‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 21 sur 55 · DU DUEL · texte numérisé non relu

DU DUEL

sommes ici-bas d'offenser Dieu, s'il n'avait pour but que d'être affranchi de cette triste servitude du péché, pour s'unir à Dieu et le posséder au plus tôt dans la céleste patrie. C'est ainsi que David disait : a Hélas! que mon exil est long! que je suis fatigué de demeurer parmi les habitants de Cédar (1). » Et saint Paul : « Je suis dans la plus vive peine, par le désir que j'éprouve d'être dégagé des liens du corps et d'aller à Jésus-Christ (2). » C'est là le désir des âmes parfaites, qui aspirent sans cesse à Dieu. Mais sontce les sentiments qui animent tant de gens dégoûtés de la vie? Ce sont, pour l'ordinaire, des chagrins qu'ils se forgent à eux-mêmes, qu'ils ne veulent pas modérer, et dont ils ne savent pas profiter pour l'expiation de leurs fautes. y C'est l'ennui qu'on éprouve d'être continuellement en rapport avec un mari fâcheux, avec une femme incommode, avec des enfants indociles, qui fait désirer la mort; et c désir est déréglé, parce qu'il est contraire aux ordres de la. Providence.

Du duel.

Celui qui va se battre en duel s'expose à un péril évi« dent de tuer ou d'être tué, et cela sans aucune raison suffisante. En effet, quelle est la cause la plus ordinaire des duels? Une parole indiscrète, un geste inconsidéré, un vain point d'honneur. On s'emporte pour une bagatelle ; on n'a pas le courage de pardonner une injure souvent futile, et on prétend la laver dans le sang. Préjugé absurde et ridicule! « En quoi consiste-t-il? se demande le célèbre philosophe que nous avons déjà cité. Dans l'opinion la plus extravagante et la plus barbare qui entra jamais dans l'esprit humain : savoir, que tous les devoirs de la société sont suppléés par la bravoure ; qu'un homme n'est plus

(1) Heu mihi, quia incolatus meus prolongatus est. Ps. cxix, 16.

(2) Coarctor... desiderium habens dissolvi et esse cum Christo. Phil, I, 23.

fourbe, fripon, calomniateur, qu'il est civil, humain, poli, quand il sait se battre; que le mensonge se change en vérité, que le vol devient légitime, la perfidie honnête, l'infidélité louable, sitôt qu'on soutient tout cela l'épée à la main; qu'un affront est toujours bien réparé par un coup d'épée, et qu'on n'a jamais tort avec un homme, pourvu qu'on le tue. » On peut dire en toute vérité que le duel est un effort sans vertu, un crime sans plaisir, un point d'honneur sans raison. Celui qui va se battre de gaieté de cœur, n'est qu'une bête féroce qui s'efforce d'en déchirer une autre. S'il reste le moindre sentiment naturel dans leur âme, je trouve celui qui périt moins à plaindre que le vainqueur 3.

Cette funeste manie de se battre en duel, le saint concile de Trente l'appelle une coutume détestable, introduite par le démon, afin de soumettre à son empire les âmes par la mort violente du corps (1).

Le duel, ainsi que l'homicide volontaire, est un cas réservé, dans plusieurs diocèses. De plus, l'Église frappe d'excommunication les duellistes, ceux qui leur servent de seconds, ainsi que tous ceux qui conseillent le duel, ou qui y coopèrent efficacement, et même les spectateurs qui regardent de si près que leur présence ne peut qu'animer les combattants.

Dieu étant le maître de notre vie, employons-la fidèlement à son service, lui consacrant toutes nos pensées et toutes nos actions ; et, sans devancer en aucune manière le jour où il viendra nous en demander compte, soyons toujours prêts à la lui remettre entre les mains, quand il lui plaira de nous appeler à lui.

(1) Detestabilem usum. fabricants diabolo introductum, utcruent» eoiporam mone amroarum eliam perniciem lucretur. Trid., ses*. 25, «. xxix, de Beform.

