‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 46 sur 55 · III. Reg., xvi · texte numérisé non relu

III. Reg., xvi

Il se trouva des hommes assez pervers pour oser porter de faux témoignages contre le Fils de Dieu fait homme. Ces malheureux osèrent mentir effrontément contre la Vérité même, et cherchèrent! à faire condamner le Juste par excellence, par leurs accusations calomnieuses. Triste et lamentable exemple des excès, auxquels la haine et les passions du cœur peuvent porter les hommes qui s'y abandonnent.

Les anciens Romains se sont constamment distingués par leur attachement à ia vérité. Voici l'éloge qu'en fait Cicéron (1) : « Voyes « nos Romains, lorsqu'ils rendent un témoignage en jugement: c commo ils se retiennent, comme ils pèsent tous leurs mots ! comme t ils craignent d'accorder quelque chose à la passion, de dire plus

(i) Oratio pro Flacco, c. iv.

« ou moins qu'il n'est rigoureusement nécessaire ! » Il n'en était pas de même des Grecs : leur penchant au mensonge et à la fourberie était devenu proverbial. L'Orateur romain les dépeint en ces termes : c Je ne leur dispute, dit-il, ni les lettres ni les arts, ni l'élégance du langage, ni ls. finesse de l'esprit, ni l'éloquence ; et, s'ils ont encore d'autres prétentions, je ne m'y oppose point ; mais, quant à la bonne foi et à la religion du serment, jamais celte nation n'y a rien compris ; jamais elle n'a senti la force, l'autorité, le poids de ces choses saintes. D'où vient ce mot si connu : Jure dans ma cause, je jurerai dans la tienne? Donne-t-on cette phrase aux Gaulois et aux Espagnols? Non, elle n'appartient qu'aux Grecs, si bien que ceux mêmes qui ne savent pas le grec, savent la répéter en grec. Contemplez un témoin de cette nation : en voyant seulement son attitude, vous jugerez de sa religion et de la conscience qui préside à son témoignage..... Il ne pense qu'à la manière dont il s'exprimera, jamais à la vérité de ce qu'il dit.... » Nous aimons à croire que ce portrait n'a rien de commun avec les Grecs d'aujourd'hui.

Celui qui chérit la vérité par-dessus toutes choses ne cesse de la suivre, même contre son intérêt; il est aussi fidèle à la vérité qui l'accuse qu'à celle qui l'honore ; et il ne la sert jamais si fidèlement que quand il s'immole pour l'amour d'elle.

Parmi tant de généreux martyrs de la vérité, nous citerons un vénérable curé de ce diocèse qui, pendant la tourmente révolutionnaire, aima mieux mourir que de porter un faux témoignage en sa faveur. Pasteur de la paroisse de Saint-Hilaire et parvenu à sa soixantième année, M. Durand était couvert de la vénération publique pour sa piété, ses talents éminents, et pour le fruit immense qu'il faisait dans les missions, auxquelles il s'était consacré depuis vingt-cinq ans; il remplissait avec distinction ce touchant ministère. Sept ou huit de ses paroissiens, égarés par les erreurs et par les passions du temps, eurent le front de se cacher dans une maison, où ils savaient que leur vertueux curé avait coutume de se retirer; s'étant saisis de sa personne, ils le conduisirent avec barbarie dans les prisons de Rodez. Au premier bruit de son arrivée, la douleur atterra tous les vrais catholiques, sur le sort funeste qui l'attendait. Quelques dames, animées d'une charité aussi vive que leur reconnaissante était juste envers l'homme de Dieu, vinrent en fondant en larmes se jeter aux pieds du président du tribunal; elles faisaient auprès de ce nouveau PiUte des instances réitérées pour obtenir la grâce de l'accusé, demandant du moins qu'on fermât les yeux sur les moyens que l'on so proposait de prendre pour le faire évader. Le magistrat répondit que l'accusé ne serait pas condamné à mort, si, dans l'interrogatoire, il répondait qu'il ne connaissait pas la loi qui condamnait

les prêtres réfractaires à la peine capitale, pour n'avoir pas quitté îa France dans le temps voula par les autorités du jour. Comme ces dames étaient égarées par leur attachement et par leur respect pour M. Durand, elles trouvèrent dans la réponse équivoque du juge une heureuse issue aux desseins qu'elles avaient formés, et coururent à la prison informer le vénérable prisonnier du moyen de délivrance qui lui était suggéré. La joie de ces amies indiscrets ne fut pas de longue durée : elles trouvèrent le juste en prière ; il les écouta paisiblement, et les remercia des peines et des soins qu'elles s'étaient donnés; il leur répondit que rien au monde ne serait capable de l'engager à conserver la vie par un mensonge ; que, s'il n'avait pas d'autres moyens pour se sauver, il préférait mille fois la mort au malheur d'offenser son Dieu. Le leademain on conduisit le confesseur de Jésus-Christ au tribunal, pour qu'il y fût interrogé, c Que faisais-tu, lui demandèrent les juges, dans les lieux où tu avais coutume de te retirer ? » — « J'y faisais mon devoir, répondit l'accusé ; du moins telle était mon intention. » — « Mais lu appelles ton devoir de baptiser, de confesser, de catéchiser ou d'administrer les sacrements. » — «Justement, réplique le missionnaire. > — « Mais tu savais qu'il existait une loi du gouvernement qui te le défendait?» — «Je ne l'ignorais pas; mais je savais aussi qu'avant toutes les luis humaines je devais obéir à Dieu. J'en ai contracté l'engagement, au jour de mon baptême, et je l'ai renouvelé lorsque j'ai été décoré du sacerdoce. » — « Mais lu ne connaissais/pas la loi qui t'obligeait à sortir de France ?» — « Je la connaissais parfaitement; mais je . n'ai pas voulu m y conformer, parce que je voulais donner aux fidèles les secours de la religion. > — « Eh bien, tu connaîtras celle qui va mettre fin à les travaux ; cette même loi, que tu as méprisée, te condamne a mort. »

Plusieurs prêtres constitutionnels, qui hab'taient Rodez, avaient été attires par une curiosité, je dirai volontiers féroce, dans la salle du tribunal : on prétend qu'ils avaient à leur tête l'évêque intrus du département. A l'i. stant où la sentence homicide fut prononcée, ils battirent des mains pour applaudir a l'arrêt d'iniquité. « Dieu soit béni ! dit alors la victime : que sa sainte volonté soit faite ! Donnezmoi quelques moments pour me [.réparer à comparaître au jugement de Dieu. » Ce peu de moto, qui furent prononcés avec la constance a un apôtre et le calme d'un prédestiné, portèrent la fureur des. révolutionnaires au dernier degré de frénésie. Ils s'élancent sur H. Durand, jjmme des bêtes sauvages, t'accablent d'outrages, le jettent par terre, le meurtrissent de coups, ensanglantent ses joues à force de soufflets. Le disciple d'un Dieu mourant sur la croix supporte tous ce; maux, sans se livrer aux moindres murmures. Quel- ■ heures après, il est conduite l'échalauJ. Les membres du clergé

constitutionnel se rendirent sur la place de l'exécution, et battirent encore des mains, à l'instant où tomba la têle du confesseur de Jésus-Christ.

