‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 18 sur 55 · MODÈLES DES ÉCOLIERS · texte numérisé non relu

MODÈLES DES ÉCOLIERS

uant qu'il la prendrait de 1 autre ; mais celui-ci, au lieu de faire ce qu'il lui disait, le regarda en souriant, et lui répondit qu'à moins qu'il ne voulût diminuer ïa charge et n'y laisser que ce qu'on lui lui avait dit de porter, il ne l'aiderait point; l'autre y cmsentit et fut édifié de la parfaite obéissance de son confrère.

Les Ecoliers vertueurr.

Respect dû aux prêtres.

8. Dathan et Abiion furent engloutis avec leurs famines, pour avoir murmuré contre Moïse et Aaron. Or, les prêtres de la nouvelle loi sont bien plus dignes de respect que ceux de l'ancienne; et, par conséquent, ceux qui les outragent sont plus coupables et méritent un plus rude châtiment.

Qu'on ne pense pas que ce soit pour notre intérêt que nous rappelons le respect dû aux prêtres. Nous ne le faisons que dans l'intérêt des fidèles, et pour les éloigner d'une offense qui retombe sur Dieu même, puisqu'il a daigné dire : « Celui qui vous méprise me méprise. » Nous citerons de grands exemples. Alexandre arrive à Jérusalem ; il avaiteonquis l'univers connu, et la terre, dit l Écriture, s'était lue en sa présence. Le grand prêtre Jaddus va au-devant de lui, revêtu des ornements pontificaux, accompagné des lévites et suivi d'un peuple immense. A sa vue, le conquérant dépose son orgueil ; il descend de cheval, se prosterne en terre devant Jaddus. Parménion, favori du prince, s'en étonne et lui en demande la raison. Alexandre fil cette réponse digne d'être gravée dans le cœur de tous les chrétiens : Ce n'es* pas lui que j'adore, c'est le Dieu qu'il représente. Alexandre fit plus, il pardonna aux Juifs, qu'il voulait punir pour avoir été fidèles à Darius, et, en cette occasion comme en. tant d'autres, la religion sauva l'Etat ; le grand prêtre et ses lévites furent des défenseurs plus puissants que n'eussent été des armées.

Qu'on se rappelle le respect profond d'Attila peur saint Léon et saint Loup de Troyes, celui de Maxime pour saint Martin. Voilà de grands hommes, des conquérants païens ou barbares; et ils ont respecté les prêtres du Seigneur ! Et, dans nctre siècle, est-il si petit artisan ou villageois qui, sous prétexte qu'il y a quelques prêtres vicieux, ne s'élève contre le sacerdoce, c'est-à-dire contre Jésus- Christ lui-même, car il a dit: « Celui qui vous louche, touche la prunelle de mes yeux. > Méiuult, Ensciyn.

Entrons dans les sentiments de Constantin. En embrassant la religion chrétienne, cet illustre empereur, malgré l'élévation de son rang, se fit un devoir de respecter les évèques et de se soumettre à leurs décisions sur le dogme et sur la morale, dont ils sont les juges. Comme il s'était rendu à Nicée, près d'un mois avant la séance pc

biique et solennelle du Concile, qui avait été convoqué dans cette viile pour arrêter les progrés de l'hérésie d'Arius, plusieurs évêques ariens, à ce qu'on croit, lui présentèrent des mémoires contre leurs confrères. Il les reçut d'un air sérieux et froid, les fit lier et serrer ensemble bien cachetés, ordonnant qu'on les lui gardât jusqu'à un certain jour ou il les pourrait lire. Lorsque ce jour fut arrivé, il se fit représenter les mémoires en plainte, et les brûla en présence des évêques, les assurant qu'il n'en avait pas lu un seul article, c C'est « à Dieu, leur ajouta-t-il, de vous condamner et de vous absoudre: c pour moi, qui ne suis qu'un homme sans caractère dans l'ordre des € choses saintes, je ne m'ingérerai jamais à juger ceux qu'il a établis c en sa place, pour nous juger nous-mêmes. > Ensuite il les exhorta d'une manière énergique et touchante à se pardonner tous leurs torts réciproques, et à ne rien publier qui pût scandaliser les peuples. Puis, il ajouta ces belles paroles, par lesquelles il termina son discours : « Si je voyais de mes propres yeux un évêque commettre une « faute honteuse, je le couvrirais de ma pourpre, pour le dérober à « la malignité publique. »

Respect dû à l'autorité séculière.

