DEVOIRS DES ÉCOLIERS
est une obligation si indispensable aux instituteurs que, selon la pensée d'un ancien, il faut en choisir de tels qu'on les estime plus en les voyant qu'en les entendant (1).
L'instituteur, selon les principes qui le guident, est un empoisonneur ou un bienfaiteur public; c'est un loup dévorant dans la bergerie ou l'intrépide protecteur d'un faible et timide troupeau. Sa profession est une magistrature sacrée, une espèce de sacerdoce, qu'on ne peut aucunement confier à des hommes indignes ou d'une vertu équivoque.
Ceux qui s'acquitteront de leur charge, non par intérêt ou par vanité, mais par un esprit de charité, désirant attacher de plus en plus à Jésus-Christ le cœur de ces enfants, pour lesquels ce divin Sauveur a manifesté une si tendre prédilection, brilleront dans le ciel, pendant toute l'éternité, comme de magnifiques étoiles ' (2).
Ce que nous avons dit des instituteurs s'applique également aux institutrices.
Devoirs des écoliers et des écolières envers leurs instituteurs ou institutrices.
Parcourons-les rapidement.
i° L'amour. Un des plus célèbres auteurs de l'antiquité (3) réduit tous les devoirs des élèves à cette unique recommandation qu'il leur fait « d'aimer ceux qui les instruisent a comme ils aiment les sciences qu'ils apprennent d'eux, o et de les regarder comme des pères dont ils tiennent, non a la vie du corps, mais l'instruction, qui est comme la vie c de l'âme. » C'est dans le môme sens qu'un poète a dit :
Que celui qui t'instruit te soit un nouveau père.
On peut encore ajouter en un sens que le père lui-même
U) Hune elige doctorem quem magis mireris cùm videris quàm cum audieris Senec.
i'î) Qui ad justitiam erudiunl multos, quasi stcllce in perpétuas «nernitates. Dan., xn , 3.
(3) QuintiJien.
n'a pas un caractère plus saint que l'instituteur, puisque l'un donne la vie, et l'autre les qualités qui seules la rendent estimable.
Que les élèves ne se croient pas dispensés de cette obligation d'aimer leurs maîtres, sous prétexte que ceux-ci sont sévères à leur égard. Car cette sage sévérité, qui tempère et réprime les défauts et les passions d'un âge inconsidéré, est un effet du zèle des maîtres et ne doit que les faire aimer davantage.
^ 2° Le respect. Il est du devoir des enfants d'avoir de l'estime et de la vénération pour les personnes plus avancées en âge, mais particulièrement pour leurs précepteurs, qui exercent à leur égard une espèce de ministère sacré,' étant chargés de leur former à la fois l'esprit et le cœur! 3° La docilité. Elle consiste à écouter leurs bons avis' à se soumettre sans plainte et sans murmure à ce qu'ils prescrivent, à observer avec fidélité les règles établies dans la maison où l'on se trouve. Quoique le règlement, des maisons d'éducation n'oblige pas par lui-même sous peine de pèche, cependant il y a pour l'ordinaire une faute vénielle aie transgresser, à raison des circonstances , parce qu'on le fait par négligence, par paresse, par amour-propre ou par quelque autre motif déréglé. Il pourrait même se fa:re que la faute fût mortelle, comme, par exemple, si l'infraction de la règle emportait avec elle un grave désordre, si elle était suivie d'un grand scandale, ou si, en la transgressant en quelques points essentiels, on s'exposait à un danger notable, tel que celui d'être chassé ignominieusement et de manquer par là sa vocation.
4° La reconnaissance. Elle est la marque d'une belle âme et l'un des principaux caractères de l'honnête homme. Quoi que nous puissions faire pour ceux qui ont travaillé à notre éducation, nous ne pourrons jamais assez reconnaître les services qu'ils nous ont rendus (1).
Il) Diis , paremibus, et magistris non potest reddi œquivaiens
■aflSt., IX, Ethxc.
DEVOIRS DES PAS! ECUS. gg*
Tu ne saurais d'assez ample salaire Récompenser celui qui t'a soigné En ton enfance, et qui t'a enseigné A bien parler, et surtout à bien faire (!)«
Par salaire, on entend non-seulement l'argent, mais encore la reconnaissance, qui est d'un bien plus haut prix.
