‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 38 sur 55 · DES MAUVAISES COMPAGNIES · texte numérisé non relu

DES MAUVAISES COMPAGNIES

maisons d'éducation, même les mieux surveillées, quelqu'une de ce§ pestes vivantes, de ces démons incarnés , qui prennent à tâche de corrompre tout ce, qu'il y a de plus aimable au monde, un enfant innocent I Par ui,. malheur trop ordinaire, notre infortuné jeune homme tomba dans Ja compagnie d'un scélérat, livré aux plus honteuses passions, qui alluma dans ce jeune cœur le feu criminel dont le sien était dévoré. Dès lors on ne vit plus en lui qu'un libertin affreux, qui ne connaît plus ni digues, ni égards, ni bienséances. Surpris, affligés d'un changement si subit et si prodigieux, ses amis et Thomas de Catimpré avec eux et plus qu'eux, le pressèrent tendrement, le conjurèrent de rentrer dans la bonne voie qu'il avait quittée. ïls parlaient en vain. Leurs prières, leurs larmes furent inutiles. Dieu parla à son tour, mais il le fit de cette voix dont le sou étourdit plus que l'éclat du tonnerre. Une nuit qu'il dormait profondément, il fut tout à coup saisi d'un mal inconnu, qui lui fit jeter des cris horribles. Toute la maison est en mouvement, on se hâte de venir à son secours, on lui demande ce qui le fait souffrir; il ne répond que par des cris plus horribles encore. On appelle un prêtre qui s'efforce de le calmer, l'engage à penser à Dieu et à lui demander pardon de ses péchés ; mais c'est en pure perte. Ce sage pasteur redouble d'instances, et joint les larmes aux exhortations les plus touchantes. Le moribond jette sur lui des regards effarés, et prononce d'une voix effrayante ces lugubres paroles : « Malheur à celui qui m'a perdu 1 » — « Calmez-vous, mon fils, lui dit le prêtre. » — c Malheur à celui qui m'a perdu ! > — « Mon fils, ayez confiance. > — « Malheur à celui qui m'a perdu! » À ces mots, il expire !!!...

Cet exemple est terrible : en voici un autre bien capable de glacer le sang dans les veines. Il y avait dans une certaine ville un écolier, qui passait avec raison pour un modèle de sagesse et de piété. Il fréquentait les sacrements^ et le faisait d'une manière très-édifiante. Comme il allait un dimanche matin à l'église, pour y faire ses dévotions à l'ordinaire, il eut le maiheur de rencontrer un de ses camarades, qui n'était pas à beaucoup près aussi vertueux que lui. Celui-ci l'invite à déjeuner avec lui dans un cabaret voisin. D'abord, il s'en défendit hautement ; l'autre revint à la charge, il tint encore ferme. Mais enfin il se laissa entraîner. Ils ne parlèrent d'abord que d8 choses indifférentes ; peu à peu se glissèrent quelques discours peu mesurés ; insensiblement les discours et les manières devinrent plus libres; çt le jeune homme, auparavant si sage, cédant aux suggestions de son perfide compagnon, en vint jusqu'à commettre un grand péché contre la chasteté. Mais à peine l'eut-il commis qu'il fut à l'instant frappé de mort, sans avoir eu le temps de se reconnaître. Son malheureux séducteur fut si effrayé, qu'il alla aussitôt dans un monastère voisin; et là, se jetant aux pieds du supérieur, il lui dit en

fondant en larmes : c Mon père, ayez pitié d'un misérable qui vient de précipiter une âme dans les enfers, et daignez me recevoir pour faire pénitence toute ma vie. > Le supérieur, homme sage et prudent, loua ses sentiments, l'exhorta à y persévérer ; mais lui fil comprendre qu'il ne pouvait le recevoir, avant d'avoir éprouvé sa vocation. « Eh bien, mon père, lui répondit ie jeune homme, je resterai tant que vous voudrez à la porte du monastère; mais je ne me retire point que je n'aie eu le bonheur d'être reçu, pour pleurer toute ma vie mon malheur. » On le fit entrer, on le garda un temps convenant, après quui on le reçut, et on n'eut pas sujet de s'en repentir. Il devint un modèle de piété, conservant toujours le souvenir de son crime; et, toutes les fois que les religieux s'assemblaient, il s'étendait sur le seuil de ia porte, afin que tous marchassent sur lui; et, durant ce temps-là, il ne cessait de répéter ces lamentables paroles : t Ayez pitié d'un malheureux, qui a précipité une âme dans les enfers. »

Collet, Ecolier vertueux.