4. La patience des premiers chrétiens éclatait surtout à l'égard des princes et des magistrats du siècle. On ne les entendait jamais se plaindre du gouvernement ou parler avec mépris des Puissance. Quelque cruelles que fussent les persécutions, quelque méchants que fussent les empereurs, on ne les vit jamais prendie part à aucune conspiration.

La faction des Ariens, furieuse de tout le bien que faisait en Syrie Eusèbe, évêque de Samosate, le fit reléguer jusqu'au pays du Danube. Le porteur de cette condamnation arrive sur le soir à Samosate. Le charitable pasleur, sachant combien il était cher à ses ouailles, dit à cet émissaire : « J'obéirai, comme je le dois, à l'ordre que vous m'avez apporté ; mais gardez-vous bien de publier le sujet de votre voyage ; car si le peuple venait à l'apprendre, il vous jetterait dans l'Euphrate. * Il partit lui-même fort secrètement pour son exil avec un seul domestique, n'emportant pour tout meuble qu'un oreiller ?t un livre, et il se rendit d'abord à la ville de Zeugma, située sur le bas du fleuve, à vingt-quatre lieues de distance- Les habitants apprirent cependant du porteur même l'ordre de l'empereur. Le fleuve en un moment fut couvert de barques; et ils eurent bientôt rejoint leur père, qu'ils conjurèrent, en se lamentant et en l'arrosant de leurs pleurs, de ne point les abandonner à la fureur des loups qui allaient ravager son troupeau. Pour toute réponse,

HESPECT AUX PUISSANCES. M l

î'évêquc leur lut le passage de saint Paul qui ordonne d'obéir &nx Puissances ; et, après les avoir exhortés à imiter sa soumission et à se tenir fermes dans la doctrine des Apôtres et des Conciles, il partit tranquillement pour se rendre au lieu de son exil. C'est ainsi que sa comportera tout chrétien animé du véritable esprit de l'Évangile; il saura souffrir la persécution pour conserver et défendre sa foi ; mais il ne cherchera jamais à s'en délivrer en soufflant le feu de la rébellion, parce que, en lui ordonnant de tout endurer plutôt que de la trahir, sa religion lui défend de se révolter et de désobéir aux Puissances que Dieu a établies pour nous gouverner. «

Les Jésuites quittèrent le Paraguay, dès qu'ils en eurent reçu l'ordre de la cour d'Espagne. S'ils eussent pensé comme nos philosophes révolutionnaires, que lorsqu'on est opprimé, l'insurrection est le plus saint des devoirs, et qu'ils eussent prêché cette funeste doctrine à leurs néophytes, qui leur étaient si dévoués, ils auraient allumé le feu d'une guerre qui aurait inondé de sang le pays qu'ils avaient arrosé de leurs sueurs. Leur départ entraîna la chute de celle civilisation naissante. Les Indiens rentrèrent dans les forêts dont ils les avaient tirés avec tant de peine. « Puisqu'on nous a ôté nos pères, disaient ces bons sauvages en pleurant, nous aimons mieux retourner dans nos bois que de rester dans des habitations où nous ne les verrons plus. »

5. Un empereur païen commandait une chose injuste à un de ses ministres. Celui-ci répondit avec dignité : « Prince, vous êtes notre chef, nous devons vous obéir en tout ce qui est permis ; mais Dieu est votre chef, vous lui devez, aussi bien que nous, l'obéissance.

Thomas Morus, chancelier d'Angleterre, eut la tête tranchée, parce qu'il refusa constamment de reconnaître Henri VIII pour chef de l'Eglise anglicane. On lui représenta qu'il ne devait pas être d'une opinion différente de celle du grand conseil d'Angleterre. Il répondit ' « Si j'étais seul contre tout le parlement, je me défierais de moimême ; mais j'ai pour moi toute l'Église, qui est le grand conseil des chrétiens. A un évêque de votre parti, j'en peux opposer cent qui jouissent de la gloire du ciel. » Sa femme le pressait d'obéir au roi, par attachement pour elle et pour ses enfants. Il lui dit : « Combien de temps ai-je encore à vivre, selon le cours de la nature ? » Elle lui répondit: «Vingt ans.> — «N'y aurait- il pas de la folie, lui répliquà-t-il, de préférer vingt ans dévie à une éternité de bonheur ?»>

CINQUIÈME COHMANDEMEHT.

PREMIÈRE INSTRUCTION. Horreur de l'homicide.- Homicides par imprudence. - Droit de vie et mort nécessaire à la société. - Suicide défendu. - Ne pas ae manier.— Ne pas exposer témérairement sa vie. - Le duel

défendu.

a Que nous défond le cinquième commandement : Homicide point ne seras, de fait ni volontairement ? R. 11 nous défend d'ôter la vie à notre prochain.

