‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 2)Chapitre 49 sur 55 · IV · texte numérisé non relu

IV

trui 1 La médisance a des ailes; elle vole de bouche en bouche ; comment l'éteindre et l'arrêter dans sa course précipitée? Quant à la calomnie, qu'il en coûte de se rétracter ! D'ailleurs on croit si aisément le mal, et on se laisse si difficilement détromper ! Vous aurez beau désa^vouer ce que vous avez dit, le coup est porté, la blessure est faite, la cicatrice reste, les mauvaises impressions demeurent. Ainsi, d'un côté, obligation stricte de réparer tous les mauvais effets de la détraction ; d'un autre côté, réparation extrêmement difficile; donc ne dites jamais rien qui puisse nuire au prochain, pour ne pas vous jeter dans des embarras inextricables 3.

Préservatifs contre la détraction.

Voici les principaux moyens de se garantir de ce péché :

1° L'attaquer dans ses sources qui sont :

L'orgueil. Celui qui est infecté de ce vice, s'imagine que personne au monde ne mérite d'entrer en comparaison avec lui, et, pour s'élever, il rabaisse les autres.

L'envie. L'envieux se persuade que les bonnes qualités des autres font tort aux siennes ; en conséquence, il les dénigre.

L'avarice. C'est le désir désordonné du gain qui fait que les ouvriers, les marchands et autres personnes d'une même profession se déchirent mutuellement, pour se faire valoir aux dépens des autres, a Mon ouvrage est bon, disent-ils, je vous livre de l'excellente marchandise; mais tel autre n'entend rien au métier; il ne vous donne qu'un travail détestable. » C'est ainsi que, pour un misérable intérêt, on blesse à la fois la charité et la justice.

La haine. On veut se venger de quelqu'un, et il n'est rien qu'on n'imagine sur son compte.

Étouffez donc ces passions; et, lorsque votre cœur sert sans malice, des paroles de douceur et de bonté couleront aisément de vos lèvres.

A ces causes de médisance et de calomnie, nous en ajouterons une autre qui n'est que trop commune dans le temps où nous vivons : c'est la différence des opinions politiques. Parce qu'un tel ne partage pas votre manière de voir, Croyez vous qu'il vous soit permis de scruter les secrets de sa vie privée ? La politique peut-elle autoriser les chrétiens à ne plus se traiter en frères? Attaquez Lis opinions, tant que vous voudrez; mais respectez les personnes.

2° Fuir la compagnie des médisants. Dès qu'un homme est sujet à ce vice, il n'est point digne de votre amitié, et vous devez rompre avec lui. C'est le conseil salutaire que vous donne le Sage, quand il vous dit : « N'ayez point de commerce avec les médisants, car leur ruine viendra tout d'un coup (1).»

3° Considérer ses propres défauts. Quand on s'examine bien soi-même, on se trouve si faible, si imparfait, qu'on n'est guère tenté de censurer les autres. Ne faisons pas comme ceux qui, sévères pour le prochain et pleins d'indulgence pour eux-mêmes, voient le moindre fétu qui se trouve dans l'œil de leurs frères, et n'aperçoivent pas la poutre qui est dans le leur. Regardons bien ce que nous sommes, et nous aurons mille raisons de nous humilier, au lieu de médire, d'excuser plutôt que d'accuser.

4° Retenir la langue et la réduire à son usage légitime. Elle ne nous est donnée que pour assurer la vérité, pour bénir Dieu, chanter ses louanges et nous faire entretenir d'utiles et douces relations avec nos frères. En veillant sur sa langue, on épargne à son âme bien des angoisses (2). Une parole est souvent comme un coup de poignard, qui immole une ou plusieurs victimes, et en même temps blesse mortellement celui qui s'en sert. Priez donc le Seigneur, avec le Prophète, de mettre un frein à votre bou-

(1) Cunr detracloribus non comniiscearis, quoniam repente consurget perditio eorum. Prov.. xxiv, 21, 22.

