DU SIXIÈME COMMANDEMENT
PREMIÈRE INSTRUCTION
De l'impureté. — Énormité de ce péché. — Diverses manières de le commettre. — Actions déshonnêtes. — Mauvais propos. — Chansons licencieuses. — Livres dangereux.
D. Que nous défend le sixième commandement : Luxurieux point né seras, de corps ni de consentement ?
R. Il nous défend le péché d'impureté et tout ce qui peut nous porter à le commettre.
Tout ce qui peut avoir rapport au vice de la chair, toutes les actions impures sont prohibées par ce commandement, qui ne défend pas seulement de faire ces actions soi-même, mais encore de s'y prêter, d'y coopérer en aucune manière, et de rien souffrir à cet égard de la part des autres. Il va même jusqu'à condamner les pensées et les désirs déshonnêtes ; aussi est-il dit qu'il faut éviter d'être luxurieux de corps et même de consentement.
D. Qu'est-ce que l'impureté?
R. C'est un péché qui déshonore nos corps, qui sont les temples du Saint-Esprit, et dont les chrétiens doivent avoir tant d'horreur qu'ils ne doivent pas même le connaître.
a Qu'elle est belle, s'écrie ie Sage, la génération des âmes pures et chastes! Elles sont en honneur devant Dieu et devant les hommes, et leur gloire est immortelle (1). »
(1) 0 quàrn pulchra est casta generatio cum claritate ! Immortaha est enim memoria illius, quoniam et apud Deum nota est et apud hounces. Sap., îv, 1.
Mais aussi, par une juste opposition, rien de plus vil et de plus méprisable qu'un homme impudique ; l'impureté le flétrit et le dégrade entièrement.
Le catéchisme dit en premier lieu que ce péché déshonore nos corps. En effet, celui qui le commet, dit saint Paul, pèche contre son propre corps et y imprime la tache la plus hideuse (1).
Or, quelle n'est pas la dignité du corps du chrétien ! En nous tout est saint, le corps aussi bien que l'âme. Ne savezvous pas, dit le grand Apôtre, que vos membres sont le temple du Saint-Esprit, qui réside en vous (2) ? Quel respect ne devez-vous donc pas avoir pour ce corps, qui est le sanctuaire de la très-sainte Trinité, qui a été consacré à Dieu par le baptême, qui a été nourri de la substance même d'un Dieu par la sainte Eucharistie! Avec quel soin ne devez-vous pas le préserver de toute souillure, en écarter tout ce qui pourrait blesser les regards du Dieu trois fojs saint, tout ce qui pourrait le faire déchoir de sa dignité ! Glorifiez Dieu, ajoute saint Paul, et portez-le dans votre corps (3). Ainsi, souiller ses membres par l'impureté, c'est une véritable profanation, et saint Thomas ne craint pas de dire que l'impureté, qui est un grand péché dans un païen, est un sacrilège horrible dans un chrétien (4).
Le catéchisme dit en second lieu que l'impureté est un péché si horrible qu'on ne devrait pas même le connaître. Qu'on n'entende point parler parmi vous de quelque impureté que ce soit, dit le Docteur des nations, parce que cela ne convient pas à des saints (5). En effet, et c'est une des raisons qui nous démontrent le mieux l'énormité de ce
(î) Qui autem fornicatur, in corpus suum peccat. I. Cor.,\i, 18.
(2) An nescitis quoniam membra vestra templum sunt Soiritûs sancti qui in vobis est? I. Cor., vi, 1e*.
(3) Glorificate et portate Deum in corpore vestro. 1. Cor., w, 20.
(4) Horrendum sacrilegium. D. Thom., in I, ad Cor., vr, 19.