fl faut le déclarer, à la honte de cette atroce révolution, qui, aux pius douces, aux plus innocentes habitudes fit succéder, dans Sdà adeptes, les éclats d.u plus épouvantable délire : ces malheureux prêtres constitutionnels accouraient des différentes parties du département de l'Aveyron au lieu destir * pour le martyre des ministres catholiques; ils voulaient repaître feurs regards du barbare plaisir de voir tomber la têle do ces héros chrétiens qui, répandant leur sang pour la défense de la foi, par là même reprochaient avec tant d'énergie à ces coupables confrères leur fatale apostasie. Pendant ce temps de désolation, les fidèles s'enfermaient dans l'enceinte de leurs maisons, pour n'être pas témoins du massacre que l'impiété Taisait de leurs vertueux pasteurs; ils élevaient les yeux et les mains vers le ciel, pour demander miséricorde au Tout-Puissant, afin qu'il daignât mettre un terme aux calamités qui désolaient la Fiance. Mais le courage, disons mieux, la criminelle insensibilité des prêtres schismatiques ou apostats tenait seule contre ces horribles spectacles; à chaque tête qu'ils voyaient tomber sous le fer homicide, ils faisaient retentir les airs de cris de joie, et regardaient ces jours d'abomination comme des jours de triomphe pour eux. Toutes les fois qu'on devait faire une exécution de ce genre, le curé de Saint- Amans partait en cérémonie, escorté des ecclésiastiques attachés à son église ; et il avait soin de se placer de manière que les condamnés, en montant à l'échafaud, pussent apercevoir la croix, à la suite de laquelle on allait conduire au tombeau leur dépouille mortelle.

On assure que, pendant les deux nuits qui suivirent l'exécution du bon curé de Saint-Iïilaire, on découvrit une lumière extraordir'>ire, brillant en forme de couronne, à une légère dislance au-dessus de la guillotine, qui était en permanence. On ajoute que cette apparition effraya tellement les soldats qui se trouvaient dans le corps de garde voisin, qu'ils se hâtèrent de prendre la fuite, et ne voulurent plus ensuite servir de sentinelles, lorsqu'on exécutait des prêtres. Quoique ce fait soit rapporté par plusieurs personnes qui déclarent en avoir été témoins oculaires, nous ne nous permettrons point de le présenter comme indubitable; mais un trait de la justice divine, que l'on n'a pu contester sur les lieux, c'est que presque tous les dénonciateurs de la vénérable victime sont morts misérablement 3t de la manière la plus effrayant.

DEUXIÈME INSTRUCTION

Du mensonge. — Trois sortes de mensonges. — Divers Ocgré.s de malice dans ce péché. — Futililé des raisons alléguées pour justifier le mensonge. — Des équivoques et des restrictions mentales.

D. Que nous défend encore ce commandement : Faux témoignage, etc.?

R. Il nous défend le mensonge, les équivoques, la calomnie, la médisance, la flatterie et le jugement téméraire.

Ce n'est pas seulement par le faux témoignage qu'on blesse la justice et la charité qu'on doit au prochain, mais encore par les mensonges, les médisances et calomnies, par les paroles oulrageuses, les soupçons injustes, les jugements téméraires. D'ailleurs ces divers péchés se rapportent tous plus ou moins au faux témoignage. Ainsi le mensonge a cela de commun avec le faux témoignage qu'ils sont l'un et l'autre une fausse assertion ; la calomnie est dans toute la force du terme un faux témoignage qu'on rend contre quelqu'un, non pas, il est vrai, en public, mais en particulier; la médisance est un témoignage vrai, mais injuste, parce qu'on le porte par malice et sans nécessité. Pareillement, les soupçons et jugements téméraires sont des témoignages malicieux qu'on porte contre le prochain dans le secret de sa conscience. Voilà pourquoi, au jugement de tous les théologiens, toutes les paroles, et même toutes les pensées injurieuses au prochain , sont implicitement défendues par le huitième commandement qui dit : Vous ne porterez point de faux témoignage (1). Nous allons aujourd'hui nous occuper du mensonge.

D. Qu'est-ce que mentir?

R. Mentir, c'egt parler autrement qu'on ne pense.

(l) Non loçtwrlf scotra proximum tuum falsum testimonium. Esod., xx, !C

Mentir, c'est parler contre sa pensée; c'est exprimer par paroles ou autres signes le contraire de ce qu'on a dans l'esprit. On peut mentir tout en disant la vérité, comme aussi on peut dire des choses fausses sans mentir. Par exemple, vous dites que votre père n'est pas sorti de la maison, ce qui se trouve réellement vrai ; mais en le disant vous croyez que votre père est dehors, vous mentez. D'un autre côté, vous m'assurez de bonne foi que votre frère est à l'école, parce que vous le croyez ainsi, quoique parle fait votre frère coure les champs; vous vous trompez, mais vous n'avez pas menti. Le mensonge consiste en général dans l'intention qu'on a de parler contre la vérité. Telle est la définition qu'en a donnée saint Augustin (1).

On distingue trois sortes de mensonges : le mensonge joyeux qu'on dit pour plaisanter, le mensonge officieux qu'on dit pour rendre service à quelqu'un, le mensonge pernicieux qui cause du dommage au prochain.

Cela posé, nous demanderons :

D. N'est-il jamais permis de mentir?

R. Non, parce que tout mensonge est péché.

Pour nous excitera l'horreur du mensonge , considérons qu'il est :

4° Opposé à Dieu. Car Dieu est la vérité première, la vérité par essence. D'où il suit que tout ce qui blesse la vérité offense Dieu (2). Le mensonge est tellement incompatible avec Dieu que, s'il pouvait le permettre, il cesserait aussitôt detre Dieu. Mais loin de là il réprouve le mensonge dans les termes les plus formels; et les livres saints, qu'il a lui-même inspirés, sont pleins de textes, où tantôt il nous avertit d'éviter le mensonge : «Vous fuirez le men-

(1) Ille raeùtitur qui aliud habet in animo , et aliud verbis vel quibuslibet significationibus enuntiat. D. Aug.t de Mendac., c. m.

(2) Si Christus est veritas, profectô Christum negat qui veritatem negat. D. Aug., serm. J, de Decoll. S. Joan.

songe (1); » — a gardez-vous de commettre aucun mensonge , car l'habitude de mentir n'est pas bonnp (2) ; » tantôt il nous exhorte de la manière la plus touchante à ne jamais irahir la vérité : g 0 enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur assez dur, pour aimer la vanité et chercher le mensonge (3) ? » tantôt enfin il menace des plus terribles châtiments ceux qui selaissenfc aller à ce vice : a Celui qui prononce des mensonges périra. — Loin d'ici, loin de la cité sainte, les chiens, les empoisonneurs, les impudiques, les homicides, les idolâtres, et quiconque aime et fait le mensonge. — La place de tous les menteurs est avec tout ce qu'il y a de plus corrompu au monde, dans Tétang brûlant de feu et de soufre, qui es'- la seconde mort1 (A).

2° Nuisible à la société. Les hommes ont de continuels rapports entre eux; et c'est ce commerce habituel, qu'ils sont obligés d'entretenir les uns avec les autres, qui fait un des liens les plus doux et les plus utiles de la vie. Mais s'il n'y a point de bonne foi, point de sincérité, il est impossible que la société subsiste. \Le monde ne sera plus qu'un théâtre de fourberies et d'embûches, où l'on ne pourra plus se fier à personne , où chacun devra se tenir continuellement sur ses gardes , pour n'être pas ou trompé ou surpris. Ainsi, plus de sûreté dans la vie; mais inquiétude, soupçons continuels, et, par une suite nécessaire, la ruine de tout esprit social , voilà les tristes effets que produirait le mensonge.

3° Déshonorant pour celui qui le commet. On a remarqué

(1) Mendacium fugies. Exod., xxni, 7.

(2) Noli velle mentiri omne mendacium, assiduitas emm illius non estbona. htcli., vil, 14.