\2) Qui custodit os suum et lin«juam suam, cuslodi ab angustiis animam suam. Prov., xxi, 23.

che et une garde de circonspection à vos lèvres 4 (i).

On a dit avec beaucoup d'esprit que, pour ne pas tomber dans le pécbé de médisance, il fallait être à la fois aveugle, sourd et muet : aveugle, pour ne pas voir les défauts ou fautes d'autrui; sourd, pour ne point écouter les rapports; muet, pour ne rien répéter de ce qu'on a été contraint de voir ou d'entendre.

Terminons en adressant une parole de consolation aux malheureuses victimes de la calomnie. Disciples de Jésus- Christ, qu'une langue maligne a injustement déchirés, au lieu de vous décourager, réjouissez-vous, parce que vous avez part au calice d'amertume de votre divin maître. Vous êtes heureux, a dit cet adorable Sauveur, lorsque les hommes vous maudiront, vous persécuteront, et diront à tort toute sorte de mal contre vous (2). Dieu lui-même est blasphémé; Jésus-Christ a été indignement calomnié. C'est un trait de plus de ressemblance que vous avez avec lui- Subissez avec résignation, avec courage, cette épreuve à laquelle le Seigneur a voulu vous soumettre ; tôt ou tard votre innocence sera reconnue ; et Dieu vous donnera la gloire éternelle, en récompense des opprobres que vous aurez endures pour son amour 5.

TRAITS HISTORIQUES

1 . Le plus grand et le plus terrible calomniateur, c'est le démon ; de là vient qu'il est appelé diable, mot qui signifie calomniateur . Cet ennemi mortel des hommes, étant plein de haine et d'envie, est toujours prêt à leur imposer de faux crimes. Acharné à notre perte, il fait paraître nos péchés devant Dieu, il les exagère, et en demande ia punition. C'est ainsi qu'autrefois il accusa Job d'intérêt, et qu'il calomnie tous les saints à la mort. Sacy, Apoc, c. xn.

(1) Pone, Domine, custodiam ori meo, et ostium circumstantise labiis meis. Psal. cxl.

(2) Beati estis, quùm maledixerint vobis homines, et persecuti vos fuerint, et dixerint omne malum adversùm vos, mentientes propter me, Math., y, 11.

DE LA MEDISANCE. 58 t

Saint Bernardin de Sienne, dans ses sermons, s'appliquait surtout à inspirer l'amour de Jésus-Christ et le mépris du monde. Le souvenir de l'incarnation et des souffrances du Sauveur le tirait comme hors de lui-même, et il ne pouvait prononcer le nom de Jésus-, sans éprouver des transports extraordinaires. Souvent, à la fin de ses sermons, il montrait au peuple ce nom sacré écrit en lettres d'or sur un petit tableau. Il invitait ses auditeurs à se mettre à genoux et à se réunir à lui, pour adorer et louer le Rédempteur de3 hommes.

Quelques personnes malintentionnées prirent de là occasion de s'élever contre lui, et donnèrent une interprétation maligne à certains termes, dont il avait coutume de se servir. Ils le peignirent même sous des couleurs noires au pape Martin V. Le souverain pontife envoya chercher Bernardin, et le condamna à garder le silence pour toujours. L'humble religieux se soumit, sans chercher à faire son apologie. Le pape revint bientôt des impressions fâcheuses qu'on lui avait données centre le serviteur de Dieu. Après avoir examiné mûrement sa conduite et sa doctrine, il reconnut son innocence, le combla d'éloges , et lui permit de prêcher partout où il voudrait.

