DE LA CALOMNIE. S M
ques, de parler mal les uns des autres (1). » En eftet, c'est une méchanceté insigne que de noircir la réputation d'autrui, comme on le fait par la médisance et la calomnie. Ces deux vices ont cela de commun, qu'ils sont tous deux une injuste diffamation du prochain; mais ils diffèrent essentiellement en ce que, par la calomnie, on impute malicieusement à quelqu'un une faute, dont on saU qu'il n'est point coupable ; tandis que, par la médisance, on dévoile une faute qu'il a réellement commise, mais qui est demeurée secrète. En d'autres termes, la calomnie est une fausseté, et la médisance une vérité préjudiciable à l'honneur du prochain. Par où nous voyons que la calomnie est un péché naturellement plus grave que la médisance, parce qu'elle blesse la vérité, la charité et même la justice, au lieu que la médisance ne blesse jamais la vérité. Cependant la calomnie n'est un péché mortel que lorsqu'elle attaque gravement la réputation d'autrui. Car si on n'attribuait à quelqu'un qu'un petit défaut ou une faute légère, dont il ne serait point coupable, ce ne serait qu'un péché véniel, parce qu'on ne blesserait que légèrement sa réputation.
On peut calomnier le prochain de deux manières : 1° En lui imputant un crime dont on le sait innocent. Par exemple, vous dites de cet homme qu'il est un voleur, tandis qu'il n'a jamais fait le moindre tort à qui que ce soit; de cet autre, qu'il est fourbe, méchant, cruel, tandis qu'il n'en est rien; de cette jeune personne, qu'elle a faillie l'honneur, tout en sachant très-bien qu'on n'a rien à lui reprocher : voilà des mensonges atroces, dignes de l'exécration de Dieu et des hommes.
2° En exagérant ses fautes, en y mêlant des réflexions malignes, comme il arrive souvent à ceux dont la conversation roule presque toujours sur le compte d'autrui. Des moindres défauts, ils font des crimes énormes. Le mal, en
(1) Nolite detrahere alterutrum, fratres. Jacob., iv 11.
passant par leur bouche, va toujours grossissant. Voici qu'un homme s'est oublié un instant à table, et aussitôt ils le déchirent sans pitié comme un intempérant- Cette jeune personne est un peu libre et enjouée, et ils ne se font aucun scrupule de la couvrir des vices les plus honteux. Us voient, pour ainsi dire, avec une loupe, les moindres imperfections de leurs frères. Détestable manie, dont ils auront un compte terrible à rendre au Seigneur.
La calomnie est un crime odieux, qui fait horreur par lui-même, et qui procède d'une âme noire, d'un cœur bas. Aussi le calomniateur est-il en abomination à tous les hommes 4.
La plus terrible des calomnies est celle qu'on emploie contre la religion, qui est l'œuvre de Dieu par excellence. Et cependant telle est l'arme que les impies ont toujours dirigée contre le christianisme, et qui lui a fait le plus de mal. Depuis Satan qui osa, dans le paradis terrestre, calomnier le Créateur lui-même auprès de nos premiers parents, en l'accusant d'être envieux de leur bonheur, jusqu'aux pharisiens qui calomniaient. Notre-Seigneur en le traitant de fourbe, de magicien, de séditieux; depuis Néron qui imputa aux premiers chrétiens le crime de l'incendie de Rome, dont il s'était lui-même rendu coupable, jusqu'aux hérétiques du xvi<= siècle, qui ne voyaient dans l'Église romaine que la prostituée de Babylone ; depuis Voltaire qui a dépensé les longues années de sa vie à écrire contre les objets sacrés de notre foi tant de libelles diffamatoires, jusqu'à nos modernes philosophes, héritiers de sa haine forcenée ; quel tissu de calomnies, qui sans doute ont produit un ravage immense dans l'Église, en lui ra vissant le cœur de plusieurs de ses enfants, mais qui sont tombées ou qui tomberont, à la honte de ceux qui les ont inventées, et de ceux aussi qui s'en font les propaga* teurs! '
Comme les développements qu'il nous reste à donner sur la calomnie, s'appliquent également à la médisance
nous les confondrons dans l'explication de la demande suivante.
D. Qui sont ceux qui se rendent coupables du péché de médisance ?
R. Ceux qui découvrent sans nécessité les fautes ou les défauts de leur prochain.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, à la différence de la calomnie, qui dit des faussetés contre le prochain, la médisance dévoile un mal réel, mais secret. On désigne ces deux vices sous le nom générique de détraction. On peut s'en rendre coupable soit par des paroles ou des écrits, soit par des marques de mépris et autres démarches propres à manifester les défauts et les fautes d'autrui. On peut réduire à huit les diverses manières de diffamer le prochain ; elles sont renfermées dans les deux vers suivants :
fmponens, augens, manifestans, in mala vertens; Qui negat, aut minuit, reticet, laudatve remisse.
Imposer, augmenter, dévoiler, en mal prendre; Nier, amoindrir, taire, éloge faible rendre.
Imposer, c'est-à-dire mettre sur le compte du prochain une faute qu'il n'a pas réellement commise, ou lui attribuer des défauts qu'il n'a point. C'est la calomnie, qui renferme, comme nous l'avons remarqué, un mensonge abominable.
Augmenter, c'est-à-dire exagérer les fautes ou défauts réels du prochain, comme font ceux qui aiment à critiquer les autres, qui brodent leurs imperfections et en prennent occasion de leur lancer mille traits malins. Nous remarquerons encore ici qu'il y a toujours mensonge dans l'exagération.
Dévoiler, c'est-à-dire divulguer un frime secret, un défaut caché ou toute autre chose, qui peut nuire à la considération due au prochain. C'est ici, à proprement