Les écoliers manquent à ces devoirs, lorsqu'ils ont de la haine et du mépris pour leurs maîtres; lorsqu'ils les provoquent à la colère par des paroles offensantes, ou autrement; lorsqu'ils négligent leurs études; lorsqu'au lieu d'écouter en classe, ils s'amusent ou s'occupent à des choses vaines et inutiles. Leur légèreté et leur paresse rendent souvent inutile tout le zèle de leurs précepteurs, et les engagent eux-mêmes à un fâcheux repentir, pour lequel il n'y aura plus de remède.
Que les élèves se persuadent bien que leur première obligation, c'est de sanctifier leurs études par la prière, par l'accomplissement de leurs devoirs religieux; le principal but qu'ils doivent se proposer en étudiant, c'est la gloire de Dieu et le salut de leur âme.
Ils ne doivent jamais perdre de vue que la science sans la vertu est une chose vaine et une cause de perdition; d'un autre côté, la vertu qui n'a pas la science pour guide, est sujette à s'égarer; l'alliance de la science avec la vertu est la source d'une vie immortelle 2.
D. Quels sont les devoirs des supérieurs envers leurs inférieurs?
R. Les supérieurs doivent aimer leurs inférieurs, et procurer leur bonheur spirituel et temporel autant qu'ils le peuvent.
On peut distinguer deux sortes de supérieurs, les supérieurs ecclésiastiques et les supérieurs civils. Les supérieurs ecclésiastiques sont le pape, le propre évêque, le pasteur et le confesseur. Les supérieurs civils sont les
(1) Pibrac.
î«0 SIXIÈME LEÇON.
souverains par rapport à leurs sujets, et, en général, tous les magistrats qui gouvernent, conformément aux lois, dans Tordre politique.
Devoirs des pasteurs envers leurs paroissiens.
Quelle est grande, quelle est excellente la dignité des prêtres ! Ils sont les représentants de Dieu sur la terre, les ministres de Jésus-Christ qui les a rendus dépositaires de son autorité, les ambassadeurs du Roi des rois, pour nous faire connaître ses volontés. Mais aussi grandes sont leurs obligations ; car les titres augustes, dont ils sont revêtus, leur ont été donnés, non pour en jouir seulement eux-mêmes, mais pour les employer au bien des fidèles. Dieu leur demandera un compte rigoureux de toutes les âmes confiées à leur sollicitude. Aussi doiventils mettre le plus grand zèle à les instruire des vérités de la religion, à les animer à la pratique des vertus chrétiennes par des discours et des exhortations appropriés à leur intelligence et à leurs diverses nécessités. Ils doivent de plus édifier les fidèles par une *\e. exemplaire, avoir pour eux des entrailles de père, et leur donner tous les secours spirituels et même temporels dont ils peuvent avoir besoin. En un mot, ils sont les époux de leurs églises : qu'ils ne négligent rien pour les sanctifier; ils en sont les pilotes : qu'ils fassent tous leurs efforts pour les conduire au port du salut. Saint Bernard réduit les devoirs des pasteurs à ces trois points : « Ils doivent paître leur troupeau par la parole, par le bon exemple, et par le fruit de leurs longues prières (1); » nous ajouterons aussi : par une prompte et exacte administration des sacrements ■ Et, de ces points indiqués par saint Bernard, le plus important à ses yeux et celui dont les fidèles tiennent souvent le moins
(1 Pasce verbo, pasce exemplo, pasce lonjaruia frcctu oraiionum. D. Dern.
DEVOIRS DES FIDÈLES. 26t
de compte a leurs pasteurs, c'est la prière (1). C'est la prière d'un prêtre fervent, qui attire les plus abondantes bénédictions sur une paroisse. Pour s'exciter à l'accomplissement de leurs devoirs, les pasteurs ne doivent jamais perdre de vue qu'ils sont les vicaires de l'amour de Jésus- Christ, comme les appelle saint Ambroise (2).
Devoirs des fidèles à l'égard des pasîeura.
