‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 29 sur 55 · AMOUR DE LA PURETÉ · texte numérisé non relu

AMOUR DE LA PURETÉ

mieux souffrir les supplices les plus terribles que de jamais consentir aux sollicitations do ce maître passionné. Celui-ci, voyant toutes ses poursuites inutiles et transporté de fureur, va dénoncer au gouverneur Çotentienne comme chrétienne , et lui promet une grande somme d'argent, s'il peut l'engager à consentir à ses désirs criminels. Conduite au tribunal du juge, cette fille courageuse fut cruellement tourmentée; mais elle demeura toujours ferme et inébranlable. Alors, on prépare une grande chaudière, pleine de poix, qu'on met sur un feu très-ardent. Le juge en fureur dit : « Obéis à la volonté de ton maître, sans quoi tu vas être jetée toute vive dans cette chaudière bouillante. » — « Je ne saurais croire, lui répondit la sainte, qu'il y ait un juge assez injuste pour me commander d'obéir aux désirs criminels d'un maître impudique. » Le juge, irrité de cette réponse, ordonne qu'on la jette dedans. « Ordonnez, lui dit-elle, qu'on m'enfonce peu à peu, vêtue comme je suis, et vous verrez la vérité de la religion que je professe, et la force que donne Jésus-Christ, que vous n'avez pas le bonheur de connaître. » Ayant donc été plongée dans la chaudière ardente, elle y vécut près de trois heures; après quoi elle rendit son esprit à Dieu, et s'envola au céleste époux, ornée de la double couronne de la virginité et du martyre.

Pallade, HisL Lausiaq., c. w. * Il y avait vingt-cinq ans qu'un saint solitaire, nommé Martinien, menait dans la retraite la vie la plus édifiante et la plus parfaite, lorsque Dieu permit qu'il fût éprouvé par la plus délicate de toutes les tentations. Une courtisane de Césarée, connue sous le nom de Zoé, s'étant couverte de haillons, se rendit sur le soir à la cellule du saint, se donnant pour une personne pauvre qui s'était égarée dans le désert et qui courait risque de périr, si on lui refusait l'hospitalité. Martinien attendri la reçut dans sa cellule; le lendemain matin, Zoé quitte seshaillons, se revêt d'habits magnifiques qu'elle avait eu soin d'apporter avecelle, se présente ainsi parée devant le saint ermite, et lui dit qu'elle était venue de Césarée dans le dessein de lui offrir sa personne avec une fortune des plus brillantes. « La proposition que « je vous fais, ajou'a-t-elle, n'a rien qui puisse vous effrayer : elle « n'est point incompatible avec la piété dont vous faites profes- « sion; et vous savez, comme moi, que les saints de l'Ancien Tesla- « ment ont été riches et engagés dans l'état du mariage. » Martinien devait, sans doute, à l'exemple du chaste Joseph, chercher son salw, dans une prompte fuite ; mais Dieu, pour le punir peut-être de que.que présomption secrète, permit qu'il écoutât cette langue enchanteresse, A qu'il consentît dans son cœur à la proposition de Zoé. Comme il touchait au moment où plusieurs personnes venaient recevoir ses avis et sa bénédiction, il s'avança au-devant d'elles, dans l'intention de les congédier.

A peine fut-il seul que des remords salutaires dissipèrent le prestige. Il rougit de sa faiblesse et retourna promplement à sa cellule. La première chose qu'il fit en y entrant, fut d'allumer un grand feu dans lequel il mit ses pieds. La courtisane accourut au bruit des cris que lui arrachait la douleur. Quelle fut sa surprise, quand elle le vit étendu pat terre, baigné de larmes, et les pieds à moitié brûlés; « Ah ! d'sait Martinien, comment supporterai-je le feu de l'enfer, si « je ne peux supporter celui-ci, qui n'en n'est que l'ombre? » Zoé ne put tenir contre un tel spectacle. La grâce ayant amolli la dureté de son cœur, elle devint pénitente de pécheresse qu'elle était, et passa le reste de ses jours dans la pratique des austérités les plus rigoureuses.

Quoi de plus aimable, disait un saint qui avait été dans sa jeunesse un modèle parfait d'innocence, quoi de plus aimable qu'un jeune homme dont la pudeur embellit le front ! Qu'elle est belle et éclatante sur son visage et dans sa vie cette perle précieuse des mœurs! Quelle grâce elle répand sur toute sa personne! Sainte pudeur, l'honneur de la vertu, la gloire delà nature, la fleur des mœurs, le signal de toute honnêteté (1) ! Div. Bern.

Oui, je le soutiens, disait un célèbre philosophe (2), et je ne crains pas d'être démenti par l'expérience, un enfant qui a conservé jusqu'à vingt ans son innocence, est à cet âge le plus généreux, le meilleur, le plus aimant et le plus aimable des hommes.

Que de faits viennent à l'appui de ces belles paroles: Nous ne sommes embarrassés que pour le choix. — Saint Basile et saint Grégoire de Nazianze étaient tous deux sortis de familles fort nobles selon le monde, et encore plus selon Dieu. Ils avaient l'un et l'autre tout ce qui rend les enfants aimables : beauté du corps, agréments dans l'esprit, douceur et politesse dans les manières. Le naturel heureux, que Dieu leur avait accordé, fut cultivé avec tout le soin possible. Après les études domestiques, on les envoya dans les villes de la Grèce qui avaient le plus de réputation pour les sciences, et ils y prirent les leçons des plus excellents maîtres. Ces deux saints l'on ne peut trop le répéter aux jeunes gens, brillèrent toqpmni parmi leurs compagnons, par la beauté et la vhacité de leur esprit par leur assiduité au travail, par les succès extraordinaires qu'ils eurent dans toutes leurs éludes, par la facilité et la promptitude avec laquelle ils saisirent toutes les sciences qu'on enseignait à Athènes : belles-lettres, poésie, éloquence, philosophie; mais ils se distinguèrent encore plus par une innocence de mœurs- qui était

(1) 0 pudicitia, decus virtutis, nalurae laus, flos mor;!in. et insigne totius honesti !

(2) J. J. Rousseau.

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