‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 20 sur 55 · DU SUICIDE · texte numérisé non relu

DU SUICIDE

a la foi, l'adversité elle-même, en éprouvant la vertu, devient une source de mérites et de consolations par l'espérance des récompenses promises à la patience, à la résignation. A n'envisager même les choses que d'après les lumières de la raison, quelle lâcheté que de se laisser abattre par l'infortune ! Les païens eux-mêmes avaient compris que celui-là seul est brave qui peut supporter le malheur (1). Ils s'étaient fait une telle idée de la force du sage qu'ils le supposaient capable de supporter tous les maux, et que, l'univers vînt-il à s'écrouler, il devait en voir fondre sur lui toutes les ruines sans pâiir (2).

Je suis, dites-vous encore, un être parfaitement inutile; je ne tiens à rien. — Quoi ! vous ne tenez pas à une famille que vous allez plonger dans le deuil, à des amis que votre mort tragique va désoler ! Vous êtes un être parfaitement inutile ; mais écoutez ce que vous répond un philosophe (3) : « Ignores-tu que tu ne saurais fa»re un pas a sur la terre sans trouver quelque devoir à remplir, et a que tout homme est utile à l'humanité par cela seul g qu'il existe ? Jeune insensé, s'il te reste au fond du a cœur le moindre sentiment de vertu, viens, que je t'ap- « prenne à aimer la vie. Chaque fois que tu seras tenté « d'en sortir, dis en toi-même : Que je fasse encore une « bonne action, avant que de mourir. Puis va chercher « quelque indigent à secourir, quelque infortune à consoa 1er, quelque opprimé à défendre. Si cette considération « te retient aujourd'hui, elle te retiendra demain, après- « demain, toute la vie. » En effet, quand on voit quelqu'un attenter à ses jours, on peut dire : C'est un homme que

(1) Fortiter ille facil qui miser esse potest.

Martial.

(2) Si fraclus illahatur orbis, Impavidum ferienl ruinœ.

Ho il ace

(3) J. J. Roasseau.

son oisiveté et ses vices rendent inutile à la société et à charge à lui-même.

Pour inspirer une vive horreur du suicide et le y mer à l'exécration publique, les canons de l'Église ont défendu de rendre les honneurs de la sépulture à un homicide de lui-même, et d'offrir pour lui l'adorable sacrifice a.

Comme nul n'est maître de ses membres, non plus que de sa vie, c'est un péché, qui se rapproche du suicide, que de s'en couper ou faire couper quelqu'un, peur quelque sujet que ce soit, sauf la conservation de la vie; car, dans ce dernier cas, on ne fait que sacrifier une partie pour conserver le tout.

On pèche encore contre le cinquième commandement :

Quand on expose témérairement sa vie, comme font ceux qui, par orgueil, sans raison aucune et sans avoir l'aptitude nécessaire, montent des chevaux fougueux, veulent traverser des rivières à la nage, sautent sur des cordes, grimpent sur des arbres, manient des armes dont ils ne connaissent pas l'usage, etc.

Quand on ne prend pas un soin raisonnable de sa santé, comme les avares, qui se plaignent la nourriture, les vêtements et les remèdes, s'ils viennent à être malades.

A plus forte raison pèchent tous ceux qui nuisent directement à leur santé, en se laissant aller à des excès, à la volupté plus meurtrière que le fer, à l'intempérance qui altère les plus robustes tempéraments. En général, toutes les passions sont homicides. La longueur des jours est dans la main de la vertu (1).

C'est aussi un péché que de se souhaiter la mort par désespoir, par impatience, parce qu'on ne veut pas se résigner à la volonté de celui qui est le souverain arbitre de nos jours et de tous les événements qui nous réjouissent ou nous affligent. Cependant ce désir n'aurait rien de criminel, s'il était produit par la crainte du danger où nous

(1) Longitudo diêrum in dexterâ ejus. Prov., m, 16.

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