Il en fut de même de saint Philippe de Néri. On l'accusa d'orgueil et d'ambition, et l'on débitait partout que c'était un hypocrite, qui cherchait à jouer un rôle, en se faisant suivre par le peuple. Le vicaire de Rome, trompé par les bruits qui couraient, lui défendit d'entendre les confessions de quinze jours, et de prêcher jusqu'à nouvel ordre ; il le menaça même de prison, s'il ne se corrigeait, Philippe répondit modestement qu'il était prêt à obéir à ses supérieurs, dans tout ce qu'ils lui cemmanderaient. En même temps, ii excusait de son mieux les auteurs de la persécution qu'il souffrait. Dieu, disait-il à ses amis, n'a permis que je fusse traité de la sorta, que pour m'apprendre à devenir humble.

Les informations faites, on reconnut que le saint était innocent. On lui permit de reprendre son genre de vie, et de continuer de travailler à la conversion des pécheurs, par tous les moyens que sa prudence lui suggérerait. Goo., 26 mai.

Sainte Elisabeth, reine di Portugal, eut beaucoup à souffrir de la part du roi Denis, son mari ; mais elle supporta les plus grands outrages avec une patience héroïque. Une si admirable douceur laissait un champ libre à la calomnie ; ses larmes faisaient toute sa défense. Un seigneur de la cour, dont la sœur était parfaitement belle, se mit en tête de l'élever à la plus haute fortune. Il fallait pour cela se défaire de la reine ; et la chose ne lui parut pas impossible. Il connaissait le roi extrêmement jaloux. Ii lui fit entendre que la reine.

piquée de ses manières méprisantes, avait une intelligence secrète avec un seigneur nommé Don Pedro, et, pour l'en persuader., il sut mettre ensemble tant de circonstances apparentes, que le roi, croyant que la reine était convaincue du crime, résolut de le punir, san* l'approfondir davantage. Il y avait dans la forêt voisine des fourneaux à chaux toujours allumés ; il envoya chercher celui qui *n avait l'intendance, et lui ordonna, sous peine de sa disgrâce, de faire jeter dans un de ces fourneaux, le premier homme qui viendrait lui demander de sa part s'il avait exécuté ses ordres. Il ordonna aussitôt à Don Pedro d'y aller ; mais ce jeune seigneur qui, sans être d'une grande dévotion, avait pourtant les principes de la religion imprimés dans le cœur, ayant trouvé en son chemin la porte d'une église ouverte, y entra pour faire sa prière. Elle fut plus longue qu'à l'ordinaire; il s'oublia presque au pied des autels; et Dieu, voulant lui sauver la vie, lui donna dans ce moment, avec abondance, les plaisirs sensibles de l'oraison. Cependant le roi, impatient d'apprendre sa destinée, envoya à la forêt le même seigneur qui avait accusé la reine, et lui ordonna de demander à l'intendant des fourneaux s'il avait exécuté ses ordres; mais à peine eut-il parlé qu'il fut saisi et jeté dans le fourneau. Don Pedro y arriva un moment après, et retourna dire au roi que ses ordres étaient exécutés. Qui pourrait exprimer toutes les passions, qui tourmentèrent l'une après l'autre ce pauvre prince? Dès qu'il vil Don Pedro, il cru' que, par force ou par adresse, il avait échappé à sa vengeance, et résolut de lui faire donner la mort, sans chercher aucun détour. Mais quand Don Pedro lui eut dit avec simplicité comment les choses s'étaient passées, que, par un mouvement secret dont il n'avait pas été le "naître, il était entré dans une église pour y faire sa prière, et qu'en arrivant dans la forêt il avait trouvé qu'un autre l'avait prévenu, et que les ordres de Sa Majesté avaient été exécutés, le roi comprit aussitôt que le délateur y était arrivé le premier, et qu'on l'avait jeté lui-même dans le fourneau. Une aventure si extraordinaire lui fit ouvrir les yeux ; il y reconnut visiblement la main de Dieu, le crime puni, l'innocence justifiée ; et, n'ayant plus rien sur le cœur contre la reine, il lui rendit ses bonnes grâces et sa confiance.

L'abbé de Choisi.