Ils doivent
1° Les aimer, comme étant leurs plus grands bienfaiteurs. En effet, n'est-ce pas d'eux que nous recevons les services les plus signalés? Pères spirituels, ils nous ont engendrés en Jésus-Christ par le baptême (3). D'enfants de colère et de malédiction, ils nous ont rendus enfants de Dieu et héritiers de son royaume. Après nous avoir donné la vie de la grâce, toute leur application est de la maintenir et de la faire croître au dedans de nous, soit par l'administration des sacrements, soit par le ministère de la parole. Médecins de nos âmes, ils nous guérissent de nos maladies spirituelles par le sacrement de Pénitence. Dépositaires des secrets de nos consciences, ils nous accueillent avec bonté, toutes le3 fois que nous voulons nous réconcilier avec le Seigneur. Guides fidèles,- ils nous donnent de bons conseils et de salutaires avertissements, pour nous préserver des voies du vice et de l'erreur. Enfin, pasteurs de nos âmes, ils nous nourrissent et du pain de la saine doctrine et de la manne eucharistique. Leurs mains sont pleines de faveurs célestes qu'ils nous distribuent, et ils font couler sur nous le sang de Jésus-Christ pour notre sanctification. Et, à raison de ces sublimes fonctions qu'ils remplissent à notre avantage, n'est-il pas bien juste que nous ayons pour eux quelques sentiments d'amour et de reconnaissance.
(1) Nunc autem manent tria haec ; major omnibus est orati*. D. Bern.
(2) Vicarii amoris Christi. D. Âmbr.
(3) Per Evangelium ego vos genui. I. Cor., iv, IS»
262 SIXIÈME leçox.
2° Les honorer non pas tant à cause du mérite personnel qui souvent les distingue, qu'à cause du caractère sacré dont ils sont revêtus, et qui les élève au-dessus de toutes les grandeurs humaines. Car ils sont les images de Dieu, les dispensateurs de ses mystères, et ils exercent son autorité. Saint Chrysostome n'a pas craint de dire que nous devons révérer les prêtres plus que les princes et les rois, plus que nos parents (1). Cependant il en est qui les méprisent, qui parlent d'eux avec fierté, qui blâment toutes leurs actions, qui les tournent en ridicule, qui poussent même la malice jusqu'à les noircir par leurs calomnies. La réputation d'un prêtre est bien délicate; il est facile de la flétrir. Quelle terrible responsabilité assument sur leurs têtes ceux qui dénigrent leur pasteur, et le rendent par \à incapable de faire le bien ! Gardez-vous bien, dit le Seignenr, de toucher à ceux que j'ai consacrés par l'onction sainte, et n'usez point de méchanceté envers mes prophètes (2).
Nous devons les honorer malgré leurs défauts. Hélas.' quand on considère, au point de vue de la foi, leurs hautes et admirables fonctions, on voit aisément que les anges eux-mêmes n'auraient pas été dignes de les remplir. Or, Dieu, en choisissant, par condescendance pour nous, des hommes pleins d'infirmités, savait bien qu'ils n'étaient pas à l'abri des faiblesses de l'humanité; mais leurs imperfections ne leur ôtent ni le caractère sacerdotal ni la dignité pastorale. Ne rend-on pas honneur aux officiers et aux ministres des rois, quoiqu'ils soient quelquefois impies et corrompus? N'exécute-t-on pas les ordonnances d'un médecin, quoiqu'il soit accablé de maux lui-même? Écoutez le divin Sauveur, qui vous dit expressément : « Sur la chaire de Moïse, sur la chaire de vérité sont assis des scribes et des pharisiens, c'est-à-dire des hommes peu dignes
(1) Sacerdotes non modo plus vereri debemus quàm principes aut reges.sed etiam quàm proprios parentes. D.Chrysost.,\. III, deSacerd.
(2) Nolite tangere christos meos, et in prophetis meis nolite malignari. Ps. civ, 15.
