‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 40 sur 55 · DE L'INJUSTE DÉTENTION · texte numérisé non relu

DE L'INJUSTE DÉTENTION

bien qu'on leur a fait (1). C'est ainsi qu'en croyant se faire un ami en prêtant, on s'aperçoit, lorsqu'on veut cire payé, qu'on s'est fait un ennemi.

Il en est qui, sans nier ouvertement leurs dettes, en diffèrent indéfiniment le paiement, et pour les causes les plus futiles ; ils allèguent que les temps sont mauvais , qu'ils attendent une rentrée de fonds, le moment d'une vente favorable, etc., et, de délais en délais, ils ne s'acquittent jamais de leur parole.

Il en est qui usent de fraudes, de murmures, de menaces, pour obtenir des remises, feignant d'être insolvables, faisant entendre à leurs créanciers qu'ils n'auront rien, s'ils exigent le tout , et donnent ainsi à peine la moitié de ce qu'ils doivent, et veulent encore qu'on regarde comme un gain le peu qu'ils rendent (-2). Ce sont évidemment des hommes sans honneur et sans conscience.

Il en est qui empruntent des sommes qu'ils savent bien qu'ils ne pourront pas rendre. On peut leur appliquer ces paroles du Roi-Prophète : « Le pécheur empruntera et ne paiera point (3). »

Il en est qui se mettent dans l'impossibilité d'acquitter leurs dettes, parce qu'ils ne veulent rien retrancher de leurs plaisirs, de leurs amusements, de leurs jeux, de leur train ordinaire de vie, comme si l'argent d'autrui devait servir à les entretenir dans le luxe et la mollesse.

Il en est qui se croient dispensés de payer, parce que leur créancier est mort, sans laisser de titre qui constate la dette. Mais les héritiers succèdent au droit du défuni ; et, s'ils ne peuvent obtenir justice des hommes , ils l'obtiendront certainement devant Dieu.

Il en est enfin qui ne veulent pas payer , sous prétexte

(1) Et convitia et maledicta reddet illi, et pro honore et bénéficie reddet illi contumeliam. Eçcli., xxix, 9.

(2) Solidi vix reddet dimidium, et computabit illud quasi inveobonem. EccL, xxix, 7.

(3) Mutuabitur peccator, et non solvet. P*., xxxvi, 21.

IY. 21

que le créancier n'en a pas besoin. Mais s'il veut être payé, n'est-il pas dans son droit ? Il est plus riche que vous, je vous Taccorde, mais est-ce une raison d'être injuste à son égard ? Ce sont ces délais continuels des débiteurs, ces murmures, cette mauvaise foi, cette répugnance qu'ils montrent quand il s'agit de se libérer, qui tarissent la source des bienfaits, et qui ont fait dire au Sage que plusieurs se dégoûtent de prêter, non par dureté, mais dans la crainte qu'ils ont qu'on ne se fasse point de scrupule de les tromper (1). C'est encore ce qui a donné lieu à ce proverbe si connu : Crédit est mort, les mauvais payeurs Vont tué.

Il peut cependant arriver quelquefois qu'on se trouve dans l'impossibilité de payer ses dettes, sans qu'on puisse pour cela être taxé d'injustice. Ainsi, par exemple, c'est un honnête homme qui, aura été ruiné par un accident quelconque, par un incendie, un naufrage, une incursion de voleurs, une banqueroute; toute sa fortune a disparu, sans qu'il y ait eu de sa faute ; il est désolé de ne pouvoir faire face à ses engagements; et il abandonne de bonne foi tous ses biens à ses créanciers, sans en rien soustraire ni celer. Bien plus, il fait tous ses efforts pour relever sa fortune, s'appliquant au travail et évitant toute dépense superflue, afin de pouvoir au plus tôt satisfaire à ses obligations. Il est évident qu'un tel homme est plus à plaindre qu'à blâmer. Mais que ce cas est rare ! Et combien n'en voit-on pas, au contraire, qui s'enrichissent aux dépens des autres par des banqueroutes frauduleuses, et étalent ensuite une richesse scandaleuse, qui semble insulter à leurs iciers l.

On range parmi les dettes privilégiées, c'est-à-dire qui doivent être acquittées avant toutes les autres, le salaire dû aux serviteurs et aux ouvriers. Quand un homme aura

llj Haïti non causa lactitiae non fenerati sunt, sed fraur)ari gratis ti muer uni. bicli., iiix, 10.

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