Saint Athanase, ayant été accusé par les Ariens d'avoir fait couper une main à Arsène, confondit d'une manière bien triomphante ses calomniateurs. Il se rendit à leur assemblée, dite le Conciliabule de Tyr, accompagné du seul prêtre Théodose. Ses ennemis, après un prélude rempli de faussetés et de mensonges, tirent enfin d'une boîte et produisent cette fameuse main. «Voilà, disent-ils à Athanase, voilà ce qui doit vous juger et vous condamner : reconnaissez la nain du saint homme Arsène. » Athanase, commî s'il avait été con-

vaincu, resta quelque temps la têle baissée el dans le silence ; puis regardant l'assemblée d'un air timide : « Quelques-uns d'entre vous, dit-il, ont-ils connu Arsène? » Plusieurs évêques se lèvent et disent qu'ils l'avaient vu anciennement et qu'ils se remettaient encore sa figure. Le saint évêque avait eu soin de garder secrètement Arsène cbez lui, sachant bien qu'il aurait besoin de sa présence. Ayant fait un signe, tout à coup on vit entrer un homme couvert d'un grand manteau; c'était Arsène. Athanase lui faisant lever la tête : « Le reconnaissez-vous? dit-il ; c'est là cet Arsène que j'ai tué, et qu'on a cherché si longtemps. » Toute l'assemblée demeura interdite et confondue, en voyant un homme que la plupart croyaient mort, ou du moins bien éloigné. Athanase profite de leur trouble, découvre un côté du manteau et montre une des mains d'Arsène : puis il le tire à l'écart, comme pour le renvoyer; mais il saisit cet instant pour découvrir l'autre, et, s'adressant aux évêques : « Voilà, ce me semble, les deux mains d'Arsène, je ne sache pas qu'il en ait eu trois. C'est à nos adversaires à nous dire d'où vient la troisième. * Cette justification évidente, loin de désabuser les Ariens, ne fit qu'exciter encore davantage la haine qu'ils portaient à Athanase. Devenus furieux à force de confusion, et comme enivrés de honte, ils remplissent l'assemblée de tumulte : « C'est un fourbe, c'est un magicien, s'écrientils, il nous fascine les yeux par des sortilèges, il mérite doublement la mort. » Ils l'auraient déchiré, mis en pièces; mais les officiers de l'empereur s'y opposèrent, et le firent embarquer la nuit suivante. Athanase traîna d'exil en exil le poids de cette calomnie ; les déserts, et jusqu'au sépulcre de son père, lui servirent d'asile pour se soustraire aux persécutions de ses ennemis. Malgré tant de cruelles vexations, il conserva toujours une grande tranquillité d'âme.

2. Rejetez de vous la bouche maligne, et que les lèvres médisantes soient loin de vous (1). Cependant ce vice semble faire l'enchantement et la félicité des oreilles (2). Il n'est pas difficile d'avoir horreur de la malice de celui qui noircit un innocent par ses calomnies; mais il n'est pas si aisé de se défendre de la crédulité, qui consent à la médisance. Et cependant cette crédulité suffit elle seule pour nous perdre.

C'est ce que le Saint-Esprit nous apprend par la bouche de David. Ce saint prophète demande à Dieu qui habitera dans son palais éternel? Il répond que c'est celui aont la vie est pure, qui n'esi point médisant dans ses discours, voilà la première e»pè£6 de médisance.

(1) Remove à te os pravum, et detrahentia labia sint proot»! à te Prov., m, 24.

(2) D. Ephrem., Tract, de virt. tt vit.

Et voici la seconde : C'est celui qui ne prête point l'oreille aux paroles injurieuses à son prochain (i\ La première médisance, qui est «elle de la malignité et de la calomnie, est plus criminelle; mais la seconde, qui est celle de la crédulité, suffit pour nous fermer la porte iu ciel. Sacy., Gen.. c. xvm.

