XXVII
n'osa pluô blasphémer. Que de fautes les enfants chrétiens pourraient éviter à leurs parents !
Au mois de février 1847, est arrivé un événement tragique dans la commune de Goupiilères-Renfeugéres, en Normandie. On étaitàtable dans l'auberge du si«ur Sylvain Levaillant. Parmi plusieurs ouvriers réunis, l'un se prit à jurer le nom de Dieu, plus par habitude que par mauvaise intention. Le maître du logis lui fit, à cet égard, quelques remontrances amicales qui furent bien accueillies par cet ouvrier qui. du reste, a des sentiments religieux. Alors un autie convive, nommé Hérubel, ouvrier tisserand, voulant faire l'esprit fort, prit la parole à son tour, et commença par nier qu'il y eût un Dieu ; puis, s'encourageant à la fanfaronnade par ses discours impies, il se mil à vomir contre Dieu et la religion les plus horribles blasphèmes. Le sieur Levaillant cherche à calmer cette frénésie par des paroles de douceur. L'ouvrier répond avec ironie : « Ton Dieu, je veux aller sou-per ce soir avec lui ; » et, au même instant, il tombe frappé comm d'un coup de foudre, la face contre terre. Il avait cessé de vivre. On ne saurait peindre la stupéfaction des assistants, qui ont vu dans cette mort une punition du Ciel. Univers, 10 février 1847.
2. Les païens eux-mêmes ont senti la nécessité d'être fidèles à la religion du serment.
Les Romains appelaient le sermel/t Sacramentum, comme étant en lui-même une chose sacrée. En une circonstance fort remarquable, ils rejetèrent comme odieux les moyens d'éluder un serment. Après la bataille de Cannes, des députés étaient venus à Rome pour proposer le rachat des prisonniers ; le Sénat crut devoir s'y refuser, et les députés retournèrent au camp d'Annibal. Le peuple les conduisit jusqu'aux portes de Rome, les arrosant de ses larmes et poussant des eris lamentables, Un d'eux rentrait dans sa maison, croyant s'être acquitté de son serment, en retournant d'abord frauduleusement dans le camp d'Annibal, sous prétexte d'y avoir oublié quelque chose. Mais on n'eut pas plutôt connaissance d'une si basse supercherie, qu'on en fit le rapport en plein Sénat : tous les avis furent de l'arrêter et de lui donner des gardes pour le ramener dans le camp d'Annibal. Hist. Rom.
Plusieurs hérésies se sont appliquées à couvrir leurs perfides machinations sous le voile du mystère, sachant très-bien, comme l'a dit saint Bernard, que l'hérésie, du moment où elle est découverte, ne peut plus échapper. Leur maxime favorite était celle-ci : « Jurez, parjurez-vous, seulement ayez soin de ne pas trahir le secret de la secte (1). * Cependant ils portaient quelquefois le scrupule jusqu'à condamner toute ?spèce de serment, interprétant mal le mot de Î'É-
(1) Jura, perjura, secretum prodere noli. Priscillianistet.
vangile qui défend de jurer par le ciel ou parla terre. Pharisiens, leur dit saint Bernard, qui rejettent le moucheron et avalent le chameau ! On ne doit pas jurer, mais on peut se parjurer : quelle étrange morale 1 Bern. in Cant.
Lorsque les Israélites s'emparèrent de la terre sainte, ils promirent avec serment aux Gabaonites de ne pas les faire mourir. Cependant, plusieurs siècles après, Saûl, par un faux zèle, s'avisa de vouloir exterminer celle nation, et il en fit périr un grand nombrj. Cette cruauté et ce parjure ne devaient pas rester impunis. Du temps de David, il y eut donc une famine qui dura trois ans; ce qui engagea David à consulter l'oracle du Seigneur, pour savoir quelle en était la cause. Il lui fut répondu que cette famine était arrivée à cause de Saùi et desamaison,qui était une maison desang, parce qu'il avait tué les Gabaonites. David fit donc venir les Gabaonites et leur dit : « Que puis. -je faire pour réparer l'injure que vous avez reçue? » Les Gabaonites répondirent : « Nous ne voulons, pour nous satisfaire, ni or ni argent; nous demandons justice contre Saûl et contre sa maison. » — « Que voulez-vous donc, dit David, que je fasse pour vous? » Ils lui répondirent: « Nous voudrions tellement exterminer la race de celui qui nous a injustement opprimés, qu'il n'en restât pas un seul dans toutes les terres d'Israël-. Du moins qu'on nous livre sept de ses enfants, pour en tirer vengeance. » Ces sept enfants leur ayant été livrés, ils les crucifièrent sur une montagne. II. Reg., xxï.
Sédécias, au lieu de demeurer dans l'ordre de Dieu qui l'avait soumis, pour humilier le peuple juif, à Nabuchodonosor, rompit les conditions qu'il avait jurées à ce prince, et demanda du secours au roi d'Egypte. Mais le Seigneur regarda comme un outrage fait à luimême le violement de la parole que Sédécias avait donnée à Nabuchodonosor en son nom ; et il l'en punit de la manièr-e la plus terrible. Nabuchodonosor irrité vint mettre le siège devant Jérusalem. La ville fut prise de force, pillée et brûlée avec le Temple. Le roi Sédécias vit égorger ses enfants et eut les yeux crevés. Tout ce que fit Nabuchodonosor contre Sédécias, dit saint Jérôme, fut un effet, non de sa propre puissance, mais de la colère du Seigneur, au nom duquel Sédécias avait juré (1). D. Hier.
La vengeance divine poursuit les parjures, mais ils sont punis aussi par la honte qui s'attache à leur crime (S).
Cicer., 2,Leg.,n, 22.
(1) Quidquid contra Sedeciam fecit Nabuchodonosor, non suis fecit viribus , sed ira Dei , in cujus nomine fuerat perjuratum D. Hier.
(2) Perjurii pœna divina, exitiam ; humana, dedecus. Cicer., u, Leg., n. 22.
il CINQUIÈME LEÇON.
Quelle idée l'histoire nous a-t-elle donnée d'un Philippe, roi de Macédoine? Quelle réputation a laissée ce prince, plus célèbre par ses fourberies que par ses conquêtes? Il disait que l'on amusait les enfants avec des osselets et les hommes avec des serments.
L'histoire moderne parle d'un Ferdinand, roi d'Espagne, dont se plaignait notre bon roi Louis XII, disant qu'il avait été trompé dix fois par lui. 11 en a menti, dit Ferdinand, je l'ai trompé trente. Aussi c'est de ce prince qu'un de ses généraux, Gonzalve de Cordoue, connaissant les avantages et la nécessité de la religion du serment, disait : « Je voudrais savoir de quelle religion est mon roi; alors, pourcroire à saparole, je le ferais jurer par leDieuauquelil croirait.»
Mérallt, Enseignement.
Saint Loui? ne faisait jamais aucun serment; il se contentait de dire : « Cela est vrai ; » et quelquefois il ajoutait : « Je le proteste en mon nom. » On lui fit remarquer que c'était ajouter à l'Évangile, et il s'en tint nepuis à cette simple parole : Cela est, cela n'est pas. Ayant été fait prisonnier par les Musulmans, au moment de conclure un traité avec eux, il refusa le serment qu'ils exigeaient de lui, à cause des imprécations dont il était rempli ; et il y eut un instant où toute la négociation fut presque rompue, et où Louis pensa être mis à mort ave: tous les prisonniers. « A Dieu ne plaise, dit-il, quoi qu'il enpuisse arriver t que de tellesparolessortent jamais delabouched un roi de France.-* Puis, s'adressan tau sarrasin que U?s émirs avaient chargé de recevoir le serment, il lui dit : « Allez dire à vos mattresqu'ils en peuvent faire à leurs volontés ; que j'aime mieux mourir bon chrétien, que de vivre au courroux de Dieu, de sa Mère et de ses saints.» Les émirs, outrés de colère, vinrent, l'épée à la main, dans sa tente, pour le forcer au serment ou le massacrer. Louis leur répondit froidement que Dieu les avait rendus maîtres de son corps, mais que son âme était entre ses mains et qu'ils ne pouvaient rien sur elle. 11 fut impossible de l'ébranler ; il persista toujours à refuser un serment, qu'il regardait comme un blasphème. Alors, les émirs n'insistèrent plus; et, se regardant les uns les autres, ils disaient que c'était le plus fier chrétien qu'ils eussent jamais vu. Spondan., an. 1250
Rien de plus horrible que le parjure joint à l'imprécation. Du temps que saint Narcisse gouvernai l'église de Jérusalem, trois libertins l'accusèrent d'un crime abominable, qu'ils avaient eux-mêmes commis, croyant, par celle affreuse calomnie, se soustraire à la juste sévérité de son leie pastoral ; et ils soutinrent publiquement leur accusation par des serments exécrables. Que je périsse par le feu, dit l'un, si ce que j avance n'est pas vrai ; que je meure du mal caduc, ajouta l'autre-, qu'on me crève les deux yeux, dit le troisième, si Narcisse n'est pas coupable. Narcisse fut donc chassé de la ville. Maisqu'arriva-t-il? Le feu prit à la maison du premier des calomniateurs, sans
qu'on pût en trouver la cause, et il fut brûlé lui et toute sa famille; le second eut la maladie qu'il avait invoquée, il mourut d'épilepsiej le troisième, épouvanté de ces terribles châtiments et touché de repentir, versa tant de larmes qu'il en perdit la vue. Nicéph., I. Y, c. ix.
Un jour que le roi Edouard d'Angleterre donnait un grand festin aux seigneurs de sa cour, il y avait parmi les convives le comte Godwin, que la voix publique accusait d'avoir fait assassiner Alfred, frère du roi Edouard. Un jeune page de service fit un faux pas, en présentant à boire au prince, mais cependant fut assez heureux poub ne rien renverser. Pour exprimer que l'un de ses pieds avait affermi l'autre, le jeune homme usa d'une sentence des livres saints où il est dit que le frère soutenu par le frère est inébranlable. Ces paroles rappelèrent de douloureux souvenirs au roi. « Ah! si j'avais encore mon « frère Alfred, dit-il en se les appliquant, combien nous nous serions « l'un l'autre d'un mutuel secours! » En prononçant ces mots, Edouard jeta un regard sévère sur le comte Godwin. Celui-ci se flatta de dissuader ce prince religieux par un serment. « Que ce morceau, « dit Godwin, en portant du pain à sa bouche, soit le dernier que je « mangerai de ma vie, si j'ai quelque chose à me reprocher par rapport « au meurtre du prince Alfred. > Son imprécation fut exaucée ; le pain s'arrêta dans sa gorge et il mourut étouffé, laissant aux convives à juger si cet accident était une punition divine, ou un effet naturel du trouble qui agitait le coupable.
