IV. Rtg., xn
Un père qui scandalis it ses enfants par plusieurs vices dont on voyait qu'il était dominé, roulait néanmoins qu'ils devinssent de bons chrétiens. « Quels moyen «prendrai-je pour cela? » dit-il à un digne ecclésiastique Celui-ci lui répondit : c Donnez-leur de bons exemples; les enfants oublient poui l'ordinaire ce qu'en leur dit ; mais ils sont presque toujours portés à imiter ce qu'ils voient faire. »
De la fidèle observ. des Comm.
Claude, dont l'histoire pourra donner à réfléchir à une foule de jeunes gens, était né de parents peu avantagée de la fortune, mais honnêtes et chrétiens; c'était la plus ancienne et la plus respectable famille d'un village de l'Albigeois. Dans tout le voisinage, le grandpère, instruit de sa religion et habile dans les affaires, était consulté comme un oracle. Aussi recueillait-il la bénédiction promise à l'homme qui craint Dieu, et la nombreuse famille dont il était environné, était pour ses cheveux blancs une couronne mille fois plus précieuse que celle des monarques. Cependant, comme il n'y a aucun bonheur, aucune paix inaltérable, la Providence permi' que ce bon patriarche fût éprouvé, comme l'avait été le saint homme Tobie; et,
(1) Ab occultis meis munda me, et ab alienis parce servo tou. PsaL xviii. 14.
soit pour le détacher de plus en plus de la terre, soit pour montrer à tous que, si l'on est heureux en servant le Seigneur, on devient malheureux quand on l'abandonne, elle voulut que Pierre, l'aîné de ses enfants . lui donnât un petiî-fils qui devait devenir l* fléau de sa vieillesse.
Claude naquit, et tout le monde disait : « Grâce à Dieu, voilà un enfant qui sera un honnête homme de plus parmi nous. » Ces brave» gens raisonnaient juste; car il est vrai, en général, que la vertu est héréditaire dans les familles chrétiennes; et cependant quelquefois il arrive que les enfants dégénèrent, et qu'ils préfèrent à la gloire de leurs ancêtres l'ignominie du vice dont ils se couvrent. Claude, formé de bonne heure par ies tendres soins de sa famille, instruit et dirigé par le bon pasteur qui avait prononcé sur lui les paroles de bénédiction à son entrée dans le monde, devait être et fut d'abord vertueux. Son cœur, fermé aux appâts du vice, ne s'ouvrait qu'aux délicieuses inspirations de la piété, et l'on ne saurait dire avec quelle ferveur il mangea pour la première fois le pain des anges. Rien ne lui manquait pour avancer dans le bien, s'il n'eût fait, à l'insu et malgré la vigilance de ses parents, la connaissance d'un camarade vicieux, qui, tout jeune qu'il était, savait cacher un cœur corrompu sous les dehors hypocrites de la modestie et de la régularité. *
C'était un serpent que le malheureux jeune homme venait de recevoir dans son sein. Bientôt il se refroidit pour ses devoirs. En devenant vicieux, il devint dissimulé, il prit en dégoût la piété qui faisait auparavant le charme de sa vie. L'appât des plaisirs et l'amour de l'indépendance envahirent tellement son âme que, lorsqu'on s'aperçut de son changement, il était déjà bien difficile de le ramener. Il était devenu rude et sec dans ses manières, impertinent dans ses discours; lesjréprimandes, jointes aux corrections, ne faisaient qu'aigrir un caractère autrefois si aimable, et maintenant si altier et si revêche. Le vertueux vieillard mêlait sas larmes à celles de sa famille, et concertait avec le tendre pasteur les mesures les plus efficaces pour tirer ce malheureux enfant de l'abîme où il se précipitait. Mais Claude vicieux fuyait l'excellent prêtre, autant que Claude vertueux l'avait aimé et recherché. Il ne se plaisait que dans la société des jeunes libertins de la commune, avec lesquels il formait un comité de débauche, où tous les vices étaient représentés.