DE L'ilOMICIDB. 295

TRAITS HISTORIQUES

] . Adam et Eve eurent d'abord deux fils : Caïn et Abel. Caïn cultiva la terre; Abel nourrissait des troupeaux. Tous deux offrirent à Dieu des sacrifices; mais ils s'acquittaient de ce devoir avec des dispositions bien différentes. La piété d'Abel attira les regards du Seigneur sur lui et sur ses dons; au lieu que Caïn, par son impiété et son avarice, avait éloigné de lui le cœur de Dieu. Caïn, voyant la préférence que Dieu accordait à son frère, conçut une secrète jalousie contre lui. Un jour il lui proposa une promenade, et, lorsqu'ils furent dans un lieu écarté, il se jeta sur lui et le tua. Ce crime arma la justice divine, et son châtiment annonça aux hommes que la Providence veille sur eux, pour punir le vice et pour protéger la vertu. «Caïn, qu'avez-vous fait? lui dit le Seigneur. Le sang de votre frère, que vous avez répandu, crie vers moi et appelle ma vengeance : vous serez maudit sur la terre que vous avez souillée de ce sang ; vous y serez errant et fugitif tous les jours de voire vie. » Caïn, livré, à des remords cuisants et agité de continuelles frayeurs, prit la fuite. Cependant Dieu lui donna du temps afin qu'il rentrât en luimême, et défendit qu'on le fît mourir. Ainsi, la vertu commença-telle dès lors à être persécutée par le vice, et le juste Abel devint une vive image du Juste par excellence, qui devait mourir un jour sous les coups d'une jalouse fureur.

Un bon fermier, qui avait l'heureuse habitude de faire de pieuses lectures dans sa famille, après avoir raconté le meurtre d'Abel, s'écria dans sa simplicité: Le premier homicide, hélas! fut donc un laboureur 1 et le livre tomba de ses mains, et ses enfants fondirent en larmes.

Les hommes de sang reçoivent ordinairement dés cette vie la punition de leur cruauté.

Adonibésech ayant été vaincu par les Israélites, ils lui coupèrent les extrémités des pieds et des mains. Alors ce roi barbare, se rappelant les cruautés qu'il avait exercées, dit : «Soixante et dix rois, à qui j'avais fait couper les extrémités des pieds et des mains, mangeaient sous ma table les restes que je leur jetais ; le Seigneur me rend ce que je leur ai fait souffrir. » JvdtC, i.

C'est pour avoir fait injustement mettre à mort Nabolh, que le roi Achab fut tué par les Syriens, et Jésabel, sa femme, dévorée par let chiens, et toute leur race détruite par Jéhu. IV. Reg.t ix.

Pendant les quarante siècles qui ont précédé la venue de Jé<us- Lnnst sur la terre, le démon, qui avait usurpé les autels du vrai Dieu se faisait adorer partout par d'affreux sacrifices, par de ver ca ies' assassinats. Car, dit saint Clément d'Alexandrie, qu'on me tue ur un

Ué s deUltDS UD ^nd|Ch6min» ^»P°™£n. toutes les conliées de J univers, chez les peuples civilisés comme chez les nations barbares, dans l'Egypte et dans l'Indoostan, à Rome, à Carth ge en Grèce, au Pérou, au Mexique, dans les déserts de l'Amérque septentrionale, on trouve cette abominable coutume de répandre le sang humain en l'honneur de quelque infâme divinité. Plutarque a .71 r -Jf maniérf. ,aPlus Pathétique ces abominables sacrifices. «Les Carthaginois, dit-il, immolaient leurs propres enfani s à Saturne e es riches qu, n'en avaient point, achetaient ceux des pauvre ' pour les égorger comme des agneaux ou des poulets. La mère étail la. œil sec, et suffoquant ses sanglots, sous peine de perdre à la fois