Un ancien auteur rapporte de saint Pacôme, abbé de Tabenne en Igypte, que, si quelqu'un de ses religieux parlait au désavantage d'un autre, non-seulement il n'ajoutait point foi à ce qu'il disait, mais qu'il se retirait en grande hâte, comme il aurait fui devant un serpent. « Il ne sort rien de mauvais de la bouche d'un homme de bien, disait-il aussitôt; il ne parle point de ses frères avec des paroles empoisonnées. » Vie des Pères.

Dans la vie de saint Jean l'Aumônier, écrite par l'évêque Léonce, on lit que si quelqu'un commençait à parler au désavantage d'un autre, en présence de ce saint patriarche, il changeait de discours avec une extrême prudence; et, s'il voyait celte personne continuer, il ne lui disait rien, mais il la remarquait et lui interdisait à l'arenir l'entrée de sa maison. Dans ses conversations particulières, on ne lui entendit jamais dire aucune parole inutile.

Rufin, Vie des Pères.

Saint Augustin, pour empêcher la médisance, qui est si commune dans les repas, avait fait écrire dans le lieu où il mangeait, les deux vers suivants :

Quisquis amat dictis absentûm rod-re vitam, Eanc mensam vetitam noverit esse sibi.

Loin d'ici médisants Dont la langue coupable Déchire l'honneur des absents; On ne permet à cette table Ose des entretiens innocents.

Et un jour que quelques-uns de ses amis commençaient à parler des défauts de leur prochain, le saint les en reprit aussitôt, en leur disant que, s'ils ne cessaient, il fallait ou qu'il fît effacer ces vers ou qu'il se levât de table. — C'est ainsi que nous devons user de fermeté pour empêcher la médisance autant que nous pouvons.

Possidids, Vit a Aug., c. xxu.

Dites au détracteur : Avez-vous du bien à me dire de votre frère, parle*, je suis prêt à vous entendre, mon cœur vous est ouvert; si t'êtt da rr.s-l, mes creii ; ont fermées, elles n'aiment pas à sa

(t) Et cocrobriuin non accepit adversùs proximos suoi. PsaL Vf, 4.

salir. Que me reviendra-t-il de savoir qu'un tel se soit comporté mal? Je l'ignorais, votre confidence ne me cause que du chagrin, que ne lui parlez-vous à lui-même? Ne nous mêlons que de nos propres affaires, nous avons bien assez du compte que nous aurons à rendre; tournons sur nous-mêmes cette curiosité inquiète et ce scrupuleux examen. Tout ai» contraire, on s'érige en censeur des autres; on passe le temps à fouiller dans l'intérieur de celui-ci, de celui-là; et on ne s'étudie pas soi-même. D. Chrys., hom. iv.

Saint Prior, ermite de Nitrie, quoique dur envers lui-même, était plein de douceur pour les autres, sans en excepter ceux qui tombaient dans de grandes fautes. Se trouvant à une assemblée qui se tenait à Scété, les solitaires, après le sacrifice, se mirent a conférer ensemble. Quelques-uns parlèrent d'une faute commise par un frère qui était absent. Prior gardait le silence; mais, voyant à la fin qu'on blessait la charité, il sortit de l'assemblée, prit un sac qu'il remplit de sable, et le mit sur ses épaules derrière son dos ; il prit ensuite un petit panier qu'il remplit aussi de sable, et le porta devant lui. Les autres lui ayant demandé quel était son dessein, il leur fit cette réponse : c Ce sac rempli de sable représente mes péchés qui sont en « grand nombre; c'est pour cela que je les ai mis derrière mon dos, « pour ne les voir pas et pour m'épargner un sujet de confusion et c de larmes. Ce panier que je porte devant moi, et qui ne contient c qu'un peu de sable, représente les péchés de ce frère, que j'ose « considérer, pour le juger et le condamner. Il vaudrait bien mieux c que je misse mes péchés devant moi pour y penser sans cesse, et « prier Dieu de me les pardonner. » Tous les solitaires furent touchés de ce discours, et convinrent que c'était le chemin par lequel on d«»ait parvenir au salut. Rosweide, 1. IX, n. 9.