DEVOIUS DES MAGISTRATS. 263
d'être élevés à une si haute dignité; ne laissez pas de faire ce qu'ils vous diront, sans cependant les imiter dans ce qu'il pourra y avoir de répréhensible en eux (1). »
3° Leur obéir avec une soumission filiale, en tout ce qui regarde le salut de l'âme. Car ils sont chargés de nous faire connaître la volonté de Dieu (2), et Jésus-Christ nous assure, de la manière la plus formelle, que celui qui les écoute, l'écoute, et que celui qui les méprise, le méprise (3) . Les pasteurs, les confesseurs, et autres supérieurs ecclésiastiques, ont donc le droit de faire des préceptes, même rigoureux, dans les choses spirituelles qui concernent le salut des fidèles, qu'ils sont chargés de diriger. Et, afin que nous les écoutions avec plus de respect et que nous acceptions avec une humble déférence leurs décisions, il a promis d'être avec eux jusqu'à la fin du monde, et de les assister continuellement des lumières de sa grâce. Adoucissez leurs peines et leurs travaux par votre docilité; elle les soutiendra, elle les encouragera; et votre obéissance tournera à votre propre avantage, tandis que, au contraire, lorsque l'autorité des pasteurs est méprisée, c'est une source de maux pour une paroisse 3 (4).
Devoirs des supérieurs civtls envers leurs subordonnés.
Ce n'est pas pour leur plaisir, ni pour leur avantage personnel, que les souverains et les magistrats civils ont reçu le pouvoir, mais pour le bien public. Quelles que soient leurs dignités, elles n'en sont pas moins de véri-
(1) Super cathedram Moysis sederunt scribae et pharisaei; omnia ergô quaecumque dixerint vobis servale el facite ; secundùm opéra verô eorum nolite facere. Math,, xxm, 2, 3.
(2) Pro Christo ergô legatione fungimur, tanquàm Deo exhortante per nos. II, Cor., v, 20.
(3) Qui vos audit, me audit; qui vos spernit, me spernit. Luc., x, 16.
(4) Hoec nempè est malorum omnium causa, quôd rectorum aoctoritas periit. D. Chrysost.
taoies charges, qui leur imposent la plus grande et la plus terrible responsabilité.
Les empereurs, les rois, et tous ceux qui sont à la tète des nations, sous quelque dénomination qu'on les désigne, doivent se regarder comme les pères et les pasteurs du peuple, et employer, par conséquent, tous leurs efforts pour le bien commun. Une de leurs plus grandes sollicitudes doit être de diminuer les impôts, autant que le permettent les besoins du service, et de conserver les peuples en paix en les défendant contre tout ennemi ou toute vexation injuste. Qu'ils ne choisissent jamais, pour les élever aux emplois, que ceux qui à une grande capacité joignent aussi le plus de probité; qu'ils veillent à ce que leurs subordonnés s'acquittent bien de leurs charges, qu'aucun d'entre eux ne se rende coupable d'abus de pouvoir, de criminelles exactions, et que la justice soit bien rendue. Surtout, qu'ils protègent la religion, qu'ils fassent observer les saints jours de dimanche et de fête, et qu'au lieu d'entraver l'Eglise, ils la laissent jouir de toute sa liberté, pour qu'elle puisse travailler efficacement au salut des âmes, et contribuer à la prospérité des États.
Pareillement, les magistrats, les officiers civils, et autres dépositaires de l'autorité publique, étant les tuteurs et les protecteurs du peuple, doivent, dans ie degré de hiérarchie où ils se trouvent, s'acquitter consciencieusement de leurs fonctions, empêcher les désordres publics, défendre les pauvres contre l'oppression des riches. Malheur à eux s'ils abusent de leur crédit pour appuyer l'iniquité, pour soutenir le vice ! Toute leur puissance s'évanouira devant le tribunal de Dieu, où ils comparaîtront chargés de leurs prévarications personnelles, et de tous les crimes, et de tous les scandales qu'ils auraient pu et qu'ils n'auront pas voulu réprimer.