1 1 lTnr ^ r fîlS- LeS flÙt6S el ieS tambours> -semblés devant la st tue du D.eu, faisaient retentir le temple, et couvraient le cri lamentable des victimes , Nos féroces aïeux immolaient aussi des victimes humâmes a leur D.eu Tentâtes et au nom moins cruel Odin, à qu

m^aDeennrr,fiCej danS deS CrAneS d'h°mmeS' h *™3 de -s e'n-

h m ££ Hp J°UrS 6nC0re' qUe d'h3rribl^^au.és, celui qui a été

uT ?° d6s ,e,com^encement, ne fait-il pas commettre dans tous

s lieux que n a pas éclairés la lumiére.évangélique. Les Japonais

Hi "n ? T raC,e de religi°n' en Se no>ant en ,,h0«neur de leur D.eu Amxda A Jagarnat, à Arrakan, une multitude de fanatiques se précipitent a terre sur le passage d'une idole qu'on conduit procès! s.onnellement par toute la ville, et s'estiment heureux d'être Visés sous les roues du chariot qui la porte; d'autres s'accrochent volontairement a des pointes de fer dont le chariot est hérissé, et le sang qui coule de leurs plaies sert à arroser la divinité. Dans l'Inde les femmes se brûlent sur le bûcher de leurs maris. Dans le vaste'emp.re de la Chine, on ne se fait aucun scrupule de tuer les enfants nouveau-nes. Monseigneur de Sinite citait dernièrement (i) le trait d une de ces malheureuses mères qui, ayant jeté une petite fille dans

danlnner^mra0 vf " """T qU'elle ne mo^ait pas assez vite, la plongea dans un baquet, et, d'un instrument meurtrier, lui fracassa la mâchoire Une autre, ayant embrasse le christianisme, au bout

SZ ? deUX„moi.S' n'*n voulut Pi"- Interrogée sur les motifs de son apostasie, elle repondit : Cesi que je veux jeter les enfant, qui m riront Sur la côte de Malabar, il est certaines circonstances 21 1 enC°re d6S SaCrifices humains. On ignore toujours le aombre des victimes, parce que ces scènes se passent dans les bois,

(I) Annales de la Sainte-Enfance.

et que les naturels ne veulent point s'expliquer là-dessus. Vainement les Européens, qui font le commerce dans ces parages, cherchent-ils à les détourner de ces atrocités. Les vieillards sont enracinés dans leurs idées superstitieuses, et ne veulent pas en démordre.

Hist. des peuples.

Toutes les fausses religions ont été homicides. Les Juifs eux-mêmes, lorsqu'ils abandonnaient le culte du vrai Dieu, immolaient leurs enfants à Moloch (1).

Toutes les passions sont encore homicides, et surtout ce vice impur, qui semble ne respirer que la joie et le plaisir. Henri VIII, en conséquence de son infâme passion pour Anne de Boulen, à qui il fit ensuite trancher la têle, se déclara chef de l'Eglise Anglicane. Il immola à sa fureur deux cardinaux, trois archevêques, dix-huit évoques, treize abbés, cinq cents prêtres ou religieux, soixante chanoines, cinquante docteurs, trois cent trente-sept gentilshommes, parmi lesquels fut le célèbre Thomas Morus, cent dix femmes de condition, etc. Sur le point de mourir, il s'écria: «Que je suis malheureux de n'avoir jamais épargné aucun homme dans ma colère , ni aucune femme dans ma passion ! » Ce cruel aveu se fait bien tard, quand ij ne se fait qu'à l'heure de la mort.

« Les entrailles des impies sont cruelles, > a dit l'Esprit-Saint.

Rien n'égale les horreurs dont se souilla l'impiété révolutionnaire. Pendant plusieurs années, le régime le plus despotique et le plus barbare pesa sur toute la France. La Convention, dominée par un scélérat hypocrite et atroce, ne faisait que rendre des lois de mort. Des décrets révolutionnaires organisaient le pillage et l'assassinat. Les prisons regorgeaient de captifs. On avait inventé cette loi des suspects, arme terrible dans la main des dominateurs, source sûre et féconde de délations, de recherches et d'emprisonnements. Les moindres délits étaient punis de mort. Que dis-je? était-il besoin de l'apparence même d'un délit, pour provoquer la cruauté des tyrans ? Un geste, un mot, un soupir, eussent suffi pour envoyer à l'échafaud. Des juges révolutionnaires condamnaient chaque jour iï\ masse, sans instruction, sans procédure, sans preuves, pour des îrimes imaginaires, pour des complots impossibles. Des malheureux, }ui ne s'étaient jamais vus, étaient accusés d'avoir tramé de concert quelque conspiration absurde. La vieillesse et l'adolescence étaient enveloppées dans la même proscription. Une réputation honorable, un mérite reconnu, un rang élevé, étaient autant de titres de condamnation. La faiblesse même d'un sexe étranger aux secousses