Quand le bon vieillard fut sur le point de terminer sacarrière, il bénit ses enfants et ses petits-enfants, qui, au nombre de quinze, entouraient sa couche funèbre; Claude seul manquait à l'appel
« Où est Claude? s'écria-t-il. Le malheureux enfant! Ah! je veux encore le béîiir ! peut-être que 1er» paroles d'un mourant toucheront son cœur endurci! » Lorsque Claude se présenta, son aïeul venait d'expirer. Une voix puissante retentit alors au fond de son cœur :
« Misérable jouet du vice, que fais-tu ici dans le sanctuaire de la vertu? Vois ce front vénérable que la mort n'a point défiguré, et cette bouche, qui semble encore s'ouvrir pour te reprocher tes désordres, et ces mains qui te cherchaient pour te bénir, tandis que tu le livrais a tous les excès de la débauche !...» Claude était immobile comme une statue, et cependant il lui semblait qu'on lui serrait le cœur avec des tenailles de fer, et ses excès honteux inspiraient à son âme je ne sais quelle sécheresse brûlante et quel dépit farouche, plutôt que les soupirs délicieux d'un humble repentir. Bientôt les paroles du saint prêtre, qui avait préparé l'âme du vieillard au dernier passage, firent sur lui la plus salutaire impression. Des larmes abondantes coulèrent de ses yeux. Dès ce moment Claude fut changé. Ii se jeta dans les bras du curé, et prit la généreuse résolution d'expier toutes ses fautes. Quelques jours après , le digne ministre de Jésus-Christ s'empressa de le voir, pour le confirmer dans ses bonnes intentions. « Monsieur le curé, lui dit Claude dès la première entrevue, je ne puis m'empêcher de vous faire connaître tout de suite un des procédés les plus indignes de ma vie. Peut-être en mourrai-je de honte, après vous l'avoir dit ; mais il me semble que j'en mourrais de douleur, si je ne vous le disais pas. Vous vous souvenez que, l'année dernière, la nuit de Saint Jean-Baptiste, une bande de jeunes gens des villages voisins se réunit sous vos fenêtres, pour vous outrager par des propos abominables et par des chansons infâmes, parce que vous aviez prêché ce jour-là contre l'ivrognerie et la danse. J'étais du nombre, et je conduisais celte troupe de forcenés : bien plus, cette pierre. 7ui traversa votre fenêtre et alla briser votre crucifix, c'est moi... » Les sanglots empêchèrent Claude d'achever ; il tomba à genoux devant le vertueux prêtre et s'écria : « Oh ! non, Monsieur le curé, vous ne me le pardonnerez pas! mais du moins j'ai soulagé mon cœur.» — t Mon fils, dit le curé en le relevant et en le serrant dans ses bras, j'ai tout su, tout pardonné, tout oublié, et, quand la justice a voulu informer sur cet attentat, je me suis donné tous les mouvements po.ur étouffer l'affaire. » Claude se confessa, et, pour peindre les ineffables consolations qu'il goûta dans les effusions sincères de son repentir, il faudrait emprunter le langage des anges. Il ne fut plus le même; cet air effronté, ces manières brutales qui étaient l'effet de la débauche, firent place à une douce sérénité, à un langage obligeant, à de» manières aimables.
Tous les gens de bien applaudirent à cet heureux changement; mais les libertins du voisinage, dont 1 infortuné avait été le complice, se lièrent tous par un abominable serment, et prirent l'engagement de le ramener, par tous les moyens possibles, à leur parti. Collin, le plus entreprenant d'entre eux. fut choisi pour faire les premières tentatives. Un jour que Claude allait travaillera sa vigne, il l'aborde,
et lui dit : < Te voilà donc devenu dévot, mon cher Claude? » c 11 est vrai que je veux devenir honnête homme ; appelle cela dévot, si tu veux. » Un grand éclat de rire fut la réponse de Collin ; mais c'était un rire sec et affecté, qui indique la honte et la rage plutôt que la joie, c'était un vrai rire de démon. « J'ai souvent craint pour toi, ajouta-t-il, le sort du bonhomme Simon, ton grand- père ; mais je vois que tu en prends la tournure. Allons donc ! tu plaisantes ! Estce que le bon Dieu te fait peur par hasard? * — « Oui, je crains Dieu, et, après lui, ceux qui ne le craignent pas. Quanta mon grandpère, il a vécu avec honneur, et il est mort avec paix; si ton père méprise Dieu, les honnêtes gens lui rendent bien la pareille. » — t Bon! il est facile de voir que M. le curé t'a entortillé dans ses contes de bonne femme. Je parie même que tu iras bientôt à confesse!»