11 existe en Angleterre un monument, qui éternise le souvenir d'un parjure puni subitement et d'une manière éclatante. Une femme avait acheté des légumes : voyant qu'elle ne payait pas, on lui demanda la modique somme dont il s'agissait: « Que Dieu me donne la mort, dit-elle si je n'ai pas payé...., > et tout à coup elle fut frappée de mort. Les magistrats arrivent ; on trouve dans la main de cette malheureuse femme l'argent qu'elle avait juré avoir donné. Le gouvernement fit élever un monument dans le lieu même, et ce fut pour la postérité une grande leçon contre le parjure.
Enseign. de la Rel.
Voici un fait à peu près semblable, arrivé, il y a environ trente ans, dans une paroisse du diocèse d'Arras:
Un marchand, connu dans les campagnes sous le nom de maqni~ gnon, certifiait avec serment qu'il avait payé quatre-vingt-dix francs une vache, et U offrait de la vendre pour cent francs. Mais est-il bien vrai, lui dit-on, que vous l'ayez achetée ce prix-là? Alors le marchand confirme ce qu'il avait avancé par celte imprécation : « Si ce n'est pas vrai, je veux mourir ici tout à l'heure. » A peine avait-il prononcé ces mots, qu'à la vue de tout le monde (c'était en plein marché), il tomba roide mort: c'était un faux serment qu'il avait fait; on le découvrit peu de temps après. Aussi cette mort tragique laissa ceux qui
en avaient été témoins, dans le doute si elle était une punition 4a parjure ou un accident qui, à la rigueur, peut arriver.-
Saint 4ugustin avait pris dans le monde l'habitude déjuger, Après sa conversion, il exhortait les autres à ne pas tomber dans ce vice horrible; il les en détournait par son propre exemple, et leur racontait de quelle manière il s'en était corrigé. « Nous étions, dit-il, enga- « gés dans une basse et criminelle habitude, quand nous commen- « çàmes a servir Dieu, et en même temps à sentir toute l'énormité du « jurement; nous fûmes saisis d'une grande crainte , et celte crainte
« nous servit de frein Vainement direz-vous que l'habitude
* vous entraîne ; veillez sur vous-mêmes et vous vous corrigerez. « Plus elle est invétérée, plus elle mérite d'attention. Si vous r la réprimez aujourd'hui, il vous sera plus facile de la répri- « m°r demain... Je sais qu'il est difficile de rompre une habitude, je « l'ai ép.'ouvé moi-même; mais, par la crainte de Dieu, nous avons « rompu celle de jurer. Quand je lisais lescommandements de Dieu, « j'étais saisi de frayeur; je combattais contre mon habitude-, j'invo- « quais le Seigneur en qui je mettais ma confiance, et il m'accordait f son secours pour éviter ce malheureux péché. Présentement, rien t ne me paraît plus facile que de ne pas jurer. >
Saint Louis de Gonzague, que son père destinait à l'état militaire, ayant été conduit à Casai, pour assister à une revue de trois mille soldats italiens, demeura quelques mois dans cette ville, et, durant ce temps, il prit l'habitude de dire de ces mots grossiers, si ordinaires parmi les gens de guerre, sans toutefois comprendre ce qu'ils signifiaient, parce qu'il n'avait encore que sept ans. Son gouverneur lui en fît des réprimandes, et l'engagea bientôt à s'en corriger. Depuis ce temps-là, le jeune Louis forma la résolution de ne plus fréquenter ceux qu'il avait entendus profaner le saint nom de Dieu. Quoique la faute qu'il avait commise fût légère, à cause du défaut d'âge et de réflexion, il ne cessa de la déplorer toute sa vie, et de se la représenter sans cesse, pour s'en humilier profondément en la présence de Dieu. Il datait sa conversion de sa septième année, parce qu'il avait alors commencé à se donner entièrement au Seigneur. Godescaid.
DEUXIÈME INSTRUCTION
Du serment contre la justice.— Éviter les serments inutiles. — Vaini prétextes. — Du blasphème. — Ses diverses espèces. — Énormité de ce péché. — Châtiments qu'il mérite. — Moyens de s'en préserver .
D. Qui sont ceux qui jurent contre la justice?
R. Ceux qui promettent avec serment une chose mauvaise, ou quelque autre chose que ce soit, s'ils n'ont pas la volonté de l'accomplir.
On peut jurer contre la justice de deux manières :
1° En promettant avec serment une chose mauvaise, parce que la justice, étant prise très-souvent pour la réunion de toutes les vertus, est5 par conséquent, opposée à toute sorte de mal. C'est donc jurer contre la justice que de s'engager par serment è des choses déshonnêtes , injustes, nuisibles au prochain ou injurieuses à Dieu; que de jurer, par exemple, de se venger de son ennemi, de lui intenter un procès pour le ruiner ; ou bien encore de jurer qu'on fera quelque chose de contraire à la loi divine, par exemple, qu'on n'ira point à la messe, qu'on ne se confessera pas, etc.
2° En promettant avec serment une chose qu'on n'a pas la volonté d'accomplir, parce que la justice est encore une vertu, qui nous porte à rendre à chacun ce qui lui appartient. Si donc vous jurez à quelqu'un que vous lui rendrez tel service, que vous lui prêterez de l'argent, que vous lui ferez obtenir tel emploi, vous êtes doublement lié, et par votre parole et par votre jurement, qui est le plus sacré de tous les engagements. Celui envers qui vous vous êtes engagé, a droit de compter sur votre promesse, et vous ne pouvez y manquer sous peine de pécher à la fois et contre la vérité, et contre la justice, et contre la religion du serment.
C'est abuser du serment de la manière la plus indigne
que de s'en servir pour assurer ou promettre une chose mauvaise ou injuste. Comment, en effet, ose-t-on prendre Dieu à témoin qu'on veut l'offenser, l'outrager, se révolter contre lui? N'y a-t-il pas là une double malice? Malice dans la disposition perverse où l'on se trouve, et malice de prétendre s'affermir dans cette volonté criminelle, en invoquant le saint nom de Dieu. Combien donc sont détestables ces ligues affreuses faites pour le mal , et qu'on ne rougit pas de sanctionner par d'horribles serments; ces sociétés de débauche, d'impiété, où l'on s'engage à la révolte, au mépris des lois, à toute sorte d'excès! Combien sont détestables les paroles de ces malheureux qui , dans les emportements de la colère, jurent de tout briser, de battre, de voler, de tuer ! Ces promesses sacrilèges sont nulles de plein droit. On pèche en les faisant, et on pécherait bien plus grièvement en les accomplissant. C'est un axiome incontestable que le jurement n'oblige jamais à une chose illicite (1). U est, dit saint Jérôme, un acte de religion, et non un lien d'iniquité (2). Ainsi on ne saurait louer trop la sagesse de David qui , après avoir juré d'exterminer toute la maison de Nabal,se laissa fléchir par les douces paroles d'Abigaïl, et fit grâce à ce sujet rebelle, tandis qu'on ne trouve pas assez de paroles pour condamner Hérode, qui, fidèle à son serment par une délicatesse impie , fit trancher la tête à saint Jean-Baptiste, selon la demande d'une danseuse impudique *.
Mais toutes les fois que ce que l'on a promis est licite, le serment est obligatoire, et on doit s'empresser de l'accomplir. « Tu tiendras tes serments au Seigneur, » dit Jésus- Christ dans le saint Évangile (3). Si quelqu'un s'est lié par un serment , est-il écrit ailleurs, il ne doit pas fausser sa
(1) Juramentum nunquàm obligat ad illicitum.
(2) Juramentum religionis non potest esse juramentum iniquitatii. V. Hier.
(3) Redde Domino juramenta tua. Math., v, 33.
parole, mais exécuter tout ce qu'il a promis (1). Agir au* trement,. ce serait outrager Dieu, en le faisant intervenir dans une tromperie.
Ici se présentent deux questions à résoudre : 1° Est-on obligé de tenir un serment arraché par la violence? Par exemple, un voleur de grand chemin vous mettant le pistolet sur la gorge, après vous avoir dévalisé, vous fait encore jurer que vous lui porterez telle somme à un endroit.qu'il vous assigne ; devez-vous acquitter cette promesses — Oui, par respect pour le nom de Dieu, parce que la chose n'est pas défendue, quoique le voleur Tait injustement exigée. Mais, dans ce cas et autres semblables, on peut facilement se faire relever de son serment par les ministres de l'Église, qui ont reçu de Dieu le pouvoir de lier et de délier les consciences ; et alors on n'est plus obligé d'accomplir une promesse, qui a été extorquée par la force.
2° Est-il permis de jurer sans avoir l'intention de s'obliger ? - Non , car ce serait abuser de l'autorité de Dieu et du signe le plus respectable de la confiance publique, pour tromper le prochain ; ce serait détruire la fin principale du serment, qui rst d'affirmer la vérité, de terminer les disputes, d'affermir les conventions. Ainsi, un serment qu'on ne prononcerait qu'extérieurement, sans prétendre s'engager du fond du cœur, ne laisse pas que d'obliger, sinon par lui-même, parce que c'est l'intention qui fait l'obligation, du moins sous beaucoup d'autres rapports. Tout illusoire qu'il est, vous devez le tenir : 1° à cause du tort que son inexécution causerait au prochain , qui a droit à tout ce que vous lui avez promis d'une manière solennelle; 2° à cause du scandale qui s'ensuivrait, car les hommes, ne pouvant lire au fond des cœurs, sont forcés de s'en tenir aux paroles ; 3° à cause de l'irrévérence envers Dieu, dont
0) SI quis se constrmxerit juramento, non faciet irritum vôrbui» Buum, sed omne quod promisit implebit. Num., xxi, 3.
on s'est rendu coupable en faisant ce serment trompeui irrévérence qui mérite d'être punie par la parfaite exéci tion de ce qu'on a promis; irrévérence qui s'aggraverait ei core, en violant la foi jurée. Si on pouvait être libre c tout lien, sous prétexte qu'on ira prononcé que des mot sans contracter la moindre obligation, il en résulterait m: infinité d'abus qui bouleverseraient la société. Le se. ment, dit saint Thomas, doit être exécuté selon la t< neur des paroles, et selon le sens de celui à qui on 1 prêté (1).