Imitez Alexandre le Grand , qui écoutait d'une oreiile les accusations qui lui étaient déférées, et se bouchait l'autre avec le doigt, pour signifier qu'un juge ne devait point se laisser prévenir par les calomniateurs, et qu'il fallait réserver une partie de son attention, pour écouter la justification des absents.

Saint Basile, lettre 13e au gouverneur de la Cappadoce.

La France et l'Espagne entière ont pleuré la monde Donoso Cortès, ambassadeur d'Espagne à Paiis, décédé dans cette capitale le 3 mai 1863. Il a été, de l'aveu de tous, un grand esprit, un éminent penseur, un philosophe de génie, et en même temps un des types chrétiens les plus achevés qu'on puisse offrir à l'admiration et à l'imitalionde tous. Au milieu des splendeurs de la naissance, de la fortune, des dignités humaines, il sut conserver toujours ces vertus héroïques de simplicité, de piété, de foi, de chanté, que tant d'âmes, non moins admirables, mais plus craintives, ne peuvent rencontrer qu'en s'isolant du monde, qu'en épousant la solitude. M. Louis Veuillot a dif

de lui avec une parfaite juaesse: « Sa parole prompte, ardente cl « sincère était en même temps la plus inoffensive que l'on pût en- « tendre, et c'était un charme de voir qu'il eût toujours innocemc ment tant d'esprit. » — « Ce qui m'étonne le plus, disait la sœur « qui a reçu son dernier soupir, ce que je n'ai encore vu que chez lui, « c'est qu'il ne dit jamais de mal de personne. »

3. Il est difficile de réparer le mal causé par la médisance.

Siba, serviteur de Miphibozeth, se présenta à David; il loi apportait, dans sa fuite, des aliments et du \in. David lui demanda où était son maître ; cet in \ igné serviteur saisit cette occasion de le calomnier, et il répond que Miphibozeth était allé à Jérusalem, dans l'intention de se faire nommer roi à la place de Saùl. David ne laissa pas d'ajouter foi à ce rapport calomnieux; tant l'homme, même vertueux, croit facilement le mal. Le prince ordonna la confiscation de tous les biens de Miphibozeth, pour les donner au calomniateur lui-même.

Cependant David fut vainqueur d'Absalon ; le fourbe Siba parut devant lui avant Miphibozeth. Lorsque celui-ci rendit lui-même ses devoirs au prince, à peine le roi l'eut-il aperçu, qu'il lui demand» pourquoi il ne l'avait pas suivi dans son infortune. Miphibozeth loi répondit: « Mon seigneur et mon roi, c'est la trahison de Siba, qui m'a mis hors d'état de le faire ; ne pouvant me rendre à pied auprès de vous, à cause de mon infirmité, je lui avais donné ordre de seller mon âne; mais il ne m'a obéi que pour s'en servir lui-même, et me calomnier auprès de vous. » Le roi, sans l'entendre plus au long, lui dit qu'il le remettait dans la possession delà moitié de son bien, et que l'autre moitié appartiendrait à Siba.

Tant il est vrai qu'on ne répare que peu, et jamais totalement, le mal que fait un calomniateur. II. Reg} xvi.

4. Un solitaire demandait un jour au saint abbé Poémen : « Mon père, comment peut-on s'empêcher de parler mal du prochain ?» Il lui répondit: c II faut toujours avoir devant les yeux le portrait de son prochain et le nôtre. Si nous regardons attentivement notre portra i et ses défauts, alors nous estimerons celui de notre prochain. Ainsi, pour ne jamais mal parler des autres, il nous faut toujours nous reprendre nous-mêmes. » Rufin, Vies des Pères.

5. La vanité de sa nature est calomniatrice ; elle déprécie pour se donner du relief. Mais le vrai sage ne se laisse abattre par aucune ealomnie (1).

S? pi en s perfectus nuliâ caiumniâ conturbatur. D. Eieron., in

cap.\ ii Èccks.

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