‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 19 sur 55 · DU SUICIDE. 28D · texte numérisé non relu

DU SUICIDE. 28D

u faut qu'on ne puisse en aucune autre manière le forcer de se désister de sa criminelle entreprise, et qu'il s'agisse d'un vol considérable qui mette la personne volée ou les siens dans un grave danger. L'opinion commune des docteurs"est encore qu'une jeune personne peut tuer celui qui fait outrage à sa pudeur, quand il n'y a pas d'autre moyen pour elle de la conserver. Hors ces cas, personne n'a le droit d'attenter à la vie de son prochain.

Mais est-il permis d'attenter à sa propre vie ? Est-il permis de se battre en duel? Deux questions, que nous allons examiner.

Du suicide.

L'homme n'est pas le maître de sa propre vie : il la tient de Dieu, comme un dépôt, pour en faire bon usage et pour le conserver, jusqu'à ce que le souverain maître qui le lui a confié, vienne le retirer. C'est vous seul, ô mon Dieu, qui avez sur nous droit de vie et de mort (i ). A vous seul appartient le droit de nous faire vivre et de nous faire mourir (2). Aussi le Seigneur, en nous intimant son cinquième précepte, ne dit pas seulement : « Vous ne tuerez pas les autres; » mais il dit absolument : a Vous ne tuerez pas; » nous signifiant par là que nous ne devons pas plus attenter à notre vie qu'à celle de nos semblables.

Se tuer soi-même, c'est donc faire injure à Dieu, er, usurpant un droit qu'il s'est réservé, et en quittant, sans son ordre, le poste où il nous a placés ; c'est outrager la raison et la nature, en foulant aux pieds cet instinct de conservation qu'il a si profondément gravé au dedans de nous; c'est être cruel envers soi-même, et se rendre cou-

(i) Tu es, Domine, qui viUe et mortis habes potestatem. Sap., xvi, 43.

(2) Ego occidam et vivere faciam. Deut., xxxn, 39, IV. 13

2 ÇC SEPTIEME LEÇON.

pable d'une double mort, puisqu'en même temps qu'on tue le corps, on tue aussi l'âme et qu'on encourt la destinée du perfide Judas, lequel, malgré son crime exécrable, eût pu se sauver parla pénitence, s'il n'avait mis le comble et le sceau à sa réprobation par le suicide.

Mais, me dira quelqu'un de ces malheureux, la vie m'est à charge, je souffre horriblement, quel mal y a-t-il à m'en délivrer ? — Moi, je vous demande, à mon tour, pourquoi la vie vous est-elle à charge ? N'est-ce pas parce que vous ne voulez pas l'employer conformément à l'ordre de Dieu ? N'est-ce pas parce que les passions l'ont flétrie et usée ? N'est-ce pas parce que vous n'avez pas l'amour de Dieu dans votre cœur? Voulez-vous, vous demande le Psalmiste, simer ia vie et avoir des jours heureux? Évitez le mal, et faites le bien (1). L'impiété est un poison qui ronge et mine toute l'existence de l'homme. Il y a longtemps que Salomon a dit que les ennemis de Dieu aiment : a mort (2). N'est-ce pas, en effet, depuis que l'incrédulité a fait parmi nous tant de ravages, qu'on a vu les suicides se multiplier d'une manière effrayante ?

Le malheur, dites-vous, vous poursuit sans cesse et s'acharne sur vous comme sur sa proie. Mais, remarquez-le bien, notre malheur ne provient le plus souvent que de nos affections déréglées: supprimez-en donc la cause par une meilleure conduite, et, en retrouvant la paix de l'âme, le calme de la conscience, vous vous sentirez renaître à la vie. D'ailleurs,insensé que vous êtes, y pensez-vous? vous voulez éviter le malheur, et, en mourant dans le péché, vous allez vous plonger dans un abîme de maux et de maux éternels.

Le mal, ici-bas, n'e^t que dans nos idées, dans nos folles convoitises, et la vie est toujours un bien. Pour quiconque

(1) Quis est homo qui vull vitam, et diligit dies haberebonos? Divcrte a malo et tac bonum. Ps. xxxm, 15.

(2) Oignes qui me oderunt, diligunt mortem. Prov., nu, 4.

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