DES MAUVAISES HABITUDES
pitale du Pérou. Tout ce qu'il gagne d'argent, par bonne ou mauvaise voit.,, va se perdre dans le gouffre dévorant de ses passions. Victime lui-même de tant d'excès, il retombe malade, et s'estime heureux de trouver un asile dans un hôpital bâti loin de la ville.
Là, il fait connaissance avec un pieux missionnaire qui lui inspire de meilleurs sentiments; mais les sages réflexions se dissipé» rent avec le danger, et il revint à ses funestes penchants.
Plusieurs années après, le saint missionnaire, conduit par son zèle apostolique, s'enfonce dans les montagnes et les forêts les plus inaccessibles du Pérou, pour y gagner des âmes à Jésus-Christ. Il choisit pour centre de sa mission une petite ville bâtie sur une éminence, et fréquentée par les montagnards du pays. Après les travaux du saint ministère, son délassement était de consoler les malades dan3 un hôpital de la ville, et de leur enseigner le secret de convertir leurs maux passagers en trésors éternels.
Un jour qu'il portait de lit en lit ses utiles et touchantes consola'lons, il entend retentir dans un coin un gémissement sourd et prolongé, et comme le rugissement du désespoir. Il y court et ses yeux sont frappés d'un spectacle d'horreur ; il voit étendu sur un peu de paille à demi pourrie, un homme ou plutôt un squelette, couvert des haillons de la misère, tout décharné, les joues creuses et hâves, les* yeux éteints, exnaiant une odeur cadavéreuse : c'était Ferdinand. Déjà sur le seuil de l'éternité, il entr'ouvre une paupière mourante et reconnaît le Père : « Que je su:s malheureux ! s'écrie-t-il avec un « dernier effort. Faut-il donc que partout je rencontre ce prêtre? Ce « n'est pas assez qu'il connaisse tous les crimes de ma vie; il faut « encore qu'il me voie mourir en réprouvé, et commencer mon « éternité malheureuse ! >
Après ces mots, il recommença ses rugissements effroyables, que lui arrachait sans doute le souvenir de tant d'occasions de salut perdues par sa faute, et, au mi'ieu ;le ses regrets déchirants, malgré les efforts du saint religieux, son ân;3 chargée d'iniquités s'arracha de ce corps infect, et alla paraître, non plus en songe, mais dune manière trop réelle , devant le tribunal redoutable, vérifiant ainsi dans sa personne cet oracle de l'Esprit-Saint : « Les os de l'impudique se rempliront des vices de sa première jeunesse, et l'impureté descendra avec lui dans le tombeau <J], »
Détournons les yeux de cet horrible tableau, ei consolons-noug, en contemplant la vertu d'un jeune serviteur de Dieu, qui conserva dans toute sa pureté le lis précieux de son innocence.
Le premier usage que saint Stanislas Kosika fit de sa raison, si
(1* Ossa ejus implebuntur vitiis adolescentise ejus et cum eo io pulvere dormienl. Job, xx, 11.
Heureusement préparée par la grâce du Seigneur, ce fut de donner i Dieu son cœur sans partage. Par l'abondance des grâces qu'attira sur lui celte pieuse consécration, il s'éleva à un tel degré de perfection, que son père et sa mère le regardaient comme u:\ ange et lui en donnaient habituellement le nom. Il en avait la figure aussi bien que l'innocence, la douceur et l'amabilité; mais sa beauté, comme saint Ambroise le dit de la plus pure des vierges, n'inspirait que le respect et le désir d'être chaste. Sa pudeur était si délicate qu'il ne fallait qu'une parule tant soit peu libre pour le faire évanouir, en sorte que son père, qui l'aimait tendrement, avait grand soin de détourner en sa présence tous les entretiens peu réservés. Quand il ne le pouvait pas faire autrement, il priait sans détour ceux qui les commençaient d'avoir pitié du petit Stanislas.
DEUXIEME INSTRUCTION
Mauvais regards. — 3Iauvais désirs. — Pensées déshonnêles. — Comment y résister. — Mauvaises lectures. — Mauvais tableaux. — Immodestie dans les vêtements.
D. Comment y tombe-t-on par regards?
R. Quand on arrête sa vue sans nécessité et avec plaisir sur des personnes ou sur des choses qu'on ne peut regarder sans danger.
On ne saurait jamais trop veiller sur ses yeux, car c'est par eux que les traits de l'amour impur entrent dans les âmes et les tuent (I). Nul doute qu'un regard immodeste, fait avec un plein consentement et une intention lascive, ne soit un péché mortel. Notre-Seigneur a déclaré expressément que quiconque regarde une femme avec un mauvais désir, a déjà péché dans son cœur (2).
On peut distinguer plusieurs sortes de regards. Il en est d'honnêteté, de bienséance, de nécessité, que l'on fait sur les personnes avec qui l'on s'entretient, et qui sont exempts
l) Per oculos intrat in mentem sagitta impuri amoris. D. Bern. (2) Omnis qui viderit mulierem ad concupiscendum eam , jànfl mœchatus est eam in corde suo. Math., v 28.
DE L IMPURETE. 37 3
de tout péché, pourvu qu'ils soient accompagnés d'une sévère modestie ; car la loi de Dieu ne nous oblige pas à terfir les yeux constamment fermés. Il en est qui se portent à Timproviste., comme à notre insu, sur des objets dangereux ; il faut avoir soin de les détourner, dès qu'on s'aperçoit du péril, sans quoi on risque d'y succomber. Il en est de curieux, d'affectés, qu'on ne peut excuser de péché, parce qu'ils sont très-capables d'allumer une flamme impure, et qu'ils produisent presque toujours les plus funestes effets. Il n'a fallu qu'un coup d'œil pour perdre David: il s'amusa un instant à regarder une femme dans le bain, et, de saint qu'il était, il devint tout à coup adultère, homicide. Il n'a fallu qu'un coup d'œil à Sichem sur Dina, pour enflammer sa passion et le porter à un grand crime. Quels affreux désordres ne causa pas encore parmi les Israélites la seule vue des filles de Moab ! Ils n'eurent pas soin de détourner les yeux, et les crimes, qui furent la suite de leurs mauvais regards, ne purent être expiés que par la mort de vingt-cinq mille d'entre eux. Aussi le Saint-Esprit nous recommande-t-il avec le plus grand soin de ne pas arrêter nos regards sur une jeune personne, de peur que sa beauté ne soit une pierre d'achoppement à notre pureté (1); car, ajoute-t-il, plusieurs se sont perdus par ces sortes de regards, qui allument la passion comme un feu dévorant (2). Dans le monde on se persuade aisément que ces regards sont innocents ; et que c'est pousser la vertu trop loin que de s'en faire scrupule ; mais une expérience journalière prouve qu'on ne saurait user d'une trop grande réserve à ce sujet. La modestie est le rempart de la chasteté; ces deux vertus se soutiennent mutuellement, et quiconque en néglige une, ne peut garder l'autre. Il est enfin des regards lascifs, qu'on fait sur les personnes avec une inten-
(1) Virginem ne conspicias, ne forte scandaliseris in décore illiua. Eccli., ix, 5.
(2) Propter speciem mulieris mulli perierunt; el ex hoc concopiseentia quasi ignis exardescit. Eccli., ix, 9.
tion penerse, comme ces œillades criminelles que se lancent des personnes éprises d'une folle passion : ce sont évidemment des péchés mortels.
Jusqu'ici il n'a été question que des regards qu'on porte sur des objets qui peuvent être dangereux, sans être mauvais par eux-mêmes. Quant à ces regards délibérés et fixes qu'on porte sur des objets infâmes, sur des nudités, sur des actions déshonnêtes, sur despeintures ou statues obscènes, il est inutile d'en parler, parce qu'il est clair qu'ils tuen* l'âme, comme le venin du basilic tue le corps *.
D. Comment y tombe-t-on par désirs?
R. Quand on souhaite de se procurer quelques plaisirs déshonnêtes, quoiqu'on ne se les procure pas en effet.
Ce ne sont pas seulement les actes extérieurs que Dieu condamne ; mais encore sa loi est tellement pure, sainte, qu'elle nous défend de nous arrêter aux mauvaises pensées et aux désirs criminels. Comment, en effet, l'Esprit de Dieu pourrait-il habiter dans une âme souillée par de3 affections déréglées? Dieu veut que nous soyons tout à la fois purs de corps, d'esprit, et de coeur.
Qu'on ne se fasse donc pas illusion en disant : Je n'ai point fait du mal, je n'ai commis aucune action contre la sainte vertu. — Mais vous avez désiré en commettre; mais si vous n'en avez pas commis, ce n'est pas faute de bonne volonté ; c'est que l'occasion vous a manqué ; c'est que vous avez craint l'œil des hommes plus que l'œil de Dieu ; vous êtes donc coupable devant le Seigneur, qui connaît vos dispositions perverses, qui lit jusqu'au fond de votre conscience.
Remarquons ici que les mauvais désirs ont la malice de l'acte consommé auquel ils se rapportent, et dont ils sont comme les avant-coureurs. Il ne suffirait donc pas de dire en confession : J'ai eu de mauvais désirs; il faut encore spécifier la nature de ces mauvais désirs ; car on est plus
ou moins coupable, selon que la chose qu'on désire de faire est plus ou moins mauvaise. Il est encore nécessaire d'exprimer la qualité de la personne vers laquelle les mauvais désirs se son l portés, savoir, si elle est mariée, parents ou consacrée à Dieu. Ces diverses circonstances, non-sëulement rendent le péché plus grief, mais encore le font changer d'espèce.
D. Comment y tombe-t-on par pensées?
R.. Quand on s'arrête avec réflexion et avec plaisir à des choses déshonnêtes, au lieu d'y renoncer aussitôt qu'on s'en aperçoit.
Ordinairement, on pense à ce qu'on aime. Si vous aimez Dieu, vous vous plairez à penser à ses amabilités infinies ; si vous aimez la volupté, vous aimerez à vous en retracer dans l'esprit les séduisantes images. Le Seigneur, qui est extrêmement jaloux de notre cœur, veut que nous en ban-* nissions toute mauvaise pensée. En cela, sa loi est bien plus parfaite que les lois humaines, qui ne défendent qu( les actions extérieures , parce que les hommes ne voient que ce qui paraît au dehors ; mais Dieu, qui sonde les plus sombres replis de notre âme, ne peut y rien souffrir de ce qui pourrait en ternir la pureté (1). Repoussez donc avec une sainte horreur toute image impure, qui pourrait se présenter à votre esprit ; et si, par le passé, vous avez à vous reprocher quelque chose à ce sujet, faites bien attention que vous ne devez pas seulement dévoiler les actes d'impudicité consommée auxquels vous vous seriez livrés, mais enc ie toute mauvaise pensée à laquelle vous avez consenti. Je dis à laquelle vous avez consenti; car si on les rejette, il n'y a plus de péché; au contraire, c'est une victoire qu'on remporte sur l'ennemi du salut (2).