Aimons la justice, c'est le premier avis que nous donn le Sage (2). L'amour de la justice est un ornement pli précieux qu'un vêtement royal, et que le diadème le pli brillant (3). Le serment, dans la bouche du vrai chrétier. ne doit avoir d'autre motif que de protéger la vérité et 1 justice.
D. Est-ce un péché que de jurer pour la vérité, lorsqu'o jure sans nécessité?
R. Oui, c'est toujours un péché de jurer sans nécessité.
La discrétion, avons-nous déjà dit, est la troisième con dition requise pour que le serment soit licite. On ne doi point jurer à tout hasard, sans réflexion, et pour des chose de peu de conséquence. Le serment doit être rare; le termes mêmes du précepte le prouvent. Le Seigneu ne dit pas : « Vous ne jurerez point à faux; » il dit « Vous ne jurerez point en vain, » c'est-à-dire légère ment et sans nécessité. Avant donc d'en venir au serment il faut une mûre délibération; il faut voir si la cause es grave, importante, légitime. Généralement, on ne doii
(1) Servari debel juramenlum secundùm inleilecfum sanum ejus cm praestalur. D. Thom.
(2) Diligite sapientiam. Sap., i, 1.
;3) Justitià »ndutus sum ei vestivi me sicut vestùiiento et diademaie judicio meo. Job., xxix, 14.
jurer que lorsqu'on y est obligé par un supérieur. Ainsi on prête serment lorsqu'on est cité en justice, parce que alors la loi l'exige pour donner plus de force au témoignage qu'on est appelé à rendre. On prête serment en entrant dans la plupart des emplois importants de la société. Les magistrats jurent de s'acquitter de leur charge avec probité et justice; les militaires d'être fidèles au drapeau; les princes jurent, quand ils contractent ensemble des alliances. Dans ces circonstances, non-seulement le serment n'est pas un péché, mais il rend gloire à Dieu, en invoquant sa véracité infaillible; il est de plus un acte d'adhésion sociale au bien commun, auquel chacun doit contribuer, selon le rang où la divine Providence l'a placé.
C'est montrer peu de respect pour le nom de Dieu , que de l'appeler en témoignage pour les sujets les plus vains et ies plus légers. Que de fois n'a-t-on pas à gémir sur l'abus qu'en font tant de mauvais chrétiens, qui lèvent la main à tout propos, sans réflexion, comme si c'était un simple geste, une pure cérémonie; qui jurent leur Dieu, leur âme, leur paît du paradis, pour une bagatelle, par badinage ! Quelle audace! s'écrie saint Jean Chrysostome, quelle folie (■!)! a Je vous conseille , dit éloquemment cet illustre évêque aux jureurs de profession, je vous conseille d'emporter chacun dans votre maison la tête de saint Jean- Baptiste encore toute sanglante, de vous représenter ces yeux animés contre le serment, d'entendre cette voix qui, s'élevant encore contre cette habitude criminelle, semble vous dire : Fuyez, détestez le serment, qui est mon meurtrier. »
Ceux qui prodiguent ainsi le nom de Dieu , en ayant presque sans cesse le serment à la bouche, s'accoutument bientôt à jurer pour le faux aussi bien que pour le vrai,
\i) Quanta audacia! quanta insaniaf D. Chrys.
On se parjure avec autant de facilité qu'on jure (1) ; et l'on
tombe ainsi dans un abîme d'iniquités2.
D. Que faut-il faire pour ne pas tomber dans ce péché? R. 11 faut se contenter de dire comme Notre-Seigneur l'ordonne : Cela est, ou cela n'est pas.
C'est parce que la simplicité est le caractère distinclif du chrétien, que Jésus-Christ ne permet que ces expressions . « Cela est, ou cela n'est pas. » Il ajoute : a Le surplus Vient d'un mauvais principe, » c'est-à-dire ou d'une mauvaise habitude qu'il faut rompre, ou de la colère qu'il faut dompter, ou de l'avarice qu'il faut anéantir, ou de la suggestion de Satan qu'il faut repousser 3.
Mais, dira peut-être quelqu'un de ces obstinés jureurs, il faut bien que je jure pour donner du poids à mes paroles; sans cela on ne veut pas me croire. — Vous croira-t-on plutôt, si vous prodiguez vos serments? A qui persuaderez- \ ous que celui qui est capable de jurer sans nécessité, est incapable de mentir? Pensez-vous vous rendre plus croyable, en offensant Dieu? Un honnête homme, qui dit oui et non, mérite d'être cru, et, comme l'a dit un grand moraliste, a son caractère jure pour lui, donne créance à ses paroles, et lui attire toute sorte de confiance. » Faites-vous la réputation d'homme franc, sincère; et on vous croira sur
parole.
Je ne porte préjudice à personne, continue encore le jureur d'habitude. — Quelle pitoyable excuse! Vous vous portez préjudice à vous-même ; chaque serment que vous prononcez sans nécessité, est une blessure que vous faites a votre âme ; c'est peut-être un coup mortel qui la tue. Vous portez préjudice au prochain par le scandale que vous lui donnez. Et comptez-vous pour rien l'injure que vous faites à Dieu ?
(1) Multùm juramem et perjurum esse necesse est. D. Chrys.* boni. 14, ad pop
C'est sans réflexion que je jure, sans malice, par habitude. — Sans réflexion? voilà précisément ce qui vous condamne, car le serment est un acte trop grave pour ne pas y réfléchir. On ne doit jamais en faire aucun qu'à bon escient, après s'être bien convaincu que les circonstances l'exigent . — Sans malice ? mais n'y a-t-il donc aucune malice à abuser du nom de Dieu ? Ne serait-ce pas offenser un roi que de prétendre recourir à son témoignage pour quelque vétille ? Et doit-on moins s'observer à l'égard de la Majesté suprême. — Par habitude ? mais cette habitude damnable, qui accumule fautes sur fautes, forme comme une chaîne de péchés, qui vous entraînera au fond de l'enfer, si vous ne vous appliquez à la surmonter.
Si je ne jure, disent certains marchands, mon commerce n'ira pas; je ne vendrai rien. — Eh ! ne savez-vous pas qu'il faut tout perdre plutôt que d'offenser Dieu ? — Triste alternative, observez-vous peut-être, que d'être obligé de se ruiner ou de se damner ! — Mais vous n'en êtes pas réduit là. C'est une grossière illusion de croire que vous avez besoin de jurer pour vous accréditer et avoir du débit. Tout le monde sait le cas qu'il faut faire de ces sortes de serments. Celui qui veut tromper, les répand avec profusion ; et voilà pourquoi l'on s'en méfie. Combien de marchands qui n'usent jamais de serment, et qui ne laissent pas que de vendre ! La probité, voilà leur meilleure recommandation.
Laissant donc de côté tous ces vains prétextes, corrigezvous au plus tôt de cette malheureuse habitude de jurer ; et, pour cela, imposez-vous quelque pénitence; gravez dans votre cœur la crainte de Dieu ; mettez, comme dit l'Esprit-Saint, une garde de circonspection à vos lèvres, et, la grâce divine aidant votre bonne volonté, vous triompherez de ce vice (1).
Pour conclure tout ce que nous avons dit sur ie serment,
(i) "Violentiae pœnitendi cedat consuetudo jurandi. Aug*
nous no saurions mieux faire que de citer ces paroles de saint Augustin, qui résument toutes les règles qu'on peut tracer à ce sujet : « Un faux serment est funeste ; un serment vrai a encore son danger ; ne point faire de serment, à moins que Pautorité légitime ne le demande, c'est le plus sûr (-J). »
D. Quels sont les autres péchés défendus par le second commandement?
R. Ce sont les blasphèmes, et les malédictions ou imprécations.
Les blasphèmes s'attaquent à Dieu, et les malédictions au prochain. Tâchons de bien comprendre la malice de ces péchés, pour en concevoir la plus vive horreur.
D. Qu'est-ce que le blasphème?
R. Le blasphème est une parole injurieuse à Dieu ou aux saints.
Offenser Dieu, en résistant à ses ordres, en violant sa loi sainte, c'est sans doute un grand péché ; mais l'attaquer de front, vomir des injures contre lui, pourrait-on croire que l'homme pût en venir jusqu'à cet excès ? Voilà cependant ce que fait le blasphémateur : il outrage Dieu soit directement en lui-même, soit dans sa religion, soit dans ses saints. Par où l'on voit que ce péché procède d'une malice infernale ; c'est, à proprement parler, le crime des démons dont l'unique occupation est de maudire Dieu, en torturant les hommes. Hélas ! comment se fait-il que dans le cœur de certains chrétiens on trouve la rage de Satan ?
On peut tomber dans ce détestable péché de plusieurs manières :
1° En attribuant à Dieu quelque défaut, ou en lui défi) Palsa juratio exitiosa, vera juratio periculosa, nulla juratio secura. D. Aug., serm. 28, de Verb. apost.
niant quelque perfection, comme, par exemple, si on avait ie malheur de dire qu'il est cruel, qu'il prend plaisir à nous tourmenter, qu'il gouverne mal le monde, laissant prospérer les méchants et périr les justes. Quelle folie de prétendre juger Dieu, de le rendre responsable de nos crimes ou de nos sottises, et de vouloir réduire toute l'action de sa providence au temps présent, comme s'il n'avait pas toute l'éternité pour faire à chacun justice ! — C'est blasphémer que de dire que Dieu n'est pas juste, qu'il n'est pas sage, qu'il s'embarrasse fort peu de nous, qu'il ne se mêle pas de nos affaires, qu'il fait les hommes et puis les oublie et les abandonne à leur misérable sort. Chrétiens insensés ! que dites-vous là ? Jésus-Christ vous assure qu'il ne tombe pas de votre tête un seul cheveu, sans la permission du Père céleste. — C'est blasphémer que de dire que Dieu est sourd à nos prières, que c'est inutilement qu'on a recours à lui, qu'on l'a plusieurs fois invoqué sans être exaucé, sans recevoir le moindre secours dans ses besoins, ni le moindre soulagement dans ses souffrances. Homme ingrat qui devez tout à Dieu , qui êtes comblé de ses grâces et de ses faveurs , éclairé de son soleil, nourri par sa bonté, soutenu par sa puissance , et qui ne pourriez pas vivre un seul instant, s'il retirait de vous sa main protectrice, au lieu de remercier votre généreux et magnifique bienfaiteur, vous osez encore vous élever contre lui; vous prétendez qu'il se fasse une loi de tous vos désirs, qu'il s'accommode à tous vos caprices !
