‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 33 sur 55 · DES MAUVAIS LIVRES · texte numérisé non relu

DES MAUVAIS LIVRES

liront son roman (1); et, par la plus étrange de toutes les contradictions, il n'en conseille pas moins, et très-sérieusement, la lecture. Il prononce anathème contre ceux qui le goûtent, et contre ceux qui ne le goûteront pas. Il prétend que son livre ne doit corrompre personne, parce qu'il faut déjà être corrompu pour le lire, et il croit s'excuser, en disant qu'il aurait voulu vivre dans un siècle où son devoir eût été de jeter ses lettres au feu, comme s'il fiait permis de nourrir la corruption des gens corrompus, et de flatterie vice, parce qu'on vit dans un siècle qui savoure le vice.

On entend souvent des personnes dire, avec un ton de génie supérieur, que la lecture des romans ne leur fait aucune impression; et cependant elles les dévorent, et on ne peut obtenir d'elles qu'elles cessent d'en lire. Tout ce qu'on peut dire de plus capable de hs confondre, est renfermé dans le trait suivant.

Une dame vint un jour trouver un missionnaire, dont les cheveux avaient blanchi dans l'exercice du sacerdoce. À son air, à ses expressions, le père devine aisément qu'il a affaire à une personne habituée à la lecture des romans, car un esprit exercé ne s'y trompe guère. — Vous lisez des romans, lui dit-il. — Oui, mon père, mais je n'y prends pas de mal. — Eh bien ! vous savez que nous devons rapporter toutes nos actions à Dieu, n'est-ce pas? — Oui, mon père. — Vous savez aussi que les plu3 indifférentes, telles que nos repas, noire sommeil, nos promenades, lui sont agréables, dès qu'elles lui sont offertes et dès qu'elles sont pratiquées en vue de lui plaire. — Je lésais, mon père. — Eh bien! offrez lui aussi la lecture de vos romans, et voici de quelle manière vous vous y prendrez. Avant d'ouvrir le livre, vous vous mettrez à genoux, au pied de vctre crucifix, et vous dire» à Notre-Seigneur : Mon Dieu, je vais lire un roman, c'est-à-dire je vais remplir mon esprit, mon imagination et mon cœur de faits mensongers, d'images séduisantes et de sentiments d'amour charnel; et tout cela, je vais le faire pour accomplir les promesses d-e mon baptême et de ma première communion, pour procurer votre plus grande gloire et la sanctification de mon âme. Après cette prière, vous commencerez. — Mais, mon père, mais... je ne pourrai pas faire cette prière-là... Ce serait une dérision. — Comment, ma fille, offrir à Dieu une action qui ne serait pas mauvaise, serait une dérision? — Mais... mon père... — Ah ! vous sentez donc que cette lecture n'est pas aussi innocente que vous le dites? Et cependant je ne vous l'ai présentée que sous le point de vue le moins dangereux... Dites-moi, ma fille, ajouta le saint prêtre, étiez-vous plus pieuse autrefois que vous ne l'êtes aujourd'hui? — Oui, mon père, surtout après ma première communion. — Alors lisiez-vous des romans? —

(1) La Nouvelle Héloïse,

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