(1) Homo videt ea quse parent, Dominus autem intuetur cot> I. Reg., am, 1?.
(2) Quoties resistis, toties coronaris. D. Antonin.
Pour bien nous former la conscience sur cette matière importante, et ne pas donner dans le relâchement ni dans le scrupule, nous distinguerons trois choses dans la mauvaise pensée, comme dans toute autre tentation : la suggestion, la délectation et le consentement.
La suggestion est la première idée du mal ou de la chose défendue, qui se présente à l'esprit. Elle n'est pas un péché; elle devient, au contraire, un sujet démérite, tant que la volonté n'y adhère point. Nous voyons que les plus grands saints ont été tourmentés par de mauvaises pensées; saint Paul lui-même nous assure que l'aiguillon de la chair, que l'ange de Satan le tentait de la manière la plus cruelle (1). Ce qui doit nous consoler, c'est que le démon ne peut avoir d'empire sur nous qu'autant que nous lui en donnons. Il peut suggérer le mal, mais non pas nous y contraindre (2); et nous avons toujours la grâce de Dieu, qui nous suffit pour résister à ses plus violents assauts. a Ma grâce te suffit, » fut-il répondu à saint Paul (3).
Après la suggestion vient la délectation ou le plaisir sensuel, occasionné par la pensée du mal. Ainsi, la tentation va toujours en augmentant; on commence à se complaire dans la pensée mauvaise presque sans s'en apercevoir; mais, dès qu'on voit le mal, il faut rejeter cette délectation dangereuse. Quand on s'y complaît de propos délibéré, elle attire bientôt le consentement.
Dès qu'un consentement parfait est donné à une mauvaise pensée, et qu'on se plaît à se retracer dans l'esprit un acte impur comme si on le commettait, le péché est mortel. Il ne serait que véniel, si la volonté s'efforçait de résister à la délectation et qu'elle n'y donnât qu'un demiconsentement. Et ne croyez pas qu'il faille s'arrêter longtemps à une mauvaise pensée, à un mauvais désir, pour se
(1) Datus fe.ii min/ stimulus carnis meae, angélus Saianae qui me colaphizet. II. Cor., xii, 17.
(2) Persuadere potest, praecipitare non potest. D. Hierotu (3} Suffici; tibi gratia mea. II. Cor., xn, 9.
rendre coupable d'une faute grave ; il suffit d'un instant de complaisance, à laquelle on s'abandonne tout à fait volontairement. En moins d'une journée, que dis-je? en moins d'un quart d'heure, mille idées sales, mille souvenirs impurs de ce que vous avez fait ou vu faire aux autres, peuvent traverser votre esprit ; et chaque pensée, suivie d'un consentement plein et entier, souille votre âme et vous rend dignes de l'enfer. 0 Dieu ! quel amas d'iniquités se trouve quelquefois dans une conscience, sans qu'elle s'en doute ! Car les gens peu instruits ne font souvent attention qu'aux péchés grossiers qui frappent les sens, et ne tiennent aucun compte de ces pensées déshonnêtes, de ces désirs immondes, qui fermentent dans leur esprit ! Hommes sensuels, songez-y bien : si vous rentrez sérieusement en vous-mêmes, vous serez effrayés d'avoir dérobé tant d'heures, tant d'instants à votre Dieu, pour repaître votre esprit d'images obscènes, de honteux plaisirs.
Quant à vous, âmes délicates et timorées, qui avez horreur du mal, qui ne voudriez pas, pour tous les biens de ce monde, perdre le précieux trésor de la grâce, et qui, malgré votre désir ardent de plaire au Seigneur, sentez s'élever au dedans de vous les plus violentes tempêtes, ne vous laissez point aller au découragement. Ces terribles assauts que vous livre l'ennemi de votre salut, prouvent qu'il n'est point encore maître de votre âme, et qu'il fait tous ses efforts pour s'y insinuer. Mille et mille fois, il salira votre imagination par des pensées impures; mais repoussez-le avec constance et fermeté. Ayez confiance, le Seigneur est avec vous.
Mais comment faut-il résister aux mauvaises pensées, aux mauvais désirs ?
Il n'est que trop vrai que, tant que nous serons sur cette terre d'épreuves, nous aurons toujours à lutter contre les penchants de notre nature corrompue. Et, puisque c'est ordinairement par de mauvaises pensées et de mauvais désirs que le démon commence à nous attaquer, dès que ces
idées se présentent à l'esprit, rejetons-les sans temporiser, sans tergiverser. Si une étincelle venait à tomber sur notre main, comme nous serions prompts à la secouer! Pareillement quand nous sentons le feu de la concupiscence qui s'allume dans notre cœur, arrêtons, arrêtons vite ce commencement d'incendie, sans quoi nous ne pourrions bientôt plus nous en rendre maîtres.
On peut chasser les mauvaises pensées en les méprisant, à l'exemple de saint Antoine qui, voyant un jour les démons attroupés autour de lui, sous diverses formes menaçantes, comme pour le dévorer, ne fit que se moquer d'eux et rire de leur faiblesse. ïl en est quelquefois des tentations contre la pureté comme des petits chiens, qui n'aboient que davantage, si on les poursuit ; et qui se retirent bientôt, si on passe son chemin, sans faire attention à leurs cris.
On peut aussi accabler le tentateur de dédains et de reproches, en lui disant : ■ Retire-toi de moi, esprit immonde ; loin de moi, Satan ; tu m'es un sujet de scandale (1). » Dites-lui encore : a N'as-tu pas honte de me suggérer de telles idées ? Il faut que tu sois bien saie, puisque tu me présentes de si hideuses imaginations. » Le démon, qui est un esprit d'orgueil, se voyant ainsi rebuté, s'éloignera tout confus.
Mais, si la tentation persiste ou devient plus violente, prenez le bouclier de la foi, les armes de la prière, et résistez vaillamment (2). Désavouez énergiquement ces pensées ténébreuses, ces images obscènes, en élevant votre âme à Dieu, en prononçant les noms si doux et si puissants de Jésus et de Marie, en formant sur vous le signe de la croix, en jetant amoureusement vos yeux sur votre crucifix, en adressant à Dieu ou à la sainte Vierge quelque
(1) Exi, spiritus immunde; vade post me, Satana, scandalum es mïhi. Marc, v, 8. — Math., xvi, 23,
(2) Appréhende arma et scutum. Psal. xxxiv, 2. — Resislite fortes in fide. I. Pet., v, 9.
fervente invocation, par exemple une de celles-ci : ci O Dieu,, hâtez-vous de venir à mon secours ; Seigneur, ne me laissez pas succomber à la tentation ; sans votre assistance, je vais périr (1). » Dites à la divine Marie : « Vierge sainte, mère de pureté, obtenez-moi de votre cher Fils, l'époux des vierges, la grâce de combattre avantageusement ce vice, que vous avez tant en horreur, et de mener constamment une vie pure (2).
Enfin, il faut remplacer l'idée mauvaise par quelque pieuse considération. Pensez à la mort, qui réduira ce corps de péché en pourriture; au jugement, où seront dévoilées toutes les abominations de la terre ; à l'enfer, la patrie des impudiques. Représentez-vous Jésus-Christ attaché à un infâme poteau, et flagellé pour expier les péchés de la chair. Écoutez ce divin Sauveur qui vous dit : « M'aimez-vous plus que toutes les folles joies de la terre, plus que toutes les vaines satisfactions des sens (3) ? » Et répon* dez-lui avec une modeste assurance : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime (4). » — « Eh bien ! ajoute ce Dieu de toute bonté, je serai moi-même votre récompense (5). » Pour la mériter, combattez donc comme un vaillant soldat de Jésus-Christ (6) ; et ne vous laissez jamais abattre dans ce combat de tous les jours, que vous avez à soutenir contre les convoitises de la chair. Plus nos ennemis spirituels nous attaquent, plus il faut nous défendre ; plus ils redoublent leurs efforts, plus nous devons redou-
(1) Deus, in adjutorium meum intende. Psal. lxix, 2. — Et na nos inducas in tentationem. Math., vi, 13. — Domine, salva nos, perimus. Math., vin, 25.
(2) Virgo singularis , vitam praesta puram... nos culpis soluto* mites fac et castos. Hymn.
(3) Diligis me plus his? Joan., xxi, 15.
(4) Etiam, Domine, tu sois quia amo te. Joan., xxi, 16.
(5) Ego ero merces tua. Gen., xv, 1.
(6) Labora sicut bonus miles Christi. II. Tim., h, 3.
bler les nôtres. La victoire est assurée à qui ne se décourage pas 2 (1).
D. Les personnes qui font, qui lisent, qui prêtent, qui vendent, qui gardent de mauvais livres, de mauvais tableaux, les filles et les femmes qui sont vêtues immodestement, se rendent-elles coupables de ce péché?
R. Oui, parce que toutes ces personnes donnent occasion a un grand nombre de dérèglements.
Nous avons fait sentir, dans l'instruction précédente, combien sont coupables ceux qui font ou qui lisent de mauvais livres. Disons maintenant un mot de ceux qui en prêtent, qui en vendent, ou qui en gardent.
Les mauvais livres étant un des plus puissants moyens inventés par l'enfer, pour exciter dans le cœur des hommes le feu des voluptés profanes et de l'amour impur, on ne peut, sans entasser sur soi une foule innombrable de péchés, ni les prêter, ni les vendre, ni les garder.
Les prêter, c'est aider le démon dans la ruine des âmes. Quoi ! vous dites que vous aimez cette personne, que vous voulez lui procurer un instant de plaisir, et, pour amusement, vous lui offrez du poison, vous flétrissez son innocence ! Ah ! malheureux, si absolument vous voulez vous perdre, n'entraînez pas avec vous une imprudente victime, qui un jour vous reprochera avec justice votre perfidie et votre cruauté. Ceux qui prêtent de mauvais livres, se rendent coupables de ces milliers de mauvaises pensées et de mauvais désirs, qui souillent et enflamment l'imagination de ceux qui les lisent, et de toutes les mauvaises actions qui en sont la suite.
Les vendre, quel infâme commerce ! Quoi ! on n'a pas honte de spéculer sur l'immoralité et la corruption ! Quelle
(1) Rebellant rebella; pugnant pugna ; expugnant expngna. Hoc ioluœ vide ne te Yincant. D. Aug., serm. 154, de Verbis Apost. Rom., vu, 8.
effrayante responsabilité assument sur eux les imprimeurs et les libraires qui, pour un misérable gain, sèment la débauche dans toutes les classes de la société ! Qui pourrait compter les crimes auxquels ils donnent naissance, et dont, par conséquent, ils seront obligés de répondre, au grand jour du jugement ?