Par ce commandement, Dieu nous défend toute violence exercée sur le corps ou sur l'âme du prochain. Il ne veut pas qu on fasse à qui que ce soit le* moindre tort dans ses possessions ou dans sa réputation ; mais les attentats contre les personnes sont bien plus graves et d une tout autre conséquence, et il les condamne d'une manière toute particulière par ces paroles : «Vous ne tuerez pas (1) »

Mais quoi ! était-il nécessaire que Dieu portât une loi expresse contre l'homicide? Ne sentez-vous pas que la seule idée de ce crime vous révolte ? L'homme n'a-t-il pas naturellement horreur du sang ? Est-il possible qu'il puisse s oublier jusqu'à tremper ses mains dans celui de son frère * Helas ! vous le savez : telle a été la dégradation de I homme par le péché, que souvent il étouffe les plus beaux sentiments de la nature. Dès les premiers jours du monde, la terre a été souillée par le sang humain, et depuis ce crime, qui fit connaître pour la première fois la mort aux hommes, que de scènes d'horreur, que de spec-

(1) Non occides. Esod., xx, 30.

tacles tragiques ont affligé et épouvanté la triste postérité d'Adam ! L'esprit de ténèbres, celui qui a été appelé avec juste raison homicide dès le commencement, a poussé les hommes à toute sorte de malice et de cruauté ; et il avait tellement aveuglé les peuples anciens qu'il leur avait persuadé qu'on pouvait honorer la Divinité par des assassinats. Que de victimes humaines ont été égorgées sur les autels de la superstition ! Sur cette terre même que nous habitons, nos ancêtres, avant la connaissance de l'Évangile, offraient à Dieu, dans des crânes d'homme, le sang de leurs ennemis. Un des bienfaits les plus signalés du christianisme, c'est d'avoir aboli ce culte abominable. C'est encore une remarque qu'on peut faire tous les jours, qu'à mesure que tous les hommes s'éloignent de la religion, ils deviennent méchants éternels. Quand les Juifs abandonnaient le culte du vrai Dieu, ils sacrifiaient leurs enfants à Moloch (1). Et, quand l'impiété philosophique a dominé en France* au lieu de l'âge d'or qu'elle avait promis, elle a établi i'échafaud en permanence sur nos places. Les entrailles des impies sont cruelles, a dit l'Esprit-Saint (2). 11 faut donc que la religion unisse sa voix à celle de la nature pour nous prémunir contre mille excès, auxquels la fougue de nos passions peut nous entraîner.

« Vous ne tuerez point, » a dit le Seigneur. Tuer son semblable, quel crime ! Celui qui s'en rend coupable est un objet d'horreur :

1° Aux yeux des hommes. La vue d'un meurtrier excite dans tous les cœurs un mouvement d'effroi, et l'infamie qui s'attache à son nom, rejaillit sur toute sa famille.

2° Aux yeux de Dieu. En effet, l'assassin usurpe les droits de celui qui seul est le maître de la vie et de la mort. On peut dire encore qu'il s'en prend à Dieu luimême, et qu'en attentant à la vie de son semblable, c'est

(1) Immolaverunt filios suos et filias suas dœmoniis. Ps. cv, 37,

(2) Viscera impiorum crudelia. Prov., xn, 10.

Dieu lui-même qu'il attaque dans son image, car î'homme a été fait à la ressemblance et à l'image de Dieu. Aussi estce là une des principales et des plus fortes raisons pour lesquelles te Seigneur défend l'homicide. ■ Si l'homme, dit-il, répand le sang d'un autre homme, de celai qui est son semblable et son frère, je lui en demanderai compte ; et il sera puni de mort, car l'homme a été fait à l'image de Dieu (1). » Ce n'est que comme dépositaires de l'autorité de Dieu, que les législateurs ont le droit de prononcer h peine capitale contre l'homicide volontaire, et tes autres crimes qui épouvantent la société.

3° A ses propres yeux. Il traîne partout, comme Caïn, le remords qui le déchire; partout il croit entendre la voix du sang injustement répandu, qui crie vengeance contre lui.

