II. — PRirSSG
Le Recueil mensuel publié par le bureau de statistique, à Berlin S ccœtient, dans ses numéros de janvier et àe février 1861, des détails intéressants sur les caisses d'épargne de la Prusse.
L'auteur y examine d'abord quel est le rang que les caisses d'épargne occupent parmi les institutions de prévoyance. Les économistes allemands attachent un grand prix à définir nettement les institutions qui appartiennent au domaine de la prévoyance, en opposition avec le système des institutions aumàntères. Le premier devoir de l'homme est de pourvoir lui-même à son entretien, et à celui de sa famille : c'est le système que les Allemands nomment Selhsthilfe {en anghisselfhelp) ; l'éducation doit viser d'abord à ce but. C'est ce but que doivent se proposer égalemeint les Gouvernements et ceux qui s'occupent de l'amélioration du sort des classes pauvres. Lemeilleur remède à appliquer au paupérisme, c'est la mise à exécution de ce principe.
Les caisses d'épargne, instituées pour inspirer et propager le goût et les habitudes de l'épargne parmi les classes pauvres {unter den kleinen Leute)^ ont des points de ressemblance avec les banques d'avances (Vorschmscassen) dont M. Schulze-Delitsch est le promoteur en Allemagne. Elles ont cela de- commun que, réunissant les gouttes {Tropfen)y les atomes décapitai (Capitalatomen), elles savent en trouver emploi et procurer un intérêt aux déposants. Mais les différences sont nombreuses entre ces deux espèces d'institutions : la caisse d'épargne est garantie par la commune ou par l'État, et régie sans le concours de ceux qui y versent leurs économies ; tandis que, dans les caisses d'avances, l'assurance provient de la solidarité commune des associés; ceux-ci nomment les administrateurs, ils en surveillent la gestion et
* Zeitschrift des kônigL Preussischen staHstischen Bureaus, redigiri ton Dr Ernst Engrl.
approuvent leurs comptes. Les fonds ne sont employés qu'au profit des associés et pour les aider dans leurs affaires ; le montant du crédit alloué à chacun d'eux est fixé par l'administration ; les crédits ne sont accordés que pour un temps très-court, trois mois au plus, mais on les renouvelle facilement. Jusqu'ici l'expérience a prouvé que les bienfaits résultant de ces banques populaires dépassent les services que rendent les caisses d'épargne ; toutefois on n'a pas encore acquis la preuve qu'en temps de crise, elles se prêteraient sans difficulté aux remboursements; ce qui est la pierre d'achoppement des caisses d'épargne.
Cependant il faut rendre cet hommage aux caisses d'épargne qu'elles préparent la voie aux institutions de crédit, qu'elles ont leur utilité propre, et que leurs services ont été réels en propageant les idées et les habitudes d'économie, principalement dans les rangs inférieurs de la société.
Si la caisse d'épargne profite surtout aux classes inférieures, elle n'en écarte aucune. La ville de Zurich présente l'exemple de la plus grande prospérité d'une caisse : on y compte deux livrets de la caisse d'épargne par cinq habitants. Dans le royaume de Saxe, on compte un livret pour 8,6 habitants; la moyenne des livrets y est de th. 59 85 (fr. 224 38 c). En Prusse, en 1839, on comptait 1 livret sur 31,3 habitants. La moyenne des livrets y était de 80 th. 4 silbergros 2 pfennigs (fr. 300 52 c). Nous avons vu ci-dessus {Annexes, tableaux A et B) que ces mêmes moyennes sont, pour la Grande-Bretagne, de 615 fr., et, pour la France, de fr. 300 02 c.
La première caisse d'épargne, dans les États prussiens, a été fondée à Berlin, en 1818, la même année que la caisse d'épargne de Paris. En 1819, on en comptait 4. De 1820 à la fin de 1829, on en a fondé 36, dont une avec 9 succursales (Filialen) ; de 1830 à la fin de 1839, on en a érigé 40, dont 1 avec 10 succursales, et une autre (celle d'Aixla-Chapelle ^) avec 34 succursales ; de 1840 à la fin de 1849, on en a institué 136, et de 1850 à la fin de 1859, 242. Le nombre total des
* Celte ville possède depuis 4825, sous le nom de Société pour l'encouragement à l'épargne, une association importante, qui compte parmi ses fondateurs M. Hansemann, autrefois président du tribunal de commerce d'Aix- )a-CbapeIIe, et qui depuis fut Ministre des finances, à Berlin. Les opérations de cette Société n'ont commencé, toutefois, qu'en 4834.
Cette Société a institué un double système de caisses d'épargne, avec de nombreuses succursales : la caisse d'épargne ordinaire donne 3 '/j p. "/o
caisses d'épargne, en Prusse, est actuellement de 462, dont 353 ont été fondées par des villes, et 109 par les autorités des cercles. (Lés cercles, en Prusse, correspondent aux arrondissements en Belgique.)
Ces renseignements ne concernent que les caisses d'épargne publiques, c'est-à-dire fondées par des municipalités ou par les autorités des cercles ; on est dans une ignorance presque totale sur ce qui concerne les caisses d'épargne privées *.
