‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 35 sur 55 · DES MAUVAIS LIVRES · texte numérisé non relu

DES MAUVAIS LIVRES

Sara, priant le Seigneur, lui représentait comme un puissant motif de se le rendre favorable, qu'elle n'avait jamais levé le pied pour danser (i).

Ce qui devrait à tout jamais faire détester les danses, c'est que là mort du plus grand des enfants des hommes, de saint Jean-Baptiste, a été la suite d'un serment téméraire et le prix d'une danse. Nous remarquons aussi que Salomé, cette impudente danseuse, qui, à la persuasion de sa cruelle mère Hérodias, ne rougit v>as de demander la tête de l'illustre précurseur, ne tarda pas à recevoir le châtiment de son crime. Car, un jour qu'elle traversait une rivière gelée, la glace se rompit sous ses pieds; elle s'enfonça jusqu'au cou; et, pour se tirer de ce péril, elle agita si fort ses jambes, que les glaçons, en se rapprochant, détachèrent sa tête du tronc par la violence de leur mouvement. Niceph., I. I,c. xx.

Saint Éloi, évêque de Noyon, ne se contenta pas de condamner les danses, il employa encore eontre les danseurs la peine de lexcommunication, qui est la plus grande dont l'Eglise puisse faire usage contre ceux qui s'obstinent dans l'erreur, ou dans de grands dérèglements. Prêchant un jour de Saint-Pierre dans une paroisse près de Noyon, il s'éleva fortement contre les danses, qui étaient pour les habitants du pays l'occasion de plusieurs désordres. Ceux-ci, ne pouvant souffrir qu'on leur ôtât des divertissements qu'ils avaient vu pratiquer à leurs pères, et qu'ils tenaient d'une coutume immémoriale, se révoltèrent contre le saint évêque, et résolurent de le faire mourir, s'il leur en parlait encore. Leurs menaces n'intimidèrent point un pasteur qui brûlait du désir de répandre son sang pour son troupeau, et qui n'aspirait qu'à la gloire du martyre. L'année suivante, il y prêcha à pareil jour, sur le même sujet, avec encore plus de véhémence que la première fois. On ne répondit à son zèle que par des injures et des outrages; on ne parlait que de le massacrer; mais la vénération qu'on avait pour sa sainteté fut cause qu'il ne se trouva personne qui osât porter la main sur lui. Saint Éloi, voyant que ses exhortations ne produisaient pas le fruit qu'il en attendait, livra, par l'excommunication, les plus mutins et les plus endurcis au démon, pour mortifier leur chair et faire en sorte que leur àme fût sauvée au jour du Seigneur. Il y en eut plus de cinquante, surtout les domestiques d'Archambault, maire du palais, qui se trouvèrent en la puissance du démon, et apprirent aux autres à craindre les jugements de Dieu dans ceux de ses ministres. Leurs peines et leurs humiliations durèrent un an entier. Le saint évêque ne les délivra qu'à la fête suivante, après avoir reçu leurs soumissions et celles

(1) Tob., m.

de tons ies habitants. Exemple terrible, qui montre combien les danses déplaisent au Seigneur, et combien sont aveugles et coupables ceux qui les fréquentent, malgré les avis de leurs pasteurs.

Vie de -saint Eloi.

Saint François de Sales n'est pas aussi favorable à la danse qu'on s pu le croire quelquefois. Une dame du grand monde lui demanda un jour, si, par complaisance pour son mari qui semblait l'exiger, elle ne pourrait pas aller quelquefois au bal. Voici ce que le saint lui répondit : « Je vous permets d'y aller, à une condition : c'est que pendant que vous y serez, vous penserez continuellement à la mort. » Les personnes les plus passionnées pour ce frivole amusement, en perdraient bientôt le goût, si elles observaient exactement cette recommandation de l'évêque de Genève.

4. « Les principes de corruption reçoivent une nouvelle force des spectacles publics. s C'est l'aveu formel du célèbre Riccoboni, cet ancien acteur du Théâtre-Italien, dont il avait fait si longtemps la fortune. — Plus d'une fois Corneille s'est repenti d'avoir consacré ses talents à la scène. — Gresset, abandonnant solennellement le théâtre, a dit : « L'histoire de l'art dramatique est beaucoup plus la liste des fautes célèbres et des regrets tardifs, que celle des succès sans honte et de la gloire sans remords. »

Tertullien rapporte qu'une femme, étant' allée au spectacle, en sortit possédée du démon. On fit sur elle les exorcismes de l'Église; et, comme le ministre du Seigneur reprochait à l'esprit impur d'avoir osé s'emparer d'une chrétienne : « Je l'ai fait hardiment, répondit-il, je l'ai trouvée dans mon domaine, elle était au spectacle (1). * Que ces paroles sont terribles! Et comment une personne vraiment chrétienne peut-elle après cela se hasarder dans un lieu, où régne proprement le démon, avec ses artifices les plus dangereux?

Tert., de Spect.. c. xxvi.

Alipe, ami de saint Augustin, étant allé à Rome pour apprendre le droit, se vit plus passionné que jamais pour les spectacles de gladiateurs; voici comment la chose arriva : quelques jeunes gens de ses amis qui étudiaient le droit comme lui, sortant un jour de dîner ensemble, le trouvèrent sur leur chemin, et entreprirent de le mener avec eux à l'amphithéâtre : c'était un de ces jours funestes, où l'on se faisait un plaisir de voir répandre le sang humain. Comme il avait une exirême horreur pour ces sortes de cruautés, il résista d'abord de toute sa force; mais les autres, usant de cette sorte de violence qu'on se fait quelquefois entre amis, et l'entraînant, quoi qu'il en eût, il leur dit : « Vous pouvez entraîner mon corps, et me placer parmi

(1) In meo eam mveni. ïertul.

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