il) Immolaverum filios suos et filias suas daemoniis. Psal. ov, 37*

politiques, cette faiblesse, si propre à désarmer la tyrannie, ne maltoit pas a l'abri des suppliées, et les femmes ensanglantèrent aussi les echafauda. Chaque jour Paris voyait défiler dans ses rues un cortège affreux de victimes, pressées dans des charrettes et allant à la mort. On se plaisait à rassembler dans cette, marche funèbre des amis, des parents, des époux, et à offrir à la fois tous les genres dé tourments. D * ,,. &. "

Picot, Mémoire.

Pendant ces jours d'épouvantable mémoire, la nature fut constamment outragée par ceux qui cessèrent de respecter la religion. On entendit un frère dire à la Convention : « Si mon frère n'est pas dans le sens de la révolution, qu'il soit mis à mort. » Un nommé «"l'PPe, qui pourrait le croire ! porta en triomphe aux Jacobins la tête de son père et de sa mère /...

Mérault, Conjuration de l'impiété.

Nous le disons avec une profonde dou'sur, la race de ces sicaires n est pas encore éteinte : il est des hommes qui osent se faire les apologistes de toutes les horreurs commises en 93, qui ne reconnaissent d autres saints que Marat et Robespierre, dont ies seules invocations sont en l'honneur de la guillotine, qui n'ont pas rougi de déclarer Mm et sacré le poignard qui a tranché ies jours du premier ministre du souverain pontife. Et, ce qui achève de soulever le cœur c'est qu un prêtre, apostat les a encouragés de sa voix. Dans une solennité sacrilège accomplie le 24 février 1849,. l'abbé Châtel a soutenu que depu.s 1 origine du sacerdoce chrétien, les prêtres mentaient en condamnant Cain, le meurtrier d'Abel. « Cain, s'est-il écrié, était le prolétaire, tandis qu'Abel était Y autocrate. > C'est en présence des forfaits commis pendant la première révolution, au nom profané de ta fraternité, qu'une voix, noblement inspirée par l'indignation avait fait entendre cette brûlante apostrophe : Votre fraternité n'est que la fraternité de Caïn. Il était réservé a un homme, qui a renié son caractère, son Dieu et sa foi, de justifier encore au milieu du xixe siècle, ce mot, brûlante flétrissure jetée à la face du xvm* expirant dans la boue et le saDg. '

A ces orgies révolutionnaires, aux cris effrénés de ces hommes dout toutes les aspirations ne sont que pour le meurtre et le pillage opposons le sublime dévouement de l'héroïque pasteur de Paris qui auxjournees sanglantes de juin 1848, est tombé frappé dune balle' au moment ou il invoquait lapaix, dans les déchirements dune ^uerré impie. °

Mgr Affre souffrait cruellement de la continuation de cette lutte fratricide, et conjurait Dieu d'y mettre un terme. Après s'être Ion-

guemcnt recueilli au pied de son crucifix, il prit la résolution de tente\ les derniers efforts, pour parvenir jusqu'aux insurgés et les décider à poser les armes. Il s'achemina donc, accompagné de deux vicaires généraux, vers la place de la Bastille, où le combat était engagé. Il fut accueilli sur son passage avec les plus grande* marques de respect. Presque partout on battait aux champs à son approche; on présentait les armes : les cris de : Vive l'archevêque ! Vive la religion! sortaient de toutes les bouches. De tous côtés, on exaltait la résolution du généreux pontife; on l'environnait, on se précipitait à ses genoux; citoyens, soldats, hommes, femmes, tout le monde étaiî unanime à bénir l'envoyé d.e Dieu, et à implorer ses propres bénédictions. Quelques-uns seulement, plus prudents, lui représentaient le danger sans doute stérile qu'il allait courir. Il répondait: « C'est mon devoir de donner ma vie, » et on l'entendait souvent se répéter à lui-même : Un bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. De jeunes officiers, des gardes mobiles qui revenaient du combat, tout noirs de poudre, lui pressaient les mains, plusieurs lui rappelaient que c'était lui qui les avait confirmés, et le conjuraient de ne pas s'exposer davantage; d'autres lui disaient : « Bénissez nos fusils, nous serons invincibles. » Arrivé vers le lieu du combat, qui était alors extrêmement vif, il s'adressa au colonel qui commandait à la place du général tué, et lui demanda s'il n'était pas possible que le feu cessât quelques instants; il espérait qu'il y aurait alors pareille suspension de l'autre côté, et qu'à l'aide de cette trêve momentanée, il parviendrait à se faire reconnaître et à engager des pourparlers. Le colonel, qui ne pouvait assez louer l'intention de l'archevêque , se rendit à ses instances, et ce que le prélat avait espéré se réalisa : le feu s'arrêta presque simultanément dans les deux partis. Les insurgés se montrèrent au-dessus de leur barricade, la première et la principale du faubourg ; plusieurs élevaient même en l'air la crosse de leurs fusils. On put croire qu'on avait beaucoup gagné et que la paix allait se conclure.