Les garder, quelle imprudence ! Un mauvais livre, c'est un serpent que vous mettez dans votre sein, et qui vous fera une blessure mortelle, au moment où vous y penserez le moins. Quelque résolution que vous ayez prise de ne pas le lire, la curiosité vous tentera quelquefois si fortement que vous y succomberez. Et, si vous êtes père ou mère de famille, à quel danger n'exposez-vous pas vos enfants ! Vous vous croiriez coupable, si vous laissiez à leur disposition quelque liqueur empoisonnée, qui pût leur donner la mort ; et vous leur laissez sous la main le venin impur des mauvais livres, des chansons obscènes, des journaux impies et immoraux, qui corrompent l'esprit, qui gâtent le cœur, qui tuent l'âme. Oh ! que de maux causés par des volumes dangereux, que certains parents, par une funeste négligence, laissent exposés aux regards imprudents et curieux de leurs enfants, et dont quelquefois même, par une lâche complaisance, ils leur permettent de s'amuser ! Parents aveugles, on peut vous regarder en toute vérité comme les meurtriers de l'âme de vos enfants. Que faut-il donc faire des mauvais livres? 11 faut les brûler ; ces productions de l'enfer ne sont bonnes que pour le feu. Aussi les Apôtres firent-ils brûler sans aucun ménagement tous les livres, dont on faisait de leur temps un mauvais trafic 8 (1).
Quant aux mauvais tableaux, ils sont une leçon permanente du vice, d'autant plus dangereuse qu'elle est constamment exposée aux yeux. N'est-ce pas une chose déplorable que, dans des maisons qui tiennent encore à la
\i) Act., xix, 10.
religion, on voie des images déshonnêtes, des peintures qui représentent des nudités scandaleuses ou les actions impures des Dieux de la Fable, c'est-à-dire la volupté et la licence personnifiées, et pas une image de piété, pas un sujet religieux? Si vous êtes bon chrétien,, et même seulement si vous êtes bon père de famille, si vous voulez mettre vos enfants à l'abri des impressions du vice, que ces âmes tendres et inexpérimentées reçoivent si facilement, jetez de côté, jetez au feu toutes ces peintures lascives; et, à leur place, mettez l'image du Dieu crucifié pour njtre salut, l'image de la Reine des vierges, l'image de vos saints patrons. Voilà la plus belle décoration que vous puissiez donner aux murs de vos appartements.
Les filles et les femmes vêtues immodestement sont aussi une des plus puissantes amorces de l'impureté. La véritable parure des personnes du sexe, c'est la modestie. Mais, si on les voit uniquement occupées de leur toilette, ne songeant qu'a rehausser leur prétendue beauté par de vains ajustements, ne cherchant qu'à voir et à être vues, montrant dans toutes leurs manières l'arfectation et le dessein de plaire, hélas ! on n'a que trop liau de croire que, dans de telles âmes, la chasteté est sur le point d'expirer, si elle n'y est déjà morte. Mais que dire de celles qui oseraient paraître en public avec des habits indécents, laissant voir des nudités, ou ne les couvrant que d'un voile artificieux, plus scandaleux que la nudité même ? Filles et femmes légères, enjouées, étourdies, qui ne semblez vivre que pour le plaisir, vous allez en riant, comme des insensées, vous précipiter dans l'abîme avec les malheureuses victimes que vous entraînez à votre suite. Un jour viendra, et c'est un prophète qui vous en avertit, un jour viendra où le Seigneur brisera tous ces ornements de la vanité, où le parfum des filles de Sion sera changé en une puanteur insupportable, leur ceinture d'or en une dure corde, et leurs cheveux frisés feront place à un crâne nu et lu-
deux (1). Mais, dit-on pour s'autoriser dans ces parures indécentes, c'est la mode, c'est le bon ton. — Est-ce )a mode ou l'Évangile,qui doit faire la règle des chrétiens? Ces modes, c'est le démon qui les a inventées ; ces modes, ce sont les livrées de Satan ; et, en les portant, on montre qu'on n'a pas l'esprit de Jésus-Christ 4.
Les hommes ne sont pas moins obligés à la modestie que les femmes, car c'est à tous les chrétiens que s'adressent ces paroles de l'Apôtre : a Que votre modestie paraisse aux yeux de tout le monde (2). » Oui, nous devons être modestes en tout temps et en tout lieu, dans l'intérieur de nos maisons comme en public, à notre lever et à notre coucher, que nous soyons seuls ou en compagnie ; nous devons respecter toujours la présence de Dieu et de ses saints anges. Nous ne saurions ici trop déplorer les désordres auxquels donnent occasion ces pères et mères de famille, qui ne gardent aucune retenue en présence de leurs enfants, ces nourrices sans pudeur qui ne prennent aucune précaution, ces gens de la campagne qui, pour se mettre à l'aise pendant les chaleurs de l'été, spécialement à l'époque de la moisson, paraissent presque à moitié découverts, ces jeunes gens qui vont se baigner ou nager en plein jour, sans se mettre le moins du monde en peine de la modestie. —Nous n'y entendons pas malice, disent-ils; tant pis pour ceux qui pensent à mal. —Mais aussi tant pis pour ceux qui enfreignent les règles de la décence, et qui sont un sujet de scandale pour leurs frères. Le Seigneur les attend à son tribunal, et alors ils reconnaîtront, mais trop tard, l'énormité de leurs fautes.
La volupté paraît douce et attrayante, dit saint Jérôme; mais son fruit est plus amer que le fiel, et perce plus cruellement que l'épée (3). Quelle criante iniquité, ajoute
(1) Ducalvabit Domwius verticem filiarum Sion, et Dommus crinem earum nudabit. /*., m, 16.
(2) Modestia vestra nota sit omnibus hominibus. Philip jv, 6.
(3) 0 quàrn acerbus est fructus luxuriœ ! Amarior felle. crudeliof |!adio. D. Kwron., de Monog., c. v.
saint Augustin, quelle affreuse perversité, qu'un voluptueux, pour un plaisir d'un moment, vende au démon son âme, que le Fils de Dieu a rachetée de son propre sang (i).
TRAITS HISTORIQUES
f. Les yeux sont comme les portes du cœur, et par eux, comme par des conduits secrets, toutes les passions se font une entrée dans l'âme.
Saint Grégoire de Nazianzc dit « que le sens de la vue va plus loin que celui du toucher, et que son organe est le plus expéditif et le plus insatiable de tous. * Selon saint Grégoire le Grand, les yeux sont des séducteurs toujours prêts à nous entraîner dans le crime (2). Ailleurs, il les compare à des voleurs qui ont la force de dépouiller l'âme, et il leur applique ces paroles du prophète Jérémie : t Mon œil m'a ruiné mon âme (3). Il dit qu'il faut s'empêcher de regarder ce que Dieu défend de désirer (4); qu'Eve n'aurait point touché au fruit défendu, si elle ne l'eût regardé auparavant avec un mauvais désir; et qu'ainsi, pour conserver notre cœur dans la pore.té, il est besoin de veiller beaucoup sur la porte de nos sens.
La pudeur est la gardienne de la chasteté, et nous en trouvons on exemple admirable dans la personne de Sem et de Japhet. Noé, leur père, qui avait planté la vigne, ayant bu du vin dont il ne connaissait pas la force, tomba dans une ivresse involontaire, et s'endormit dans une posture indécente. Cham, qui l'aperçut, se permit de faire des railleries sur l'état où il le voyait; mais Sem et Japhet furent plus respectueux; ils le couvrirent d'un manteau, en marchant à reculons avec la plus grande retenue, de peur de salir leurs yeux et leur imagination par la vue de ce que l'honnêteté défend de regarder. Leur conduite si sage leur mérita les bénédictions du Ciel, tandis que la postérité de Cham fut maudite.
Saint Bernard avait reçu le plus grand amour pour l'angélique vertu. Mais l'esprit impur ne manqua pas de l'attaquer en plusieurs manières. La grâce le rendit toujours victorieux, si ce n'est dans une rencontre, où l'ennemi du salut parut avoir remporté quelque avan-
(1) Quanta iniquitas et quàm lugenda perversitas! D. Aug., *erm. 250, de Temp.
(2) D. Greg., in Job, 1. XXI, n. 4.
(3) Oculus meus deprœdatus est animam meam. Thren., m, 51.
(4) Intueri non decet quod non licet concupisci. D- Greg., Mor., 1. XXI. en.
KîE L'IMPURETÉ. S8&
tage sur lui. Ses yeux s'étaient arrêtés sur une personne du sexe , et, quoiqu'il ne semblât pas que son cœur y prît part, il la regarda avec trop de curiosité. Il n'eut pas plutôt fait réflexion sur sa faute, qu'il la voulut réparer par une satisfaction très-rigoureuse. S'étant donc animé d'une sainte colère contre lui-même, il alla se jeter jusqu'au cou dans un étang glacé; et il y demeura si longtemps, que le froid avait presque éteint toute la chaleur naturelle de son corpa. Dès ce moment, la grâce de Dieu refroidit en lui toute l'ardeur de la concupiscence.
Saint François de Sales avait été en conversation avec une dame fort belle. On lui demanda ce qu'il pensait de sa beauté : Je l'ai vue, dit-il, mais je ne l'ai point regardée.
2. Malheur à ceux qui aiment à se repaître l'esprit d'images impures i Le père Ségneri cite le trait d'un de ces pécheurs qui, pendant sa vie, s'était souvent laissé aller aux mauvaises pensées : sur le point de mourir, il se confessa avec un grand repentir, et on le croyait sauvé. Après sa mort, il parut et annonça qu'il était damné, qu'il avait fait une bonne confession, que Dieu lui avait remis ses péchés; mais qu'avant de mourir, le démon lui avait suggéré que, s'il guérissait, ce serait une cruelle ingratitude de sa part d'abandonner la personne dont il était passionnément aimé. Il repoussa cette première tentation et même une seconde, quoiqu'il s'y f«;t un peu arrêté ; enfin il y consentit la troisième fois, mourut ainsi dans le péché, et fut damné. Saint Liguori.
Saint Benoît, patriarche des moines d'Occident, renonça au monde dès l'âge de seize ans. S'étant enfermé dans une grotte, pour se donner tout entier à la prière et se conserver pur de la corruption du monde, il ne put cependant éviter la tentation. Le souvenir d'une femme qu'il avait vue autrefois à Rome, lui frappa l'imagination si fortement que, pour s'en délivrer, il alla se rouler dans des orties et des épines, jusqu'à ce que la douleur étouffât en lui tous les sentiments de plaisir, par lesquels l'esprit tentateur avait voulu le vaincre et le corrompre. Étant sorti victorieux d'un combat si rude, il reçut de Dieu, en récompense de sa fidélité, la grâce d'être exempt à l'avenir de ces sortes de tentations; et il avoua depuis à ses disciples que le démon ne s'était plus servi de ces moyens honteux pour l'auaquer.
