l'existence ; plusieurs, même, l'ont admis : tels sontHippocrate, qui l'indique par le terme èvo^ov ; Pythagore , Bacon , par celui d'âme mortelle; Paracelse , Van Helmont, par celui d'archée, etc.; mais en accordant à ce principe la faculté de raisonner ses actes avec intelligence et discernement, les auteurs que nous venons de citer ont frappé leurs doctrines d'une erreur fondamentale.

Les vital istes purs se distinguent donc par ce caractère particulier, que tous admettent, pour les corps organisés vivants, depuis le plus simple végétal jusqu'à l'homme , une cause d'action essentiellement différente de celles qui déterminent les mouvements des corps inertes ; dirigeant, dans l'organisme, l'accomplissement des phénomènes vitaux, sans le concours nécessaire, pour les économies auxquelles il est départi, du principe qui, sous le nom d'âme, effectue ces actions d'un autre ordre, que l'on désigne par le terme de phénomènes intellectuels. Toutefois, cette indépendance des phénomènes intellectuels et vitaux, et des deux ordres de causes qui les produisent , n'est pas absolue. Les faits démontrent, au contraire , qu'ils se modifient respectivement ; c'est cette dépendance relative qui constitue l'influence réciproque du physique et du moral. D'accord sur ce point, le plus important , les physiologistes ne le sont pas sur la manière d'envisager la cause des actions vitales.

Glisson la regarde comme une vie cachée qui dirige tous les phénomènes de l'organisme, au moyen de trois facultés primitives : perceptive, appétitive, motive. D'après Jean Ray, ce principe est inhérent aux organes ; d'après Herder , il existe en nous , il assimile les parties analogues, sépare celles qui sont hétérogènes, veille à tout, sans être cette puissance intellectuelle de l'âme. Barlhez résume, sous le nom de principe vital , toutes les forces de la vie , en fait une entité qui domine toutes les fonctions physiologiques. Bichat lui-même, en blâmant les auteurs de ces

personnifications des propriétés vitales, tombe, sans le savoir, dans

un inconvénient plus grand encore , puisqu'il augmente le nombre de ces entités en les subdivisant avec excès. Il établit d'abord sa

distinction imaginaire et fautive de la vie : animale , organique. Il reconnaît ensuite , comme propriétés de ces deux vies : la sensibilité, la contractilité. Il admet la sensibilité : animale, organique; la sensibilité animale : percevante générale et percevante spéciale. La contractilité : animale ou volontaire, organique ou involontaire; la contractilité involontaire : sensible, insensible. Enfin, il établit ainsi les bases de sa doctrine physiologique et médicale, Anal, yénér., t. I , préf. , p. 7 : « Analyser avec précision les propriétés des corps vivants; montrer que tout phénomène physiologique se rapporte, en dernière analyse, à ces propriétés considérées dans leur état naturel ; que tout phénomène pathologique dérive de leur augmentation, deleur diminution ou de leur altération ; que tout phénomène thérapeutique a pour principe leur retour au type naturel, dont elles étaient écartées. »

Les vitalistes ne furent pas plus unanimes lorsqu'ils voulurent préciser le siège des causes de la vie. Ceux qui reconnurent le principe vital, pensèrent qu'il occupait un centre d'où son action s'irradiait dans tout l'organisme. Le cerveau, la moelle épinière, l'épigastre, le système nerveux dans sa généralité, l'estomac, le cœur, etc., furent successivement regardés comme le foyer principal de cette irradiation. Ceux qui préférèrent l'admission des propriétés vitales , en établirent le siège dans toutes les parties de l'organisme, dont chacune possédait intrinsèquement la raison de son existence; pour les uns, avec des caractères de nature différente; pour les autres, seulement avec divers degrés dans leur développement.

Les uns ont considéré les solides comme seuls dépositaires de ces causes vitales; ainsi, Bichat d'il, Anal, yénér., t. I, cons. ijénér., p. 62 : « Puisque, d'une part, les propriétés vitales siègent essentiellement dans les solides, et que, d'une autre part, les phénomènes maladifs ne sont que des altérations des propriétés vitales, il est évident que les phénomènes morbifiques résident essentiellement dans les solides; que les fluides leur sont, jusqu'à

Page 1