(3; Filii hominum, usquequô gravi corde ? Ut quid diligilis vacitatem et quaeritis mendacium ? Psal. iv, 3.

(4) Qui ioquilur mendacia peribit... Forls canes, et venefici... et ounis qui amat et facit mendacium .. Pars illorum erit in stagno s.denti igné et sulphure. Prov., xix, 9. — Apec, xxi, 8, xxn, 16.

que,parmi les animaux, les plus faibles et les plus lâches sont les plus fins et les plus artificieux. De même aussi les plus petits esprits, les cœurs les plus mal faits, sont les moins droits et les moins sincères. Voilà pourquoi on regarde ce vice comme l'apanage des âmes viles et basses. C'est ce qui fait que les menteurs sont partout méprisés (!). On se méfie toujours d'eux, car une âme double est capable de tout, parce qu'elle n'a point de principes de conscience ui d'honneur. Ils ont la honte de voir qu'on ne les croit plus, alors même qu'ils disent la vérité. En effet, celui qui a abusé une fois de la confiance qu'on lui accordait, ne "mérite plus de l'obtenir. Un homme qui a l'âme belle et le cœur noble, ne sait ce que c'est que mentir ; il croirait se trahir lui-même en trahissant ses sentiments, et renoncer à l'honneur en renonçant à la vérité. Aussi on l'écoute avec respect, on l'estime , on a confiance en lui , parce qu'on sait qu'il ne trompe pas; sa parole persuade pleinement; on se félicite de nouer des relations avec lui. Quant aux menteurs, un dernier trait qui les caractérise, c'est qu'ils deviennent les enfants de Satan. Ce titre seul devrait les faire rougir, et c'est Notre-Seigneur lui-même qui le leur donne : « Vous êtes les enfants du démon, leur dit-il, car il est menteur et père du mensonge (2).»

Les menteurs, sentant eux-mêmes combien leur vice est odieux, prennent toute sorte de précautions pour éloigner d'eux tout soupçon; ils sont toujours prêts à assurer, à jurer même qu'ils ne mentent pas ; ils se fâchent, ils s'emportent, s'ils entrevoient qu'on doute de ce qu'ils disent. Tant il est vrai que Dieu a mis au dedans de nous un sentiment invincible d'estime pour la sincérité et la droiture, et de mépris pour le mensonge. Et ce sentiment est si fort, qu'on regarde comme une grossière injure la qualification de menteur.

(1) Opprobrium ncquam in homine mendacium. Eccli., xx, 26.

(2) Vos ex pâtre diabolo estis... quia mendax est et pater ejus Joan., vin. 24.

Cependant, tout hideux qu'est ce péché, hélas ! qu'il est commun ! Le Prophète se plaignait autrefois que la vérité n'était plus connue sur la terre (1). Et, de nos jours, malgré les lumières de l'Évangile qui nous éclairent, ne voyons-nous pas ce vice régner partout, et infecter tous les âges et tous les états ? Mais plus il est répandu, plus nous devons nous efforcer de nous en garantir.

D'après ce que nous venons de dire, il est aisé de voir qu'il n'est jamais permis de mentir. Nous insisterons encore sur cet important sujet, et nous dirons que, quelque bien qu'il puisse ea résulter, quelque mal qu'on puisse éviter, on ne doit jamais proférer le plus léger mensonge. Pourquoi ? Parce que tout mensonge est un péché par lui-même. Car, dit saint Thomas, les paroles étant naturellement le signe et l'image de nos pensées, c'est agir contre la nature et contre la raison que de s'en servir pour exprimer le contraire de ce qu'on pense; c'est abuser de la faculté de parler; or, tout abus des choses contre leur institution est un péché. On peut comparer le mensonge à un trait empoisonné qui blesse, à la fois, Dieu, qui est la souveraine vérité, l'esprit de celui à qui l'on parle, en lui dérobant la vérité, el qui nuit encore au public, en violant la foi commune et en détruisant la société (2).

Au jugement des saints Pères et en particulier de saint Bonaventure, le mensonge est si essentiellement un péché qu'il n'y a point de conjoncture, point de dispense, ni divine ni humaine, qui puisse le rend relicite (3). On ne doit s'en permettre aucun, ajoute saint Augustin, quand il s'agirait du salut d'une âme (4). Aiguisez le fer, préparez le

(1) Omnis homo m e n dax. Psal cxv, il.

(2) Sag-iita vulnerans, hngua eorura. Jerem., ix, 8.

(3) Adeô est ipsi mendacio essenliale esse peccalum, ut nullo pacto, nullo fine, nullâ dispensatione nec humanâ nec divinâ possit fieri benè. D. Bonav., 3, dist. 38, art. 1, q. 2.

(4) Ad sempiternam salutera nullus ducendus est, opitulante mendacio. D. Aug., de Mendac, c. xx.

feu, dit Eusèbe de Césarée ; mais vous avez beau me menacer des plus rudes châtiments ; vous verriez plutôt îea étoiles tomber du firmament, que de m'entendre prononcer la moindre fausseté (1).

Cela est bien fort, m'objectera-t-on peut-être ; quoi! si, par un petit mensonge, je pouvais sauver la vie à un homme, ou faire entrer une âme dans le ciel, ne me serait-il pas permis de mentir? — Eh bien, même en rse cas, il ne vous est pas permis de mentir. Faites toutes les suppositions que vous voudrez, cherchez tous les prétextes, examinez toutes les causes, je vous répondrai toujours : Il n'est jamais permis de mentir, parce que, comme nous renseigne le grand Apôtre, nous ne devons jamais faire le mal, quelque bien qu'il puisse en résulter (2). Si le bien se fait aux dépens de la vérité, ce n'est plus un bien, il n'est plus conforme à la volonté de Dieu; et Job vous répondra encore : « Est-ce que Dieu a besoin de votre mensonge, pour empêcher le mal et faire le bien, quand il lui plaît, et pour accomplir les desseins de sa providence (3) ? b Nous pourrions aussi, dit saint Augustin (4), rendre service à un pauvre, en dérobant pour lui faire l'aumône ; ce vol en serait-il moins un péché? Pareillement, le mensonge necesse pas d'être un péché, parce qu'il est utile au prochain. Ce serait s'exposer à donner la mort à son âme, pour faire du bien aux autres ; la perte serait trop considérable par rapport au profit. Avant qu'on put trouver un cas où le mensonge serait licite, il faudrait pouvoir établir qu'il y a des circonstances où il est permis de pécher, et où les péchés mêmes deviennent des actions ue vertu, ce qui est absurde.

(1) Ensem acue, ignem afferas ; stellae in terram priùs descendent quàm falsuin à me quidquam audias. Prœparat. Ev.t iib. VI,

c- IV.

(2) Et non faciamus mala ut veniant bona. Rom,, m, 18.

(3) Numquid Deus indiget vestro mendacio ? Job, un, 7.

(4) Enchirid., ad Laur.

S'il n'est paspermisde mentir, même pour rendre service à plus forte raison doit-on s'abstenir de ces mensonge* qu'on dit pour badiner et par manière de récréation. &N mentez en aucune manière, nous dit 1 Esprit-Saint ca l'habitude du mensonge est funeste (I) Un chrétien, bie: pénétré de cet esprit de simplicité évangélique, tant re commandé par le Seigneur, déteste toute feinte, tout tromperie. Et, d'ailleurs, savez-vous ce qui arrive? Lors qu'on ne se fait aucun scrupule de dire de petits menson gos, on ne tarde pas à franchir les bornes, et on fini presque toujours par s'en permettre de plus graves.