D. Greq., Dial., 1. II.
Parmi les jeunes nligieux qui se formaient à la piété sous la discipline de l'abbé Eugène, il y en avait un, nommé Félix, qui avait l'esprit fort cultivé, et qui, dans le monde, s'était fort plu à la lecture des poêles profanes. Le souvenir de ce qu'il avait tu, venait quelquefois le troubler dans sa solitude. Le père Pantime, son pèremaître, ne pouvant venir à bout d'ôter de l'esprit de 3on disciple ces IV. 17
restes d'une éducation profane, le renvoya par-devant l'abbé, pour qu'il le chassât du monastère comme incorrigible. L'abbé, homme prudent, voyant Félix tout en pleurs, en eut compassion. Il le consola, l'encouragea et lui dit que, quand il ne pourrait pas chasser de sa mémoire ces sortes de vers, il tâchât au moins de les appliquer à quelque sujet de piété et de dévotion, et qu'alors la distraction se changerait en bonne pensée et lui serait utile. Félix suivit ce conseil et s'en trouva bien, pendant quelque temps. Mais un jour, ne pouvant spiritualiser les vers qui lui venaient à l'esprit, il alla trouver l'abbé, et lui dit: « Mon père, je suis désolé; depuis deux jours j'ai c l'esprit tout rempli d'une pièce d'Anacréon, que je ne puis ni chasser c de ma mémoire, ni appliquer à rien de bon. » — c Que dit cette pièce? » reprit l'abbé. — « Le poëte, répliqua Félix, dit que le Dieu d'amour lui a lancé plusieurs flèches enflammées, et qu'il a su les parer toutes, sans en ressentir d'atteintes ; mais que ce petit dieu malin s'est lui-même changé en flèche et s'est emparé de son cœur. Puis il ajoute : Quel moyen de se défendre d'un dieu si terrible? »
— « Félix, reprit l'abbé, écoutez-moi. Ce qui rappelle à votre esprit le souvenir importun de ces traits profanes, c'est l'estime quo vous en faites. Ne voyez-vous pas, mon enfant, que toutes ces idées poétiques et païennes ne sont qu'erreur et mensonge; que ce Dieu de l'amour n'est qu'une chimère, qu'un mot vide de sens, inventé par des poètes libertins, pour excuser, pour cacher, pour embellir même, s'ils le pouvaient, celle de toutes les passions qui est la plus honteuse?
« Le vrai Dieu de l'amour, c'est le créateur du ciel et de la terre , celui qui, dans son amour, vous a créé vous-même etvous conserve, qui s'est fait homme pour vous, qui vous a racheté au prix de son sang, qui s'est livré pour vous, qui est mort pour vous. Tous ces bienfaits sont autant de traits enflammés dont, pendant longtemps, vous n'avez que trop su vous défendre. Mais vojez les admirables inventions de son amour : vous savez en quoi s'est véritablement changé ce Dieu d'amour, pour pénétrer dans votre cœur, pour s'incorporer en vous et ne faire qu'un avec vous. Il ne s'est pas changé en flèche, comme l'amour nrofane, pour blesser votre cœur d'une plaie cruelle et déshonorante, pour le percer de mille soins cuisants, pour le déchirer par mille affections contraires, basses, honteuses, désespérantes; il s'est mis sous de plus tendres symboles, sous la forme du pain et du vin, pour être votre nourriture, votre force, votre consolation, posr vous élever jusqu'à lui et vous rendre participant de sa nature divine, de son bonheur et de sa gloire : voilà, Félix, le vrai Dieu de l'amour. Écriez-vous donc maintenant: Quel moyen de se défendre d'un Dieu si puissant et si aimable ? »
A ces mots, le jeune homme se jeta aux pieds de l'abbé, et, !*•
arrosant de ses larmes, il s'écria : « Je reconnais, ô grand Dieu ! mes trop longues résistances ; mais enfin je cède à ce dernier trait de votre amour. » Depuis ce temps-là, il ne pensa plus aux poètes profanes, qui ne chantent que des dieux chimériques, des démons méprisables ou des passions honteuses. Les plus beaux traits; de ses chants libertins, qu'il avait admirés et appelés divins, lui devinrent odieux. Il ne se plut désormais qu'aux psaumes, aux hymnes sacrées de l'Église et aux cantiques spirituels, qui louent le vrai Dieu et n'inspirent que les sentiments de cet amour pur, tranquille, délicieux, qui fait, dès à présent, et qui fera à jamais notre bonheur et notre gloire. Les bienfaits de Dieu l'occupèrent tout entier, et surtout celui de la très- sainte Eucharistie. Lorsqu'il était devant le saint Sacrement, ou même ailleurs, on l'entendait souvent s'écrier : « Quel moyen de se défendre d'un Dieu si grand et si bon, qui descend jusqu'à nous, qui entre et demeure en nous? »
Les mauvais livres sont à la fois la peste de l'esprit et du cœur.
8. Une mère vertueuse avait élevé son fils dans les sentiments dont elle était elle-même pénétrée, et lui avait inspiré l'amour de la vertu et l'horreur du vice. Dieu ayant béni cette éducation éminemment * chrétienne, le jeune homme avait profité des leçons qu'il avait reçues, et suivi les exemples domestiques qu'il avait eu le bonheur de trouver dans sa famille. Dans les derniers moments de sa vie, cette mère tendre le fit appeler; et, après lui avoir donné d'utiles leçons, elle le pria de n'éloigner jamais de lui un vieux domestique, qui avait consumé sa jeunesse au service de sa famille, et aussi Médor, «on chien favori, ce qu'il n'est pas inutile de remarquer. Elle emporta au tombeau la consolation de laisser après elle un fils, héritier de ses vertus ; mais ses espérances étaient vaines. Ce jeune homme fut bientôt exposé à des dangers, qu'il était trop jeune pour prévoir. Il eut le malheur d'être introduit dans une société d'incrédules, qui, pour lui former l'esprit, disaient-ils, lui firent perdre tes mœurs avec sa foi. Séduit par les dehors d'un langage imposant, par une apparence d'humanité et de sensibilité, le jeune provincial se livra sans réserve à ses nouveaux amis. Ceux-ci travaillèrent avec lèle à le défaire des ridicules et des préjugés, selon eux, qu'il avait adoptés dans son enfance. Sa mère vertueuse, ils l'avouaient, icais crédule et esprit faible, les lui avait inspirés. L'un d'entre eus se fit son ami particulier, se chargeant d'en faire un élève de la raison et delà nature. Bientôt le disciple égala son maître; il eut honte de penser comme le peuple. On lui forma une bibliothèque; ses yeux s'ouvrirent à ce qu'on appelait la vérité, et son cœur à toutes les passions. Il aurait eu quelque répugnance, dans le commencement, à abandonner les vertus, dont il avait reçu de si touchants exemples;
on ne l'en pressa pas, on s'y prit plus adroitement. On obtint plus facilement qu'il quittât peu à peu ses pieuses pratiques, bien assuré que la piété, n'étant plus soutenue par elles, tomberait infailliolement comme un feu qui s'éteint faute d'aliments.
En effet, le jeune prosélyte fut bientôt méconnaissable, plein de iui-même en soutenant le système de l'égalité, devenu difficile à vivre et sans entrailles, quoiqu'il eût sans cesse à la bouche les mou d'humanité et de bienfaisance : l'impiété triomphait. Cependant, personne n'osait avertir le nouvel enfant prodigue; son mentor d'un nouveau goût, avait eu soin d'écarter ses anciens amis. Entre ceux qui l'approchaient, les uns étaient intéressés au genre de vie qu'il menait; les autres ne l'aimaient pas assez, ou étaient trop aveuglés eux-mêmes pour vouloir l'éclairer. Son vieux domestique fut le seul qui osa le rappeler à la venu. Son jeune maître l'avait toujours gardé, par respect pour les dernières volontés de sa mère. Cet homme simple, plus digne du nom d'ami que de celui de serviteur, ne pouvait voir, sans une douleur amère, les bonnes qualités de son maître se perdre sans ressource ; il épiait le moment de le faire rentrer en lui-même, prêt à saisir celui qu'il jugerait favorable; il crut l'avoir trouvé. Un jour que l'incrédule paraissait soucieux, il lui dit sans détour et avec cette simplicité et cette noble hardiesse que donne une vive conviction : « En vérité, mon maître, je trouve que vous avez bien tort de tant lire; car depuis que vous lisez tant, vous ne vivez pas mieux que Médor, qui n'a jamais rien lu. >
Quel est l'empire de la vérité sur un cœur accoutumé dès l'enfance â ses douces impressions ! Ces paroles furent pour le jeune homme un trait de lumière. Il se rappelle en ce moment ce qu'il avait été, ce qu'il était devenu, la vie heureuse de son enfance, les troubles et les remords, fruits de ses coupables lectures; il ne délibère pas; il embrasse ce serviteur, en qui il avait trouvé un si bon maître; il vole à l'instant chez son instituteur philosophe, et lui remet ses livres, cause de son malheur, et une lettre : elle ne renfermait que ce peu de mots : c Voila vos livres, reprenei-les, el rendez-moi le bonheur de mes premières années. »
Quelques années avant la révolution, une marchande de livres de Paris, attirée par la réputation du père Beaurepard, ancien jésuite, dont l'éloquence simple et sublime excitait l'admiration de la capitale, se rendit à l'église de Notre-Dame, pour entendre ur de ses sermons. 11 semble que la Providence l'y avait conduite pour ménager sa conversion. Le prédicateur devait, ce jour-là, prononcer un discours contre les mauvais livres ; et la dame avait bien des reproches à se faire sur cet article. Quoiqu'elle eût l'âme religieuse et honnête, elle n'avait pas laissé de vendre beaucoup d'ouvrages contraires aui
mœurs et & la religion. L'intérêt l'avait aveuglée, comme il aveugle presque tous ceux qui exercent la même profession ; et, se déguisant à elle-même le crime qu'elle commettait, elle ne songeait qu'au gain qu'elle pouvait fairet Mais quand, éclairée par les lumières divine* que le prédicateur fit briller à ses yeux, elle ne put plus se dissimuler que les livres impies et licencieux sont la source funeste d'où découle le poison qui corrompt les esprits et les cœurs ; quand elle fut forcée de reconnaître que ceux qui les impriment, les vendent ou contribuent à les répandre de quelque manière que ce' puisse être, sont comme autant d'empoisonneurs publics, que Dieu rendra responsables un jour de tous les désordres, de toutes les impiétés, de tous les crimes qu'ils occasionnent; quand enfin, réfléchissant sur ces vérités alarmantes, elle comprit tout le mal qu'elle avait déjà fait, et tout celui qu'elle ferait encore, si elle continuait le même commerce ; pleine d'indignation contre elle-même, et ne regardant plus ce commerce que comme un trafic indigne de toute âme qui a encore quelque principe de pudeur et de religion, elle résolut d'y renoncer pour toujours, et, afin d'exécuter sur-le-champ une si louable résolution, en sortant du sermon, elle se rendit chez le prédicateur.