L'archevêque s'avançait vers la barricade avec ses deux gnnds vicaires. Un jeune garde national, qui avait quitté son uniforme pour se revêtir d'une blouse, le précédait, portant une branche d'arbre à la main, en signe de conciliation. Le3 insurgés, de leur côté, descendaient de leur barricade, Ils uns plus pacifiques, les autres la menace dans les traits et dans la bouche. Par un zèle que l'on comprend, les combattants du côté de l'ordre ne purent se résoudre à voir ainsi l'archevêque s'exposer à la colère d'hommes qui, dans la journée même, avaient égorgé des parlementaires. Ils oublièrent la prière qui leur avait été faite par le prélat, et se rapprochèrent de lui. Les combattants se trouvèrent ainsi face à face; des leproches, des menaces furent échangés. [l\ y eut même des prises de corps, dont les

ecclésiastiques durent conjurer les suites au nom de ïa religion, au nom du pontife qui venait pour faire cesser l'effusion du sang, pour sauver ceux qui avaient pris les armes, pour sauver leurs femmes et leurs enfants

Pendant celte altercation, un coup de fusil partit, on ne sait de quel coté, ni si ce fut par accident ou avec intention. A l'instant, les eris : trahison! trahison ! s'élèvent de toutes parts; les combattants se retirent en désordre, et la fusillade s'engage plus vive que jamais. L'archevêque est ainsi placé entre deux feux; il ne s'en étonne point, il ne pense ni à reculer, ni à s'échapper de droite oc de gauche. Il frauehit seul les quelques pas qui le séparent de la barricade; il entreprend de la gravir; il arrive au sommet; il est en vue des deux camps; les balles sifflent autour de lui et semblent le respecter. Le médiateur s'est montré : quelle voix pouvait être plus éloquente que cette touchante apparition! Que de grâces devaient tomber du cœur du pontife, offrant ainsi et donnant son sang et sa vie pour le peuple qui lui est confié! Quelle gloire aussi, et pour lui et pour la foi qui l'inspire! Mais son sacrifice doit s'achever! Il descend vers les insurgés du calvaire où la mort l'avait épargné. A peine a-t-il fait quelques pas encore, il tombe percé dans les reins d'une balle partie d'une fenêtre élevée. Cependant les insurgés, consternés de ce malheur, se précipitent à son secours et l'environnent de soins. Le calme profond, la sérénité chrétienne, qui avait dirigé et soutenu la démarche du prélat, ne le quitta pas un instant, après qu'il eut été frappé. Ayant été averti de la gravité de sa blessure, i! dit: c Je mourrais content, si je pouvais espérer la fin de cette guerre civile si mon sacrifice terminait tant de malheurs. — Puisse mon sang être le dernier versé, » disait-il encore sur le point d'expirer. Ainsi, tandis que les mauvaises passions poussent à la guerre, au carnage, a toute sorte de fureurs, la religion ne veut que la paix et le bonheur des hommes, et elle enfante des prodiges pour adoucir les maux de cette vie.

Le sang injustement versé crie toujours vengeance.