Le document que nous analysons contient la statistique comparée des caisses d'épargne de la Prusse en 1839, en 1849 et en 1859. Nous nous bornerons à en extraire quelques données relatives à cette dernière année.
A la fin de l'année 1 859, le solde dû aux déposants par les 462 caisses d'épargne publiques était de * fr. 169,804,078 35
Les caisses possédaient en titres de rentes au compte des déposants 2,178,162 50
Le fonds de réserve était de 9,551,177 90
Total général. . . fr. 181,533,418 75
Il ne faut point induire de ces tableaux que toutes les caisses admettent les mêmes conditions pour le maximum des dépôts, le taux de l'intérêt, etc. En se soumettant aux règles générales, on a eu soin de proportionner les conditions de chaque caisse aux besoins des localités. Il en est de même pour le placement des fonds ^.
d'intérêt pour les sommes qui n'excèdent pas 600 thalers (2,250 francs) ; au delà l'intérêt n'est que de 2 */> P» °/o- Mais tout intérêt cesse de courir, à moins d'autorisation spéciale, pour les dépôts excédant 2,000 thalers (7,500 fr.).
La caisse d'épargne avec prime {Pràmien Kasse) reçoit les plus petits dépôts, jusqu'à un maximum de 200 thalers» (750 francs) ; elle accorde aux domestiques, aux ouvriers, aux journaliers, un intérêt de 5 p. o/o, et une prime de 3 thalers, lorsqu'ils ont placé sans ^interruption leurs économies à la caisse, et qu'elles ont atteint 20 thalers. Ces mesures sont fort louables, mais on n'y pourvoit qu'avec des subventions accordées généreusement par la Compagnie d'assurances contre l'incendie d'Aix-la-Chapelle. La bienfaisance y entre donc pour une part.
* Des renseignements publiés par feu M. Dieterici, directeur du bureau de statistique de Berlin, font connaître qu'en 1846, le solde dû par les caisses d'épargne privées, eu Prusse, n'était que de \ ,005,1 52 francs.
* Nous réduisons en francs et centimes, à raison de fr. 3 75 c. par thaier, les sommes indiquées dans les tableaux en monnaie prussienne.
' L'expérience a fait reconnaître, en Prusse, l'utilité qu'il y a de multiplier
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Ainsi qu'on le fait en France, la plupiart des caisses ont établi pour règle que lorsque les dépôts excèdent un maximum, il est fait emploi du surplus pour acheter d'offik;e des rentes de la dette publique au compte du déposant. On transforme ainsi en placement fixe, et sans danger pour la caisse, une lettre de change qui était tirée sur elle à présentation.
Il est curieux de reconnaître, ainsi que nous Favons recherché pour la Grande-Bretagne et pour la France, quelle est la division des crédits par classes de quotité. Les tableaux prussiens nous présentent aussi à cet égard des détails. Les livrets sont classés ainsi qu'il suit : jusqu'au montant de 20 thalers ; de plus de !20 thalers à 50 th. ; de plus de 50 th. à iOO th. ; de plus de 100 th. à 200 thr; enfin, de plus de 200 thalers.
Voici comment se répartissent , par classes de quotité , les 564,986 livrets appartenant aux déposants :
NOIBRC
DBS LIVRETS.
PROPORTION
Jusqu*aa montant de . . fr. 75 » . . .
De plus de fr. 75 » à fr. 487 50 . . .
Totaux
D'après ce tableau, plus du tiers des déposants (55 p. ®/o) jouissent de créditis inférieurs à 75 francs; plus des trois quarts (77 75 p. ^jo) ont des crédits inférieurs à 575 francs ; le nombre des déposants qui
le nombre des caisses d'épargne ou de leurs succursales, en vue d'augmenter le nombre des dépôts. Chaque caisse locale a sa sphère d*action,et les tableaux statistiques publiés par l'administra lion montrent que c'est là une des causes qui assurent le plus le succès des caisses d'épargne.
possèdent dans ces caisses des crédits de plus de 750 fr. (200 thalers) est à peine de 8 08 p. «"/o du nombre total. La moyenne des livrets ne dépasse pas, ainsi que nous l'avons dit, fr. 500 52 c. Nous pouvons en tirer cette déduction que, comme en Angleterre et en France, l'on est resté fidèle en Prusse au point de départ, pour l'organisation et l'administration des caisses d'épargne *.
Une question importante, sur laquelle les statistiques prussiennes et celles d'Autriche nous donnent des renseignements, c'est le mode de placement des fonds.
A cet égard le règlement général du 12 décembre 1838 ne fournissait que des énumérations vagues, comme : première hypothèque, lettres de gage, fonds publics nationaux, amortisation des dettes des communes, prêts aux établissements publics, etc. Voici, d'après les tableaux officiels, comment se trouvaient placés, en 1859, les fonds appartenant aux caisses d'épargne de la Prusse :
^ Les résultats sont les mômes dans le royaume de Saxe. Sur un total de 84,517 livrets, on y observe la répartition suivante :