« Vous venez, mon père, lui dit-elle en l'abordant les larmes aux « yeux, vous venez de me rendre un grand service, en me faisant * t sentir combien je me suis rendue coupable par la vente que j'ai t faite de plusieurs mauvais livres ; mais je viens vous prier de vou- « loir bien continuer la bonne œuvre que vous avez commencée, en c prenant la peine de venir dans mon magasin, pour examiner tous c les ouvrages qui y sont, et pour mettre à part tous ceux qui pour- « raient blesser les bonnes mœurs ou la religion. Quoi qu'il m'en « coûte, je suis déterminée à en faire le sacrifice. J'aime mieux me « priver d'une partie de ma marchandise, que de consentira perdre c mon âme. »
Le père Beauregard, qui n'avait pas moins de zèle que de talent, loua ses sentiments, applaudit à son projet, lui promit de l'aidera l'exécution, et dès le lendemain il alla chez elle, pour faire le triage de tous ses livres. Quand il eut séparé les bons des mauvais, la marchande prit ces derniers, et, en présence du père, elle les jeta, les uns après les autres, dans un grand feu qu'elle avait eu soin de préparer. Le prix des ouvrages qui furent consumés par les flammes, s'élevait, dit-on, à environ six mille livres; mais, en les sacrifiant, elle dit qu'elle ne les regrettait pas, parce que son âme, qu'elle ne pouvait sauver sans ce sacrifice, était infiniment plus précieuse. Depuis ce moment, elle se fit un devoir de ne plus vendre d'autres livresque ceux qui, en épurant les mœurs et en inspirant l'amour d« la vertu, pourraient servir à réparer le mal qu'elle avait causé. Il n'y aura sans doute personne qui n'admire un si bel exemple; mais sera-t-il imité
par ceux à qui il devrait servir de modèle? Noos !e souhaituns pour leur salut, autant que pour l'intérêt des bonnes mœurs et pour le bien de la religion. Reyre, Anecdotes.
Voici un aveu bien significatif, sorti de la bouche d'un malheureux, nommé Gervais Baudin, que la justice humaine a frappé, le 23 août 1S53, à Moutier, en Savoie.
« Je n'ai aucun droit, écrivait-il, la veille de sa mort, de rappeler à « qui que ce soit ses devoirs; mais du moins j'ai celui de dire que, « sans les mauvaises compagnies et les mauvais livres, je ne me se- « rais jamais rendu aussi coupable ni aussi criminel. Je ne le dis « pas pour atténuer ma faute, mais pour la détester plus encore, « en en délestant la cause. Par les mauvaises compagnies, j'entends « surtou. celles des cercles ou clubs perfides, dans lesquels j'ai « été entraîné avec tant d'autres. Heureux ceux qui, plus sages que « moi, ont su s'en tenir éloignés, et qui ont méprisé les mauvais « Lvres, surtout les mauvais journaux! »
Arrivé au bas de l'échafaud, il a prononcé les paroles suivantes :
« Je vais paraître devant Dieu ; jeunes gens, vous tous mes amis, « prenez exemple à moi, retirez-vous à temps des mauvaises com- « pagnies, ne vous laissez pas égarer par les lectures dangereuses ; < mais écoutez les enseignements de la religion catholique. Seule « elle peut diriger l'homme et lui procurer le bonheur, môme dés « ce monde. »
Il n'est pas besoin de rien ajouter à un pareil témoignage; il donne assez à penser. Journal des bons exemples.
4. La pompe des habits et tout ce qui sert à relever la beauté, dit saint Cyprien, n'est bon que pour les personnes débauchées. Il n'y en a point qui aient plus de soin de se parer que celles qui en ont moins de conserver leur honneur. — Celles qui s'ajustent si bien, continue ce même Père, et qui prétendent ainsi s'élever, méritent de tomber dans la poussière et l'ordure. En se revêtant de pourpre et de soie, elles ne peuvent être revêtues de Jésus-Christ; en se couvrant d'or, de perles et de diamants, elles perdent les ornements de l'âme et du cœur. Cypr., Tract.
Le prophète Isaïe s'élève avec force conire Tes filles de Sion, qui s'habillaient trop richement et s'éloignaient de Dieu, en s'abandonnant aux délices du siècle, c Parce que, dit ce prophète, les filles de Sion se sont enoigueillies, qu'elles ont marché fièrement, la tête haute, avec des robes traînantes ; parce qu'elles ont mesuré tous leurs pas et étudié toutes leurs démarches, le Seigneur, un jour, les humiliera; il leur ôtera leurs ornements superbes, leurs parures, leurs tours de cheveux, leurs boucles, leurs coiffures, leurs aiguilles d'or, leurs bracelets, leurs roses de diamants, leurs bagues, leurs an-
DE L'IMPURETÉ. 39 t
neaui, leurs pendants d'oreilles, leurs habits de soie, tissus d'or et d'hyacinthe ; au lieu de ceintures d'or, elles auront des ceintures de cordes; au lieu de leurs poudres de senteur, elles seront couchées dans la poussière. » '. Is., m.
Saint Clément d'Alexandrie regarde le luxe des habillements, le fard, les frisures et l'immodestie, comme des marques infaillibles de la maladie de l'âme, de même que les emplâtres le sont de la maladie du corps.
Théodoret, évêque de Cyr, raconte que sa mère, ayant mal à an œil, alla voir un saint anachorète, qui demeurait près d'Antioche, pour le prier de la guérir. C'était une jeune femme éprise d'amour pour le monde. Elle était superbement vêtue, et environnée de tout le somptueux appareil de vanité, dont brillent les femmes mondaines. Le saint, avant de guérir son corps, entreprit la guérison de son âme. « Que pensez-vous de ceci? lui dit-il : Un habile peintre a fait « un portrait; survient un apprenti, qui entreprend de réformer « l'ouvrage de son maître; il allonge les sourcils, change la couleur « de la peau, barbouille le visage de rouge et de blanc. Encore une « fois, qu'en pensez-vous? L'ouvrier n'aura-t-il pas raison de se « mettre en colère contre cet ignorant?» Ma mère, dit Théodoret, sentit ce que signifiait cette parabole. Elle s'en fit l'application ; elle reconnut que c'était elle qui était désignée sous le nom de l'apprenti,* puisqu'elle avait eu la témérité de vouloir corriger en elle l'ouvrage du Créateur, en relevant, par des ornements empruntés, les traits qu'il avait lui-même formés. Elle sentit que sa vanité ne pouvait qu'offenser Dieu; et, faisant humblement l'aveu de sa faute, elle se jeta aux pieds du saint, qui la guérit. Depuis ce temps, elle renonça absolument à toute espèce de fard et de parures mondaines, se mettant toujours suivant sa condition, mais avec la modeste simplicité que prescrit la religion, et dont les personnes du sexe ne devraient jamais s'écarter.
Deux fois par semaine, saint Louis, roi de France, donnait audience dans sa chambre, et, peu content d'expédier les parties, il les renvoyait souvent avec des instructions importantes. Une femme de ; qualité, vieille et fort parée, lui demanda un entrelien secret; il la fit entrer dans son cabinet où il n'y avait que son confesseur, et l'écouta aussi longtemps qu'elle voulut. « Madame, lui dit-il, j'aurai « soin de votre affaire, si, de votre côté, vous voulez avoir soin de « votre salut. On dit que vous avez été belle : ce temps n'est plus; « vous le savez, la beauté du corps passe comme la fleur des champs , « on a beau faire, on ne la rappelle jamais ; il faut songer à la beauté « de l'âme, qui ne finira point. » Ce discours fit impression.' La dame s'habilla plus modestement dans la suite, et fil pénitence du temps qu'elle avait perdu en vains ajustements. Il y a bit» des
3 92 HUITIÈME IEÇOK.
femmes, à qui l'on pourrait faire la même leçon que saint Louis fit à celle-ci ; mais en est-il beaucoup, qui fussent assez sages et assez chrétiennes pour en profiter comme elle? Vie du Saint.
Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, fut condamnée à mort le 10 mai 1T93, avec vingt-quatre autres victimes, prises comme au hasard dans la fouk des détenus. La lecture de son arrêt ne troubla pas un instant cette parfaite tranquillité d'âme, qu'elle devait à une éminente piété. Il ne restait plus, à cette époque, à Paris, aucun vestige de culte; les malheureux, qui marchaient au supplice, étaient totalement privés des secours de la religion. Madame Elisabeth, nonseulement les trouva en elle-même, mais les procura à ceux qui l'accompagnaient à la mort, en ne cessant de les exhorter à la résignation, pendant le trajet de la prison à l'échafaud. Là, par un nouveau raffinement de cruauté, on la força d'être témoin du supplice de ses infortunés compagnons. Il se trouvait parmi eux des femmes, qui toutes saluèrent respectueusement la princesse, en passant devant elle. Elle les embrassa avec affection, et pria pour elles, jusqu'au moment où on la fit monter à son tour sur le théâtre du martyre. En cet instant, son fichu se dérange et tombe aux pieds du bourreau. Ses mains, retenues par d'infâmes liens, ne pouvaient réparer ce désordre ; c'est à l'homme, dont le bras est levé pour lui donner la mort, qu'elle s'adresse d'une voix suppliante : Au nom de la pudeur, lui dit-elle, couvrez-moi le sein. Telles furent ses dernières paroles; et son âme, trésor d'innocence et de pureté, alla rejoindre celle de son frère. Vie de Madame Elisabeth.
Si votre condition demande quelque chose de singulier dans vos ajustements, imitez la reine Esther qui, au sein des grandeurs, en avait le cœur si détaché, qu'elle n'aspirait qu'à s'en défaire : « Vous « savez, Seigneur, disait-elle alors, la nécessité où je me trouve, et « qu'aux jours où je parais dans l'éclat et la magnificence, je ne fais « aucun cas de la marque superbe de ma gloire, que je porte sur ma « tête ; je la méprise comme un linge souillé, et je ne la porte point « dans les jours de mon silence. > Si une juive a eu des sentiments si purs, des chrétiennes trouveront-elles impossible d'entrer dans de semblables dispositions? D. Aog., inps. 53.
TROISIÈME INSTRUCTION
Causes les plus ordinaires de l'impureté. — Remèdes à ce vice.