Oter la vie à un homme est donc un crime si hideux, si révoltant, qu'il est impossible de pouvoir s'en dissimuler i'énormité. Et, ce qu'il y a de plus terrible et de plus désespérant, c'est que le malheureux qui tue son semblable, ne le prive pas seulement de la vie du corps, mais il s'expose encore à tuer son âme pour l'éternité, en la plongeant dans l'enfer, si elle a le malheur de se trouver en état de péché mortel * ,

Il n'est pas nécessaire de tremper soi-même ses mains dans le sang de ses semblables pour se rendre coupable d'homicide. On doit encore regarder comme de véritables assassins ceux qui se servent du ministère d'un autre; ceux qui soudoient quelque sicaire pour accomplir leur sinistre dessein ; ceux qui encouragent le meurtrier à se venger de son ennemi, qui le traitent de lâche, s'il n'ose le faire, qui lui fournissent des armes, ou lui facilitent les moyens de perpétrer le crime. Seraient aussi coupables d'homicide les jurés ou juges, qui voteraient la mort de quelqu'un

(1) Quicumque effuderil humanum sanguinem, jfundetur sanguis illius ; ad imaginem quippe Dei faetus est homo. Gtn., ix, 6.

DE L'HOMICIDE. 28t>

contre leur conscience, ou sans des preuves suffisantes de culpabilité ; et les faux témoins qui, en incriminant à tort un innocent, ie feraient condamner à mort. On peut enfin accuser d'homicide les médecins, chirurgiens et sagesfemmes qui, par une négligence, une ignorance ou imprudence gravement coupables, laissent mourir les personnes qu'ils traitent; les gardes-malades par état, qui, au lieu de veiller avec assiduité les malades en danger, les abandonnent ou les négligent d'une manière notable, ou qui, ne suivant pas les prescriptions du médecin à leur égard, leur donnent des aliments qui leur sont interdits, ou leur administrent, de leur autorité privée, des potions suspectes, des remèdes qui peuvent leur être nuisibles, et leur occasionner la mort.

N. B. Les détails qui vont suivre, à peu près jusqu'à la t demande suivante, ne conviennent pas à tous les auditoires. Nons avons dû cependant les placer ici pour traiter, selon notre usage, la matière dans toute son étendue. C'est aux catéchistes à les omettre ou à s'en servir, selon les circonstances. Nous pencherions à croire qu'on ne doit parler de ces sortes de sujets qu'en temps de retraite ou de mission.

Nous devons le dire pour l'honneur de l'humanité, les monstres, qui attentent directement à la vie de leurs semblables, sont assez rares ; mais un homicide qui n'arrive que trop fréquemment en ces jours de corruption, c'est le crime de ces malheureuses filles ou femmes qui, pour cacher leur libertinage, font périr le fruit de leur sein ; crime affreux, qui peut quelquefois leur causer la mort à elles-mêmes, qui les rend parricides en faisant périr un enfant avant sa naissance ! Mères dénaturées, plus cruelles que les lionnes et les tigresses î quelle abominable ressource de vouloir remédier à un péché commis, par un péché beaucoup plus énorme ! N'est-ce pas une atrocité dont la seule idée révolte, que de tuer son propre enfant,

que de le tuer avant quii ait pu recevoir le baptême, et de perdre ainsi son âme pour l'éternité ! Ce crime est regardé avec juste raison comme tellement hideux qu'on le met, dans plusieurs dioeèses, au nombre des cas réservés, non-seulement pour la personne qui le commet, mais encore pour tous, ceux qui y contribuent par conseil, violence, ou de quelque manière que ce soit.

Nous devons ici rappeler quelques observations que nous avons déjà faites à l'explication du quatrième commandement, mais qui se rapportent également au cinquième. S'exposent à commettre un homicide :

1° Les femmes enceintes, qui ne se ménagent pas assez et risquent de se blesser, en portant de trop lourds fardeaux, en travaillant avec excès, en se livrant à la danse ou à des plaisirs de la chair désordonnés. Elles doivent veiller avec Je plus grand soin sur elles-mêmes, de peur qu'il ne leur arrive quelque malheur, et que par là elles ne privent i" Dieu du service que lui aurait rendu la créature qu'elles portent dans leur sein ; 2° les anges du plaisir qu'ils auraient de voir remplir une de leurs places restées vides dans le ciel, après la révolte des démons; 3° le fruit de leurs entrailles du bonheur ineffable de la vision béatifique, en l'engageant à la peine incompréhensible du dam; de peur enfin d'encourir elles-mêmes la damnation éternelle.

2° Les maris qui poussent la cruauté jusqu'à outrager ou maltraiter leurs femmes, quand elles sont dans un état si digne d'intérêt : qui les frappent sans aucun respect pour l'enfant dont ils sont les pères. Sont-ce là des hommes? ne se ravalent-ils pas au-dessous de la brute?