(5) Omnis immunditia nec nominelur in vobis, sicut decet sanctoa. Ephes., v, 3.
péché, la honte y est tellement attachée qu'on l'appelle partout le péché honteux. Voyez l'horreur qu'on a pour les impudiques on les fuit comme la peste et la désolation des lieux qu'ils habitent. Qu'une personne vienne à tomber dans ce péché, ses parents rougissent d'elle, ses amis l'évitent, ses voisins la regardent avec dédain. En cela, le monde est d'accord avec l'Évangile ; car, tout en autorisant ce vice par ses scandales, il ne laisse pas que de le traiter d'infâme. Le monde est même d'une telle susceptibilité sur cet article, qu'il peut à peine souffrir qu'on lui montre ce vice dans toute sa nudité. 11 n'est pas rare de trouver des gens qui, malgré la corruption de leur cœur, ou plutôt à cause de cette corruption profonde, voudraient fermer la bouche aux ministres de Jésus-Christ, et ont l'air de se choquer de tout ce qu'un prédicateur peut dire sur le péché impur. Il a beau s'envelopper avec le plus grand soin d'un nuage qui ne laisse voir qu'une partie de la difformité de ce vice, ils lui reprochent toujours d'en avoir trop dit. D'où vient cette délicatesse extrême? Ah! c'est qu'ils rougissent d'eux-mêmes; c'est qu'en leur mettant sous les yeux le tableau de leur conduite, on excite en eux un sentiment de confusion, dont ils ne peuvent se débarrasser *.
L'impudique, en se faisant horreur à lui-même, sent aussi fort bien qu'il est un objet d'abomination aux yeux du monde. Voilà pourquoi, lorsqu'il veut assouvir sa passion, il s'enferme dans les ténèbres les plus épaisses, afin de dérober sa turpitude à la connaissance des hommes. Il serait désolé, il se croirait perdu, si son crime paraissait au grand jour. Les plus impudents eux-mêmes, ceux qui se font gloire de leurs désordres en présence de leurs complices, s'ils se trouvent dans une compagnie honnête, s'observent pour ne pas trahir l'horrible secret de leur conscience, et prennent même le langage de la vertu.
Ce vice si exécrable qu'il ne devrait pas même être connu, est cependant le plus connu et le plus répandu de tous. Saint Liguori le regarde comme la grande porte par
où passent la majeure partie de ceux qui se damnent; et il cite le sentiment de plusieurs docteurs de l'Église, qui nous assurent que, de cent mille réprouvés, il y en a quatrevingt-dix mille qui doivent rapporter leur malheur à ce détestable péché. Hélas ! l'âge même le plus tendre n'est pas à l'abri de la contagion de ce vice. Le croirait-on? ô temps ! ô mœurs ! la corruption commence presque au berceau (1); et l'on cite des traits affreux à ce sujet. Mais qui oserait sonder cet abîme de ténèbres et d'iniquités? Qui oserait dévoiler les affreuses machinations de l'enfer pour la ruine et le déshonneur de nos corps et de nos âmes? Contentons-nous de nous prémunir contre les séductions de l'implacable ennemi du genre humain qui, pour régner plus sûrement dans les cœurs, ne demande pas mieux que de les plonger dans le bourbier des plus sales passions.
D. En combien de manières peut-on tomber dans le péché d'impureté?
R. On peut y tomber par pensées, par désirs, par regards, par paroles et par actions.
Il y a diverses sortes d'impureté, qui changent l'espèce du péché, qui ont leur malice particulière, et qu'il faut, par conséquent, déclarer en confession, et cela, avec d'autant plus de soin qu'en cette matière il n'y a presque point de petits péchés. Au jugement de saint François de Sales, c'est déjà blesser la chasteté que de la nommer. Cette vertu est comme la glace d'un miroir, que le moindre souffle ternit; et, d'un autre côté, le mal que l'impureté produit est comme la morsure de la vipère : si légère qu'elle paraisse, elle fait glisser le venin dans toutes les veines, et donne le coup de la mort.