— « Collin, ma confession est faite ; je te conseillerais fort d'écouter M. le curé, si tu avais assez d'intelligence pour le comprendre. » Collin frémissait de rage ; les sons inarticulés qui se pressaient dans sa bouche, imitaient l'aigre bruit d'une crécelle. « Sais-tu, dit-il, que nous nous sommes bien amusés dimanche, au sujet de ta conversion I Vraiment il fera beau te voir, un de ces jours, communier avec les esprits faibles de la paroisse ; nous nous sommes bien promis d'assister ce jour-là à la messe, pour en représenter ensuite la comédie.*
Ces bouffonneries sacrilèges n'inspiraient que du dégoût à Claude, cependant, il ne pouvait penser sans effroi à ce déluge de railleries, de satires et de chansons qui allaient fondre sur lui, et il gardait le silence. « Tu ne réponds rien, poursuivit Collin, tu vois donc que j'ai raison. Allons, promets-moi de te trouver au LION D'OR dimanche prochain, pour noyer dans la bouteille toutes tes idées mystiques. »
— « Non, répondit vivement Claude, je ne promets rien de semblable. » — «Eh bien! si tu nous quittes, ajouta Collin, nous allons dévoiler le secret de la fameuse pierre que tu as lancée au curé ; tout le monde saura que tu as voulu le tuer. Adieu, je te quitte, réfléchis sérieusement: dans trois jours, nous serons à dimanche. » Ce serpenî, qui venait de siffler aux oreilles de Claude, avait fini par bouleverser son âme. Il passa tout le jour et les deux suivants dans la plus grand** perplexité.
Le dimanche arriva, et Claude sortit, ayant le cœur pressuré entre deux craintes, celle de Dieu et celle des hommes ; il se tournait de tous côtés, avant de prendre définitivement sa direction. Près de là, se trouvait aposté l'exécrable Collin, qui guettait sa proie, comme un chasseur à l'entrée d'une forêt. « Eh bien ! dit-il en l'abordant, tu es raisonnable aujourd'hui sans doute? » Claude frémit en lui-même ; un frisson de terreur parcourut tout son corps, et ses genoux se heurtaient l'un à l'autre. Une main de fer s'appesantit sur sa tête : c'était le respect humain. Cependant il fit bonne contenance, et, malgré
l'embarras visible qu'il éprouvait : « Allons, dit-il, puisque tu le veux ; mais \a le jure quec'est la dernière fois. » Une joie méchante, une exaltation satanique se peignit sur la figure de Collin. Claude venait de prononcer son arrêt. L'auberge du LION D'OR, rendezvous fixé des mauvais sujets du voisinage, était distante de deux lieues. Ils se dirigèrent de ce côté.
Le soir de ce fatal dimanche, on vit arriver au village six jeunes gens, qui rapportaient le cadavre d'un jeune homme. Le malheureux avait deux coups de couteau dans le ventre; et le crâne brisé de te victime présentait un horrible spectacle... C'était le cadavre de Claude. Quelques jours après, on lisait dans les journaux l'annonce suivante : « On a retiré du Tarn le cadavre du nommé Collin, auteur présumé de l'assassinat commis sur la personne du nommé Claude. il paraît qu'une rixe violente s'est élevée entre ces deux jeunes gens sur le chemin qui conduit au LION D'OR, et qu'après avoir tué son ami, Collin s'est noyé de désespoir. »
Réparation du scandale.
2. Sachons réparer généreusement le mal que nous aurons causé.
La persécution de Sapor, roi de Perse, fit plusieurs martyrs parmi les chrétiens. Un d'entre eux, nommé Ustazadc, eut le malheur de succomber à la violence des tourments, et de" renoncer à la foi : il avait été gouverneur du roi, et il était alors grand-maître de sa maison.
Sur ces entrefaites, saint Siméon, archevêque de Séleucie, fut saisi, déféré au tyran, en qualité de chrétien, et condamné à mort. Comme on le conduisait en prison, Ustazade se trouva sur son passage, et salua par respect le saint évêque; mais Siméon lui fit de sanglants reproches, et, animé d'un saint zèle, il jeta sur lui un coup d'oeil foudroyant, qui marquait toute son indignation.