D. Quelles sont les causes les plus ordinaires de l'impureté. R. Ce sont principalement l'oisiveté, les lectures dange-
reuses, les excès dans le boire ou dans le manger, les danses, et la trop grande familiarité avec les personnes de différent sexe.
i° L'oisiveté. Elle estlamère féconde de tous les vices (1); mais elle est surtout la mère de l'impureté. Autrefois elle a été une des principales causes des horribles débordements de Sodome (2) ; et tous les jours que de gens se perdent, parce qu'ils restent oisifs! Tant qu'on est occupé, on ne songe qu'à son travail; mais si l'on reste sans rien faire, l'esprit se remplit aussitôt de mauvaises pensées, de représentations impures et indécentes. Aussi saint Bonaventure nous assure que, pour un démon qui tente un homme qui travaille, il y en a mille qui tentent celui qui est oisif (3). Consultez votre propre expérience : quand est-ce que vous vous êtes livré au désordre ? N'est-ce pas dans vos moments de loisir? Voulez- vous donc être à l'abri des tentations impures, travaillez; que le démon, dit saint Jérôme, vous trouve toujours occupé (4). Les eaux stagnantes se corrompent ; une terre qui repose, se hérisse d'épines; ainsi, un esprit lâche, un corps énervé par la paresse, se plonge dans la fange impure du vice *.
2° Les lectures dangereuses. Nous en avons déjà parlé dans une autre instruction ; contentons-nous donc de rappeler ici qu'une des causes les plus actives de dépravation, c'est la lecture de ces mauvais livres, dans lesquels des auteurs abjects s'efforcent de retracer, avec les couleurs les plus vives, les déplorables égarements des sens. Le monde est plein de ces mauvais livres ; une propagande impie, immorale, les vomit par milliers dans les villes et au sein des campagnes, sous mille formes diverses, sous mille titres
(1) Multam malitiam docuit otiositas. Ecelù, xxxm, 29. (2\ Haec fuit ioiquitas Sodomse, superbia, saturitas, et olium ipsius. Exech., xvi, 49.
(3) Operantem dœmon unus puisât, otiosum innumeri. D. ifonav* (4} Semper te diabolus inveniat occupatum.
séduisants : romans, comédies, histoires galantes, poésies licencieuses, feuilletons obscènes, abominables mystères d'iniquité, qui se produisent avec un cynisme dégoûtant. Et ces détestables productions de l'esprit de malice et de corruption, on les dévore, on les exalte jusqu'aux nues, on se les fait passer de l'un à l'autre, on se les arrache. Malheureux, qui faites votre pâture de ces pages envenimées, qui vous complaisez à promener votre imagination au milieu d'un amas de mensonges, d'intrigues coupables, d'insinuations perfides, de tableaux dangereux ! Vous y perdez votre foi, vous y perdez votre vertu. Ayez donc horreur de ces coupes empestées, d'où l'iniquité coule par torrents. Jetez, jetez loin de vous ces livres scandaleux, qui produisent une infinité de péchés, chaque fois qu'on les lit, chaque fois qu'on y pense. La lecture d'un mauvais livre suffit pour dessécher à tout jamais l'esprit de piété dans une âme, et y étouffer tous les sentiments de pudeur 2.
3° Les excès dans le boire ou dans le manger. Ce fut encore là une des causes de l'iniquité de Sodome (1). La nourriture, prise trop abondamment, augmente le feu de la concupiscence, et fait que la chair se révolte contre l'esprit. N'est-ce pas ce que vous avez peut-être malheureusement expérimenté ? N'est-ce pas à la suite d'un repas copieux, ou au sortir du cabaret, lorsque vous étiez échauffé par les vapeurs du vin et de la bonne chère, que vous vous êtes laissé aller à cette immodestie secrète, que vous avez assouvi votre passion brutale ? Saint Jérôme dit que les monts embrasés de l'Etna et du Vésuve ne brûlent pas avec plus d'ardeur qu'un sang enflammé par lef vins et les viandes ; et saint Paul ne recommande rien tant que d'éviter les excès de vin, qui sont ordinairement accompagnés de dissolutions et d'impudicités (2).
(I) Haec fuit iniquilas Sodomae, saturitas panis et abundanti». Ezech., xvi, 49.
(2; Colite inebriari vino, in quo est luxuria. Ephes., v, 18.
4* Les danses. On ne peut pas dire que la danse soit criminelle par elle-même, et certes il n'y aurait pas grand mal que des hommes dansassent ensemble en l'absence des femmes, et des femmes ensemble en l'absence des hommes. Cet exercice pourrait paraître tout au plus ridicule, et c'est du reste le jugement que porte l'Orateur romain de toutes les danses en général, quand il dit que pour danser, il faut être ivre ou avoir perdu la raison (1). Ou'y a-t-il, en effet, de plus contraire à l'état d'une per- ,«onne sensée que d'aller et venir, se courber, se recourber, sauter, gambader, se retourner de côté et d'autre, comme si l'on était agité de quelque fureur extraordinaire?
Mais si la danse n'est pas mauvaise par elle-même, elle l'est presque toujours accidentellement, soit à raison des poses et des gestes licencieux qu'on s'y permet, soit à raison des nudités et des immodesties qu'on y voit, et dei discours tendres et lascifs qu'on y tient. Supposé même que tout s'y passe honnêtement, on ne peut encore disconvenir qu'elle ne soit pleine de périls pour la chasteté, parce qu'elle favorise et excite les passions qui, à leur tour, cherchent mille prétextes pour l'autoriser et la justifier. Comment, en effet, se conserver pur et sans tache, au milieu de ces réunions où tout respire la volupté, au milieu de cet étalage des parures les plus mondaines, et de ces enchantements d'une molle et enivrante harmonie ? Là, tout vous séduit, tout vous enflamme. Là, vous voyez des femmes parées comme des déesses, qui font tout ce qu'elles peuvent pour se rendre aimables et plaire aux hommes; là, vous voyez des hommes empressés auprès des femmes, pour leur témoigner qu'elles leur plaisent et qu'ils les aiment. Et, quand on a tant de peine à contenir ses passions alors même qu'on est seul, croirait-on pouvoir se jeter au milieu des plus séduisantes tentations, sans en recevoir les atteintes ? On a beau s'étourdir sur les dan-
(1) Nsmo ferè saltat sobrius, nisi insanus. Cicer,
gers qu'on y court, le poison ne s'y insinue pas moins par tous les pores du corps : poison doux et agréable, qui détruit toute pudeur ; poison mortel, dont on n'aperçoit le plus souvent les ravages que lorsqu'il n'est plus temps d'y remédier.
Parents aveugles, parents inconsidérés, qui conduisez vos enfants à ces assemblées profanes, vous dites qu'il faut les produire dans le monde, les faire connaître, pour leur procurer un établissement avantageux ; que de remords vous vous préparez ! Pouvez-vous répondre des impressions que vont faire sur des cœurs tendres et faciles tant d'objets séducteurs ? Ce jeune homme, cette jeune personne, qui annonçaient de si heureuses dispositions pour la vertu, les voilà maintenant qui se plaisent dans le vague de leur imagination errante ; une plaie mortelle est faite à leur innocence; mille pensées libres les suivent, en quelque sorte, pas à pas ; mille désirs criminels les rongent. Ah ! si vous pouviez lire dans leur âme, vous seriez effrayés des ravages criminels qu'y a faits l'esprit du mal. C'étaient de chastes colombes que vous deviez abriter sous vos ailes, et vous leur avez fait contracter toute la malice du serpent impur. Croyez-vous d'ailleurs que, pour procurer un parti convenable à votre fille, il faille l'exposer aux séductions du monde, aux attraits de la volupté ? C'est dans l'asile de la maison paternelle qu'un vertueux Tobie va chercher sa vertueuse Sara ; et celle-ci se glorifie à bon droit de ne s'être jamais trouvée avec les gens qui ne cherchent que le plaisir et le jeu, qui n'aiment qu'à sauter et à danser (1).
Les théologiens et les moralistes, même les moins sévères, s'élèvent avec la plus grande force contre les danses; il les regardent comme le théâtre de toutes les vanités mondaines, comme le tombeau de la pudeur et le triom-
(l) Numquàm cum ludentibus miscui me, neque cum bis qui io Ievitale ambulant participerai me praebui. Tob., m, 17.
phe de toutes les passions, comme un assemblage de tous les dangers du salut, et un précis vif et piquant de toutes les tentations. Ils les appellent un égout infect de jalousies, de rivalités, de querelles, d'obscénités, une école de vice, où l'on apprend l'art de se corrompre et de corrompre les autres, et où la vertu n'oserait paraître, sans courir le risque de se flétrir à l'air contagieux qu'on y respire.
Du reste, si les personnes qui se livrent à la passion de la danse, ne se laissent pas entraîner, du moins ouvertement, à de grands désordres, une funeste expérience prouve qu'elles perdent bientôt la crainte de Dieu, le goût de la piété, et qu'elles abandonnent insensiblement les pratiques religieuses.
Et qu'on ne croie pas que les réflexions que nous venons de faire, regardent seulement les danses publiques, ou celles des campagnes ou du bas peuple des villes ; elles s'adressent aussi aux bals des hautes classes de la société. On y garde, si vous voulez, une plus grande décence ; on y sait qu'un geste, qu'un coup d'œil, peuvent être la matière d'une critique sévère. Mais peut-on arrêter les mauvaises pensées, les mauvais désirs, et le consentement qu'on y donne ? Les passions, pour y être plus concentrées, n'y fermentent-elles pas avec la même force? et oserait-on dévoiler les turpitudes secrètes qui en sont la suite ? Hélas ! si l'extérieur y est plus réglé, quel abîme d'iniquités renferme l'intérieur !
Il est trois circonstances principales, qui rendent les danses plus criminelles :
1° Lorsqu'elles ont lieu un jour de dimanche ou de fête, parce qu'il est contre raison et contre tout ordre qu'en des jours consacrés au service de Dieu, on se livre à un exercice, qui n'est propre qu'à exciter l'amour du monde et le feu des passions.
2° Lorsqu'elles ont lieu un jour de jeûne, et spécialement dans le saint temps de carême ; comment, en effet, accorder l'esprit de pénitence avec un tel divertissement 1
3° Lorsqu'elles sont accompagnées de déguisements, parce que, lorsqu'on est assuré de n'être pas connu, on a plus de hardiesse pour prendre ou souffrir des libertés criminelles. La manière dé se déguiser la plus dangereuse et la plus condamnable, c'est de se revêtir des habits d'un autre sexe ; Dieu l'a expressément défendu : a Une femme ne prendra point un habit d'homme , ni un homme un habit de femme ; celui qui le fait est abominable devant Dieu (1). »
Si donc jamais quelqu'un vous propose d'aller au bal, ou à la danse, quelque séduisante que soit cette invitation, gardez-vous d'y céder. Sachez repousser la main qui voudrait vous y entraîner; c'est la main du démon 3.
Cependant, pour ce qui regarde les danses, qui ont lieu dans des sociétés particulières ou dans des réunions de famille, nous devons dire, pour être dans le vrai, qu'il est des motifs qui peuvent excuser de tout péché certaines personnes qui y prennent part, comme, par exemple, l'obligation de céder aux ordres ou aux désirs formellement exprimés des parents ou d'un époux, la nécessité d'entretenir des relations de famille, de société, l'obligation où se trouve un fonctionnaire public de donner une fête, etc. Dans ces cas, ce genre de divertissement n'est pas absolument condamnable, en supposant toujours qu'il ne s'y passe rien de scandaleux, et qu'on observe dans la tenue comme dans les entretiens une décence parfaite.