Enfin, et c'est ici la première, la plus importante obligagation des grands et des puissants du siècle, obligation malheureusement trop négligée, plus ils sont élevés, plus
ils sont tenus à mener une vie honnête et chrétienne, de manière à être la loi et la règle vivante des hommes. Comment veut-on qu'on respecte en eux l'image de la Divinité, s'ils !a déshonorent et la dégradent par leur conduite? Ils prêchent la soumission aux lois humaines; mais que ne donnent-ils eux-mêmes l'exemple de l'observation des lois divines ? S'ils ne font aucun cas de la première de toutes les autorités, qui est celle de Dieu, comment veulent-ils qu'on respecte une autorité temporelle ? C'est cet abandon, c'est ce mépris de la religion, dans les hautes classes de la société, qui est la cause d'une infinité de maux, parce que les inférieurs sont naturellement portés à se modeler sur les supérieurs (1).
Devoirs envers les supérieurs temporels.
L'autorité des souverains et des magistrats civils vient * de Dieu : c'est par moi, nous dit-il, que les rois régnent et que les législateurs font des lois justes (2). Voilà pourquoi le respect et l'obéissance qui leurs sont dus, sont appelés par Tertullien la religion de la seconde majesté. Ils ont, pour gouverner les peuples, la même autorité que Dieu donne aux pères et aux mères pour gouverner leurs enfants. Nous devons donc :
1° Les respecter, comme étant les lieutenants de Dieu et revêtus de sa puissance pour le bonheur et la gloire de la nation. Us sont, dit saint Paul, les ministres de sa vengeance pour punir les méchants; car ce n'est pas en vain qu'ils portent le glaive (3).
2° Leur obéir. Nous n'avons sur ce sujet qu'à écouter saint Paul, qui insiste de la manière la plus énergique sur
(i)Qualis rector civitatis, taies habitantes in eâ. Eccli., x, 2.
(2) Per me reges reguant, et legum condilorcs justa decernunt. Prov., vin, 15.
(3) Non enim sine causa çïadium portât; Dei eniir; minister est Rom., xiii, 4.
IV, il
ces devoirs si importants de la vie sociale. Que tout homme, dit ce grand apôtre, sans aucune exception de riche ou de pauvre, d'ecclésiastique ou de laïque, soit soumis aux Puissances supérieures, car il n'y a pas de puissance, de quelque nature et de quelque espèce qu'elle puisse être ,poit d'empereur, de roi, de duc, de prince, ou de président, dont Dieu ne soit l'auteur, parce qu'il est l'auteur de Tordre, qui ne peut se maintenir sans la soumission à l'autorité. Quiconque donc résiste aux Puissances, résiste à l'ordre même de Dieu et s'attire une terrible condamnation (1). Saint Paul veut qu'on obéisse aux 1 issauces établies, non pas seulement par la crainte du châtiment, mais par un principe de conscience (2). L'oîsance forcée c'est d'aucun prix aux yeux du Seigneur. Dans nos relations avec nos supérieurs, il faut principalement envisager le Très-Haut, dont ils tiennent la place, l'honorant en leur personne et n'aytet d'autre but que de lui plaire di os les devoirs que nous leur rendons4.
Ce que nous disons des Puissances supérieures doit s'appliquer par proportion aux magistrats et autres personnes établies en dignité, auxquelles nous devons aussi respect, h nneur et soumission, selon leur rang plus ou moins éininent.
is faut-il leur obéir aussi, s'ils nous commandent des es injustes, contraires à la loi de Dieu? Ah ! non, sans doue. C'est alors le cas de dire, comme les premiers chrétiens : Nous ne pouvons pas nous soumettre à ce que vous exigez, car il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Nous sommes bien dans la disposition de rendre à C ce qui est à César, mais à la condition expresse que César ne nous empêchera pas de rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Q ince porte des lois pour le maintien du bon
(t, Omra.s anima potestatibus sublimioribus sub lita sit... Qui rebâti, Dei ordinationi resistit. Jtom.,xni, 1, 2. solda propter iram, sed eùam propter conte ientiaai.
ordre et la tranquillité de l'État; qu'il exige notre argent et même notre sang pour l'indépendance du territoire, pour l'honneur et l'avantage de la nation, très-bien; nous sommes prêts à tout; mais il est une chose que nous ne pouvons sacrifier : ce sont les droits sacrés de la conscience. Il est une loi qui doit passer avant toutes les lois humaines, c'est la loi de Dieu (1). Mais, dans tous les cas, nous ne devons opposer qu'une résistance passive à des ordres injustes et tyranniques; il n'est jamais permis de prendre les armes et de se révolter 5.