Ustazade sentit vivement tout ce que ce procédé du saint martyr avait d'affligeant pour lui, et il en fut si touché que, se dépouillant sur l'heure d'une robe blanche qu'il avait, il se revêtit d'une noire en signe de deuil ; et, jetant des cris horribles, entrecoupés de sanglots et mêlés de pleurs, il se roulait par terre, accablé de douleur. « Ah! malheur à moi ! s'écriait-ii . quelle espérance puis-je avoir de trouver grâce auprès de Dieu que j'ai abandonné, lorsque l'un de mes meilleurs amis. Siméon, le saint homme Siméon, ne daigne pas seulement me regarder, ou ne me regarde qu'avec horreur! »
Le roi, ayant été bientôt informé de ce qui se passait, se fit amener Istazade, et lui demanda le sujet de l'extrême affliction où il le voyait, et s'il lui était arrivé quelque disgrâce? — «Non. prince, ré- « pondit-il, aucune disgrâce domestique ne cause mes regrets: ah! < plût à Dieu que je n'eusse à me plaindre que de la fortune ! Plût à
« Dieu que tous les autres malheurs fussent tombés sur moi ! me* •r. larmes cesseraient bientôt de couler. Je pleure non une vie mal- « heureuse, mais une vie criminelle ; je pleure, parce que je vis en « core et que je devrais être mort de honte et de regret. Je vois en-
< core le soleil, après que j'ai en la lâcheté de l'adorer , mais enfin «r je déteste mon crime, et je proteste hautement, à la face du ciei et « de la terre, que rien au monde ne sera capable à l'avenir de mfar- « racher les sentiments de ma foi. »
Ce changement, si prompt et si inattendu, anima encore davantage la fureur du roi contre les chrétiens; et Ustazade résistant toujours, et assurant qu'il n'adoreraid jamais la créature au préjudice du Créateur, le tyran le condamna à. avoir la tôle tranchée. Comme on le traînait au supplice, il pria ceux qui le conduisaient, de s'arrêter un moment, ayant, disait-il, quelque chose d'important à communiquer au roi, à qui il fit porter ces paroles par un de ses eunuques, qui lui avait toujours été très-fidèle :
« Prince, je ne crois pas qu'il soit nécessaire de chercher d'autre « témoin que vous-même de la fidélité et du zèle avec lesquels je me « suis dévoué, dés mes premières années, au service de votre majesté « et du feu roi votre père. Si mes soins, si mon attachement invio- « lable pour vos personnes royales vous ont été agréables, je dec mande pour toute récompense la grâce de faire connaître pubh- « quement mon innocence en ce point, de peur que ceux qui me « verront conduire au supplice, ne croient que vous m'y condamnes
< pour avoir manqué de fidélité envers mon roi. Daignez donc or- « donner qu'un crieur public me précède, et apprenne à tous ceuk « qui assisteront à ma mort, qu'Ustazade, toujours fidèle à son maître « et à sa patrie, meurt parce qu'il est chrétien. »
Le roi ne pouvait pas refuser une demande si juste ; il pouvait même entrer en cela de la politique; il se persuada que tout ce qu'il y avait de chrétiens dans la Perse abandonneraient leur religion, en voyant que le roi n'avait pas même épargné son propre gouverneur. Mais le saint martyr avait bien une autre envie, lorsqu'il avait demandé qu'un crieur public annonçât hautement la cause de sa mort; il jugeait avec raison que plusieurs fidèles avaient été scandalisés et ébranlés en le voyani adorer le Soleil; mais que lorsqu'ils viendraient à savoir que, reprenant des sentiments plus généreux et plus dignes de Dieu, il allait perdre la vie pour la religion de Jésus- Christ, ils reprendraient une nouvelle générosité et deviendraient les imitateurs de la sienne. Ce fut dans ces sentiments qu'il reçut la mort et qu'il répara heureusement le scandale qu'il avait causé. La nouvelle en fut portée au saint archevêque Siméon, qui en fut consolé et qui reçut bientôt après lui-même la couronne du martyre.
Âct. des Mart. An. 345.