û. Comment torabe-t-on dans ce péché par actions? R. Quand on fait des actions ou attouchements désbonnêtes, étant seul ou avec d'autres
(1) Eï/averunt ab utero. Psal. lvii, 4.
A Dieu ne plaise que nous entrions dans le détail de toutes ces abominations, qui font l'horreur du °Àe\ et l'opprobre de l'humanité. Nous nous contenterons de dire que le sixième commandement vous défend toute action déshonnête, tout ce qui est de nature à vous faire rougir à vos propres yeux, et dont vous rougiriez certainement devant les hommes, si vous en étiez aperçu, comme, par exemple, les libertés criminelles, les familiarités indécentes, tous les attouchements qu'on fait sans nécessité, par passion, pour se procurer un plaisir sensuel, les embrassements charnels, les baisers lascifs, qu'un saint Père appelle les morsures de Satan (1).
Tout le monde est d'accord que, de tous les sens, il n'en est pas de plus dangereux que le toucher; il ne faut quelquefois qu'une imprudence pour allumer le feu de la plus dévorante des passions.
Comme il nous est impossible de nous étendre sur cette matière, que chacun expose ses doutes à son confesseur; qu'il ne rougisse pas de dévoiler à ce charitable médecin de son âme toute la profondeur de ses plaies, afin qu'il y applique le remède convenable. Si le pénitent a de la peine à s'expliquer comme il faut, il doit prier le confesseur de l'interroger, pour faciliter l'aveu de ce qui est nécessaire à l'exactitude de la confession.
Il faut spécifier si on a commis ce péché, étant seul; car, pour en avoir dérobé la connaissance aux hommes, on n'en a pas moins été aperçu de l'œil de Dieu, qui voit tout, qui pénètre jusqu'au fond des cœuis. Oui, malheureux pécheur, vous avez beau vous enfoncer dans les ombres de la nuit, dans les antres des forêts, il y a là, tour près de vous, un témoin invisible, un témoin nécessaire de vos infamies solitaires : c'est votre Dieu, c'est le Dieu de toute sainteté et de toute justice, qui a horreur de vos
(1) Impudici conlactus osculi, quid aliud est quàm moms diaboli? Euseb., honi. 1, de init. quadraget.
abominaions et auquel il faudra en rendre compte. Si c'est avec d'autres que vous avez eu le malheur de vous livrer au mal, il faut spécifier les personnes ou créatures qui ont été complices ou instruments du crime, si c'est avec des personnes libres, mariées ou consacrées à Dieu, avec des parents ou des étrangers, avec des personnes du même sexe ou d'un sexe différent; si c'est en un lieu saint ou profane, un jour ordinaire ou un dimanche ; en un mot, vous devez spécifier les circonstances de temps, de lieu, et de personnes, car elles changent la nature du péché, en font souvent un cas réservé ; et il faut, par conséquent, les déclarer de toute nécessité (1).
D. Comment y tombe-t-on par paroles?
R. Quand on dit, quand on chante, quand on lit, quand on écoute des choses déshonnêtes.
Reprenons ces diverses manières de pécher par paroles,* pour en donner une explication particulière. On pèche donc contre la pureté :
1° Quand on dit des choses déshonnêtes. Il est des discours ouvertement lascifs qui, selon l'expression de Tertullien, infectent l'air du venin de l'impureté. La bouche de ceux qui les prononcent est comme le puits de Sodome qui exhale la puanteur et la corruption, ou bien, selon les paroles de David, elle est comme un sépulcre ouvert d'où
(1) Si on fait le catéchisme à de petits enfants, on doit se contenter de leur dire qu'ils doivent s'accuser exactement de toutes les choses qui les rendraient honteux, si d'autres les savaient; et on îeur donnera pour règle que plus iis auraient de honte, plus ils auraient peur d'être grondés, si leur père ou leur mère étaient instruits de leur faute, plus aussi leur faute est grande. Afin de les prémunir contve toute infraction à ce commandement, on les exhortera à observer la plus grande modestie à leur lever, à leur coucher, et généralement dans toutes leurs actions, évitant de paraître découverts en quelque circonstance que ce soit. Pour cela, il faut leur inspirer de bonne heure le plus grand respect pour la présence de Dieu.