Constant II, ayant fait tuer son frère Théodore, croyait tous les soirs en se couchant le voir qui lui présentait une coupe pleine de sang, en lui disant : Bois, mon frère, bois! L'horreur qu'il en conçut le porta à courir le monde, jusqu'à ce qu'il mourut misérablement ayant ce spectre toujours présent. Mappemonde historique, t. II. ''

Un autie scélérat tua un enfant, et depuis il lui semblait toujours J'entendre lui répéter : Barbare, pourquoi m'as-tu assassiner Le malheureux homicide entra dans un couvent; et l'enfant continua de hs poursuivre et de lui dire : Barbare, pourquoi m'as 4u assassine ; il y vécut ainsi pendant neuf ans. Fatigué enfin de ce reproche

continuel, il se décida d'aller faire en justice l'aveu de son crime, et il périt sur l'écbafaud.

Ce furent les oiseaux du ciel qui firent découvrir les assassins de Meinrad , fondateur du célèbre pèlerinage de Notre-Dame-des- Irraites, la Lorette de l'Helvétie. Ce Meinrad était un jeune seigneur souabe qui, à la fleur de l'âge, quitta son illustre famille, pour ^entretenir seul à seul avec Dieu dans la solitude. Souvent, la nuit le surprenait lisant attentivement l'Écriture dans un vieux livre, à fermoir d'or, qu'il avait hérité de ses pères, ou méditant profondément cur les miracles de la Vierge sainte. Il fit ses vœux dans l'abbaye de Reichenau, qu'il quitta ensuite pour se fixer dans un petit ermitage, bâti sur la croupe du mont Etzel. Il y passa sept ans; mais la bonne odeur de ses vertus descendit au fond des vallées ; les pâtres et les bûcherons vinrent à lui, puis les seigneurs, puis les nobles dames, pour solliciter humblement ses prières et ses conseils. Ces hommages étaient un tourment pour le jeune ermite, qui n'aimait que l'oraison contemplative et la paix des bois; une nuit, il quitte furtivement son ermitage, emportant pour toute fortune la statue de la Vierge sainte, seul ornement de sa chapelle, et se réfugie dans une forêt du canton de Schwyz, qui portait le nom caractéristique de forêt obscure. Trente-deux ans après, il fut assassiné par des scélérats, avec lesquels il avait partagé l'eau de sa source et les fruits sauvages de sa forêt. Les meurtriers furent trahis par deux corbeaux, qui les harcelèrent continuellement jusqu'à Zurieli ; ils s'ouvrirent même un passage à travers les fenêtres de l'hôtellerie où les assassins étaient entrés , et ne les quittèrent qu'après avoir été témoins de leur supplice. C'est en mémoire de cet événement que l'abbaye de Reichenau porte deux corbeaux dans ses armes.

Orsini. Hist. de la Vierge.

2. Le suicide est le seul crime irrémissible, parce que c'est le seul crime sans repentir.

Judas, ce traître qui livra son maître et son Dieu à la haine des Juifs, n'eut pas plutôt consommé son horrible attentat qu'il sentit naître au dedans de lui de cruels remords. Le désespoir s'empara de son âme; et, s'abandonnant aux puissances de l'enfer, il termina sa vie, en s'étranglant lui-même. Ce n'est pas de la mort seule de Jésus-Christ, remarque saint Augustin, c'est de la sienne aussi qu'il mourut coupable ; v/est pour son crime qu'il se tua, mais par un second crime. D. Auo., de Civit,\. I, n. 17.

Le fameux Rousseau, qui a tour à tour condamné et justifié de suicide, a eu recours à cet affreux moyen de se délivrer d'une existence qui lui était à charge, et il s'est trouvé une femme qui a osé faire de cette monstrueuse lâcheté un effort sublime de courage phi-

302 SEPTIÈ3ÎE LEÇON.

losophique. Madame de Staèl nous a donné tous les détails du suicide de J. J. Rousseau, et elle ne croit pas par là, nous dit-elle, avoir fait tort à la mémoire de J. J. (1).

Cette femme était une incrédule. C'est, en effet, l'absence dss principes religieux, ce sont les fausses doctrines d'une philosophie matérialiste qui multiplient ces catastrophes, qui épouvantent chaque jour la soeiété.