2° En attribuant aux créatures des qualités qui ne conviennent qu'à Dieu, comme font quelquefois les libertins qui, dans l'excès de leur passion, donnent à une misérable idole de chair le nom de divinité, de beauté adorable, divine, etc., prostituant ainsi des noms qui ne conviennent qu'à la beauté suprême. C'est encore une espèce de blasphème de dire : Vrai comme Dieu, aussi vrai qu'il y a ur. Dieu ; car, si certaine que soit une chose, elle ne mérite
pas d'être mise en parallèle avec la certitude de Textetence de Dieu.
3° En maudissant le Seigneur, en reniant et maugréant, comme ces malheureux qui, vrais démons incarnés, semblent vouloir faire la guerre à Dieu lui-même, s'acharnent contre son saint nom et ses qualités adorables, en font l'objet de plates bouffonneries ; ou bien encore qui, dans la fureur du jeu, dans les emportements de la colère ou de toute autre passion, le traitent de la manière la plus indigne, y accolent les injures les plus atroces, et ce mot horrible de sacré , lequel pris en ce sens signifie détestable : blasphème affreux, capable de faire dresser les cheveux à la tête. Rien n'est capable d'excuser ce jurement du nom de Dieu, si souvent répété par des bouches impies et sacrilèges. On doit encore ranger au nombre des blasphèmes, ces locutions païennes : Double Dieu, mille Dieux. Il n'y a qu'un Dieu, et en attester plusieurs, c'est outrager sa souveraine majesté.
4° En proférant des paroles injurieuses contre l'humanité sainte de Notre-Seigneur, comme ceux qui disent : Mort, tête, ventre, sang, en ajoutant à ces mots le nom de Dieu. C'est un crime énorme de proférer de tels mots dans le dépit ou la rage, par mépris ou détestation de la personne du Sauveur. Il n'y a que la légèreté *ou le défaut d'attention qui puissent en diminuer la grièveté. Encore est-on toujours bien coupable dans le principe d'avoir contracté une si détestable habitude. Quant à ces locutions, pardi, mardi, capdêdi, dont nous avons déjà dit qu'elles n'étaient point des jurements, elles ne sont pas non plus des blasphèmes, à moins qu'on n'eût l'intention formelle de blasphémer. On doit néanmoins s'en abstenir, parce qu'elles ont quelque apparence de mal, qu'elles peuvent causer du scandale et qu'elles disposent au blasphème par la proximité qu'il y a de di à Dieu.
5° En dénigrant la religion, ses pratiques ou ses mystères, comme ceux qui en font l'objet de leurs sacrilèges plai-
DU BLASPHÈiME. 31
santeries; qui prétendent que toutes les religions sont bonnes; qui décrient les exercices de piété comme étant inutiles, absurdes, superstitieux ; qui ne voient que fanatisme dans les pratiques les plus autorisées ; qui tournent en ridicule les maximes de l'Evangile ; qui parient mal des saintes Écritures, nient leur divinité, leur inspiration^ en emploient des passages à des applications profanes grotesques, ridicules, indécentes ; qui s'élèvent avec mépris contve l'Église, contre ses décisions, ses conciles, ses ministres, ses cérémonies. Ces divers blasphèmes retombent sur Jésus-Christ qui a établi la religion, et qui a promis d'être avec son Église jusqu'à la consommation des siècles.
6° En disant des paroles injurieuses contre la sainte Vierge, comme ces libertins qui révoquent en doute sa virginité, qui joignent à leurs propos impies d'abominables obscénités, parlent avec la plus monstrueuse indécence contre le mystère de l'Incarnation, et outragent ainsi à la fois Jésus-Christ et sa sainte Mère. Blasphèmes horribles qui provoquent le courroux du Ciel, et soulèvent l'indignation de tout cœur chrétien.
7° En disant des paroles injurieuses aux saints, comme" font ceux qui tournent en dérision leurs œuvres et leurs miracles, qui plaisantent sur les honneurs que l'Église leur rend, nient leurs vertus, s'élèvent contre leur canonisation. Malheureux blasphémateurs, quel mal vous ont fait les saints ? Vous avez à vous plaindre de votre femme, d'un maître, d'un domestique, d'un enfant, et vous vous en prenez aux saints ! Les saints prient pour vous, et vous les maudissez ! Dieu résidant en eux d'une manière spéciale, les outrages qu'on leur adresse, rejaillissent sur sa souveraine majesté.
8° On peut encore blasphémer de cœur sans proférer aucune parole impie, comme si, par exemple, on nourrissait volontairement dans l'esprit des pensées ou des désirs contraires aux perfections divines, ou aux choses qui concernent la religion. C'est du cœur, dit Jésus-Christ, que
partent les blasphèmes aussi bien que les faux témoignages (1).
Pour mieux apprécier la gravité du péché de blasphème, nous le diviserons en cinq espèces différentes qui ont chacune leur malice particulière.
1° Le blasphème d'erreur ou d'ignorance. C'est "celui des personnes qui disent des paroles injurieuses à Dieu, sans trop en connaître la portée, et sans aucune intention de mépriser Dieu et de diminuer le respect qui lui est dû. C'est le moins grief de tous ; mais, comme on est toujours porté à se flatter soi-même, il ne faut pas manquer d'expliquer au sacré tribunal les paroles qu'on a proférées, afin de recevoir du confesseur la pénitence et les avis convenables. Ce blasphème serait plus grave, s'il provenait d'une erreur volontaire de l'esprit touchant la foi, comme cela a lieu chez les hérétiques.
2° Le blasphème de conduite. C'est celui de ces pécheurs obstinés dont la vie désordonnée, licencieuse, est un outrage continuel à la Divinité. Les blasphémateurs en paroles sont rares, dit saint Augustin; mais combien qui blasphèment par leurs actions (2) !
3° Le blasphème de complicité. C'est celui des personnes qui encouragent les blasphémateurs par leurs approbations, par leurs sourires, en les écoutant avec bienveillance, ou qui, ayant autorité pour empêcher leur crime, se renferment dans un indigne silence, et deviennent ainsi complices du mal qu'elles devraient réprimer. Le moins qu'on puisse faire, quand on est sans autorité pour faire taire ces langues infernales, c'est de témoigner, par la tristesse de son visage, toute l'horreur qu'on a pour le venin qu'elles distillent.
4° Le blasphème de colère ou d'impatience. C'est le plus
Cl) De corde exeunt faisa testimonia et biaspheraiae. Math., xv, 19.
(2) Rari qui linguâ blasphémant, multi qui viiâ. D. Aug., tu Joan., cap. lxxii.
ordinaire de tous ; et il ne peut être excusé de péché mortel, dit saint Thomas, que par un soudain transport de passion, qui fait qu'on ne prend et qu'on ne peut pas prendre garde au mal qu'expriment les paroles blasphématoires qu'on profère.
5° Le blasphème d'impiété, qui provient d'une haine positive de la volonté contre Dieu. C'est alors le comble de la dépravation; c'est un péché inexplicable ; c'est une véritable démence.
Maintenant que nous connaissons bien les diverses espèces de ce péché, essayons d'en faire sentir toute l'énormité.
Saint Jean Chrysostome a dit avec juste raison qu'il n'y a point de péché pire que le blasphème (1). En effet, par sa nature et par rapport à son objet, il l'emporte en malice sur tous les autres. Que fait le blasphémateur? Il attaque Dieu directement et en face ; il l'attaque avec cette même langue que le Seigneur ne lui a donnée que pour le bénir, et qu'il ne pourrait pas remuer sans son assistance; il attaque ce Dieu de toute bonté qui lui conserve la vie, et qui répand sur lui toute sorte de faveurs; et il l'attaque par un excès de méchanceté, sans retirer de son crime ni honneur, ni profit, ni plaisir. Que gagnez-vous, ô malheureux blasphémateur, par vos paroles abominables? En êtes-vous plus estimé, plus considéré? Mais vous êtes en horreur même à vos pareils. En retirez-vous quelque avantage temporel? Vos maux en sont-ils adoucis? votre misère allégée? Mais ce vice maudit ne fait qu'aggraver votre situation. Et quel plaisir pouvez-vous trouver à outrager le Seigneur Dieu, qui vous a créé ? O vous donc qui attaquez ainsi votre Dieu, ses saints, ses maximes, sa doctrine, que prétendez-vous faire ? Croyez-vous pouvoir nuire à Dieu? Non certes ; il est à l'abri de vos coups ; vous vous nuisez à vous-même; c'est vous-même que vous blessez grièvement; c'est votre âme que vous tuez.
(1) Blasphemiâ pejus nihil. Homil. 1, ad popul
En comparant le blasphème avec les autres crimes, il est facile de voir combien il l'emporte môme sur les plus horribles. Il est plus hideux que le parjure qui ne fait qu'appuyer une fausseté par le témoignage de Dieu, au lieu que le blasphème attribue à Dieu des choses affreuses; plus hideux que le larcin, l'adultère et le parricide, qui ne s'attaquent qu'à des. créatures, au lieu que le blasphème est comme un trait envenimé, que le blasphémateur décoche contre le cœur de Dieu, comme un glaive affilé, avec lequel cet impie s'efforce de déchirer et de mettre en pièces son Créateur (l); plus hideux que l'apostasie par laquelle un chrétien ne renonce à Jésus-Christ que par un excès de crainte ou par un défaut de fermeté dans la foi, au lieu que, par le blasphème, il le renie de cœur, et en le croyant digne de tout respect; plus hideux que le déicide des Juifs, qui ne crucifièrent le Fils de Dieu que dans son état passible et mortel, au lieu que le blasphémateur l'outrage dans son état glorieux (2). Ainsi le blasphémateur est pire que les bourreaux, qui attachèrent Jésus-Christ à la croix, car ceux-ci ne le reconnaissaient pas pour Dieu, au lieu que le blasphémateur sait très-bien que c'est Dieu qu'il offense. Il est pire que les damnés, car c'est la force des tourments qui arrache à ceux-ci leurs blasphèmes contre le Dieu qui les punit, tandis que le blasphémateur s'acharne contre un Dieu qui ne lui fait que du bien, ou qui ne le frappe que pour le guérir. Il est pire que les démons qui sont réduits à la fatale nécessité de maudire Dieu, tandis que tout porte l'homme en cette vie à bénir, à aimer, à louer son Créateur. Dis-moi donc, ô blasphémateur, de quel pays es-tu ? Écoute, je vais te l'apprendre : tues de l'enfer. Saint Pierre, dans la maison de Caïphe, fut reconnu pour Galiiéen au
(1) Lingua blasphemantis gladius eiïicitur cor Dei penetrans, et ensis undicruê Deum scindens. D. Bernard. Senens., serm. 41.
