‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 31 sur 55 · DES MAUVAISES HABITUDES. S · texte numérisé non relu

DES MAUVAISES HABITUDES. S

de fermeté, il prit un livre, et, peu de moments après, il sortit de l'appartement.

Funestes effets de la mauvaise habitude.

Rien de plus tyrannique que la passion de l'impureté; quand elle a fait tant que de s'enraciner dans une âme, il est bien difficile de l'en extirper.

Deux jeunes Espagnols, dont le père Maffei a'a pas voulu dire le véritable nom , pour ne pas compromettre leur famille, et que noua nommerons Alphonse et Ferdinand, étaient unis entre eux par une ancienne amitié, si l'on peut décorer de ce litre une liaison formée par le vice; ils vivaient à Madrid plongés dans un affreux libertinage. Ferdinand, sans doute moins coupable devant Dieu, eut un songe que le ciel lui envoya pour le réveiller au fond de l'abîme. Il lui semblait voir deux géants énormes et d'un aspect effrayant, qui s'élançaient dans sa chambre, se saisissaient de lui, et l'emportaient sur le rivage de la mer. Une terrible tempête, déchaînée sur les flots, les soulevait jusqu'au ciel; l'épaisseur des ténèbres était sillonnée par de fréquents éclairs, et le tonnerre retentissait avec un fracas épouvantable. Des spectres odieux montaient des navires, qui étaiept poussés rapidement sur le rivage; ils chargeaient de chaînes tous les hommes qu'ils pouvaient saisir, et les emmenaient garrottés sur leurs vaisseaux. Parmi ces prisonniers, Ferdinand reconnut son ami Alphonse; lui-même, se vit à son tour environné de ces monstres, qui l'entraînaient déjà avec eux, lo.squ'il invoqua le nom de Marie; et sur-le-champ ce spectacle effrayant s'évanouit, mais pour faire place à un autre plus effrayant encore.

Le juste Juge parut tout à coup à ses yeux, assis sur son tribunal ; sa sainte Mère était à sa droite, et des milliers d'anges environnaient son trône. Après avoir envisagé Ferdinand d'un œil sévère et menaçant, il allait lancer sur lui son tonnerre, lorsque cet infortuné implora de nouveau le secours de la sainte Vierge, faisant vœu, s'il obtenait sa grâce, de quitter le monde, d'expier ses égarements par une pénitence rigoureuse. Marie parvint à fléchir en sa faveur son Fils irrité, et arrêta le coup qui allait le frapper.

Ferdinand, s'étant réveillé, trouva jusqu'au plancher de sa chambre mouillé des larmes qu'il avait versées durant cette nuit effroyable. Cet avertissement, qui ne pouvait venir que du Ciel, lui inspira de sérieuses réflexions, et il promit devant Dieu, avec serment, d'entrer dans un ordre sévère. Sur ces entrefaites, parut Alphonse qui, le voyant, contre son ordinaire, triste et profondément ému, le plaisanta sur son air chagrin, et chercha à l'égayer, en lui parlant de parties de plaisir. Ferdinand lui raconte tontes les particularités du songe

qu'il vient d'avoir, et lui dit sérieusement qu'il a résolu et môme fait vœu de changer de vie. et d'entrer en religion. Après son récit, Alphonse, le reprenant avec un ris amer, se moqua de sa crédulité et de son projet : « Ne voudrais-tu pas, lui dit-il, m'entraîner moi» c même avec toi dans ta folie? Allons, Ferdinand, laissons ces épouc vantails d'enfants, et reprenons courage. Et moi aussi, ajcuta-t-il, c je désire et j'espère me sauver; mais pas si vite, il sera temps plus c tard, il faut que jeunesse se passe. Ne sais-tu pas que la loi nous < dit que, pour gagner le ciel, il suffit de bien finir? »

Au milieu de cet entretien, un domestique vient tout hors d'haleine avertir Alphonse que deux jeunes gens l'attendent à la porte, poui une affaire qui ne souffre point de retard. « J'y vais, dit-il, et dans c un instant je suis à toi ; Ferdinand, ne pense plus à tes idées. » Il se hâte de descendre, et trouve dans la rue de jeunes cavaliers avec qui il s'était fait des affaires. A peine l'ont-ils aperçu qu'ils se jettent sur lui avec une espèce de rage, le percent de mille coups, et s'enfuient, le laissant noyé dans son sang. Ferdinand accourut au bruit, mais il était trop tard. A la vue de ce cadavre sanglant, il est frappé comme d'un coup de foudre, et reconnaît la vérité du songe qu'il a eu. Il court se jeter aux pieds d'un confesseur, lui fait ie récit de cette tragédie lamentable, lui parle du vœu qu'il a fait, renouvelle à ses pieds et confirme ce vœu. Après une confession accompagnée de torrents de larmes, le nouveau pénitent reçoit l'absolution, et rentre dans la grâce et l'amitié de Dieu. Déjà il a vendu tout ce qu'il a, pour le distribuer aux pauvres et pour consommer son sacrifice. Mais, ô funeste effet de l'habitude! bientôt ses passions assoupies se réveillent; au lieu de distribuer ses richesses aux pauvres, il les dissipe en jeux, en festins, en débauches; il se replonge dans la fange de l'impureté. Epuisé par tant d'excès, en proie à mille maux qui

n étaient les fruits amers, il reçut encore un avis du Ciel. Le puits Je l'abîme lui parut s'ouvrir à ses pieds, et, dans ses brasiers, il vit des milliers de réprouvés, sur lesquels les démons exerçaient leur rage. En face il aperçut encore le Juge redoutable, assis sur son tribunal, qui ordonnait aux esprits infernaux de se saisir de lui et de le précipiter dans ce gouffre. Tremblant de frayeur, il se recommande de nouveau à la bonté de Marie, et Marie aussitôt se prosterne aux pieds du trône de Dieu.

Ferdinand fut touché, il fit pénitence ; et, en revenant à la vertu, il retrouva la santé. Mais, ô tyrannie des habitudes criminelles! à peine quelques jours s'étaient-ils écoulés, qu'il alla au-devant des occasions du péché. 11 retombe, le malheureux, et plu^ bas que jamais. Réduit à la dernière indigence, n'ayant plus de quoi fournir à ses débauches, il se jette dans un vaisseau qui partait pour l'Amérique, dans l'espérance d'y rétablir sa fortune. Il arrive à Lima, ca-

Page 1