Cependant, tout en condamnant le mensonge, nou: conviendrons aisément que tous ne sont pas égalemen criminels. Il y a divers degrés de maiiee dans ce péché Le moins blâmable de tous semble être le mensonge officieux. On ne doit pas non plus condamner trop sévèrement le mensonge joyeux, qu'on se permet pour égayer la conversation. Ces deux sortes de mensonges ne sont que des fautes vénielles, mais qui peuvent avoir quelquefois de fâcheo inconvénients (2). On doit même excuser de mensonge ces fictions ou exagérations, dont certaines personnes embellissent leurs discours, sans aucune intention de tromper, parce qu'à leur ton et à leurs manières, on peut voir aisément que ce qu'elles disent n'est que pur badinage, alors même que quelques esprits simples et crédules s'y laisseraient prendre 2. Quant au mensonge pernicieux, il est mortel de sa nature ; c'est à celui-là que s appliquent ces paroles de l'Écriture : « La bouche qui ment tue l'âme ; les lèvres menteuses sont en abomination devant le Seigneur (3). » Il peut néanmoins devenir

(Il Noli veîle mentiri omne mendacium. Eccli., vu. H. v2) Non magna culpa est ; sed tamen non sunt sine cnlpâ. D. Aua »n psal. v, *

[3] Os quod mentitur occidil animam... Abominatio Domino 1» bia mendacia. Sap., i, 11. — pr0v., xn. 22.

péché véniel, à raison de la légèreté de la matière, ïorsqu'ii ne cause ni un tort ni une injure notables.

Il y a des mensonges horriblement pernicieux : ce sont ceux que commettent ces menteurs impies, qui traitent de fables les vérités de lareligiop. de fanatisme et de superstition les pratiques les plus saintes et les plus autorisées du christianisme ; et ces menteurs impudiques qui, pour porter une personne au mal et la rassurer cor.tre les terreurs de sa conscience, lui assurent qu'il n'y a aucun péché, ou qu'un péché très-léger à consentir à leurs mauvais désirs, et débitent mille maximes scandaleuses; et ces menteurs intéressés et avares, qui trompent dans les marchés, dans le prix, ou la qualité, ou la quantité des objets qu'ils vendent; et ces menteurs calomniateurs, qui noircissent la réputation de leur prochain. Tous ces menteurs, en offensant le Seigneur, en nuisant à leurs frères, perdent leur âme ; et leur part sera avec les homicides, les adultères, et tous les ennemis de Dieu.

Le mensonge m'est nécessaire , disent certains marchands, pour faire aller mon commerce. Si je ne dis pas que cette marchandise m'a coûté tant, qu'elle vaut tant, que j'en ai refusé tant, que je l'ai vendue plus cher à d'autres, quoique rien de tout cela ne soit vrai, je ne gagnerai jamais rien. Si je ne dis pas, continue un ouvrier, que je ferai tel ouvrage en tel temps, qu'il sera prêt à tel jour, quoique je sache très-bien que cela m'est impossible, on ne me le confiera pas, je manquerai de travail. — Voilà comment, pour un gain temporel, on ne craint pas d'offenser Dieu. Une seule réponse me suffirait pour confondre ces gens intéressés : « Que sert-il de gagner l'univers entier, si on vient à perdre son âme (1)? » Mais j'ajoute qu'ils se trompent grossièrement, s'ils croient que la vérité puisse nuire à leurs intérêts temporels. Un homme,

(1) Quid prodest homini si universum mundum Iucrelur, animse verô suae delrimentum paliatur? Math., xvi, 2G.

qui aurait une réputation bien acquise de droiture, de sincérité, de franchise, n'en aurait que plus de confiance; son commerce acquerrait de jour en jour plus d'extension, et ses profits en deviendraient plus considérables. Combien, en effet, y a-t-il de marchands qui vendent à prix fixe, sans en rabattre un centime ! Ils économisent par là un temps considérable qu'on perd à marchander, et ils s'épaignent une infinité de mensonges. A-t-on pour cela remarqué que leur magasin soit moins achalandé, et qu'ils soient devenus plus pauvres?

Mais je n'ai menti que pour rendre service à mon frère, pour pallier sa faute, pour lui éviter une îéprimande sévère. — Nous avons dit que le mensonge ufficieux est le moins condamnable de tous. Mais voudrait- on en faire un acte de vertu, un acte de charité? Un acte de charité, en opposition avec la vérité ! c'est impossible. En couvrant les torts de votre frère, vous l'encouragez i en avoir de nouveaux; vous empêchez sa conversion; vous coopérez à ses fautes 3.

Le mensonge m'est nécessaire pour conserver la paix avec un mari violent, avec un maître bizarre et rigide, qui tempêteront pendant une heure pour une bagatelle, si je ne leur oppose un petit mensonge. — Tertullien vous répond tout simplement qu'il n'y a jamais de nécessité de faire ce qui est mal ; qu'il n'y a qu'une nécessité qui est de ne pas pécher (1). Vous croyez vous tirer d'affaire et remédier à tout par un mensonge; mais, prenez garde, votre ruse sera tut ou tard découverte, et alors l'orage ne fera qu'éclater avec plus de violence. Que de chagrins et d'humiliations vous vous préparez, pour le moment où vous serez reconnu pour un menteur !

Mais si je ne mens pas, je serai puni. — C'est surtout la raison des enfants, des écoliers et autres inférieurs.

(1) Nulla est nécessitas delinquendi, quibus unaesi nécessitas non delinquendi. Tertull., de Cor., vi 21.

Quand ils sont en faute, un mensonge leur vient si à propos, pour s'excuser, pour se soustraire au châtiment ! Quoi! leur dirai-je, vous craignez plus les hommes que Dieu ! Une réprimande, une punition légère vous fait trembler ! et comment ferez-vous pour éviter les justes reproches du Dieu de toute vérité ?

Ayez donc horreur de tout mensonge, si léger <*u'il vous paraisse, vous surtout qui êtes à cet âge heureux, qu'on regarde comme l'âge de la franchise et de la candeur. Ah ! que la vérité soit toujours dans votre bouche. Soyez bien convaincus qu'il vaut mieux convenir ingénument de ses torts, et s'exposer même parla à être puni, que de les aggraver par un mensonge. Une faute avouée est à demi pardonnée.

Au mensonge se rapportent les équivoques et les restrictions mentales, dont il nous faut maintenant dire un mot.

D. Qu'entendez-vous par les équivoques?

R. Ce sont des paroles qui ont deux sens et que Ton emploie pour tromper le prochain.

Quelquefois il arrive qu'on voudrait, tout en mentant, dire la vérité, et on a recours à mille ruses, à mille détours pour déguiser sa pensée ; on emploie des termes ambigus, qu'on fait entendre en un autre sens qu'on ne des entend soi-même. Une équivoque, de laquelle on se sert de propos délibéré pour tromper celui à qui l'on parle, est un véritable mensonge.

La restriction mentale est une parole fausse, qui ne peut revenir vraie que par l'addition d'un sens caché, qu'on retient intérieurement. Par exemple, on demande à quelqu'un s'il a été à la messe, et il répond : oui, quoiqu'il n'ait pas entendu la messe ce jour-là même, voulant dire qu'il y a assisté le dimanche précédent ; c'est encore un véritable mensonge.

Le Seigneur condamne toutes ces subtilités, tous ces faux-fuyants, qu'on invente pour induire le prochain en erreur, pour se disculper d'une faute, pour éviter un re-

proche. Ces diverses manières d'en imposer ne peuvent aucunement s'accorder avec la candeur, la sincérité, la simplicité, que Jésus-Christ nous a tant recommandées *.