sort l'odeur la plus fétide (1). Il est aussi des paroles moins évidemment criminelles, des paroles à double sens, qui n'en sont quelquefois que plus dangereuses, parce que, ne révoltant pas autant que les mots grossiers et obscènes qui font horreur aussitôt qu'on les entend , elles pénètrent plus avant dans le cœur, enflamment l'imagination, et font dans l'âme les plus cruels ravages. Hélas ! quel fléau pour l'Église ! quelle peste pour la pureté et l'innocence que ces langues maudites qui distillent le noir poison de la malice et de la corruption, et propagent la mort des âmes par des millions de pensées, de désirs, de souvenirs, de connaissances funestes, qu'elles font germer dans les cœurs !
Mais, dit-on quelquefois pour s'excuser, je n'ai aucune mauvaise intention, je ne songe qu'à me divertir et qu'à divertir les autres.— Quoi ! pouvez-vous vous faire un jeu de ce qui fait la ruine des âmes? Quelle que soit votre intention, l'effet de vos paroles n'en est pas moins pernicieux ; et tel qui n'aurait jamais pensé au mal, gâté par la malignité de vos discours, se laissera entraîner aux plus affreux désordres. Au lieu donc de vous piquer d'être plaisant ou bouffon, rappelez-vous que vous devez être avant tout chrétien. Rappelez-vous qu'au jour de votre baptême, on a mis du sel bénit sur votre langue, pour vous avertir que toutes vos paroles doivent être assaisonnées du sel de la discrétion, et que votre bouche doit être l'organe du Saint-Esprit, et non du démon. Rappelez-vous que cette même langue est devenue le trône de Jésus-Christ par la sainte communion. Rappelez-vous enfin qu'elle vous a été donnée pour bénir le Seigneur, et lui rendre grâces pour ses innombrables bienfaits, et non pour semer le vice et le libertinage. Que si vous vous permettez de temps à autre, pour une honnête récréation, des paroles amusantes et qui prêtent à rire, que ce ne soit jamais aux dépens de la pull) Sepulcrum patens est guttur eorum. Paal. v, 11.
deur , et tenez-vous soigneusement renfermé dans les bornes de la modestie et de la gravité chrétienne. Les mauvaises paroles sont comme une gangrène, qui se répand de tous côtés avec la plus grande rapidité ; et saint Paul était tellement convaincu des maux affreux qu'ellespeuvent produire, qu'il les condamne absolument, en plusieurs endroits de ses Épîtres. Qu'on n'entende jamais parmi vous, dit ce grand Apôtre, ni parole déshonnête, ni folie, ni bouffonnerie (1). Que toutes les paroles qui sortent de votre bouche, dit-il ailleurs, soient saintes et propres à nourrir la foi, et à inspirer la piété à ceux qui les entendent 2 (2).
3° Quand on en chante. Si les mauvaises paroles sont défendues, à plus forte raison les mauvaises chansons, qui renferment tout le venin des paroles déshonnêtes, et ont encore une plus grande puissance pour amollir les âmes et enflammer les passions, à cause de la cadence, de la vivacité des expressions, des charmes de la voix, et des airs tendres et voluptueux qu'on y donne. Cependant, on trouve des personnes qui prétendent que ces chansons glissent dans leurs oreilles et sur leur esprit, sans faire la moindre impression dans leur cœur. Je leur réponds qu'elles s'abusent de la manière la plus étrange, qu'elles sont dans la plus déplorable illusion. Comment, en effet, ces chants lascifs, qui sont un démenti formel à toutes les maximes de l'Évangile et une invitation continuelle à jouir des plaisirs de la vie ; comment ces chants, qui flattent tous les penchants de la nature corrompue, qui parent le vice des plus séduisantes couleurs, et célèbrent les prétendus charmes de la plus dangereuse de toutes les passions, ne feraient-ils qu'effleurer l'âme, sans y produire la plus lé-
(1) Omnis immunditia nec nominetur in vobis... aut lurpitudo, aut stultiloquium, aul scurrilitas. Ephes., v, 4.