(2) Magis peccant blasphémantes Deurn triumphantem in cœlia quàm qui crucifixerunt ambulantem in terris. D. Aug , supra illud Math. 26, Blasp'.iemavit.
langage qu'il parlait ; et toi, tu parles le langage des démons et des damnés. En vérité, je ne puis concevoir comment la terre ne s'entr'ouvre pas sous les pieds des blasphémateurs, pour les engloutir 4.
L'horreur du blasphème peut encore être augmentée par la crainte des terribles châtiments qui lui sont réservés. Dans l'ancienne loi, Dieu avait ordonné que tout blasphémateur fût chassé de la ville ou du camp, et lapidé par le peuple (1). Il est vrai que, pour l'ordinaire, Dieu n'use pas à notre égard d'une telle rigueur. Cependant les saints nous assurent que le blasphème cause souvent la ruine des familles, des cités, et des nations les plus florissantes. 0 vous, s'écrie ici saint Éphrem, ô vous qui avez l'audace d'ouvrir la bouche contre le Tout-Puissant que les Anges n'osent regarder, ah ! craignez cette faux embrasée que vit autrefois le prophète ; craignez qu'elle ne vienne tomber sur votre maison et la renverser de fond en comble (2) . Que si le Seigneur nous épargne pendant la vie, il nous attend à la mort. A cet instant fatal, le blasphème est souvent puni d'un juste abandon de Dieu et de Timpénitence finale. L'Ecriture nous en donne une marque authentique, en faisant mention de beaucoup de blasphémateurs, sans jamais parler de la conversion d'un seul d'entre eux. Et, après la mort, le blasphémateur a pour partage l'enfer, où Dieu, lassé enfin de ses paroles impies et de ses sacrilèges, le précipite ; de même que l'aigle, après avoir souffert quelque temps les croassements de la corneille, s'élance sur elle, la tue, et la jette dans l'abîme. Plongés dans ce gouffre affreux, les blasphémateurs, dans l'excès de leur douleur, se mordront cette langue, dont ils auront fait un si détestable usage (3); et leurs lèvres seront dévorées par de cruels
(1) Educ blasphemum extra castra, et lapidet eum universus populus. Levit., xxiv, 14.
(2) Non times ne forte faix ignea, quam propheta vidit, domoretur in domo luâ? D. Ephr., Paren. 43.
(3) Manducaverunt linguas suas prae dolore. Apoc. ,\yi, 10.
dragons, et leurs entrailles rongées par des serpents envenimés (1).
Finissons, en indiquant quelques moyens d'extirper cette malheureuse habitude.
1° Gravez bien dans votre cœur la crainte de Dieu. Dites souvent avec le prophète David : « Seigneur, vous avez tout fait avec sagesse (2). » Reconnaissez avec le grand Apôtre que les jugements de Dieu sont impénétrables, et ses voies incompréhensibles (3) ; que le Seigneur, soit qu'il donne, soit qu'il refuse, soit qu'il récompense, soit qu'il châtie, est toujours bon et plein de miséricorde, et que nous ne sommes méchants que parce que nous nous éloignons de ses desseins. La crainte de Dieu, dit saint Augustin, sert de frein à la langue (4).
2° Priez quelqu'un de vos parents, de vos amis, ou de vos serviteurs, de vous reprendre chaque fois qu'il vous échappera quelque parole blasphématoire. Nous devons nous encourager mutuellement au bien par des avertissements charitables. Veillons sur nos frères, pour qu'ils ne s'égarent pas, et confions-nous à notre tour à leur vigilance (5).
3° Chaque matin, en vous levant, ranimez-vous dans la ferme résolution de vous corriger de ce vice; priez la sainte Vierge de vous en délivrer, et dites à cette intention trois Ave, Maria.
4° Quand la colère vous prend, au lieu d'invectiver contre Dieu et les saints, tournez vos malédictions contre vos péchés. Dites encore : « Sainte Vierge, assistez-moi, donnez-
(1) Ibi dracones blasphernantium labia vorant, et serpentes dirig morsibus miserorum pectora lacérant. Cass.f Confess. theol., 3e part.
(2) Omnia in sapientiâ fecisti. Psal. cm, 24.
(3) Quàm iacomprebensibilia sunt judicia ejus et investigabiles vise ejus. Rom-, xi, 33.
(4) Si Deus timeatur, lingua frenatur, tollitur juratio. D. Aug., •erm. 10, de Sanctis.
(5) Nos alios custodiamus, et nostram iliis custodiam man lemus. D. Chrys., hom. il, ad popul
DU JUREMENT. 3î
moi la force, donnez-moi la douceur, donnez-moi la patience. » Cette colère, ce transport passera bientôt, et vous aurez conservé la grâce de votre Dieu.
5° Si, malgré vos bonnes résolutions, il vous arrive encore de temps à autre de prononcer quelque blasphème, humiliez-vous-en aussitôt devant le Seigneur, et imposezvous quelque pénitence. Plus elle sera rigoureuse, plus tôt vous serez corrigé de cette criminelle habitude.
Les chefs des maisons, et en général tous les supérieurs doivent réprimer par de sévères avertissements, et, au besoin, par des punitions exemplaires, les blasphèmes de leurs enfants et de tous leurs subordonnés. Oh ! puisse ce crime affreux disparaître entièrement de la terre et être relégué au fond des enfers, avec les démons qui lui ont donné naissance, en se révoltant contre Dieu. C'est une pratique fort religieuse, lorsqu'on entend blasphémer, de dire : « Que le saint nom de Dieu soit béni ! »
TRAITS HISTORIQUES
!. Claude Guillemot, père de cinq enfants, possédait à une demilieu de Tournay, une petite maison avec quatre arpents de terre qu'il faisait valoir. C'était un homme extrêmement susceptible , se fâchant pour des riens et surtout très-emporté ; quand une fois il se laissait aller à son penchant, il cassait et brisait tout ce qui lui tombait sous la main. Il avait, à cent pas de chez lui, pour voisin, un homme moins colère, mais qui n'était pas non plus très-commode. Advint que ces deux hommes entrèrent en contestation, au sujet de deux gros noyers qui séparaient leurs terres, et que chacun prétendait lui appartenir. Claude Guillemot sut d'abord se contenir et convint de s'en rapporter à des arbitres; mais, quand il eul été décidé que les noyers appartiendraient au voisin, alors Claude Guillemot entra en fureur, jura de se venger et de mettre le feu à la maison de son adversaire. « Je le jure, s'écria-t-il, et., si je ne le fais pas, que Dieu entr'ouvre l'enfer sous mes pieds et m'y précipite 1 » Il s'engageait ainsi à commettre un crime, et se dévouait à l'enfer, s'il ne le commettait pas. Son accès de colère une fois calmé, il fit cette réflexion : « Si je suis découvert, on m'enverra terminer mes jours aux galères ; ma foi! tant pis, je l'ai juré, j'exécu-
terai mon serment. » Un mois plus lard, quand il s'imagina qu'on ne pourrait plus le soupçonner, il se leva au milieu de la nuit, prit de l'amadou, en fit un paquet, y mit le feu, et courut sur la pointe de» pieds le jeter sur la toiture de la maison de son voisin. La toiture était de chaume et s'enflamma aisément. Malheureusement pour lui, comme il revenait en toute hâte, il heurta une pierre, perdit l'équilibre, alla tomber la tête contre un tronc d'arbre, et resta sur la terre élendu sans connaissance, tant le coup avait été violent. L'incendie cependant, excité par le vent, faisait de rapides progrès. Une fumée noire montait vers le ciel ; la flamme répandait une sinistre clarté ; des brandons embrasés , soulevés par le tourbillon, allaient à de grandes distances chercher des aliments. La toiture enfin s'écroula, et les gens que renfermait la maison, furent victimes de la méchante action de Claude Guillemot. Quant à lui, il revint enfin de son étourdissement ; mais qui pourrait décrire ce qui se passa dans son âme, lorsqu'il aperçut sa propre maison en flammes, et qu'il se vit entouré d'une grande multitude qui l'accusait d'être l'auteur de ce désastre ! Sa femme et ses enfants sans asile et sans pain, lui-même arrêté, livré à la justice, condamné aux galères à prrpéluité : que de malheurs pour avoir voulu accomplir un serment criminel ! Il avait péché en le faisant, et il pécha encore davantage en le mettant à exécution.
C'est parce qu'on leur demandait un serment contraire à leur conscience, que tant de généreux confesseurs, lors de notre première révolution, aimèrent mieux subir la prison, l'exil, la mort, que de le prêter. On avait beau faire retentir à leurs oreilles ces hurlements affreux : A la lanterne, les évéques et les prêtres qui ne feront pas le serment! iis fuient inébranlables. Leurs ennemis confus ne purent s'empêcher de rendre plusieurs fois à tant de fermeté 1 hommage de l'admiration, et l'un d'eux fut forcé de dire : « Nous avons leur argent, mais ils ont conservé leur honneur. » Citons ici quelques traits de ces héros de la foi, qui nous rappellent l'ère des martyrs.
Tandis que, pour obéir au décret de déportation, M. Pinnerot, curé de Chalange, diocèse de Séez, et son neveu, vicaire dans le même diocèse, M. Loiseau, vicaire de Saint-Paterne, diocèse du Mans, et M. Lelièvre , prêtre de Saint-Pierre de Mont-Sort d'Alençon. se rendaient tranquillement au Havre, la sentinelle les arrêta, et leur demanda leurs passeports. On y lut qu'ils étaient prêtres. On leur proposa le serment : « C'est pour avoir refusé de faire ce serment exécrable et impie que nous obéissons à la loi de 'a déportation.» La populace abusée cria : «Ce sont des prêtres réfrao taires ! » et commença par assommer les deux premiers. MM. Loiseau ot Lelièvre sont traînés sur le bord de la rivière. Là, on les somme
encore de prêter serment; ils continuent à répondre : c Notre conscience nous le défend. » On les jette dans la rivière; ils revienneni sur l'eau ; on leur crie : « Jurez donc, malheureux ; on va vous retirer..* Du milieu des flots, et à demi noyés : « Non, nous ne pouvons pas, -nous ne jurerons pas, » s'écrièrent-ils tous <Jeux. On les replonge; on les îetire : « Jurez donc, malheureux! .> Mourants et respirant à peine : « Nous ne jurerons pas, » répondirent-ils encore. A la vue de cette constance invisible, un dépit furieux s'empare du cœur des assistants; ils s'arment de fourches, les appliquent sur le cou des confesseurs, les replongent et les retiennent dans l'eau jusqu'à ce qu'ils expirent. Je ne sais si, dans l'histoire des martyrs, on trouverait un exemple où il y eut autant de rage du côté des bourreaux, et plus de constance du côté des confesseurs.