Malheur à ceux qui ont le cœur double, a dit FEsprit- Saint (1). Celui qui parle avec ruse, est haïssable (2).

Cependant, il est certaines équivoques et restrictions mentales, dont le sens caché, à raison des circonstances du de L'usage reçu, peut être facilement saisi; qui, par conséquent, ne renferment pas de mensonge; et dont il est permis d'user, quand on a quelque raison de le faire. Celui qui les emploie n'a pas intention de tromper, mais de cacher une vérité qu'il n'est pas tenu de dire. Par exemple, on vous demande : Avez-vous fait telle chose ? et, pour ne pas mentir en niant, vous répondez d'une manière évasive : Pourquoi Vauran-je faite? C'est une équivoque permise. Un pauvre vous demande l'aumône, vous lui répondez que vous n'avez rien. Il est aisé de comprendre le sens que vous retenez intérieurement; on voit trèsbien par les circonstances que votre réponse équivaut à celle-ci : Je n'ai rien à vous donner pour le moment. De même encore, on demande à un domestique si son maître est chez lui, il répond : Monsieur n'y est pas, quoique cependant monsieur soit dans la maison. C'est une manière honnête de dire qu'il n'est pas visible, et ceux qui se laisseraient prendre à ces formules de politesse, ne pourraient imputer leur erreur qu'à leur ignorance des usages du monde. Mais il faut bien prendre garde de ne pas étendre trop loin ces équivoques et ces restrictions, sans quoi le commerce des hommes ne serait bientôt qu'astuce et perfidie. C'est l'ai trir de tout mal, c'est le père du mensonge, qui a invente ces diverses ruses, ces diverses tromperies, par lesquelles on voudrait abuser le prochain, tout en tranquillisant sa conscience, et qu'on a si bien caractérisées en les appelant :

(1) Vae duplici corde. Eccli., n, 14.

(2) Qui *-Miislicè loquitur, odibilis est. Eccli. xx::vn,. 23#

L'art de mentir tout haut en disant vrai tout bas (1).

Dieu n'aime que lésâmes droites, sans déguisement, sans artifice ; et, si nous voulons avoir la vie et passer des jours heureux, empêchons, comme nous le recommande le Prophète , notre langue de se porter au mal et nos lèvres de prononcer des paroles trompeuses 5 (2).

TRAITS HISTORIQUES

1. De même qu'il n'y a point d'accord entre la lumière et les ténèbres, la religion et l'impiété, la santé et la maladie, de même il n'y a aucune transaction légitime entre le mensonge et la vérité. Autant celle-ci nous est chère, autant devons-nous détester l'autre (3).

Le Seigneur a montré, par les punitions terribles qu'il a infligées au mensonge, l'horreur qu'il a pour ce vice.

Dans l'Ancien Testament , on est étonné de l'effronterie avec laquelle Giézi mentit à Elisée, son maître; il en fut aussitôt puni par la lèpre, qui s'attacha à tout son corps (4).

Dès le commencement de la prédication évangélique, nous voyons le mensonge puni de mort, alors même qu'il ne portait aucun préjudice.

Les premiers chrétiens, pour exercer le détachement des choses d'ici-bas et pratiquer la charité entre eux , vendaient leurs biens et en mettaient l'argent en commun , pour le distribuer aux pauvres. Or, il arriva qu'Ananie et Saphire, son épouse, ayant vendu les biens qu'ils possédaient, retinrent en secret une partie de l'argent ; et Ananie vint apporter le reste aux pieds des apôtres. Saint Pierre , indigné de cetie dissimulation, lui dit : « Ananie, pourquoi vous êlesvous laissé surprendre par le démon , au point de mentir au Saint- Esprit? » Ces paroles furent pour Ananie comme un coup de foudre, et il tomba mort au même moment. Trois heures après, Saphire entra dans l'assemblée , ne sachant pas ce qui était arrivé. Saint Pierre lui demanda s'il était vrai qu'ils n'avaient vendu leur terre que pour telle somme ; elb répondit que cela était vrai. Alors le saint apôtre lui fit le même reproche qu'à Ananie , et ajouta : « Les jeunes gens, qui viennent d'inhumer votre mari, sont à la porte et vont vou9

(1) Boileau.

(2) Prohibe linguam tuam à malo, et labia tua ne loquanturdolura. Psal. xxxm, 14.

(3) D. Aug., t. VI, p. 450.

14) IV. Reg., v, 27.

emporter vous-même. > Au même instant, cette femme tomba morte, et les jeunes gens, étant entrés, l'emportèrent et l'inhumèrent auprès de son époux. Act., v.

Le pain acquis par le mensonge se change bientôt en cailloux, a dit le Sage (1). » En effet, le bien auquel on ne parvient que par de mauvaises voies, fait tôt ou tard le tourment de l'injuste acquéreur.

Saint Jacques de Nisibe, qui vivait dans le quatrième siècle, étant en voyage, quelques pauvres vinrent à lui et le supplièrent de vouloir bien leur donner ce qui était nécessaire pour faire enterrer l'un d'entre eux qui, disaient-ils, venait de mourir, et qu'on lui présenta étendu par terre. Le saint le leur accorda volontiers ; et, adressant à Dieu sa prière pour le mort, il le conjura de lui pardonner les péchés qu'il avait commis durant sa vie. Comme il proférait ces paroles, ce pauvre, qui contrefaisait le mort, mourut en effet ; et le saint, ayant donné de quoi faire ensevelir son corps, continuason chemin Quand il fut un peu éloigné, les auteurs de ce mensonge dirent à celui qui était couché de se lever; comme il ne répondait point, ils l'examinèrent, et le trouvèrent effectivement mort. Surpris et alarmés, ils courent après le saint, se jettent à ses pieds, et, fondant en larmes, ils lui avouent la tromperie dontils ont usé, ajoutant que leur pauvreté a été cause de leur imposture. Ils le conjurent instamment de pardonner leur faute, et de ressusciter leur infortuné compagnon. Alors le saint, touché de compassion, se mita prier; et, par un nou\eau miracle, il rendit, par ses prières, la vie à celui à qui ses prières l'avaient ôtée. Theod., Hist. rtlig., c. i.

Au temps des persécutions, les martyrs auraient pu souvent se soustraire à la mort, en niant qu'ils fussent chrétiens; mais, nous ne voulons pas, disaient-ils, d'une vie achetée par un mensonge (2). La révolution de 93 a offert de pareils exemples.

Baudus, lieutenant particuler du sénéchal de Cahors, né dans cette ville en 1725, d'une famille distinguée autant par ses vertus que par sa naissance, soutint et continua la réputation de sa famille dans la charge de sénéchal, qu'il remplit avec l'intégrité, la prudence et le désintéressement d'un magistrat éclairé. Il fut en outre chargé delà surveillance des cinqprisons de Cahors, place qu'il remplit en homme éminemment chrétien. Dénoncé aux ennemis de l'autel et du trône, il fut traduit au tribunal révolutionnaire le 15 juin 1794. La principale accusation portée contre lui était d'avoir mis à la fin d'une let-

(1) Suavis est homini panis mendacii, et posteà implebïtur os ejus calculo. Prov., xx, 17.