Toussaint, désabusé des maximes philosophiques qui Pa?aien séduit, revint enfin à la religion qu'il avait longtemps outragée. La veille de sa mort, dit un de ses amis, Toussaint envoya son fils nous prier, ma femme et moi, de vouloir bien nous trouver le lendemain, à dix heures du matin, chez lui, pour y assister, comme témoins, à une cérémonie religieuse qui y aurait lieu. Le lendemain, nous trouvâmes chez lui le curé catholique. Nous nous mîmes tcus à genoux, et le curé se disposa à lui donner la communion. En ce moment le malade, ayant fait relever ses coussins de manière à être presque assis sur son lit, pria ML le curé d'attendre un moment, et dit à son fils, alors âgé de quinze à seize ans, d'approcher et de se placer sous ses yeux :
« Mon fils, lui dit-il alors, écoutez et retenez ce que je vais vous dire. Je vais paraître devant Dieu, et lui rendre compte de toute ma vie : je l'ai beaucoup offensé, et j'ai grand besoin d'en obtenir miséricorde. Pour cela, mon fils, est-ce assez de mon repentir et de ma confiance? Ah! sans doute, ce serait assez, tant la bonté de Dieu est infinie, si je n'avais à me reprocher que mes propres faiblesses et mes fautes. Mais, si j'ai scandalisé, si j'ai offensé d'autres personnes, ne faut-il pas encore que ces personnes intercèdent en quelque sorte pour moi auprès de Dieu, en me pardonnant elles-mêmes? Eh bien, je compte sur cet acte de charité de la part de ceux qui peuvent avoir à se plaindre de moi. J'ai eu des torts envers votre mère ; et sa piété, qui m'est connue, me répond qu'elle me les pardonne comme je l'en supplie. Je suis coupable de bien des négligences envers vos sœurs : second article sur lequel j'aurais des regrets désespérants, si je ne considérais qu'à leur âge, les impressions sont encore faibles, et que votre mère voudra et saura réparer le mal, par l'éducation solide et chrétienne qu'elle leur donnera.
« Il n'y a donc que vous, mon fils, qui, au moment où j'expire, soyez pour moi le sujet des plus affreuses inquiétudes ; je vous ai scandalisé par ma conduite trop peu religieuse, et par mes maximes beaucoup trop mondaines; me le pardonnerez-vous? Ferez-vous ce qu'il faut pour que Dieu me le pardonne? Arriverez-vous de vousmême à d'autres principes que ceux que je vous ai donnés? Par malheur, vous atteignez un âge où l'on est trop enclin à oublier les leçons les plus sages : puis,-je me flatter que vous n'oublierez que celles qu'il est si désolant pour moi de vous avoir données?
« Écoutez bien, mon fils, les vérités tardives que je vous déclare an ce moment. J'atteste le Dieu que je vais recevoir, et devant qui je vais paraître, que si j'ai paru peu chrétien dans mes actions, dans mes discours *u dans mes écrits, ce n'a jamais été par conviction, que ee n'a été que par respect humain, par vanité, et pour plaire à telles et telles personnes, Si donc vous avez quelque confiance en votre
père, ne vous en servez que pour rendre plus respectable à vos yeuj tout ce que je vous dis aujourd'hui. Puissiez-vous graver dans votre âme et vous rappeler toujours plus vivement cette dernière scène de la vie de-votre père!
« Mettez-vous à genoux, mon fils, joignez vos prières à celles des personnes qui m'entendent et qui vous voient; promettez à Dieu que vous profiterez de mes dernières leçons, et conjurez-le de me pardonner. »
Le célèbre La Fontaine, étant tombé malade, fit une confession générale au père Pouget, de l'Oratoire. Avant de recevoir le saint viatique, il demanda pardon à Dieu en présence de MM. de l'Académie, qu'il avait priés de se rendre chez lui par députés; il protesta qu'il se repentait d'avoir composé ses Contes, qu'il les détestait, et que, s'il recouvrait la santé, il n'emploierait ses talents qu'à écrire sur des matières de morale ou de piété. La Fontaine ne mourut que deux ans après celte maladie. Il avait entrepris de traduire les Hymnes de l'Église ; lorsqu'on le déshabilla après sa mort, on le trouva couvert d'un cilice.
De quels remords une personne qui a scandalisé, n'est-elle pas déchirée à la mort, en pensant qu'elle a été un filet où elle a pris tant» d'âmes qu'elle a sacrifiées au démon, et dont il faudra qu'elle rende compte au tribunal de Jésus-Christ, qui les avait rachetées au prix de son sang? « Ah i si je n'avais à pleurer que mes péchés, j'espérerais en la miséricorde de Dieu, » disait'à l'article de la mort un libraire, que l'esprit d'intérêt avait porté à vendre un grand nombre d'ouvragaï contre la religion et les mœurs; « mais le Seigneur ne se vengera-t-i' pas de ce que j'ai précipité tant d'âmes dans l'enfer? »
De la fidèle observ. des Comm,