3° Prier pour eux. a Je vous conjure avant toutes choses, dit toujours le grand Apôtre, de faire des supplications, des prières, des vœux, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille dans la piété et l'honnêteté (2). » Chacun doit contribuer pour sa part au bien public, dont l'accrois- é sèment dépend surtout des vertus et des lumières de ceux qui nous gouvernent. Nous devons prier le Seigneur d'éclairer les princes et les magistrats dans leurs délibérations, de leur donner la sagesse et la prudence indispensables pour bien administrer, la force pour l'exacte observation des lois et le maintien de la justice, le zèle pour l'honneur de la religion, en un mot, toutes les qualités nécessaires pour faire fleurir l'État et le conserver dans une honorable paix.
4° Payer l'impôt. Jésus-Christ lui-même Pa payé; et saint Paul vous dit expressément « : Rendez à chacun ce qui lui est dû, le tribut à qui vous devez le tribut, et l'impôt à qui vous devez l'impôt (3). »
(1) Non obedio praecepto régis, sed legis. II. Mach., vu, 30.
(2) Obsecro igitur primùm omnium fieri obsecrationes, oraliones,... pro regibus el omnibus qui in subi imi taie sunt, ut quietam et tranquillam vitam agamus, in omni pietateet casiitate. Rom., u, 1,2.
(S) Cui tributum tributum, cui vcctigal vectigal. Rom.,xm, 7.
C'est une dette que vous devez à la patrie, et sans l'acquit de laquelle il serait impossible de faire face à tant de services divers, indispensables pour le bon ordre de la société. Vous profitez de ses avantages ; vous devez en porter les charges, en proportion de votre fortune.
Voilà les principaux devoirs des inférieurs envers les dépositaires de l'autorité publique : devoirs que la religion commande, que le simple bon sens dicte et sans l'observation desquels on ne peut être ni bon chrétien ni bon citoyen. Mais ne semble-t-on pas quelquefois s'en jouer, surtout en ces temps de désordre, où tant d'idées folles bouillonnent dans la tête des hommes? On est bien obligé de plier sous la force brutale ; mais songe-t-on à se faire un mérite devant Dieu de son obéissance ? Que de gens ne rêvent que troubles, révolutions, discordes! Méfiez-vous de ces démagogues, qui déversent sans cesse le mépris et la haine sur les riches, sur les puissants, sur toute autorité établie. Ils se disent les amis du peuple; et, par le fait, peut-être même à leur insu, car nous ne voulons pas suspecter leur bonne foi, ils en sont les plus cruels ennemis. Soyez bien convaincus que leurs idées, si elles pouvaient se réaliser, ne feraient qu'entasser ruines sur ruines, les ruines de l'autel sur les ruines de tous les pouvoirs publics, et enfin la ruine entière de la patrie.