Les Héros Chrétiens parDuBOJS.
Parmi les innombrables victimes que fit la hache de quatre-vingttreize, celles qui ont arrosé de leur sang la terre que nous habitons, doivent sans contredit nous inspirer le plus vif intérêt. Ne laissons donc pas dans l'oubli ces prêtres-martyrs, dont peut à bon droit se glorifier le diocèse de Rodez.
M. Palangier, de la ville de Saint-Geniez, se trouva le premier qui, dans le département de l'Avey>on, confessa la foi par l'effusion de son sang. A l'instant où il fut arrêté, on le conduisit au tribunal de Rodez, qui le condamna à la peine de mort. Quand on lui eut lu la sentence, il leva les yeux au ciel, et fit à Dieu le sacrifice de ses jours, en l'unissant à celui de l'adorable Sauveur. Un spectacle aussi nouveau n'aurait-il pas dû toucher de compassion ceux qui l'environnaient? Autrefois ou plaignait les plus insignes scélérats, lorsqu'ils étaient traînés au supplice; mais hélas! depuis longtemps les aveugles démagogues avaient abjuré tout sentiment d'humanité, surtout envers les ministres du Seigneur. Qui le croirait, si ce fait atroce n'était attesté par des témoins dignes de toute confiance? les gendarmes et les révolutionnaires accablèrent l'homme de Dieu d'outrages ; ils le jeltèrent par terre et le frappèrent à coups redoublés, avec la crosse de leurs fusils; les barbares auraient achevé de l'immoler à leur fureur, si enfin quelqu'une des autorités ne se fût avancée pour suspendre cette scène horrible. Deux heures après que la condamnation avait été prononcée, la ville de Rodez compta un juste de moins, et le ciel sans doute un saint de plus ; sa tête tomba sous le tranchant de l'intrument fatal. Il n'était âgé que de 27 ans. Les Confesseurs de la foi , par l'abbé Carron.
Desmazes Antoine, né à Surguières, paroisse de Gaillac, canton de Laissac, aussitôt après sa promotion au sacerdoce, fut nommé vicaire à Verlac, près de Saint-Geniez-d'Olt. Pendant la tempête révolutionnaire, le curé de cette paroisse crut devoir s'éloigner, pour
échapper à la fureur de trois patriotes exaltés, qui le guettaient à tout instant, afin de le livrer à la mort. Mais son intrépide vicaire, doué d'une merveilleuse force d'âme, ne voulut pas encore quitter son poste, et il commua, pendant quelque temps, de donner les secours de la religion, non-seulement à la paroisse de Verlac, mais encore aux paroisses voisines, privées de leurs pasteurs. Cependant les plus grands dangers menaçaient sa tête ; un jour entre autres, comme il revenait d'administrer les derniers sacrements à un malade qui habitait un hameau assez éloigné, il faillit être atteint par un coup de feu. Il fallut donc céder à l'orage, et l'homme de Dieu s'éloigna à regret du théâtre de son zèle. Déguisé sous un habit de paysan, il erra de village en village, pour se soustraire aux poursuites acharnées de quelques forcenés, qui, dans ces localités, comme dans toute la France, faisaient trembler tous les honnêtes gens; il passa les nuits dans les bois, exposé à toutes les intempéries de l'air et à des privations de toute espèce, n'ayant pas même quelquefois une nourriture grossière pour apaiser sa faim. Fatigué de ce genre de vie, l'abbé Dcsmazes s'achemina vers le lieu de sa naissance. Déjà il se félicitait du bonheur de revoir ses parents, lorsque, arrivé près du pont de Gaillac, il s'aperçut qu'il était gardé par des soldats, qu'on avait mis en garnison dans ce village. Le passage était périlleux ; il crut cependant pouvoir le tenter à la faveur d'une nuit obscure. Malheureusement le bruit de ses pas est entendu ; et la sentinelle ayant crié qui vive} la conscience du saint prêtre ne lui permit pas de répondre : Arni. Ce mot probablement l'aurait sauvé ; et ce mot, il ne voulut pas le proférer, par la crainte de blesser la vérité. Surpris de n'entendre aucune réponse, les soldats s'approchent et s'emparent de lui. Conduit sous escorte à Rodez, il y fut guillotiné deux jours après son arrivée, au mois de décembre 1794.
2. Saint Chrysostome et Théodoret condamnent un serment entièrement contraire à la prudence et à la raison, prononcé par Saul, lorsqu'il poursuivait les Philistins. Il fit devant le peuple cette protestation avec serment : « Maudit soit celui qui mangera avant le soir, jusqu'à ce que je me sois vengé de mes ennemis. » Il n'était guère possible que ses gens, abattus de faim et de lassitude, n'eussent aucun besoin de se soulager, et ils auraient eu même beaucoup plus d'ardeur et de force, pour achever de défaire et de poursuivre leurs ennemis, si on ne leur eût point fait cette défense. Tout le peuple s'abstint donc de manger. Mais Jonathas, fils de Saùl, étant entré dans un bois où il y avait beaucoup de miel, en prit avec le bout d'une bagu-tie, et en porta un peuà sa bouche ; ce qui répara un peu ses fjtmj^Seul, ayant appris cette infraction à ses ordres, voulait le cp'Dàarmner à mort; et c'est ainsi que pour réparer le pré*
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tendu violement de son serment, il étouffait dans son cœur tous les sentiments de la nature, et il croyait faire un acte de piété religieuse, en se rendant le meurtrier de son fils : mais le peuple obtint la grâce de Jonathas. I. Reg., xxiv.
Sans le serment d'Hérode, dit encore saint Jean Chrysostome (1), /a tête de Jean-Baptiste ne fût pas tombée sous un fer homicide. Ce prince, tout vicieux qu'il était, ne laissait pas que d'avoir beaucoup d'estime pour le saint précurseur. Mais, dans un repas qu'il donnait aux grands de sa cour, charmé de la bonne grâce avec laquelle la fille d'Hérodias, dansait devant lui, il eut l'imprudence de lui promettre avec serment tout ce qu'elle demanderait, quand même ce serait la moitié de son royaurae. Cette fille consulta aussitôt sa mère ; et celle-ci, préférant à tout ce que son avarice et son ambition eussent pu désirer en cette rencontre ,, la satisfaction de la haine qu'elle avait conçue contre saint Jean, conseilla à sa fille de ne demander autre chose que la tête de ce saint personnage, qui n'avait pas craint de lui reprocher, en diverses rencontres, l'indignité de sa conduite. Hérode fut affligé de cette demande ; mais il se crut lié par son serment, et il fit décapiter saint Jean-Baptiste. C'est ainsi qu'un serment indiscret a causé la mort au plus grand d'entre les enfants des hommes. h Math., xrv.
3. Quand on ne jure que rarement, on jure avec plus de respect (2). La simple parole d'un homme probe doit a\oir tout l'effet d'un serment. — Les Phrygiens ne juraient jamais, et n'exigeaient aucun serment de personne. — Les Scythes dirent à Alexandre que jamais ils ne confirmaient les alliances par des serments. — Saint Basile (3) parle d'un certain Clinias, philosophe pythagoricien, qui, pouvant éviter par un serment une amende de trois talents, aima mieux perdre cette somme que de jurer, quoique cependant il n'eût pas dû jurer à faux.
Clotaire II, roi de France, aimait beaucoup saint Éloi, et il lui donna une grande part de sa confiance. Il le fit venir un jour en sa maison de Ruel, à deux lieues de Paris, pour lui faire prêter serment de fidélité, et il lui proposa de jurer sur les saintes reliques. Éloi promettait bien de lui demeurer toujours fidèle ; mais il ne put se résoudre à jurer, parce qu'il savait que Jésus-Christ a défendu tout jurement, hors le cas d'une véritable nécessité. Plus le roi le pressait, plus il se défendait avec humilité, jusque-là que la crainte d'offenser Dieu en obéissant an roi lui faisant craindre d'un autre côté d'offenser le roi en obéissant à Dieu, lui tira des yeux une
(1) D. Chrys., in sait. Herod
(2) Quùm parce jura tu r, sanctè juratur. Hierocl. in Pith
(3) D. Bas., de legenclis lib. Gentil.
jance de larmes, qui marquait la tendresse de son coeur, avec
la fermeté de sod «prit. Clotaire, jugeant que ses scrupules ne ve
roe de la délicatesse de sa conscience, n'insista plus, et lui
dit, au contraire, agréablement que cette répugnance qu'il faisait
ître de faire un serment, l'assurait beaucoup mieux de sa fidélité
que tous les serments qu'il pourrait faire.
St.-Ocein, vie de saint Éloi.
Du serment des sociétés secrètes.
>* jus ne connaissons pas de serments plus criminels et plus connablesqne ceux qu'on prête dans les soc:. «tes, telles que
celles des Francs- Maçons, Illuminés, Carbonari, Communéros et au- .iversement désignées, suçant la différence des langues et des pays. Le bût de c- liions, pius ou moins avoué, mais qui se
révèle a chaque instant, surtout en nos temps de troubles et de révolutions, par une fou.e de laits, c'est de renverser les gouvernements il et avar.: loal b religion qui en est le plus ferme appui.
Les francs-maçons font remonter leur origine jusqu'au temps de Salomon, et l'entourent de contes merveilleux, faits pour amuser .ais. On peut appeler de ce nom ceux qui n'ont été admis qu'aux trois premiers grades, et ne sont pas encore inities aux grands secrets réservés aux dignitaires supérieurs". La vérité est que la francmaconnerie, comme société secrète, créée, au commencement du dernier siècle, par un Anglais, lord Monlague, n'est autre chose que le protestantisme parvenu à l'état d'indifférence, et une sourde conspiration contre toute autorité légitime.