Un des chefs de la philosophie moderne, Diderot tenait dans sa maison une école d'athéisme ; ses enfants croissaient au milieu de ses systèmes impies. La plus jeune de ses filles, attentive aux leçons paternelles, gravait dans son esprit les maximes qu'elle entendait répéter chaque jour. Son âge encore tendre semblait devoir la garantir de toute impression funeste. Un jour cependant, la tête encore pleine d'un sermon sur le suicide, qui venait d'être prêché dans le Consistoire philosophique, elle se retira dans son appartement hors d'elle-même, c A peine née, dit-elle à sa gouvernante, je déteste la vie; il n'est rien de si courageux, rien de si sage que de trancher le fil de ses jours, quand ils font notre tourment. Ah î ma chère amie, si tu avais entendu tout ce que dit mon père ! combien il est applaudi par tous ceux qui l'écoutent ! Pour moi, j'en suis si frappée, que si je trouvais en ce moment un pistolet, je le saisirais avec joie, pour m'arracher la vie. >

La confidente demeure immobile. « Tu me semblés avoir peur, ma chère amie, continua le philosophe enfant ; ah! si tu savais tout ce que je sais, lu te tuerais peut-être avec moi. »

— « Oh ! pour celanon, mademoiselle, je n'ai pas assez d'esprit. »

Les parents apprirent bientôt les circonstances d'un pareil entretien. La mère en fut effrayée; le père fut saisi d'admiration. « Je veux voir, s'écria-t-il, jusqu'où la force de son esprit peut être portée.» Il donne des ordres, on pose un pistolet sur une table, dans un passage de la maison que sa fille fréquentait ; vous pensez bien qu'il ne s'y trouvait ni poudre ni balles.

Trois jours ne furent pas écoulés, que sa fille, en passant, aperçoit le pistolet, le saisit, l'appuie sur son front, lâche la détente et tombe dans les bras de ses femmes, qui avaient ordre de suivre tous ses pas.

Elle était animée d'un mouvement si violent, eile était si frappée de son action, qu'en tombant elle répétait sans cesse : « Je suis morte ! Heureusement, je suis morte ! » En vain on chercha à la désabuser ; en vain on voulut détromper son esprit; la frénésie s'en empara ; et, le lendemain, elle expira dans les bras de son père, qui aurait eu la satisfaction de la voir croître sous ses yeux en âge et

(i) Lettre à madame la comtesse de Vassy.

IJE L'HOMICIDE. 301

en sagesse, si, au lieu de pervertir son esprit par des leçons impies, il eût eu soin de l'éclairer et de la diriger par les lumières de la religion. L'abbé de Crillon, Mémoires philosophiques.

Le fils d'un honnête cordonnier, nommé Maurice Tribot, avait appris son état de son père, et il était déjà assez habile lorsque, voulant se perfectionner dans la chaussure des dames (Chaque état a aujourd'hui son ambition), il demanda avec instance d'aller travailler une année à la ville, chez un maître cordonnier des pins renommés. Ses parents y consentirent, mais, hélas ! pour leur matheur et pour le sien. Les compagnons dépravés qu'il fréquentait, et les mauvais livres qu'il lisait, firent la perle de son âme et de son corps. « Ah ! plût a Dieu, disait son père dans l'amertume de sa douleur, que je ne l'eusse jamais envoyé à l'école,. .. on peut être fort bon cordonnier sans savoir ni lire ni écrire,... mon père ne m'a jamais envoyé à l'école, moi!... mais aujourd'hui c'est une mode, c'est un ton, tout ce qu'on voudra ; il faut que, depuis le premier étal jusqu'au dernier, chacun puisse lire toutes les fadaises qu'on imprime, ou ce qu'on appelle des romans ; car ce n'est pas pour s'instruire de la religion, lire le catéchisme ou le livre des Évangiles qu'on a la rage d'apprendre à lire; et je m'aperçois fort bien que les artisans qui ont été à l'école, ne lisent que des fariboles ou de mauvais livres. Ils perdent aussi leur temps à lire des gazettes, et ne lisent jamais les bonnes, mais celles qui leur gâtent l'esprit, leur corrompent le cœur ; et vous les entendez ensuite, dans les tavernes ou cabarets, déraisonner d'un ton suffisant et tranchant sur la religion et ses ministres, sur le gouvernement, en répétant tout ce qu'ils ont lu dans ces infâmes journaux, auxquels ils ajoutent plus de foi qu'à leur Credo. » Les plaintes de ce brave homme, exaspéré par le chagrin, étaient bien un peu exagérées, du moins en ce qui regarde l'instruction de son fils ; elles ne laissent pas que de renfermer un grand sens. Néanmoins, tout en regretta nt de ne s'être pas borné à apprendre à son fils à faire des trépointes, dès son bas âge, il l'avait envoyé à l'école.

