XXI. GONTRO-STIMDLISME
La base de cette doctrine se trouve tout entière dans l'action supposée d'un ordre particulier de médicaments qui jouiraient de la singulière propriété : « d'affaiblir ou même de détruire l'excitement pathologique sans enlever le stimulus qui l'occasionne, mais en déprimant ce stimulus par une influence opposée. » Ces médicaments ont dès lors été nommés contro-stimulants ; et la doctrine qu'ils ont fait établir, contro-stimuiisme.
Rasori , auteur de cette doctrine , pose en principe que toutes les maladies appartiennent à l'une ou à l'autre des deux diathèses st hé nique ou asthénique; en ressuscitant, par cette vaine supposition , l'hypothèse du striction et du laxum de Thémison. Il ajoute que sur cent de ces diathèses, \a.sthe nique existe au moins quatre-vingt-quinze fois. Et de cette autre supposition, plus fausse encore , il arrive à l'induction effrayante que , dans presque toutes les maladies, il faut contro-stimuler: nous verrons, en effet, que la plupart des agents de cette médication sont des excitants.
Les contro-stimulants sont distingués en : généraux, exerçant leur influence dans tout l'organisme indistinctement : l'émétique, le vinaigre, les préparations saturnines, le nitrate de potasse, le stramoine, l'aconit, la cigùe, etc.; spéciaux, portant plus particulièrement leur action sur un organe ou sur un appareil : le fer, la digitale, sur le système sanguin ; la noix vomique , l'arnica, la belladone, le rhus-radicans , sur le nerveux; l'arsenic, la fève St-Ignace , l'antimoine, sur le musculaire ; la scille, sur le lymphatique; le kermès, le laurier-cerise, le polygala, sur les poumons, etc. Le contro-stimuiisme eut pour sectateurs : Borda, Tomasini , Brera , etc.
CONTRO-STIMULISME. EXCITABILITÉ. BROWNIS3IE. IGI
Les plus habiles et les plus sages praticiens de l'Italie se sont élevés contre cette bizarre et dangereuse doctrine : « Il est rare, dit Scarpa , que l'on n'associe pas la saignée , les vomitifs et les purgatifs, aux contro-stimulants; quand la guérison arrive, tout l'honneur en est attribué à ces derniers. Arnoretti déclare que cette doctrine est fausse, chimérique, imaginaire, parce qu'elle est fondée sur la supposition d'un agent idéal qui n'existe point dans la nature. » Ozanam va plus loin , il prouve : « que, fondé sur des principes faux, le contro-sîi mutisme peut conduire aux plus funestes résultats , et qu'il serait un véritable fléau si les praticiens l'adoptaient aveuglément pour règle de conduite. Enfin , le coup le plus décisif porté à cette doctrine, est le relevé des résultats de la pratique de Raggi et de celle de Rasori, suivant des méthodes opposées : pour le premier, la mortalité avait été de dix pour cent, et pour le second, de vingt-cinq, dans le même hôpital, au milieu des mômes conditions !
Il n'est à peu près resté du contro-stimulisme que l'emploi de l'onguent mercuriel dans le traitement de l'érysipèle, et surtout du tartrate anlimonié de potasse, a haute dose, dans la pneumonie arrivée à ce terme effrayant où l'oppression est extrême , les émissions sanguines funestes, surtout chez les vieillards. Mais, dans ce cas urgent, l'émétique, lorsqu'il est toléré, produit, quelle que soit sa manière d'agir, des résultats souvent merveilleux. C'est donc , avec plusieurs autres , une médication qu'il faudrait bien se garder de proscrire, par cela seul qu'elle est émanée d'un faux et dangereux système.