Quant aux danses connues sous les noms de valse, galop, polka, cancan, etc., il n'est jamais permis de s'y livrer, parce qu'elles sont mauvaises de leur nature, à cause des attitudes que l'on y prend. Il faut bien que le galop en particulier ait les plus tristes conséquences, puisqu'il a excité, en certaines circonstances, l'attention de l'autorité publique. En 1842, un maire du département du Loiret
(1) Non induetur mulier veste virili, nec vir utetur veste fœminea; abomiuabilis enim apud Deum est qui facit hœc. Deut., xxn, S.
«*est vu obligé de publier l'arrêté qui suit : a Vu les acci- € dents graves occasionnés par la manière dont on danse « depuis quelque temps, à partir de ce jour, il sera exprès- <r sèment défendu de danser le galop, sous peine d'a- « mende de cinq à dix francs, payable par les musiciens « qui auront fait danser ladite danse, ou parle chef de l'é- « tablissement qui ne l'aura pas empêchée (1). »
On doit aussi regarder comme extrêmement dangereuses les assemblées nocturnes, vulgairement appelées veillées. Sans doute ce n'est pas un mal en soi de se réunir le soir, après les fatigues de la journée, et de se délasser par une aimable et honnête causerie. Mais on ne s'en tient pas là ; et de nos jours, hélas ! la religion a tellement perdu son empire sur les cœurs, les mœurs sont tellement relâchées, qu'il n'est presque pas de veillées où la modestie chrétienne ne soit blessée de mille manières. On s'y permet des propos équivoques, des chants plus ou moins voluptueux, des rondes accompagnées de mille légèretés, certaines familiarités propres à allumer le feu des passions, sans parler encore de ces jeux de société, réputés innocents et qui ont été si souvent la ruine de l'innocence. Que les parents donc y veillent sévèrement ; rarement leurs enfants sortent de ces réunions, sans qu'ils aient l'imagination exaltée, et le cœur plus ou moins malade.
5° Les spectacles. Il en est des spectacles, comme de la danse : on ne peut pas dire qu'ils soient absolument mauvais de leur nature. Aussi est-ce l'usage dans certaines maisons d'éducation de jouer des tragédies et des comédies ; et, en cela, il n'y a rien de répréhensible, parce que tout s'y passe dans les bornes de la décence. Mais il en est tout autrement des spectacles publics. Une personne qui tient à son salut, ne doit jamais y mettre le pied. Qu'y voit-on en effet ? La retenue , la modestie chrétiennes tournées en ridicule, les passions les plus décevantes parées
(1) Journal des Débats, 20 avril 1842.
de tous leurs attraits, autorisées par de grands exemples, et dépouillées de tout ce qui pourrait en inspirer de l'horreur. Aussi les saints Pères appellent le théâtre une officine de toute sorte Je méchancetés, une académie d'immoralité et de libertinage ."Gardez-vous donc d'aller à ces fêtes du démon, où tout énerve et amollit, où tout induit à pécher, la décoration, la musique, les airs lascifs, le jeu des intrigues, les parures indécentes des acteurs et des actrices. Qu'avez- vous à démêler avec ces pompes du démon, auxquelles vous avez renoncé à votre baptême (i) ? — Il faut bien prendre quelques instants de récréation, me répondez-vous ; quel mal y a-t-il ? — Étrange récréation que celle qui tourne à la ruine de votre âme , au détriment de votre salut ! Saint Pierre Chrysologue vous répond que ce n'est pas là un amusement, mais une offense grave envers Dieu (2). — Je ne fais aucun mal au spectacle, dites-vous encore; le spectacle ne fait sur moi aucune impression. — Quoi ! vous croyez être à l'abri de toute atteinte, en vous jetant au milieu de ce que le monde a de plus dangereux ! Il faut que le vase soit bien gâté, puisque l'essence corrosive qu'on y répand, n'y produit aucun effet.
Cependant, les spectacles n'étant pas mauvais de leur nature, comme nous l'avons dit, il est des cas où l'on peut y assister sans péché. Ainsi l'on doit excuser une jeune femme que son mari veut absolument y conduire, et qui ne peut se dispenser d'obéir, sous peine de voir le trouble et la désunion s'introduire dans le ménage. Mais les personnes, que des raisons graves forcent d'aller à ces réunions si dangereuses, doivent se prémunir d'avance contre les tentations par la prière, par de bonnes résolutions et de solides sentiments de piété; il faut aussi que, pendant le spectacle, elles aient soin d'élever de temps en temps leur cœur à Dieu, afin qu'il ne prenne point goût au poison de la volupté.
(1) Ubi tripudia, ibi feslum diaboli celebratur. Ephrem.
(2) Non sunt hœc ludicra, sed crimina. D. Chrysui.
On se figure quelquefois que le genre de spectacle, connu sous le nom d'opéra, est moins dangereux que les autres. C'est une grave erreur. Au jugement des personnes les plus compétentes, il n'en est pas de plus capable de produire sur les cœurs de funestes impressions. Les ballets surtout, ou danses figurées, qu'on exécute dans les entr'actes, sont de nature à exciter les tempéraments les plus froids,, et à réveiller dans les âmes les plus mauvaises passions.
Evitez encore de vous arrêter devant ces troupes de baladins et de saltimbanques, qui viennent quelquefois, les jours de foire, sur les places publiques, infecter la simplicité du peuple par leurs charlataneries bouffonnes et indécentes. Vous n'avez rien à gagner avec de telles gens, et ils peuvent faire le plus grand tort à votre âme *.
Toutefois, s'ils ne se permettaient rien d'indécent m dans leurs discours ni dans leur tenue, il ne serait pas absolument défendu d'assister à leurs spectacles ou parades, parce que leur profession, bien qu'ignoble, n'est pas mauvaise en soi. Mais ils ne sont pas ordinairement assez réservés, pour ce qui regarde les bonnes mœurs. Le mieux est donc de les fuir.
6° Les compagnies dangereuses. Tout commerce avec les méchants est un mal contagieux. Il n'est pas plus aisé à la laine de perdre sa couleur naturelle, si on la met en contact avec une couleur étrangère, qu'à une âme de perdre l'éclat de ses vertus et de prendre le caractère vicieux et la mauvaise trempe de ceux qu'elle voit habituellement. Il y a beaucoup de sens dans ce proverbe : a Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es. » Si donc les pécheurs cherchent à vous attirer par leurs paroles séduisantes, n'allez pas avec eux (1). Rompez toute liaison suspecte. C'est un ami qui vous est cher, direz-vous peut-être, et il vo,is en coûte de le quitter. 0 amitié funeste, s'écrie saint
(1) Fili mi, si le lactaverint peccntores, ne acquiesças eis. Prov., 1,10.
Augustin, qui ne tend qu'à pervertir les cœurs (1) ! Il faut préférer l'amitié de Dieu à tout. Ce n'est pas avec des êtres corrompus, vils, abjects, que vous devez entamer des conversations, lier des parties de plaisir. Fuyez-les, comme vous fuiriez à l'aspect de l'aspic et du basilic 5.
7° La trop grande familiarité avec les personnes de différent sexe. Les jeunes gens de différent sexe, s'ils veulent conserver l'aimable vertu de pureté, doivent user entre eux de la plus grande réserve, et s'interdire absolument les badinâmes, les jeux de main, les folâtreries. C'est au milieu de ces amusements, qu'on se permet sans scrupule, parce qu'on n'a pas, dit-on, d'intention mauvaise, que naît le plus souvent une inclination dangereuse; l'inclination se change en passion, et, quand la passion a pris racine, elle aveugle l'esprit, et précipite dans une foule de péchés.
On ne devient pas pervers tout à coup ; c'est par de petites fautes qu'on se prédispose à de plus grandes. Ce jeune homme, cette jeune tille, qui ont perdu la grâce de Dieu, peut-être même T honneur, et qui sont devenus la fable du public, ont commencé par n'être qu'évaporés, légers, volages. Ils ne se doutaient pas d'abord que ces petites libertés, qu'ils prenaient dans leurs conversations, les conduiraient à des folies criminelles, et les voilà qui ne savent plus rougir. Gardez-vous de compter sur votre force, sur votre sagesse ; jeunesse téméraire, jeunesse imprévoyante, ne dites pas : « Je m'arrêterai à temps, je ne dirai que ceci, je ne ferai que cela, je saurai me respecter et me faire respecter. » Quand on s'engage dans les voies de l'impureté, le sentier est glissant, et l'on est exposé à faire d'horribles chutes. Je vous dirai avec saint Augustin : or Etes -vous plus forts que Samson, plus saints que David, plus sages que Salomon? C'est pour ne s'être pas assez défiés d'eux-mêmes qu'ils sont tombés. Évitez donc, évitez ces entrevues, ces tête-à-tête dont le danger est si réel;
(1) 0 nimis inimica araicilia, et seàuctio mentis !
REMÈDES A i/lMPURETÉ. *tri
vous y exposer, c'est courir à votre ruine. Jeunes gens, n'oubliez pas que la perte des hommes vient de leur conversation avec les femmes (1). Pourquoi donc ces rendez-vous, ces rencontres ménagées avec adresse, ces œillades affectueuses ? Ce sont, dit saint Eusèbe, autant d'arrhes du péché. Quant à vous, jeunes personnes, il faut que votre seule modestie et l'amour de la vertu, imprimé sur votre visage, imposent silence aux jeunes gens les plus hardis. Une fille chaste ne souffre jamais qu'un homme mette la main sur elle, de quelque manière que ce soit; et, si quelque éhonté osait se donner cette liberté, alors elle témoigne qu'elle a le courage du lion, et le repousse avec autant d'horreur que s'il voulait lui enfoncer le poignard dans le sein, lui disant comme sainte Agnès : « Retire-toi de moi, ministre de l'enfer (2). »
Ici, comment assez déplorer l'aveuglement de certains parents qui, tout en se disant soigneux de la vertu de leurs enfants, leur laissent cependant la faculté d'aller, de courir où ils veulent, de fréquenter telles personnes qu'il leur plaît ! Un père chrétien doit avoir toujours l'œil ouvert sur la conduite de son fils ; une mère chrétienne ne doit jamais laisser sa fille parler toute seule et en cachette à un jeune homme, même sous prétexte de mariage. Hélas! que de désordres sont arrivés, que d'amères déceptions, que de cruels repentirs pour des pères et des mères trop confiants, qui ont permis à de jeunes fiancés de se voir seuls ! Si les enfants s'égarent, n'est-ce pas la faute de ceux qui devraient veiller sur eux ?
D. Quels sont les remèdes contre cet infâme péché?
R. La fuite des occasions, la prière, la mortification, la sobriété dans le boire et le manger, la dévotion à la sainte Vierge, et la sainte fréquentation des sacrements.