£2} Nolumus vitam lueri mendacio. D. Just., Âpol.

tre: « Priez pour le roi, attendu qu'il court un grand danger. » Un de ses parents, qui siégeait à la Convention, malgré la diversité d'opinion qui régnait entre eux, fit ses efforts pour le sauver ; mais il aurait fallu qut Baudus déclarât que la lettre n'était pas de lui ; il ne voulut jamais y consentir, et il reconnut qu'elle était de son écriture. En vain ce parent voulut-il faire entendre que la frayeut avait dérangé sa tête. « Plût à Dieu, répliqua-t-il vivement, que vou& l'eussiez aussi tranquille que moi ! » Ainsi ce digne magistrat, martyr de la vérité, de la foi, fut condamné à mort et exécuté le 4 juillet 1794.

Dict.. Hist.

A Autun, le curé de Clermont ayant été arrêté par la populace, le maire, qui voulait le sauver, lui conseilla, non pas de faire le serment, mais de permettre au moins qu'on dît au peuple qu'il l'avait fait. « Je vous démentirais auprès de ce peuple, reprit le curé; il ne m'est pas permis de racheter ma vie par un mensonge. Le Dieu, qui me défend de prêter ce serment, ne me permet pas davantage de faire croire que je l'ai prêté. » Le maire se tut, et le curé fut martyr.

M. l'abbé Dubois, les Héros Chrétiens.

Les deux frères Boscus, natifs du lieu d'Anhac , paroisse de Flanhac, diocèse de Rodez, saisis parles satellites de la Terreur, sont conduits devant les membres de l'administration. On les interroge avec dureté, et ces hommes de Dieu font en répondant une noble profession de leur foi, qu'ils prononcent avec cette douceur et celte fermeté qui, pour l'ordinaire, est l'apanage de l'innoeence. Ces bons prêtres sont inébranlables dans le refus des aveux qu'on s'efïorce de leur arracher. Un homme de bien, qui le fut dans tous les temps, mais dont le courage est surtout étonnant dans ces jours d'horreurs" et d'infamies, où la manifestation d'un léger sentiment de compassion et d'humanité devenait le plus souvent un crime digne de mort; un concitoyen de ces généreux disciples de Jésus-Christ ne put résister à l'impulsion de son cœur déchiré ; cet intrépide défenseur de l'innocence se précipite aux pieds des administrateurs, et les conjure au moins de sauver le plus jeune, en leur représentant qu'ayant été ordonné prêlre pendant la révolution, il n'est pas censé fonctionnaire public, ni consequemment assujetti aux lois qui les proscrivent... Chose étrange pour ces cœurs de bronze ! la chaleur et le zèle inexprimable qu'il met dans ses instances, désarment les juges, et sa demande est exaucée. Alors il vole au jeune André, et, s'énonçant avec l'émotion la plus tendre et la plus vive: « Mon ami, lui dil-il avec transport, vous êtes sauvé, j'en ai la parole, pourvu que vous disiez que vous n'êtes pas fonctionnaire public. » Andréjelte sur son bienfaiteur un regard où se peignent les sentiments d'une v;ve reconnaissance, mais en même temps ceux d'une foi héroïque. « Ah ! monsieur lui répondit-il, la vie la plus heureuse vaut-elle assez pour

s** DIXIÈME LEÇON.

être rachetée par un mensonge? » Ce bienveillant solliciteur est pénétré d'admiration ; mais, suffoqué par la douleur, il s'éloigne en sanglotant, et va mêler ses larmes à celles d'une famille voisine et bien respectable par ses vertus; et il répand comme un baume consolateur sur ses peines, en lui racontant ce trait d'héroïsme (I).

Les Confess. de la F où

Ce sont deux choses tout à fait inalliables que l'amour de Dieu qui est la vérité par essence, et l'amour du mensonge. Un homme vraiment chrétien, et même simplement un homme d'honneur, ne ment jamais.

Le désir qu'avait saint André Avellin de ne vivre que pour Dieu. lui fit embrasser l'état ecclésiastique. Ses parents l'envoyèrent à Naples, pour y étudier le droit civil et canonique. Son cours achevé, il prit le degré de docteur, et fut élevé au sacerdoce. Il plaida plusieurs causes dans la cour ecclésiastique ; mais il trouva que l'emploi qu'il exerçait, le portait trop à la dissipation et ne lui laissait pas le temps de vaquer à la prière et à l'oraison. Une faute dans laquelle il tomba, servit à rompre entièrement les liens qui l'attachaient encore au monde. Un jour qu'il plaidait, il lui échappa un mensonge dans un point toutefois qui n'était pas de grande importance. La lecture de ces paroles du Saint-Esprit . La bouche qui profère le mensonge donne la mort à l'âme, fit sur lui une impression si vive, qu'il renonça pour toujours à la profession d'avocat, pour se consacrer uniquement à la pénitence.

Madame la duchesse de Longueville, -l'une des dames de la cour de Louis Xn , n'ayant pu obtenir une grâce du roi, pour une de ses créatures, en fut si vivement piquée, qu'il lui échappa des paroles fort indiscrètes et fort peu respectueuses. La chose en vint au roi qui en parla au grand Condé, frère de la duchesse. Celui-ci assura le' roi que cela ne pouvait être, et que sa sœur n'avait pas perdu l'esprit, c Je l'en croirai elle-même, reprit le roi, si elle dit le contraire. > Le prince va voir sa sœur, qui ne lui cache rien. En vain il tâche, durant une aprés-dinée tout entière, de lui persuader qu'en cette occasion la sincérité serait déplacée, et qu'elle ferait même plus de plaisir au monarque de nier sa faute que de l'avouer. « Voulez -vous, « lui dit la duchesse, que je la répare par une plus grande, non- « seulement envers Dieu, mais envers le roi? Je ne saurais gagner « sur moi-même de lui mentir, lorsqu'il a la générosité de m'en « croire et de s'en rapporter à moi. Celui qui m'a trahie a grand

\1) Ctt homme de bien est H. Dubruel, autrefois député au consul des Cinq-Cents, ensuite membre de la chambre des députés de 1815.

« tort; mais, après tout, il ne m'est pas permis de le faire passer « pour un calomniateur, puisqu'en effet il ne l'est pas. » Elle alla le lendemain à la cour ; après avoir obtenu de parler au roi en particulier, elle se jeta à ses pieds et lui demanda pardon des paroles indiscrètes qui lui étaient échappées, ajoutant qu'elle aimait mieux avouer sa faute, que d'être justifiée aux dépens d'autrui. Louis XIV, par une action également héroïque, non-seulement lui pardonna, mais il lui fit encore quelques autres grâces, qu'elle ne s'attendait pas à recevoir : elle crut même remarquer qu'il la traita depuis avec plus déconsidération et de bonté. On voit parla qu'on ne perd jamais rien à dire la vérité, et que le meilleur moyen d'obtenir le pardon d'une faute, c'est d'en faire l'aveu.

Le duc de Bourgogne, cet illustre élève de Fénelon, avait coutume de dire que la droiture doit toujours être dans le cœur d'un prince, et la vérité sur ses lèvres; et cette maxime était la règle de sa conduite : L'ombre de la tromperie lui faisait peur, dit madame de Maintenon. Un jour il m'avait fait une réponse peu sincère; mais le lendemain il vint me dire : « Madame, j'eus hier la faiblesse de vous « en imposer : je n'ai pu dormir de toute la nuit, ayant ce détour à « me reprocher. Je vais vous dire ma faute et la vérité.»

Gabriel de Vaufleuri, élève du petit séminaire de Saint-Àcheul, se fit remarquer dès son enfance par la plus tendre piété. Élevé dans l'horreur du mensonge et de la dissimulation, il ne se pardonnait pas la moindre faute en ce genre. Un soir, sa bonne, le voyant seul et fort triste, lui en demanda la raison. L'enfant s'écria en pleurant: «Àh! je suis bien malheureux; je n'ai pas répondu la vérité à maman. Je ne puis supporter celte faute. > 11 ne voulait pas se coucher avant de l'avoir réparée ; mais sa mère se trouva absente. Elle fut d'autant plus touchée de ce trait, que la faute en elle-même n'avait rien de grave. Gabriel était alors à peine âgé de cinq ans.