6. Rien n'est méprisable de ce qui tend à garder la pureté, et ce sont les petites précautions qui conservent les grandes vertus (i;.

Si nous voulons nous préserver du mal, suivons le conseil de saint Philippe de Néri, qui dit qu'il n'y a de victorieux, parmi ceux qui se trouvent dans l'occasion prochaine de pécher contre la pureté, que les poltrons qui prennent la fuite. Voilà pourquoi les anges, voulant délivrer Lot de la ruine de Sodome, lui intimèrent l'ordre de sortir de cette ville détestable ; et, comme il différait toujours, ils le prirent par la main : et le forcèrent à sortir car le Seigneur, dit l'Écriture, voulait le sauver (2). C'est par une prompte fuite que Joseph échappa au danger qui menaçait son innocence ; et, pour se débarrasser des criminelles sollicitations de l'épouse de Putiphar, il laissa son manteau entre les mains de celte femme coupable, préférant souffrir la persécution et la mort même, plutôt que de s'exposer à offenser Dieu.

QuanJ les hommes seront devenus des anges, a dit un auteur célèbre, il leur sera permis de contracter amitié avec les femmes.

7. Saint Jean le Nain, anachorète de Scété, avait coutume de dire que. comme un homme qui voit venir à lui une bête féroce ou venimeuse, monte sur un arbre pour l'éviter, de même celui qui se voit assailli par de mauvaises pensées, doit s'élever à Dieu par une prière fervente, afin de se mettre à l'abri du danger.

Saini Jean Climaque avait un talent extraordinaire pour guérir les maladies de l'àme. Un moine, nommé Isaac. que de violentes tenta-

(1) Housseau.

(2) Apprehenderunt manum ejus. ... eè quôd parceret Dominus illi. Gen., xix, 16.

lions de la chair avaient presque jeté dans le désespoir, en fit une heureuse épreuve : il alla trouver le saint auquel il découvrit, encore plus par ses larmes que par ses paroles, toute la violence des combats qu'il avait à soutenir. « Mon tils, lui dit Jean Ciimaque, ayons recours à la prière. » Aussitôt ils se piosternèrent tous deux à terre pourimplorsr le secours du ciel; et, depuis ce temps-là, Isaac ne fut plus inquiété par l'esprit impur. Goduscard.

8. Sainte Justine éprouva combien c'est un remède puissant contra les illusions de l'amour impur, d'invoquer la mère de Dieu. Un magicien essaya d'employer contre elle des enchantements, pour allumer dans .son cœur une flamme criminelle; mais elle fut délivrée de tous les effets de son art infernal et de toutes les impressions de l'impureté, aussitôt qu'elle eut invoqué la sainte Vierge.

Greg. Naz., serm. 8.

Le père Ségneri rapporte qu'un jeune homme vint se confesser; il était tellement enfoncé dans le vice de l'impureté, que le confesseur ne put l'absoudre, mais lui recommanda de dire tous les matins trois Ave, Maria, en l'honneur de la pureté de la sainte Vierge, afin qu'elle daignât l'en délivrer. Le jeune homme revint au bout d'un certain temps au même confesseur, et, après sa confession, où il n'eut à s'accuser que d'un petit nombre de péchés véniels, il lui dit : c Vous ne me reconnaissez pas, mon père? Je suis celui que vous ne pûtes pas absoudre à cause de ses péchés contre la chair; mais, en suivant voire conseil de réciter tous les matins trois Ave, Maria, Dieu m'a fait la grâce de m'en délivrer; » et il autorisa le confesseur à citer son exemple. Saint Liguori.

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