Lorsque ce vice a pris racine dans une âme, il est bien
(1) A muliere iniquitas viri. Eccli., xxiv, 13
(2) Recède à me, pabulum morlis.
difficile de l'en extirper; il aveugle l'esprit, il endurcit le cœur, et il conduit souvent à l'impénitence finale, dernier effet de la vengeance divine. On ne saurait donc se soustraire de trop bonne heure à son cruel empire. Cependant, en quelque état qu'on se trouve, on ne doit jamais perdre courage. Ceux même qui sont le plus enfoncés dans cette fange impure, peuvent s'en tirer avec la grâce de Dieu et une volonté ferme. Les principaux moyens qu'ils doivent prendre, sont :
1° La fuite des occasions. Sans cela, instructions, confessions, prières, larmes, et même les résolutions les plus généreuses, tout est utile. Le courage, en matière d'impureté, consiste à fuir. On est à demi vaincu, quand on s'approche ou qu'on se laisse approcher d'un ennemi aussi dangereux. Fuyez donc, c'est de toute nécessité. Vous avez tant de peine àrésister au plaisir sensuel, lorsque vousêtes à l'abri du danger; commenttriompherez-vousdesesattaques, en présence de l'objet séducteur, aux charmes duquel le démon ajoute les traits envenimés de ses illusions ?
Fuyez donc, mais fuyez au plus tôt. Les plus grands incendies commencent par une étincelle qu'on n'a pas d'abord étouffée. Vous ne tenez peut-être encore au péché que par un fil ; n'attendez pas pour le rompre que vous y soyez attaché par un câble.
Fuyez, et fuyez loin. Éloignez-vous, tant que vous pourrez, des objets qui peuvent vous enflammer. Car votre cœur est comme un flambeau éteint, mais fumant encore, qui se rallume pour peu qu'on le rapproche de la flamme. Ne dites pas que cette personne vous est chère, que vous lui avez beaucoup d'obligation, qu'il vous est bien rude de vous séparer d'elle ; car cette personne ne vous est pas certainement plus chère que votre œil , et cependant le Seigneur vous commande de l'arracher, s'il est pour vous un sujet de scandale. Quelque obligation que vous lui ayez, vous en avez bien davantage à votre divin Sauveur; et le plus grand des malheurs n'est-il pas d'être séparé de
REMÈDES A l/lMPURETÉ. 405
son Dieu ? Jetez donc loin de vous tout ce qui peut être une occasion de péché (1). Prétendre être , chaste, en s'exposant au danger, c'est prétendre l'impossible. Refuser le remède, c'est évidemment ne vouloir pas guérir 6.
2° La prière. De nous-mêmes, nous ne sommes que faiblesse et misère; c'est le Seigneur Dieu des vertus qui seul fait notre force, et c'est à lui que nous devons avoir recours, aussitôt que nous sentons les premières atteintes de la tentation. A l'exemple du roi David, priez le Seigneur de créer en vous un cœur pur (2). Dites comme le Sage : a Je sais que je ne puis être ni demeurer chaste, si le Ciel ne m'assiste, par une grâce particulière ; je m'adresse donc à Dieu, et je lui dis de tout mon cœur : « Dieu de mes pères, donnez-moi la sagesse ; qu'elle soit toujours assise à mes côtés (3). » Par une prière fervente, vous obtiendrez infailliblement de Dieu la grâce de conserver dans sa beauté le lis de votre pureté 7.
3° La mortification. A la prière, il faut joindre la mortification. C'est Notre-Seigneur lui-même qui nous le recommande, quand il dit, en parlant de l'esprit impur, que cette espèce de démons ne se chasse que par la prière et le jeûne (4). Notre chair est une esclave toujours prête à se révolter; il faut donc la mater, la dompter, la subjuguer. Si on la flatte, si on la tient dans la mollesse en contentant ses appétits déréglés, on donne une nouvelle force aux tentations. Voyez les saints : que n'ont-ils pas fait pour émousser en eux le sentiment des voluptés charnelles? Haires, cilices, disciplines, jeûnes, austérités de toute espèce, rudes travaux, ils ont mis tout en usage, pour vaincre la chair et ses folles convoitises. Saint Jean-Baptiste
(1) Projice abs te. Math., v, 28.
(2) Cor mundum créa in me, Deus. Psal. l, 22.
(3j Scivi quoniam aliter non posscm esse continens, nisi Deus det. &ap., vin, 21.
(4) Hoc genus daemoniorum non ejicitur nisi in oratione et jejunio. Marc, xix, Vb.
vit dans le désert, revêtu d'une peau de chameau et ne mangeant que des sauterelles et des herbes sauvages. Saint Paul châtie son corps et le réduit en servitude, de peur, nous dit-il, qu'après avoir prêché aux autres, il ne devienne lui-même ua réprouvé (1) ; et il nous assure qu'il a passé de longs jours et de longues nuits dans les travaux et les chagrins, dans les veilles, dans la faim et la soif, dans les jeûnes, dans le froid et la nudité (2). Mortifier ainsi la chair, c'est véritablement l'aimer, puisque c'est la guérir de ses maladies et éteindre en elle les semences de mort, pour la rendre digne de la vie glorieuse ; tandis que les voluptueux, idolâtres de leurs corps, en font comme une victime qu'ils engraissent,pour être à jamais la proie des flammes de l'enfer,
La meilleure, comme la plus indispensable de toutes les mortifications, est celle des sens tant intérieurs qu'extérieurs, que vous devez soumettre à la plus sévère retenue, si vous ne voulez pas qu'ils donnent accès au démon impur. Mortifiez vos yeux, pour qu'ils ne s'arrêtent pas sur les vanités du siècle ; vos oreilles, en les tenant fermées à tout propos libre ou équivoque ; votre langue, pour qu'elle ne profère jamais aucun mot qui puisse nuire à la pureté des âmes; votre imagination, en ne la laissant jamais se repaître de fantômes impurs, et n'oubliez jamais qu'une vie molle et oisive est incompatible avec la croix de Jésus,
4° La sobriété. Le vin et la bonne chère sont les aliments de l'impureté. Soyez donc sobres, et il ne vous sera pas si difficile de contenir la fougue impétueuse des passions. Autant le démon a de prise sur ceux qui s'adonnent à la bonne chère, autant il est faible contre ceux qui gardent parfaitement les règles de la tempérance. C'est une chose tout à fait extraordinaire, dit Tertullien, que l'impureté sans la gourmandise (3).
(1) Castigo corpus raeum et in servitotem redigo. I. Cor., ix, 27.
(2) In labore et aerumnâ, in vigiliis mullis, in famé et siti, et jejuniis multis, in frigore et nuditate. II. Cor., xi, 27.
(3) Monstrum libido sine gulâ. Tertull., de Jejun., c. i.
REMÈDES A LIMPURETÉ. 40 7
5° La dévotion à la sainte Vierge. Elle est la mère de la pureté ; son nom seul met en fuite les puissances infernales. Ayez donc la plus grande confiance en sa protection ; et, aussitôt que la tentation se présentera, recourez à elle avec la plus grande ferveur. Ayez soin de pratiquer en son honneur quelque dévotion particulière, comme, -par exemple, de jeûner le samedi, de visiter chaque jour quelqu'une de ses chapelles ou de ses images, de vous faire agréger à quelqu'une des confréries établies en son honneur, de réciter, le matin à votre lever et le soir à votre coucher, trois Avt, Maria, auxquels vous pouvez joindre l'invocation suivante : « Par votre sainte virginité et votre immaculée conception, ô Vierge très-pure, préservez-moi de toute souillure.» Ou bien cette autre, à laquelle est attachée une indulgence de cent jours : « Bénie soit la sainte et immaculée conception de la bienheureuse Vierge Marie. » C'est par ces moyens et autres semblables que beaucoup de gens se sont conservés chastes et purs comme des anges8.
6° La digne fréquentation des sacrements. Et d'abord, du sacrement de Pénitence. La confession, voilà le plus grand remède contre la fureur des passions. Quand on a soin de découvrir ses blessures à un médecin charitable, il y applique le remède, et on ne tarde pas à guérir ; mais les plaies qu'on cache, ne font que s'envenimer. Saint Philippe de Néri réussit à débarrasser un jeune homme du vice impur, en lui recommandant d'aller se confesser aussitôt après chaque péché. Le même saint conseille de déclarer à son confesseur jusqu'à ses tentations, regardant la tentation découverte comme à demi vaincue.
En second lieu, du sacrement de l'Eucharistie. Voilà le pain des anges, le pain qui fortifie contre les plus violents assauts de l'ennemi ; voilà le vin qui produit les vierges (1). Le vin terrestre allume les passions et détruit la chasteté;
(\) Vinum germinans virgines. Zach., îx, 17.
*08 nUITIÊjiE LEÇON.
le vin céleste la conserve, en nous embrasant du feu du divin amoui . Communiez donc souvent avec de bonnes et saintes dispositions, et vous vous sentirez de l'horreur pour les voluptés honteuses de la chair. Comment, en effet, une âme bien pénétrée de cette idée qu'elle a reçu son Dieu, qu'elle s'est nourrie de la substance de son Dieu, que dans peu elle doit s'en nourrir encore, oserait-elle se plonger dans le bourbier du vice, et chasser de son cœur le Dieu de toute sainteté, pour y introduire une idole impure ? L'Eucharistie est un remède vraiment divin, pour amortir le feu de la concupiscence et faire croître dans les âmes le désir de la vertu.
Enfin, marchez sans cesse en la présence de Dieu, et repassez souvent dans votre esprit quelqu'une de ces grandes vérités: — Le plaisir ne dure qu'un moment et la peine est éternelle (i). — lî faudra mourir un jour (2). — 11 est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant (3). — Qui de vous pourra habiter au milieu des flammes dévorantes (4) ? — Gravez bien dans votre mémoire ces salutaires réflexions, et vous ne pécherez jamais.
TRAITS HISTORIQUES
I. Tant que David fut occupé à commander les armées, il ne pensa pas au mal ; aussitôt qu'il resta oisif dans son palais, il tomba dans un crime abominable (S). — Tant que Saîomon travailla à la construction du Temple du Seigneur, il se conserva chaste aux yeux de Dieu; dès qu'il cessa d'être occupé, il fat attaqué par l'esprit impur et il succomba honteusement (6).
f . Roua*eau regarde comme perdues les jeunes personnes, qui
(1) Momentaneum quod delectat, aetemum quod cruciat. Chrysost.
(2) Statutum est homimbus semel mori. fîefc., ix, 27.
(3) Horrenduiii est incidere in manus Dei viventis. Heb.,*., 31.
(4) Quis poterit habitare de vobis cum igné dévorante, cum ardoribus sempiternis? Is., xxxm, 14.
(6) II. Reg., xi.
(6) IV. Reg., xi.