Voici le Quelle manière on obtient, dans la franc-maconnerie belge, le grade de chevalier de l Asie. Après avoir fait subir au récipiendaire une espèce d'examen sur les droits de l'homme et les crimes commis par la tyrannie et le fanatisme (1), si ses réponses sont trouvées satisfaisantes, on le soumet a diverses épreuves physiques où il doit montrer beaucoup de sang-froid et en quelque sorte de l'impassibilité. Ensuite, ayant les yeux bandés, les mains liées, la corde au cou, la tête nue, et ne portant pour tout vêlement qu'une robe blanche teinte de sang, on l'introduit, aux sons d'une musique funèbre, dans un caveau éclairé seulement par la flamme bleuâtre d'un vase rempli d'esprit-de-vin. La. se trouveo! un sépulcre, différents ossements et un cadavre couvert d'un drap mortuaire. Tous les frères dirigent leur glaive sur le cœur du candidat, comme s'ils
(1) On sait que, par ces mots, ils désignent le pouvoir temporel et la religion.
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tondaient le percer. On lui prend en même temps la main droite qu'on pose sur le cadavre; on lui met la gauche sur les statuts de l'ordre, et, dans celte attitude, on lui fait prêter le serment suivant: c Je jure sur toul ce que j'ai de plus sacré, sur les statuts du grade auxquels je m'engage de me conformer en tout et en tous lieux et M péril de ma vie, de [farder avec une fidélité à toute épreuve les secrels qui me seront confiés. Je jure de coopérer à la destruction <Jes traîtres et des persécuteurs de la franc-maçonnerie par tous les moyens qui seront en mon pouvoir...., de regarder les rois comme
les fléaux du monde, et de les avoir toujours en horreur le jure
de ne suivre d'autre religion que celle que la nature a gravée dans nos cœurs. Je jure obéissance sans restriction au chef de ce conseil... Je jure de travailler de toutes mes forces à étahlir la liberté et l'égalité parmi les hommes..; que toutes les épées tournées vers moi n'enfoncent dans mon cœur, si jamais j'avais le malheur de rn'éc;jrter de mes engagements portés de ma pleine et libre volonté.» Qui ne voit combien un pareil serment est abominable? Après l'avoir prononcé de vive voix, le récipiendaire est obligé de le signer de on sang.
Les règlements des carbonari ne sont pas moins terribles. La peine de mort s'y montre à chaque instant; la moindre indiscrétion, même involontaire, y est sévèrement punie. Les candidats jurent sur un poignard « de tenir, avant toutes choses, pour la liberté; « d'abandonner, au premier signal, les frères de leur sang, pour c aider et secourir leurs frères, les carbonari; d'obéir aveuglément ta leurs chefs; de conquérir la liberté les armes à la main ; de « garder un secret impénétrable sur les noms de leurs associés, et a « plus forte raison sur les desseins de l'association. » Lorsqu'un membre s'est rendu coupable de trahison ou de parjure, il est jugé par ses bons cousins, c'est le nom qu'ils se donnent ; et l'on d'entre eux est chargé d'exécuter sur lui la sentence capilale. Les carbo nari prennent encore le nom de Chevaliers de la liberté. Mais, vu les atrocités auxquelles leurs serments les engagent et qu'ils ont souvent commises, on pourrait les appeler plus justement les Chevaliers du poignard.
Les sociétés secrètes dissimulent ordinairement leurs noir3 complots, en se donnant comme des associations de bienfaisance ou de simples réunions de plaisir. Mai* alors pourquoi ce mystère dont elles s'entourent9 Pourquoi ne pas agir au grand jour? Il y a longtemps qu'on ne peut se faire aucune illusion sur leurs pernicieuses tendances; et aucun bon catholique ne peut les regarder comme innocentes, après que les Souverains Pontifes les ont si sévèrement condamnées. Voici quelques passages des bulles lancées contre eux, où se trouvent démasqués les ténébreux desseins de ces sectes clandestines, c Les carbonari, dit le pape Pie Vil, affectent un singulier
respect et un rèle tout merveilleux pour la religion catholique, eL pour là doctrine et la personne de notre Sauveur Jésus-Christ, qu'ils ont quelquefois la coupable audace de nommer leur grand maître, le chef de ieur société. Mais ces discours, qui paraissent plus doux que l'huile, ne sont autre chose que des traits dont se servent ces hommes perfides pour blesser plus sûrement ceux qui ne sont pas sur leurs gardes. Ils viennent à vous semblables à des brebis, mais ils ne sont au fond que des loups dévorants.... Tout preuve qu'ils ont principalement pour but de propager l'indifférence en matière de religion, le plus dangereux de tous les systèmes; de donner à chacun la liberté absolue de se faire une religion, suivant ses penchants et ses idées, de profaner et de souiller la passion du Sauveurparquelques-ur.es de leurs coupables cérémonies ; de mépriser les sacrements de l'Église auxquels ils paraissent en substituer quelques-uns inventés par eux ; enfin, de renverser ce siège apostolique contre lequel, animés d'une haine toute particulière, ils trament les complots les plus noirs et les plus détestables.
c Les préceptes de morale, que donne la société des carbonari, ne sont pas moins coupables, quoiqu'elle se vante hautement d'exiger de ses sectateurs qu'ils aiment et pratiquent la charité et les autres vertus, et qu'ils s'abtiennent de tout vice. Ainsi elle favorise ouvertement les plaisirs des sens ; ainsi elle enseigne qu'il est permis de tuer ceux qui révéleraient le secret ; et qu'il est permis d'exciter des révoltes, pour dépouiller de leur puissance les rois et tous ceux qui commandent, auxquels elle donne le nom injurieux de tyrans*
c On ne doit pas s'imaginer, dit Léon XII, que nous attribuions faussement et par calomnie à ces associations secrètes tous ces maux et d'autres que nous ne signalons pas. Les outrages que leurs membres ont osé publier sur la religion et sur les choses publiques, leur mépris pour l'autorité, leur haine pour la souveraineté, leurs attaques contre la divinité de Jésus-Christ et l'existence même d'un Dieu, le matérialisme qu'ils professent, leur codes et leurs statuts, qui démontrent leurs projets et leurs vues, prouvent te que nous avons rapporté de leurs efforts pour renverser les prince» légitimes et pour ébranler les fondements de l'Église; et, ce qui est également eertain, c'est queces différentes associations, quoique portant diverses dénominations, sont alliées entre elles pour leurs infâmes projets.
« Nou^ c ndamLons surtout et nous déclarons nul le serment impie, r>*r lequel ceux qui entrent dans ces associations s'engagent à ne révéler à personne oe qui regarde ces sectes, et à frapper de mort les membres qui feraient des révélations à des supérieurs ecclésiastiques ou laïques. N'est-ce pas, en effet, un crime que de regarder comme un lien obligatoire, un serment, c'est-à-dire un acte qui doit se faire en toute justice, et où l'on s'engage à commettre un
assassinat, et à mépriser l'autorité de ceux qui, étant chargés du pouvoir ecclésiastique ou civil, doivent connaître tout ce qui est important pour la religion et la société, et ce qui peut porter atteinte à leur tranquillité ? N'est-ce pas indigne et inique de prendre Dieu à témoin de semblables attentats? >
Enfin le souverain pontife Pie IX, dans son encyclique du 9 novembre 1846, renouvelant les condamnations portées par ses prédécesseurs contre ces sectes secrètes, dit qu'elles ont été vomies du sein des ténèbres, pour la ruine de la religion et des États.
On ne peut donc se lier à ces sociétés, sans se rendre coupable d'un péché très-grave ; et même, dans les grades inférieurs, bien qu'on ne soit pas initié à tous les secrets, on se rend complice de tout le mal qui se fait dans l'association, car il est manifeste, comme dit encore le pape Léon XII, que la force et l'audace de ces sociétés pernicieuses s'accroissent en raison du nombre et de l'accord de ceux qui en font partie.
Do compagnonnage*
A la maçonnerie se rattache le compagnonnage, qu'on a justement appelé une franc-maçonnerie populaire. Tandis que les bourgeois, les banquiers, les princes figurent dans leurs loges, les ouvrieis aussi ont voulu avoir leurs associations et se sont faits compagnons du devoir.
Si le compagnonnage n'avait pour but que de secourir les ouvriers, de leur procurer du travail clans la santé, de les assister en cas de maladie, et de les rendre, en un mot, comme le terme l'indique, compagnons par la communauté du pain, bien loin d'y trouver rien de blâmable, nous lui donnerions tou* nos encouragements. Mais, sans le croire aussi dangereux que la franc-maçonnerie, sans le regarder comme irréligieux de sa nature, quoiqu'il ne se soit pas placé, comme les anciennes corporations, sous l'invocation religieuse, il y a de graves raisons qui nous portent non-seulement à l'improuver, mais encore à le condamner ouvertement.
1° C'est une société secrète qui a ses initiations, ses pratiques occultes, son mot de guet. Or, \'Église est ennemie de toutes les sociétés secrètes; et, en effet, ce qu'il y a de bon, de pur, d'honnête ne craint pas de se montrer; il n'y a que le mal qui doive se cacher (1). .
2° Les compagnons jurent de ne jamais révéler, pas même en con-
(1) Honesta semper publica gaudent; scelera secrela sunt. Minut. Ftli*.
fession, ce qu'ils feront el verront faire, ni leur mot de guet. Or, un pareil serment est tout à fait illicite, et, bien loin de le tenir, ils sont obligés en conscience de l'enfreindre.
3° Les cérémonies qu'ils emploient pour la réception de leurs aspirants sont d'indignes parodies des mystères les plus augustes du christianisme, du baptême, de la messe, de la passion de Noire-Seigneur, et par là ils se rendent coupables d'un horrible sacrilège. Nous devons dire toutefois que plusieurs catégories de compagnons ont renoncé à ces cérémonies impies ; mais nous craignons que beaucoup ne les conservent encore.
4° Dans ces initiations, l'impureté se joint presque toujours au blasphème, car ils se font un jeu des récits et des conversations les plus obscènes.
5° Les résultats les plus clairs du compagnonnage ont été jusqu'à présent les coalitions, les rixes entre ouvriers, les rivalités des divers corps d'état. Ils sont divisés en plusieurs sectes, qui se donnent des dénominations injurieuses ou burlesques, et se font une guerre à mort. Il est impossible que deux troupes de devoirs différents se rencontrent, sans mesurer aussitôt leurs forces à coups de bâton. Les chansons traditionnelles dans chaque société ne sont que trop faites pour exciter l'amour de ces luttes sanglantes. Ce sont des imprécations et des menaces.