Souvenirs des P. Séminaires.

2. Alors même que le mensonge ne porte au prochain aucun préjudice, on se nuit toujours à soi-même en mentant. Saint Augustin excuse certaines plaisanteries, qui ne sont pas réputées mensonges, parce qu'on fait assez connaître, par la manière dont on les exprime, qu'on n'a pas l'intention de tromper, même en ne disant pas vrai. Mais de savoir, ajoute ce saint docteur, si les âmes parfaites doivent user de ces manières de parler, c'est là une autre question. .

D. Auo. de Mendac, t. VI, p. 419.

Samson eut recours à divers mensonges joyeux, pour se délivrer des importunilés de Dalila, qui voulait savoir en quoi consistait le secret de sa force. Il lui disait tantôt que, si on le liait avec sept cordes ayant encore leur humidité, il deviendrait faible comme le»

autres hommes ; tantôt, que si on le liait avec des cordes toutes neuves, dont on ne se serait jamais servi, il serait aussitôt sans force ; une autre fois, que, si elle faisait un tissu de ses cheveux et de son fil et qu'elle les attachât au fer de la trame de son métier, toute sa force l'abandonnerait à l'instant. C'est ainsi qu'il se joua à diverses reprises de cette femme perfide. Il aurait dû rompre avec elle et refuser de l'écouter, de peur de manquer à la fidélité qu'il devait à son Dieu. Tous ces mensonges dont il se servit pour l'amuse! , contribuèrent à l'affaiblk lui-même, en donnant des armes à celle qui l'attaquait. Son âme, dit l'Écriture, tomba dans la défaillance, et il finit par dévoiler son secret ; ce qui lui coûta la vie. Jud., xvi.

3. C'est d'un mensonge officieux que se rendirent coupables les sages-femmes égyptiennes. Pharaon, voulant opprimer les Israélites, leur ordonna de mettre à mort tous les enfants mâles des Hébreux, à mesure qu'ils viendraient au monde; mais elles ne voulurent point obtempérer à cet ordre impie ; et, pour se mettre à couvert de la punition qu'elles craignaient à cause de leur désobéissance, elles firent un mensonge, en disant au roi que les femmes des Hébreux, étant habiles, se secouraient elles-mêmes dans leur travail et se trouvaient délivrées, avant qu'elles fussent arrivées. L'Écriture nous dit que Dieu fît du bien à ces sages-femmes, qu'il établit leurs maisong et leurs familles. Mais gardons-nous de croire qu'il ait approuvé leur mensonge. Dieu a récompensé en elles la charité et non la fausseté, la Justice par laquelle elles ont craint de blesser leur conscience en tuant tant d'innocents, et non l'injustice par laquelle, pour se tirer du péril, elles n'ont pas craint de blesser* la vérité, qui est Dieu même [1).

La générosité de ces femmes mérite d'être admirée, dit saint Augustin, et la faute qu'elles ont faite, en y joignant un mensonge, est très-pardonnable en ce temps d'ignorance, pour user du terme de saint Paul, auquel les hommes vivaient alors. Mais, si l'on passe de ce temps de ténèbres dans la lumière du christianisme, et si l'on me demande, ajoute ce Père, ce qu'auraient dû faire ces femmes, si elles avaient été assez heureuses pour connaître Jésus-Christ comme nous, je répondrai « qu'adorant Dieu, qui est la vérité même, et devant se « rendre dignes d'être du nombre de ses enfants, qui sont les enfants « de la vérité, et d'être filles de l'Église qui est appelée la ville de < la vérité, civitas veritatis, elles auraient dû, comme elles le firent, « en effet, ne point souiller leurs mains en répandant le sang de t tant d'innocents, et être résolues, en même temps, à ne point « souiller leur bouche en blessant la vérité., qui était encore plus

(1) Non est in eis remunerata fallacia, sed benevolentia; benigni» tas mentis, non iniquitas mentie-nlis. D. Auq.

« sainte et plus innocente que ces enfants ; et qu'ainsi cette vérité « suprême, dont elles auraient été les victimes sur la terre, les aurait « rendues éternellement heureuses dans le ciel (1). »

Sacy, Exod», c. i.

Pareillement, c'est pour rendre service aux espions des Hébreux, envoyés par Josué, que Rahab, les ayant reçus et cachés dans sa maison, répondit aux gens qui venaient les prendre par ordre du roi de Jéricho, qu'ils venaient de sortir, et que, si on les poursuivait vite, on ne manquerait pas de les atteindre. Cependant celte femme a mérilé les éloges de l'Esprit-Saint; et saint Jacques nous dit qu'elle fut justifiée par les œuvres, en recevant les espions de Josué et les renvoyant par un autre chemin; mais il ne dit pas qu'elle fut justifiée en mentant. Car il faut bien distinguer dans les personnes ce qu'elles font par l'esprit de Dieu, et ce qu'elles font par l'esprit de l'homme. Et il est rare que, dans les meilleures actions qui ont Dieu même pour principe, il ne se mêle souvent quelque chose de l'infirmité de la nature. C'est ce que saint Augustin fait voir admirablement être arrivé en celte rencontre, lorsqu'il représente la nécessité indispensable de ne mentir jamais pour quelque raison que ce puisse être. — Quoi donc, me dira quelqu'un, c'est saint Augustin qui parle, Rahab eût-elle mieux fait, si elle avait refusé de faire miséricorde, de peur de mentir? Si elle n'avait trompé ses concitoyens en leur mentant, lorsqu'ils cherchaient ceux qu'elle cachait, n'auraitelle pas trahi ses hôtes en disant la vérité? Pouvait-elle dire à ceux qui l'interrogeaient, je sais où ils sont; mais j'ai la crainte de Dieu, qui m'empêche de les trahir? — Oui, sans doute, répond ce saint, elle eût dû le dire. — Mais ses concitoyens, me direz-vous, l'auraient fait mourir; et auraient cherché les espions dans tous les endroits de sa maison. — Il n'était pas assuré, continue ce Père, qu'ils pussent trouver ceux qu'elle avait cachés avec tant de soin. Et, quand il serait arrivé que ses concitoyens l'eussent fait mourir, mourant ainsi pour une œuvre de charité, elle aurait eu le bonheur de finir une vie mortelle par une mort précieuse aux yeux de Dieu ; et la charité qu'elle avait exercée, n'aurait pas été sans récompense.

Mais d'ailleurs, dit encore le même saint, quelle idée avons-nous de la volonté et du pouvoir de Dieu? Est-ce donc qu'il ne pouvait pas protéger également et cette femme, si elle n'avait pas menti à ses concitoyens, ni trahi ses hôtes, et ses hôtes mêmes, qui étaient ses députés? Oui, sans doute, et celui qui les sauva, après même que cette femme eut dit un mensonge, pouvait les sauver aussi aisément, quand elle n'eût point menti. Que l'homme donc fasse ce qu'il

(1) Morerentur futurœ in seternâ felicitate, mortem pôrpessœ pro innocentissimâ verilate. D. Aug.

peut pour sauver temporellement la vie de ses semblables. Mais dèt le moment que l'on se trouve réduit à ne pouvoir les sauver >an« pécher, qu'or, soit convaincu qu'il ne reste plus rien à faire pour eux, lorsqu on ne peut plus rien faire sans offenser Dieu.