(2) Omnis sermo malus ex ore vestro non procédât ; sed si qui» bonus ad sedificationem lidei, ut det graliam audientibus. Ephes. t IV, 29.
gère sensation? Mais, dites-moi, aveugles que vous êtes, d'où vient alors le plaisir que vous y prenez^ D'où vient que vous n'avez aucun goût pour les cantiques spirituels? Ceux-ci peut-être vous ennuient, tandis que vous aimez les chants dissolus; d'où vient cette différence? C'est que, sans vous en douter, la passion règne au dedans de vous ; c'est qu'au lieu d'aimer le Seigneur Dieu qui vous a faits, vous aimez l'idole de la volupté, puisque vous vous plaisez tant à célébrer ses louanges.
Supposé même que vous ayez un cœur de glace ou de bronze, et que ces airs tendres et lascifs ne soient qu'un vain son à vos oreilles, sans donner occasion à la moindre tentation, ne voyez-vous pas que c'est toujours mal en soi de chanter les louanges du démon, et de proférer des paroles qui ne sont capables que de réveiller des idées impures? De plus, ne devez-vous pas vous en abstenir par amour pour le prochain? Car pouvez-vous répondre de ceux qui vous entendent ? Et qui vous a dit que ces chansons si innocentes pour vous, s'il faut vous en croire, ne seront pas la première cause de la damnation de plusieurs âmes?
Ne dites donc plus que ce n'est qu'un passe-temps, qu'un charme qui adoucit les rigueurs de votre travail. Pour quelqu'un qui aime Dieu et qui a son salut à cœur, il n'y a de passe-temps, il n'y a d'amusement que dans l'ordre de la décence et de l'honnêteté. Que si vous voulez un instant vous distraire, si vous désirez vous procurer un délassement agréable et innocent, chantez, je le veux bien; mais chantez des cantiques spirituels; c'est le conseil du grand Apôtre (1). Vous avez du goût pour le chant, faites servir votre talent à la gloire de Dieu. Voulez-vous même des chants d'amour qui, au lieu de vous nuire, vous soient :Uiles, a chantez, vous dit saint Augustin, chantez les can-
(1) In psalmis et hymnis et canlicis spiritualibus, cantantes et psailentes in cordibus vestris Domino. Ephes., v, 19.
tiques d'amour de votre patrie céleste ; chantez des cantiques, qui élèvent votre esprit vers elle et qui enflamment votre cœur du désir des biens qui vous y sont promis et préparés (1) » Ah ! quel beau spectacle nous offrirait la terre, et quelle heureuse réformation s'opérerait dans tes mœurs, si, au lieu de ces chants impurs qu'on n'entend malheureusement retentir que trop souvent, et qui contristent et alarment les oreilles pieuses, on n'entendait, au contraire, de toutes parts que des cantiques sacrés, des hymnes à la vertu ; si les bergers sur les montagnes, les laboureurs dans leurs sillons, les artisans dans leurs ateliers, les entonnaient avec une sainte joie, pour faire diversion à leurs peines et à leurs ennuis ; si les pères, dans les longues veillées de l'hiver, ou à l'ombre de leurs arbres pendant l'été, les apprenaient à leurs enfants : alors toute la terre bénirait le Seigneur; alors les hommes commenceraient dès ici-bas à faire la fonction des anges et des saints, et se prépareraient à chanter l'Hosanna éternel !
