DES CHOSES TROUVÉES
tien, ou la conservation de l'objet trouvé, ou pour frais de perquisition. Ainsi, vous avez nourri pendant plusieurs jours un animal égaré, vous avez payé le coût des publications faites à ce sujet, rien de plus juste que d'être indemnisé ; mais, sauf ce qui vous est du pour vos déboursés, vous ne pouvez rien demander. Toutefois il vous est permis d'accepter ce que le maître pourra vous offrir en pur don de sa libre volonté. 11 faut savoir en ce point se montrer d'une grande délicatesse.
Que si, après un temps suffisant et malgré toutes vos démarches, le maître ne se présente point, que faire de la chose trouvée? La pratique la plus suivie et l'enseignement commun des théologiens est qu'il faut l'employer à la destination la plus avantageuse au perdant, c'est-à-dire qu'il faut en faire à son intention des aumônes ou des œuvres pies. Si c'était une valeur notable, la précaution la plus sûre serait de la consigner dans un hôpital, avec stipulation qu'elle serait rendue aussitôt qu'on la réclamerait justement. De cette manière les pauvres y gagneraient, et le perdant pourrait toujours rentrer en possession de son bien.
Mais j'entends quelqu'un me dire : je suis pauvre moimême, ne puis-je pas m'appliquer cette aumône? Prenez garde que la cupidité ne vous aveugle. Si vous êtes pauvre, comme vous le prétendez, vous devez, pour l'acquit de votre conscience, consulter votre confesseur ou bien un homme éclairé et consciencieux, pour qu'il décide si vous pouvez vous adjuger tout ou partie de la chose trouvée. Ce serait témérité de vouloir là-dessus ne sten rapporter qu'à son propre sentiment 3.
D. Est-il aussi défendu par ce commandement de causer quelque dommage à son prochain?
R. Oui, il est défendu de causer aucun dommage à son prochain, et, si on lui en a causé quelqu'un, on est obligé de le réparer.
Porter préjudice à son prochain, c'est être aussi coupable que si on le volait. La seule équité naturelle nous dit que nous devons éviter de nuire aux autres, avec autant de soin que nous voulons qu'on en mette à ne pas nous nuire à nous-mêmes. C'est le propre d'une âme bien née de se montrer de la plus grande délicatesse, afin de ne jamais faire le moindre tort à qui que ce soit.
On peut causer du dommage au prochain en une infinité de manières : en dégradant ses meubles, en faisant des dégâts dans ses propriétés, en démolissant les murailles, en arrachant les haies ou clôtures et ouvrant ainsi des entrées aux animaux ; en maltraitant les bestiaux ou les laissant paître dans le fonds d autrui ; en détournant ou arrêtant le cours des eaux ; en foulant aux pieds l'herbe des prés ou les semences des champs ; ou bien encore, en ravissant aux autres, par médisances ou calomnies, la considération dont ils ont besoin, pour faire honneur à leurs affaires. Ce serait un détail immense, s'il fallait énumérer tous les genres de dommage qu'on peut causer au prochain. Que chacun s'examine, et, s'il se reconnaît coupable, qu'il songe à réparer tout le tort qu'ii a fait *.
Cependant, nous devons observer que nous ne sommes obligés à la réparation du dommage qu'autant qu'il arrive par notre faute. Car, si c'est un pur accident, qu'on n'a pu ni dû prévoir, on ne peut en être responsable. Dès l'instant que le tort ou dommage résultent d'un fait ou d'une négligence, qui ne sont pas criminels devant Dieu, celui qui le subit doit le supporter comme un cas fortuit. Ainsi, je suppose, vous êtes domestique, et, malgré toutes les précautions que vous prenez, vous cassez un vase précieux que vous tenez entre les mains ; ainsi encore, sans vous en apercevoir et malgré les efforts que vous faites pour l'éviter, une bête se laisse écraser sous les roues de votre char : dans ces cas et autres semblables, où il n'y a aucune faute de votre part, vous n'êtes tenu à rien, du moins avant la sentence du juge. La perte tout entière tombe sur le