Que penser encore de ces hurlements qu'ils poussent dans leurs reconnaissances, au départ de quelques-uns d'entre eux, et à la cérémonie des funérailles? Que penser de ce pain et de ce vin qu'ils mettent sur la tombe du défunt? Ne sont-ce pas là des restes du paganisme?
Le compagnonnage n'a plus maintenant de raison d'exister; il ne répond à aucun besoin de la classe ouvrière. Rien n'empêche les ouvriers de se considérer comme formant une seule famille, sans qu'il soit pour cela nécessaire de recourir à des cérémonies et à des traditions désormais sans objet. Ils se doivent assistance et protection, rien de mieux; qu'ils créent donc des institutions de prévoyance et de charité ; mais, s'ils obéissent seulement à un sentiment de fraternité, à quoi bon cet attirail de mystères dont il3 s'enveloppent? Au reste, toutes ces divisions entre ouvriers ont déjà perdu de leur importance; le compagnonnage s'est discrédité lui-même par ses excès et ses abus; le bon sens des ouvriers achèvera, nous l'espérons, la ruine de cette institution bizarre.
4. Saint Jean Cbrysostome voulait qu'on brisât la bouche du blasphémateur (1).
Du temps de Moïse, vivaient trois hommes pervers, Coré, Dathan
(1) Da alapam et contere os ejus. D. Çhrys.
et Abiron, qui, unis à deux cent cinquante autres Israélites, voulurent lever contre Moïse et Aaron l'étendard de la révolte. Ils joignirent au crime de rébellion des blasphèmes contre Dieu.>Moïse, d'après l'ordre du Seigneur, ordonna à tout le peuple de se séparer d'eux, et dit : * Vous allez savoir que je tiens ma mission du Seigneur, et que je ne fais rien de moi-même. Si les coupables meurent d'une mort ordinaire, et qu'ils soient seulement frappés d'une plaie semblable à celle des autres hommes, le Seigneur ne m'a point envoyé; mais si la terre, ouvrant son sein, les engloutit et tout ce qui leur appartient, de sorte qu'ils descendent en enfer tout vivants, vous saurez qu'ils ont blasphémé le Nom du Seigneur.
A peine Moïse avait-il cessé de parler, que la terre se fendit sous leurs pieds, et les dévora, eux, leurs tentes et tout ce qui leur appartenait; Israël fut rempli d'effroi. Tous prirent la fuite, dans la crainte que le même malheur ne leur arrivât.
Sennachérib, roi d'Assyrie, écrivit à Ézéchias, roi de Juda, une lettre pleine de blasphèmes contre le Dieu d'Israël. L'orgueil de cet impie fut tel qu'il se faisait appeler le vainqueur des Dieux mêmes. Mais Dieu envoya Isaïe dire à Ézéchias : « Voici ce que dit le Seigneur contre Sennachérib : « A qui as-tu insul'é? A qui s'adressaient tes blasphèmes? Tu as outragé le Saint d'Israël ; c'est moi que tu as attaqué, et j'en tirerai vengeance. » Que cette vengeance fut éclatante 1 La nuit même qui précéda le jour où Sennachérib devait donner l'assaut à Jérusalem, l'Ange exterminateur fit périr cent quatre-vingt-cinq mille hommes de son armée. Et que devint-il luimême? Dieu, dit l'Écriture, lui ayant mis un mors à la bouche et un cercle au nez comme à une bête féroce, le ramena écrasé de honte dans un état triste et humiliant, à travers ces mêmes peuples qui, peu de temps auparavant, l'avaient vu si fier et si menaçant, Son humeur l'ayant rendu insupportable même à sa famille, deux de ses fils le firent périr.
Nicanor, ayant été chargé par Démétrius, roi de Syrie, de lui livrer Judas Machabée, avec lequel il avait conclu une trêve, employa l'artifice et la perfidie pour exécuter cet ordre. Profitant de la sécurité que la trêve inspirait au général des Juifs, il chercha l'occasion de se saisir de lui, se proposant de l'emmener pieds et mains liés à Antioche. Mais Machabée, se défiant de ses mauvais desseins , se retira avec quelques troupes, et battit Nicanor qui l'avait poursuivi. Celui-ci, désespéré de voir échapper sa proie, vint au Temple ; et, levant la main contre le saint lieu, il jura de détruire le Temple jusqu'aux fondements, si on ne lui remettait Judas entre les mains. Les prêtres allèrent au Temple, et dirent à Dieu, en versant des larmes: « Seigneur, vous avez choisi celte maison, pour que votre i>um y fût invoqué, afin quelle fût pour votre peuple une maisoh de prières
et d'obsécrations ; vengez-Aous de cet homme et de son arme e;eru'iis périssent par l'épée. Souvenez-vous de leurs blasphèmes, et ne les laissez pas vivre davantage.» Judas Machabée s'apprêta donc à livrer bataille. II n'avait que trois mille hommes contre une armée formidable ; mais il était plein de confiance dans le secours duSeigneur. Quand il fut en face de l'ennemi, il adressa à Dieu la prière en ces termes : « Seigneur, parce que ceux qui avaient été envoyés par Sennacbérib, niasphémèrent contre vous, il vint un Ange qui massacra cenV quatre-vingt-cinq mille hommes de son armée frappez de même aujourd'hui ces troupes en notre présence. » Le combat s'élant engagé, Nicanor tomba le premier, et les soldats, voyant leur général mort, jetèrent les armes; trente-cinq mille hommes furent tués. Le corps de Nicanor ayant été reconnu, Judas lui fit couper la tête et la main droite, qu'il fit porter à Jérusalem. Lorsqu'il y fut arrivé, il rassembla dans le parvis du Temple les prêtres et le peuple, et leur montra la tête de Nicanor, et cette main détestable qu'il avait levée insolemment contre la maison du Dieu tout-puissant. Puis, ayant fait couper en petits morceaux la langue de cet impie, il la fit donner à manger aux oiseaux. Sa main fut attachée vis-àvis le Temple, et sa tête au haut de la citadelle, comme un monument les vengeances divines contre les blasphémateurs.
Saint Polycarpe, étant menacé par un juge idolâtre d'être brûlé vif, s'il ne maudissait Jésus-Christ, répondit courageusement: «Il « y a quatre-vingt-six ans que je sers Jésus-Christ, et il m'a comblé « de biens ; comment pourrais-je dire des injures à mon roi, qui m'a « sauvé? » Flel*ry, Hist. Ecclés.
Dans un édit que saint Louis porta contre le blasphème, il ordonna que les personnes coupables de ce crime fussent marquées d'un fer rouge sur les lèvres. Il fit exécuter cette loi sur un des principaux habitants de Paris, qu'on avait entendu blasphémer dans la rue. Il voulait par là faire un exemple, en mettant le coupable dans le cas de se rappeler sans cesse ce qui lui avait attiré ce châtiment. Le peuple murmura de cette sévérité, et s'emporta même en termes injurieux. Louis défendit de faire aucune recherche à ce sujet, en disant : « Ce n'est que contre moi qu'ils ont parlé ; plût à Dieu qu'en « subissant moi-même la peine portée par ma loi, je pusse bannir « le blasphème de mon royaume ! » Quelque temps après, entendant les acclamations du peuple, à l'occasion de la charité et de la magnificence qu'il avait fait éclater dans certains ouvrages publics, il s'écria : * J'attends du ciel une plus grande récompense pour les « malédictions dont je fus accablé, quand je fis punir le blasphéma- « teur. > Nous sommes bien loin de demander des lois de sang contre un crime odieux; mais nous ne devons rien laisser ignorer de ce qui peut en inspirer de l'horreur.
Dans la lutte héroïque contre les oppresseurs de leur liberté et de leur foi, les soldats vendéens montraient le plus grand respect poulie nom de Dieu. On n'eût pas entendu un blasphème dans le camp, diî un historien, et la prière précédait le combat. Ces vertus purc.it s'altérer par la suite ; mais elles rendent témoignage aux vues nobles et religieuses, qui animèrent d'abord la Vendée.
On a vu dans le royaume de Naples un homme, qui avait blasphémé contre un crucifix, tomber mort, en passant un jour devanc ce même crucifix. — Un charretier, traversant le vallon de Novi, blasphéma contre un saint ; à peine eut-il lâché son blasphème qu'il tomba dans l'eau, et la barre de sa charrette lui frappant le cou, il se noya. Saint Liguori, qui rapporte ce trait, l'avait entendu de la bouche de gens qui en avaient été témoins.
Saint Grégoire rapporte qu'un enfant de cinq ans, d'une famille noble de Rome, avait contracté l'habitude de blasphémer, à l'imitation des domestiques qu'il entendait. Son père ne prenait pas la peine de le corriger. Un soir, après avoir blasphémé plus que de coutume, pendant le jour, l'enfant se trouvait près de son père ; tout à coup, saisi d'épouvante, il se mit à crier qu'il voyait des hommes noirs, qui voulaient l'emmener avec :,j\. A ces mots, il se jeta dans les bras de son père, en continuant „ses blasphèmes accoutumés, au milieu desquels il rendit l'âme. Dialog., 1 XIV, c. xm.
Après la mort de saint Dalmas, qui gouverna avec la plus grande édification l'église de Kodez, pendant soixante-cinq années, un méchant homme ayant osé, ('ans un repas, déchirer sa mémoire par d'horribles blasphèmes, fut tout à ccup frappé de mort.
Greg. Turon.
A combien de blasphèmes donne naissance la lecture des mauvais livres ! Un jeune gentilhomme d'Abbeville, nommé Jean-François Lefèvre de Labarre, s'étant gâté l'esprit et le cœur, en lisant divers ouvrages écrits par les philosophes modernes, se porta, avec quelques amis infectés des mêmes erreurs, aux excès les plus révoltants contre la religion de Jésus-Christ. 11 fut condamné, par arrêt du parlement de Paris, du 4 juin (76C, à avoir la tête tranchée, après avoir fait amende honorable, f ortant cetécrileau : Impie, blasphémateur, et sacrilège abominable. Le parlem?nt ordonna que le uutwnnaire philosophique de Voltaire, où il avait puisé les erreurs qui causèrent sa perte, fût jeté dans le bûcher qui consuma Je corps de ce malheureux. «Je puis certifier, dit Linguet (I), en parlant do Labarre, qu'il vivrait encore avec honneur, s'il n'avait lu le Dictionnaire philosophique et l'Evangile de la raison.* 0 vous donc qui voulez vivre avec honneur, gardez-vous de vous permettre, sous
(1) Annales polit., t. IV.