3° Les mères et les nourrices qui font coucher dans un même lit avec elles leurs enfants, avant qu'ils aient un an accompli; car elles peuvent, sans s'en douter, les étouffer. Et quel regret, quelle désolation, si, après avoir placé sur leur sein un enfant bien portant, elles le trouvent, à leur rcveil, mo'l à leurs cotés ! Quelle que soit donc leur fatigue, quels que soient les cris des enfants, elles ne doivent ja-

maïs les prendre dans leur lit, pas même pour un temps, au moins quand il y a danger qu'elles ne s'endorment, avant de les remettre dans leur berceau; et ce danger est presque inévitable.

4° Les mères, les bonnes, et, en général, toutes les personnes préposées à la garde des petits enfants, qui les abandonnent pendant de longues heures, au risque de tomber dans le feu ou dans l'eau, de s'estropier, d'être mordus et dévorés par les animaux, de se renverser ou de s'étrangler dans leur berceau.

5° Enfin, ceux qui se pressent trop de faire ensevelir les morts. Il ne se passe presque pas d'année où il n'arrive quelque exemple terrible du danger des inhumations précipitées. Ces prétendus morts enterrés vivants se réveillent... oh! quelle affreuse position pour eux!.,, se réveillent au milieu de la putréfaction des tombeaux, et meurent < alors réellement dans les plus terribles angoisses, et cela, par la faute de parents cupides, qui ont plaint les frais d'une veille, qui étaient impatients de jouir de leurs dépouilles.

D. Quelle est cette vie que Dieu défend d'ôter au prochain? R. C'est la vie du corps, et encore plus la vie de l'âme.

Le cinquième commandement, ayant pour objet direct la défense de la personne du prochain, prohibe tout ce qui peut lui nuire dans son corps et dans son âme. En cela, il diffère du septième, qui défend de faire tort au prochain dans ses biens, et du huitième, qui défend de faire tort au prochain dans sa réputation. Or, les maux qu'on peut causer au prochain dans son corps et dans son âme, se réduisent à deux principaux, l'homicide corporel, et l'homicide spirituel ou le scandale: Nous ne devons parler dans cette instruction que du premier.

La vie pst le plus grand de tous les biens naturels ; Dieu quï nous l'a donnée, s'en déclare le protecteur ; et il n'y a pas d'homme si vil, si méprisable, et même si coupable

qu'on le suppose, auquel il soit permis de l'arracher d'autorité privée ; car certainement l'autorité publique a le droit de condamner à mort les malfaiteurs et de faire exécuter ses sentences. C'est même un devoir pour les princes et les magistrats de vengerles crimes et de réprimer l'audace d^s méchants. Bien loin d'aller contre le commandement de Dieu, ils en remplissent^ contraire, le but qui est d'assurer la vie deshommes.il y a des gens tellement pervers que la seule crainte de l'échafaud peut les retenir. Pour détourner le glaive de dessus la tête de l'honnête homme, il faut le tenir suspendu sur celle du scélérat. Le droit de vie et de mort, accordé à la société pour se défendre et se faire respecter, est donc une participation à l'exercice de la puissance divine , ou plutôt, comme l'a remarqué saint Augustin, quand l'autorité publique frappe à mort les criminels, c'est Dieu lui-même qui les frappe, comme le coup que donne l'épée, n'est pas attribué à l'épée, mais à la main qui s'en sert (1).

Il est encore permis de tuer, lorsqu'on se bat à la guerre, parce qu'on doit obéir au souverain ; mais celui-ci ne peut entreprendre une guerre que pour une cause juste ; sans quoi il se rend coupable d'autant d'homicides qu'il fait tuer d'hommes de part et d'autre, et tout le sang versé retombe sur lui.

Enfin un dernier cas où il est permis de tuer, c'est celui d'une légitime défense, lorsqu'un injuste agresseur vient fondre sur vous, et que vous n'avez pas d'autre moyen de conserver la vie. Qu'un voleur vous demande la bourse ou la vie, ou qu'il force les portes de votre maison pour la piller, s'il vient à mourir des coups que vous lui porterez pour le repousser, vous n'êtes point coupables de sa mort (ii). Mais, avant qu'il soit permis de le frapper à mort,

(l) D. Aug., de Civit., 1. 1, c. xu.

fjj Si effringens fur domura, seu saffodiens fuerit inventus, et *ccepto Yulnere mortuus fuerit, percussor non erit reu? sanguinif. Exod., xxii. 2.

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