3° Quand on en lit. Lire des choses déshonnêtes, c'est jeter de l'huile dans le feu. Notre chair est assez faible et notre esprit assez porté au mal, sans les exciter encore par de mauvaises lectures. On n'avance que trop vite dans la science du vice ; faut- il encore aller l'étudier dans ces abominables productions de l'enfer, où les règles de la bienséance, les maximes de la morale, les principes de la société, les préceptes de la religion sont mis en question, méprisés, renversés? Toute personne qui voudra se conserver chaste, ne lira jamais de mauvais livres.
De nos jours, une presse licencieuse les a multipliés avec une effroyable profusion : écrits impies, romans sous toutes les formes, romans sur tous les tons pullulent de tous côtés; et, tandis qu'on ne fait aucun cas des livres sérieux et utiles, et tandis qu'on rejette, peut-être avec dégoût, les ouvrages les plus propres à faire germer dans les
(1) D. Aug , in psal. lxvi, n. 6.
cœurs i'amour de la vertu, basé sur celui de la religion, ce sont des romans qu'on recherche avec ardeur, qu'on prône avec enthousiasme, qu'on dévore avec une insatiable avidité, sans songer qu'on y puise l'oubli des devoirs les plus sacrés, qu'on se remplit la tête de folles imaginations, et qu'on soulève dans son cœur les plus violentes tempêtes
Mais je n'y vois aucun mal, me disent certains partisans de ces mauvaises lectures.— Hélas ! dès qu'une chose flatte, on cherche des motifs pour se l'autoriser ; et, malgré le cri de la conscience, on veut se satisfaire, tout en s'efforçant de se persuader qu'on est encore innocent. Vous dites que vous n'y voyez pas de mal ; mais, prenez garde, peutêtre votre cœur, depuis longtemps flétri par ces coupables lectures, n'est plus en état d'en connaître le danger, et, en cédant au penchant qui l'entraîne, il ne fait que s'enfoncer de plus en plus dans les voies de la perdition. Je veux bien, toutefois, vous accorder que votre livre n'est pas un de ces ouvrages profondément immoraux ou audacieusement impies, dont la seule vue révolte ; mais n'est-il pas toujours à craindre par les fausses idées qu'il vous donne, et parce qu'en voilant légèrement le vice, il ne fait que le rendre plus aimable? Vous n'y voyez point de mal; mais quand même cette sorte de lecture serait indifférente en elle-même, ne serait-ce pas déjà un grand mal que d'y consumer un temps précieux, qu'on pourrait employer si utilement à orner l'esprit, à former le cœur, à y jeter les semences de la vérité et de la vertu? Ici, je vous entends m'interrompre et me dire : c'est précisément pour m'instruire, c'est pour apprendre à connaître les usages du monde, que je lis ces ouvrages. — 0 la triste, ô la déplorable science qus celle du mal ! Est-ce dans des récits bizarres et imaginaires où règne l'esprit du mensonge ; est-ce au milieu d'un amas d'intrigues coupables, d'insinuations perfides, de tableaux dangereux, que vous puiserez les notions les plus essentielles au commerce de la
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vie. que vous apprendrez à mettre de Tordre et de l'économie dans la tenue de votre maison, à devenir plus respectueux envers vos supérieurs, plus patient envers vos inférieurs, plus sociable envers vos égaux ? La science que ces ouvrages donnent, ne sert qu'à fausser le jugement et qu'à égarer l'imagination. Peu importe qu'on y trouve çà et là quelques leçons de sagesse; elles n'y sont mises que comme un appât à de confiants lecteurs; elles y sont perdues et comme noyées dans un tas de maximes futiles, licencieuses, impies ; elles y sont démenties par les faits les plus criminels. Or, quel est celui qui, apercevant une fleur au milieu d'une prairie toute couverte de reptiles venimeux, serait tenté d'aller la cueillir, et voudrait ainsi s'exposer à recevoir mille blessures mortelles ?