En parlant ici des devoirs des citoyens, ne devons-nous pas leur recommander celui qui, dans le temps où nous vivons, est de la plus haute importance, et qui peut le plus influer sur l'avenir de notre pays? Personne ne doute qu'il ne faille à la tête des affaires des hommes d'une moralité, d'une probité reconnues. Or, sous un gouvernement tel que le nôtre, c'est principalement par la voie des élections qu'on s'élève aux dignités; ce sont les élections qui ouvrent la porte aux plus honorables fonctions. Que les électeurs, animés de l'esprit de religion et de zèle pour le bonheur de la patrie, ne négligent donc jamais d'user des droits que la loi leur confère. Qu'ils soient exacts à aller,
aux jours marqués, déposer avec calme et simplicité dans l'urne du scrutin, les noms des hommes que, dans leur conscience et devant Dieu, ils auront jugés les plus capables et les plus dignes de marcher à la tête du peuple français, ou de les représenter, soit aux assemblées législatives, soit dans les conseils de la commune ou du département. Si on laisse totalement envahir ces assemblées par des impies ou des incrédules, que deviendra parmi nous l'antique foi de nos pères? Comme le bien de la patrie est étroitement lié au bien de la religion, c'est faire à la fois acte de bon chrétien et de bon citoyen, que d'appuyer les candidats dont les antécédents sont un fidèle garant qu'ils ne faibliront jamais, quand il s'agira de défendre la cause sacrée de la foi. Hélas! on a tant d'ardeur pour des intérêts purement matériels ; que n'a-t-on le même zèle pour l'honneur de la religion ! On voit quelquefois des gens, d'ailleurs bien pensants, se tenir dans une tranquille réserve, sous prétexte qu'ils veulent vivre en paix, et qu'ils ne demandent rien au gouvernement. Mais quoi ! n'ont-ils pas à lui demander qu'il améliore le sort du pays, qu'il protège l'Église, qu'il défende sa liberté contre d'injustes agressions? Électeurs chrétiens, soyez donc toujours fidèles à votre poste; la religion et la patrie réclament votre concours. Vous pouvez avoir vos sympathies pour tel ou tel parti politique, quand les candidats offrent d'abord les mêmes conditions de moralité et de religion; mais, dans le cas contraire, que vos sympathies soient toujours pour les citoyens les plus honorables. Au lieu de vous laisser circonvenir par des intrigues, par des promesses fallacieuses, consultez votre conscience ; dites-vous à vous-mêmes : un tel est solidement chrétien, donc il aura ma voix. Cette obligation de concourir par son vote aux élections est tellement rigoureuse qu'un de nos savants prélats na pas craint d'affirmer a que l'omission habi- « tuelle des devoirs électoraux, quand elle est fondée uni- « quement ou principalement sur la crainte de se rêner,
« de se déranger de ses propres affaires, de s'attirer des « désagréments personnels, est en soi coupable non-seuïe- « ment devant les hommes, dans l'ordre social, mais de- « vaut Dieu, dans l'ordre spirituel et surnaturel, et que a cette faute peut aller, par sa propre nature, jusqu'à cornt promettre grièvement le salut éternei (1). »
TRAITS HISTORIQUES
1. Un bon maître, animé de l'Esprit de Dieu, doit user de tonte l'influence qu'il peut avoir sur ses élèves, pour les romener dans tes sentiers delà vertu, si jamais il voit qu'ils s'en écartent. C'est ce que fit autrefois saint Augustin à l'égard d'un jeune homme, nommé Licentius, qui avait étudié sous lui. Le saint prélat, appréhendant que son disciple ne se laissât aller au mal dans le siècle corrompu, lui écrivit une belle lettre, pour l'exhorter à mépriser le monde et a se donner à Dieu. Et, comme Licentius avait composé un poëme qu'il avait adressé à son ancien maître, saint Augustin en prit occasion pour le faire rentrer en lui-même. « S'il y avait, dit-il, quelque « dérangement dans vos vers, si les règles de la poésie n'y étaient « pas bien observées, si la cadence choquait l'oreille, vous en auriez c honte certainement; et, sans différer davantage, vous n'auriez « point de repos que vous ne les eussiez corrigés, polis et rétablis « suivant l'usage de l'art. Quoi donc! ne vous apercevez-vous pas c que vous vivez sans ordre et sans règle, sans observer les lois de c votre Dieu? Croyez-vous que des mœurs mal réglées déplaisent c moins à Dieu que le dérangement de quelques syllabes ne choque « un grammairien? Que me sert-il de remarquer en vous une langue « d'or, tandis que j'y vois un cœur de fer? Souvenez-vous de ce que « vous avez dit dans votre poëme que je n'avais qu'à commander. Eh « bien ! voilà que je vous l'ordonne : donnez-vous à Dieu, qui est le « Seigneur de tous tant que nous sommes. > Si tous les maîtres donnaient de si sages conseils à leurs élèves, ils contribueraient de la manière la plus efilcace a rétablir le régne de la vertu.
D. August., epist. xxvi.
Les élèves exercent souvent la patience de leurs maîtres ; si ceuxci avaient l'âme d'un Fénelon, ils pourraient triompher des caractères les plus rebelles.
Le duc de Bourgogne était destiné à régner sur la France ; il était (1) Monseigneur Parisis, Cas de conscience, pag. 229, 230.