Ainsi cette femme est louable d'avoir exercé la charité envers se* botes, qui étaient serviteurs du vrai Dieu ; mais en ce qu'elle a menti quoi qu on y trouve, selon un sens spirituel, quelque chose de prophétique, elle ne peut être proposée sagement comme imitable en ce point. Ce qui n'a pas empêché que Dieu, en Jouant dans les tentures le bien qu'elle a fait, ne lui ait aussi pardonné avec bonté le mal dans lequel elle est tombée. Sacy, Josué, c. u.

1 oila un innocent, continue le même saint Augustin, à qui il faut sauver la vie, en déclarant, contre la vérité, que l'on ignore le lieu de sa retraite. Le déclareriez-vous, en présence du juge suprême qui vous adresserait la même question? Combien n'y a-t-il pas plus de courage et de vertu à répondre : Je ne serai ni dénonciateur ni menteur!

Firmus, évêque de Thagaste en Afrique, montra, par sa généreuse fermeté, qu'il était véritablement digne de son nom On persécutait les chrétiens par ordre de l'empereur; et les inquisiteurs du prince, ayant appris qu'un homme qui professait la religion proscrite, avait cherché un asile chez le saint prélat, vinrent le presser de le leur livrer. Il leur répondit : c Je ne puis ni mentir ni découvrir celui que vous cherchez; je l'ai caché; mais vous ne saurez jamais le heu de sa retraite. , Ces officiers, pleins d'indignation, le saisirent lui-même, et lui firent souffrir les tourments les plus cruels, ahn de 1 obliger à découvrir le chrétien qu'il recelait. Firmus, au milieu des plus affreuses tortures, se contentait de leur répondre : « Je sais mourir, mais je ne sais point parler. » L'empereur fut instruit de cette héroïque constance; il fit venir le pontife, qui lui parut si digne d'admiration, qu'il lui accorda sa grâce et' celle de celui qu il avait caché, * Que de courage ! que de vertu ! s'écrie saint « Augustin ; quels éloges ne mérite pas ce saint évêque, qui aima la c vente jusqu'au point de tout souffrir, plutôt que de la trahir par c un mensonge ; et qui porta la charité jusqu'à s'exposer aux plu* « horribles supplices, plutôt que de découvrir un malheureux dont * J? voulail la mort ' » D. Auc, de Vend., c. xm.

L empereur Maximien envoya saisir saint Anthime, évêque de Kicomedie. Les soldats, chargés de cette mission, entrèrent par hasard dans la maison de l'évêque et demandèrent à mander. Saint An- «nime les accueillit et les traita de son mieux ; ils s'informèrent ensuite du heu où ils pourraient trouver l'évêque Anthime. — c C'est moi.» .eur répondit le saint.-* Nous ne voulons pas vous prendre,» répliquèrent les soldats; nous dirons que nous ne vous avons pas

trouve. » — « Non, mes amis, leur dit le saint; je ne permettrai pas que vous mentiez; j'aime mieux mourir que de vous conseiller un mensonge. » Et il les suivit auprès de l'empereur

Saint Liguori.

4. Ce que Dieu chérit par-dessus tout, c'est la simplicité du cœur et la droiture du langage; il hait tout mensonge, toute dissimulation. La franchise fait le caractère propre de la vérité ; elle ne connaît aucun détour. D. Chrys., Psal. i34.

Au commencement de la prédication évangélique, saint Pierre et saint André crurent devoir user d'une certaine dissimulation, mangeant avec les Gentils de toute sorte de viandes, sans aucune distinction, mais s'abstenant, en présence des Juifs, de celles qui étaient défendues par la loi mosaïque ; ce qui était de nature à confirmer les Juifs dans la fausse idée où ils étaient que les observances légales étaient toujours obligatoires, et à troubler les Gentils qui s'en croyaient, et avec juste raison, déchargés. Aussi saint Paul s'opposa-t-il vivement à cette feinte. Il résista en face, comme il nous le dit lui-même, à saint Pierre, parce qu'il était répréhensible (1).

5. Quoiqu'il ne soit jamais permis de trahir la vérité, on peut cependant donner le change à ses ennemis, et porter leur pensée ailleurs.

Saint Athanase, s'étant embarqué pour fuire les Ariens, fut poursuivi par eux-, ils allaient l'atteindre, lorsque le saint évêque ordonna au pilote de retourner en arrière et de traverser la flotte qui portait ses ennemis. Ceux-ci demandèrent à grands cris à ceux du vaisseau : c Avez-vous vu l'évèque Athanase? » Ils lui répondirent : II y a peu de temps qu'il est passé dans la route que vous suivez.

Saint Thomas de Cantorbéry, également persécuté par Henri II, roi d'Angleterre, fuyait vers la France, où il devait trouver un asile; il était sur un cheval sans selle et sans bride; quelqu'un crut le reconnaître : C'est bien là, en efftt, lui dit saint Thomas, la monture d'un archevêque, de Cantorbéry ! L'homme se paya de cette réponse, qui était littéralement vraie; il n'insista plus, et l'archevêque échappa à ses ennemis. Vie du saint.

On peut aussi user de feinte en certaines circonstances. Ainsi on fait boire à un malade une potion salutaire, à la place de toute autre qu'il demande, et qui lui serait funeste. Cette tromperie, dit saint Jean Chrysoslome, où n'entre nul dessein de nuire, au lieu d'être criminelle, devient un moyen légitime et louable. Dans ces cas. elle change de nom : ce n'est plus qu'adresse, prudence, tactique

(i) In faoiem ei resliti, quia reprehensibilis erat. Gai, n, 11,

ingénieuse, pour se frayer une route là où il n'y en a point et corriger sans violence et sans emportement les travers d'esprit.

D. Chrys., de Sacerd., 1. I, c. v.

Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable,

a dit le poète. Aristote enseigne expressément que tout mensonge est mal en soi, et que l'on doit s'en abstenir, qu'au contraire la vérité est bonne et louable par elle-même. In. IV Ethic.

Epaminondas, l'un des plus grands personnages de la Grèce, avait tant d'amour pour la vérité, qu'il se faisait un scrupule de mentir même par jeu et par divertissement. Cornel. Nepos.

N'y avait-il pas là de quoi faire rougir, s'il eût été capable de quelque sentiment de pudeur, ce coryphée de nos philosophes, ce fameux Voltaire, qui écrivait à un de ses adeptes : « Le mensonge est une bonne chose, quand il fait du bien.... Il faut mentir, non pas timidement ni pour un temps, mais hardiment et pour toujours. » Voilà la morale de nos prétendus esprits forts, et ils se disent les propagateurs des lumières, et ils se croient appelés à régénérer le monde 1

Retenez bien les maximes suivantes :

Le mensonge peut être regardé comme le marche-pied de tous le* vices.

Celui qui ment fait le brave avec Dieu, et le poltron avec les hommes.

Qu'est-ce que la langue dans la bouche d'un homme vertueux? C'est la clef qui ouvre un trésor. Mais la langue d'un muet vaut mieux que celle d'un menteur.

TROISIÈME INSTRUCTION

De la calomnie. — Elle est un crime odieux. — De la médisance. — Sept manières de diffamer le prochain. — Grièveté du péché de détraction. — Circonstances qui diminuent ou aggravent ce péché.

D. Qui sont ceux qui se rendent coupables du péché de calomnie?

R. Ce sont ceux qui imputent un faux crime à leur prochain, ou qui exagèrent trop un crime véritable.

a Gardez-vous bien, mes frères, dit l'apôtre saint Jac-

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