On insistera peut-être encore, en disant que ces livres sont bien écrits, qu'ils peuvent servir à former le style. — * Ils sont bien écrits ! Assertion presque toujours fausse ; mais, sans vouloir la discuter ici, que faut-il en conclure, sinon qu'ils sont plus dangereux ? Aimeriez-vous à vous couvrir des vêtements d'un pestiféré, parce qu'ils seraient d'une forme élégante et gracieuse? — Ils formeraient votre style ? — Et comment ? En vous donnant le goût de ce qu'il y a de plus exalté, de plus faux, de plus oiseux ? Ecoutez un illustre pénitent, qui en avait fait la triste expérience et dont vous ne pouvez récuser l'autorité : « Par la lecture des mauvais livres, dit le grand saint Augustin, on n'apprend pas à devenir éloquent, mais à devenir vicieux; on y apprend à connaître le mal sans horreur, à en parler sans pudeur, et à le commettre sans retenue. » Que vosyeuv ne s'arrêtent donc jamais sur ces livres corrupteurs, source de mille désordres et de mille calamités.
Le concile d'Albi, justement alarmé des ravages affreux que les mauvais livres font parmi les populations, et voulant s'opposer à leur propagation, a porté une loi fort sage, a Que les fidèles, dit-il, prennent bien garde db ne lire « aucun livre ou écrit quelconque, sans avoir pris préala-
a blement conseil de ceux à qui est confié le soin de leur « âme, et qu'ils obéissent exactement aux recommanda- « tions qui leur seront faites. »
Il lear défend ensuite d'acheter à des colporteurs quelque ouvrage que ce soit, si ce n'est de l'avis et du consen tement du curé de l'endroit, auquel les colporteurs devront d'abord se présenter, pour faire visiter leur ballot et exhiber l'approbation qu'ils auraient pu obtenir de l'autorité ecclésiastique (1).
4° Quand on en écrit. Écrire des lettres qui ne respirent qu'un amour impur, copier des chansons ou des pages déshonnêtes, c'est avoir déjà flétri son innocence; c'est n'être plus agréable aux yeux du Seigneur. Mais que dire de cet abominable abus de leur ta\ent que font certains auteurs, en composant ces ouvrages obscènes, où sont foulées aux pieds les lois de la religion et les règles de la morale, qui ne présentent à l'esprit que des images grossières et au cœur que des sentiments pervers? Honte et humiliation à ces écrivains licencieux, dont la plume distille sans cesse un poison mortel, qui semblent ne vivre que pour prôner le vice, et n'écrire que pour le propager ! Honte et malédiction à ces œuvres de ténèbres, que le génie du mal enfante tous les jours, qui vont étouffer les sentiments de vertu dans le cœur des individus et jeter le trouble au sein des familles, et qui menacent la société tout entière d'une effrayante dissolution !
Les auteurs de mauvais livres sont pires que des empoisonneurs publics. Le mal qu'ils font ne périt pas avec eux ;
(1) Caveant proindè diligenter fidèles à quorumlibet librorum e scriptorum lectione, quin priùs consilium ab iis quibus cura ipserum «piritualis coamissa est acceperint, illorumqne dictis fideliter obsequantur. y
Prohibemus pariter ne ullus emat à mercatoribus foraneis quos varios circumfieront libros, nisi sciente et approbante loci parocho, eui se primùm praedicti mercatores sistere debent, mercem suam vi- •itandam pnebenles, et approbationem, si quam ab aucforitate eccle- •iasticârecepeiint, exhibantes .Concilprovinciœ Âlbiensis. Décret. II.
il se transmet de génération en génération ; ils éternisent, en quelque sorte, leurs infamies ; et que d'infortunées victimes ne font-ils pas à chaque instant, dans tous les pays, dans tous les âges, dans toutes les conditions !
