‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 37 sur 55 · DES MAUVAISES COMPAGNIES · texte numérisé non relu

DES MAUVAISES COMPAGNIES

reuse que souffrante, et celle-ci put croire un moment que sa fille venait enfin de changer de détermination. Mais l'oreille du directeur avait déjà trouvé dans sa voix un changement que ses yeux expliquèrent bientôt. Pénétré d'admiration pour ce courage magnanime, il renonce à son projet, et exhorte la mère à ne pas persécuter une fille si digne de son affection et de son estime.

Le Pasteur des petits Agneaux.

5. N'ayez jamais de mauvaises fréquentations; leu'. contact brute comme le feu, salit comme la boue, tue comme la peste.

Parabole.

Ariste avait un fils unique qu'il aimait tendrement, et que les plus heureuses qualités rendaient digne de toute son affection. Cependant ce jeune homme lui causait, depuis quelques jours, une vive inquiétude, par la liaison qu'il avait imprudemment formée avec de* jeunes gens, dont la sage.-se était plus que suspecte. Ce bon père l'avertit plusieurs fois du péril auquel il s'exposait; il lui représenta combien il était facile a son âge , et avec son peu d'expérience, de se laisser séduire; et il l'exhorta fortement à rompre un commerce, qui pouvait avoir des suites funestes. Eugène (c'était le nom du jeûna homme) s'efforça de dissiper les craintes de son père; il lui assura que les leçons de vertu, qu'il avait reçues de lui, étaient trop bien gravées daiw son cœur, pour que les discours ou même les exemples de ses nouveaux amis pussent les lui fane oublier. J'ose même espérer, ajouta-t-il, que. bien loin d'êtie perverti pai eux, je les convertirai moi-même; je l'essaierai du moins. Ariste voyait avec peine la téméraire confiance de son fils. Cependant, ne voulant pas user de l'autorité paternelle pour lui interdire cette dangereuse société, il imagina un moyen ingénieux de lui faire sentir combien son espérance était mal fondée. Il remplit nne botte de très-belles oranges, parmi lesquelles il en mit à dessein une qui était un peu gâtée ; ensuite ayant fait venir Eugène : « Mon fils, lui dit-il, je vais vous faire un présent, dont j'espère que vous me saurez gré. Je connais votre goût pour les oranges, en voilà de fort belles que je vous donne, pour en faire tel usage que vous voudrez. » Le jeune homme, bien reconnaissant d'un si agréable cadeau, s'empresse d'ouvrir la botte. 11 admire la Deauté des oranges, il les» contemple avec une vive satisfaction. Mais, en les examinant de près, il eu aperçoit une qui n'es pas aussi saine que les autres. «Mon père, dit-il aussitôt, voilà une orange qui commence à se gâter, il ne faut pas la laisser avec les autres. » — « Pourquoi, mon fils? répondit Ariste. Eli. n'a qu'une petite tache, qui disparaîtra bientôt.» — « Ah ! mon père, *eprit Eugène, cette tache ne fera qu'augmenter; c'est un commencement de

ftl§< HUITIÈME LEÇON.

corruption, qui se communiquerait à toutes les autres oranges, si je n'y mettais ordre. » — « Il ne faut rien déranger, dit Ariste.mais 6oyez sans inquiétude; je vous réponds de vos oranges. Ne 'voyezvous pas qu'une seule étant malade, toutes les autres qui sont saines, ïa guériront infailliblement? » — « Ah ! mon père, répliqua Eugène tout triste, je n'espère pas cette guérison et je liens toutes mes oranges perdues, si vous ne me permettez de séquestrer celle-là. » — « Hé bien, mon fils, reprit le père, je veux vous convaincre que ma conjecture est plus juste que la vôtre. Laissez vos oranges renfermées dans- la boîte, et confiez-les moi pendant huit jours : au bout de ce temps, nous les visiterons ensemble, et vous verrez avec joie qu'elles seront toutes dans le meilleur état du monde. » — Eugène se soumit avec respect à la volonté de son père ; mais il se retira très-persuadé qu'il ne devait plus compter sur ses oranges.

Les huit jours lui parurent bien longs ; et, à peine étaient-ils expirés, qu'il vola au cabinet de son père, pour assister à l'ouverture de la boîte qui renfermait le trésor Ariste l'ouvre aussitôt. Mais quel triste spectacle ! Ces oranges, qui flattaient si agréablement la vue et l'odorat, ne sont plus qu'un amas de pourriture. « Je vous l'avais bien dit, mon père, s'écrie Eugène, en laissant échapper quelques larmes de dépit. Si vous aviez voulu me croire, mes pauvres oranges ne seraient pas dans l'état où je les vois. »

« J'avoue, mon fils, répondit Ariste, que j'ai été trompé dans mon attente Vous aviez raison de me représenter que la mauvaise orange infecterait toutes les autres, et que toutes les bonnes n'amélioreraient pas la mauvaise. Mais raisonnons un peu d'après cette expérience.

« Si une seule orange gâtée a gâté toutes les autres, qui étaient parfaitement saines, comment pouvez-vous espérer que plusieurs jeunes gens débauchés ne corrompront pas un jeune homme vertueux? et, si plusieurs oranges saines n'ont pu corriger le vice naissant d'une seule, comment vous flattez-vous qu'un seuljeune homme 3age réformera une société de libertins ?>

Eugène sentitla justesse de ce raisonnement. Il comprit quec'étaii à cette conclusion que son père avait voulu l'amener. Il le remercia d'une si utile leçon, qui le dédommageait avantageusement de la perte de srs oranges; el il lui promit d'en profiter, en rompant sans retour avec ses nouveaux amis.

Thomas de Catimpré raconte qu'étant jeune écolier, il avait fait un intime liaison avec un enfant de qualité, qui possédait dans un haut degré toutes les vertus qu'on peut souhaiter dans un jeune homme. Elevé par des parents chrétiens, il fut placé vers l'âge de douze ans dans un collège de la capitale. 11 y entra avec son Innocence. Pourquoi faut-il qu'il se rencontre dans presque toutes lea

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