On avait remplacé le maître d'école de son village, homme probe et vertueux, qui donnait aux enfants de bons principes de religion, par un étranger envoyé par le départemen-t, qui vivait avec une femme qu'il avait enlevée à son mari. Dans cette école, on ne parlait jamais de Dieu, ni de religion, ni des saints. Le maître donnait l'exemple de l'impiété ou de l'indifférence; on le disait même protestant. De plus, il était fort négligent dans ses fonctions, et le père Maurice lui faisait ses souliers gratis, pour qu'il eût un peu plus de soin de son fils. Aussi le maître lui assurait souvent que son fils avait de l'esprit, qu'il irait loin quelque jour, s'il était poussé, et qu'il ferait son chemin. 11 avait mis tellement cela dans la tête d«

l'enfant qu'il ne voulait plus apprendre le métier de cordonnier , il harcelait ses parents pour qu'ils le missent dans un collège, et il avait l'ambition de faire un jour son cours de droit. Son père tourna son idée en ridicule, en lui disant qu'il serait le premier avocat qu'il y aurait eu dans la famille Tribot, et qu'outre qu'il n'avait pas les moyens, il ne lui convenait pas d'aller poisser le barreau, et qu'il y avait assez de glu au palais pour prendre les étourneaux. Ainsi, malgré sa belle envie, lorsque le fils de Maurice sut assez bien lire et écrire, force lui fut, s'il voulait dîner, de travailler à la boutique de son père, et de laisser enfin la craie et la plume, pour le tranchet et l'alêne.

La passion des livres le possédait néanmoins tout entier; il avait du matin au soir, sur son établi, quelque brochure ou un mauvais journal que lui prêtait son maître d'école, le tout mêlé avec les formes, les tenailles et autres outils de son métier. Lorsqu'il fut à la ville, livré à lui-même, il eut de quoi contenter son maudit goût pour les livres. Il s'abonna chez un de ces libraires, la peste des jeunes gens, empoisonneurs publics, brevetés pour corrompre la jeunesse. 11 ne lisait que des ouvrages contraires aux mœurs et à la religion ; il fréquentait les mauvaises compagnies, les cafés, le théâtre. Ce qu'il gagnait ne lui suffisant pas pour contenter ses goûts, il empruntait à ses camarades de l'argent qu'il avait ensuite de la peine à rendre. Un jour qu'il avait retiré son mois et qu'il devait en rendre le montant à un compagnon pour solder ce qu'il lui devait, se trouvant dans un estaminet, on l'engagea à faire une partie au loto. L'espoir de doubler son argent et de payer son camarade, sans lui donner tout ce qu'il venait de recevoir de son maître, le détermine ; il se met au jeu et perd tout ce qu'il avait. Il emprunte dans le café et il perd encore. Alors n'ayant plus la tête à lui, il se rend à son logement, monte dans sa chambre, et se précipite d'un quatrième étage sur le pavé de la rue. Il se fendit la tête!... On trouva sur la table de sa chambre un volume de Voltaire , ouvert à la page où se trouvent ces vers :

Quand on a tout perdu, quand on n'a plus d'espoir, La vie est un opprobre et la mort un devoir.

La philosophie n'a jamais pu mettre en principe que le néant: I» mort, le désespoir et les ruines font toute sa gloire, tandis que les doctrines salutaires de la morale chrétienne tendent naturellement à la paix du cœur, à la conservation de la vie.

Le Don Quichotte Phii-sophe.

Dans une petite ville de France, un homme riche, mais accablé du fatal ennui de vivre, allait terminer ses malheureux jours, lors-

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