5° Quand on en écoute. L'ouïe est encore une porte, qui donne entrée au démon de l'impureté dans nos âmes. On se rend aussi coupable d'écouter les mauvais discours que d'en dire. Personne n'oserait en proférer, s'il ne se trouvait point des oreilles complaisantes pour les entendre. Ainsi, par là même que vous écoutez des paroles déshonnêtes, vous montrez que vous les aimez ; vous les approuvez ; vous encouragez les mauvaises langues, et vous vous rendez complices de tout le mal qui se dit. Que faut-il donc faire, quand on se trouve dans des compagnies où l'on tient de ces sortes de discours ? Ou vous avez autorité sur les personnes qui se permettent ces propos indécents, ou* non. Dans le premier cas, vous êtes obligés de les réprimer de tout votre pouvoir. Maîtres, parlez sévèrement à vos domestiques ; pères et mères, reprenez vos enfants, et sachez les contenir dans les bornes du devoir. Dans le second cas, fuyez, si cela vous est possible, car il ne faut pas nouer des relations avec les méchants. Mais, si vous vous trouves dans une société, avec des gens éhontés qu'il ne dépend pas de vous d'éviter, et sur qui vos prières et vos avertissements ne feraient aucune impression et fourniraient peut-être même matière à de fades plaisanteries, alors, pour ne pas participer à leur péché, c'est le cas de mettre en pratique l'avis que vous donne le Sage, quand il dit : « Mettez comme une haie d'épines à vos oreilles, afin que les paroles inconvenantes n'y entrent pas (1); » c'est-à-dire, au lieu d'y prendre plaisir, témoignez par un air triste et une contenance sévère combien elles vous déplaisent; gémissez-en devant le Seigneur, et marquez-lui le regret sincère que vous ressentez des injures qui lui sont faites.
Pour vous exciter à ne donner jamais la moindre aU
(1) Sepi aurem tuarn spinis. Eccli., xxvm, 28.
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teinte à l'aimable vertu de pureté, conservez-en la plus haute estime, et rappelez-vous cette parole de l'Esprit» Saint, que « tout le prix de l'or n'est rien en comparaison d'une âme véritablement chaste (1), »
TRAITS HISTORIQUES
1 . Le vice impur est entré profondément dans la corruption de notre nature. Il nous a été représenté dans la sainte Ecriture par la première plaie d'Egypte, par laquelle toutes les eaux furent changées en sang, et par la seconde, des grenouilles qui inondèrent tout le pays. En effet, la chair et le sang marquent très-bien ce qui est sensueletopposé à l'esprit. C'estce qui a fait dire à saint Paul,«que la chair et le sang ne posséderont point le royaume de Dieu (2). » D'un autre côte, les grenouilles qui naissent dans des eaux bourbeuses, qui se plaisent et s'entretiennent dans cette boue, sont aussi trèspropres à nous donner une idée sensible, et en même temps une grande aversion des passions brutales et honteuses. Sacy, Exode, xi.
L'Apocalypse nous représente l'impureté sous la forme d'une femme vêtue de pourpre, couverte de pierreries, tenant en main une coupe d'or; mais elle est assise sur une bête monstrueuse, et cette coupe fatale, qu'elle présente à tous les peuples, est remplie d'abominations, pleine dj poisons dévorants qui donnent la mort; el ses mains parricides répandent le sang a grands flots. Voilà le vice : il plaît d'abord, il éblouit les yeux ; mais, en réalité, c'est un poison qui tue [3).
Dès que Salomon, le modèle des rois, l'admiration du monde, l'oracle de la sagesse, eut ouvert son âme aux tentations de l'esprit immonde, il devint le jouet des plus viles passions ; et il en vin!
(1) Omnis ponderatio non est digna continentis animae. Eccli., xxvi, 20.
(2) Caro et sanguis regnum Dei possidere non possunt. I. Cor., iv, 50.
(3) c Principium dulce est, sed finis amoris amarus ;
« Laeta venire Venus, tristis abire solet. »