‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 15 sur 55 · ÉDUCATION DE LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE LA JEUNESSE

Le zèle des âmes pieuses pour l'éducation chrétienne de la jeunesse a enfanté de tous côtés de nouveaux asiles, destinés à ce but. C'est surtout par les soins de1 madame de Sainte-Beuve qu'a été fondée la congrégation des Ursulines. Femme d'un conseiller au Parlement de Paris, qui la laissa veuve au bout de trois ans, sans enfants, elle refusa constamment les partis qu'on lui offrit, et partagea son temps entre les exercices de piété et les bonnes œuvres. Elle menait, en quelque sorte, la vie religieuse sans s'être liée par des vœux; elle alla se loger près du couvent qu'elle avait fondé, prenant part aux exercices des Ursulines, faisant la classe aux enfants, et ayant entièrement renoncé au monde et au luxe, pour employer son t^mps et ses revenus en exercices pieux et en aumônes.

De nos jours et sous nos yeux, avec quelle ardeur les dames de Sainl-Vincent-de-Paul, du Sacré-Cœur, de Nevers, de la Sainte- Famille, etc., se consacrent au soin pénible d'instruire les enfants et de leur inspirer l'habitude du travail et la pratique de la vertu ! N'en doutons pas, si les femmes se montrent encore généralement attachées à la foi chrétienne, si elles méritent d'être appelées le sexe dévot, c'est aux congrégations religieuses qu'elles le doivent. La religion donnera toujours les meilleures institutrices.

Une paroisse s'était refusée longtemps à recevoir des sœurs de la charité pour l'instruction des enfants. Le digne pasteur avait fait, à ses frais, les fonds de rétablissement, et il triompha enfin des obstacles. Une circonstance singulière rendit plus remarquable l'entrée de ces saintes filles. Le jour même et à l'heure où l'école s'ouvrait, on rapporta morte dans sa maison l'institutrice laïque qui, s'étant prise de vin, s'était noyée. Mérault, Enseign.

Pour l'éducation des jeunes gens, rien n'égale le dévouement des Frères des écoles chrétiennes. Leur institut a pour fondateur l'illustre et pieux abbé de la Salle. Cet homme si grand et si modeste, ce tendre ami de l'enfance, témoin des effrayants progrès de la corruption, pensa qu'un des plus grands services à rendre à l'humanité, serait d'améliorer les mœurs des classes pauvres. Pour y parvenir, le moyen le plus efficace fut, à ses yeux, de changer les habitudes des générations naissantes, et, pour cela, d'arracher les enfants à l'oisiveté et aux vices qu'elle engendre, et d'en faire de bons chrétiens, pour qu'ils devinssent plus lard et de bons citoyens et de bons pères de famille Ses méditalions assidues, constamment dirigées sur le même objet, et la force de son génie lui firent inventer la méthode qu'il a léguée à ses disciples, en leur léguant aussi le trésor plus précieux encore de son tendre amour pour l'enfance Cette méthode sera dans tous les temps, a dit Napoléon Landais^ une des plus belles découvertes de l'esprit humain. L'abbé de la Salle reçut chez lui les nouveaux maîtres, qui voulurent s'associer à son œuvre ; il faisait

lai-même l'école aux enfants, et menait avec ses disciples la vie la plus pauvre, s'allachant à leur inspirer le g, ût de la piété, l'humilité et an entier désintéressement. Son temple était bien piopre à les encourager à cts vertus : pour leur montrer qu'il ne voulait compter que sur la Providence, il se démit de son canonicat, vendit ses b^ens et en distribua le prix aux pauvres, dans un temps de disette. Napoléon Landais regarde l'abbé de la Salle comme un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité, et il jette un cri d'étonnement et de douleur de ce que la patrie reconnaissante n'ait pas encore élevé un monument à sa gloire.

L'esprit de ténèbres, qui s'acha-ne contre tout ce qu'il y a de bien l'efforcé de souffler les plus odieuses préventions contre les Frères des écoles chrétiennes: voici un trait qui pourra faire rougir plus d'un de leurs détracteurs.

Une mère avait deux fils : l'aîné, ?.gé de vingt ans, en sortant de Ecole militaire de Saint-Cyr, s'était distingué à Staouelli, et, après la conquête d'Alger, revint sous le toit où il était né. En y arrivant il trouva toute la maison en alarmes: son jeune frère, qui avait dix ans de moins que lui, était à toute extrémité. A peine si la pauvre mère vit celui de ses fils qui arrivait ei qui se portait bien. Tous ses regards, tous ses soins appartenaient à 1 enfant qui allait mourir. Le jeune officier partagea les soins qu'on prodiguait à son frère; les souffrances se prolongeaient; l'enfant n'avait plus qu'un souffle', et l'âme de sa mère semblait attachée à ce souffle... S'il meurt, je veux mourir, répétait-elle sans cesse; cet enfant était toute ma vie!.. Ces paroles étaient dures pour l'officier; mais Dieu sait qu'il n'en faisait point un crime à sa mère. Il se disait: « Si c'était moi qui fusse mourant, elle m'aimerait comme cela. »

Tout l'art des médecins ne pouvait faire revenir la force au petit moribond; déjà ses grands yeux noirs étaient fixes et vitrés; et il ne voyait plus ni sa mère ni son frère, qui lui tenaient ses pau\res mains froides et amaigries... t II va mourir! Il va mourir! » répétait la malheureuse femme. Le curé parlait déjà de résignation, et disait que les enfants étaient bienheureux ; que le bon D.eu en faisait des anges... La mère n'entendait que le souffle embarrassé de son fils. Le frère avait le cœur brise des souffrances de 3on frère, du désespoir de sa mère. L'enfant fil un mouvement convois if; tout le monde tressaillit. Le cure dit : < Prions! , et l'on tomba à genoux. Alors, roicila prière que le jeune officier fit tout bas, mais que Dieu entendit: « Mon Dieu, si vous rendez la santé à mon frère, ie fais vœu « de me consacrer à l'éducation des enfants de son âge. Je ieur ap- « prendrai à vous aimer et à vous bénir... Mon Dieu, je vous « bénirai tous les jours de ma vie, si vous guérissez mon frère, si

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