IV
rendent coupables, dit l'apôtre saint Paul, n'entreront pas plus au royaume du ciel que les voleurs et les idolâtres (1). Les mauvais désirs s'allument facilement dans le cœur de l'nomme ; et ils sont naturels à tous les âges, â toutes les positions. La vertu consiste à les vaincre ; ils ne sont criminels qu'autant que Ton y consent volontairement. Le véritable moyen de les surmonter, c'est de se défier de soi-même et d'implorer le secours de Dieu. Surtout évitez avec le plus grand soin tout ce qui pourrait allumer en vous le feu des passions. Il est si difficile de résister à la force, disons mieux, à la tyrannie de la concupiscence. Et, si ceux qui prennent le plus de précautions, ont tant de peine à se garantir de ses atteintes, que sera-ce de celui qui se jette dans le péril?
Le dixième commandement défend de désirer injustement le bien du prochain, de quelque nature qu'il soit. Dans le malheureux siècle où nous vivons, que de gens jettent un œil d'envie sur les possessions des autres, et voudraient, s'il leur était possible, les en dépouiller ! Le domestique convoite le bien de son patron ; le pauvre convoite le bien du riche; et le riche lui-même quelquefois convoite le peu qui reste au pauvre, 11 en est d'assez aveugles, d'assez extravagants, surtout parmi certains ouvriers des villes qu'on a infatués de faux systèmes, pour vouloir posséder, devenir propriétaires, sans rien faire, tout en fiéquentant les cabarets et les cafés, comme si les biens temporels ne devaient pas être la récompense de la vertu et du travail, et non de l'oisiveté et de la paresse.
Toutefois, il n'est pas défendu de désirer d'acquérir le bien d'autrui par les voies légitimes ; ce sont uniquement les désirs injustes que le Seigneur proscrit ; c'est la trop grande preoccupation,que nous causent les biens de la terre. Qui ne sait, par une triste expérience, combien les désirs
I) Manifesta surit auîem opéra carnis quae sunt furnioatio, imnunditia, îuxuria... quoniam qui talia agunl regnuiu Del non conïequentur Gai., ?, 19.
insensés ou coupables nous rendent malheureux ? Est-il un instant de paix pour ceux que tourmente la soif exécrable de l'or? « Ceux qui veulent devenir riches, dit saint a Paul, tombent dans la tentation et dans les pièges du a démon, et en divers désirs inutiles et pernicieux, qui a les précipitent dans l'abîme de la perdition, car la cu- « pidité est la racine de tous les maux (1). » Ce sont ces désirs effrénés du bien d'autrui, qui agitent la société, qui l'ébranlent et la bouleversent jusque dans ses fondements. Ah! si les hommes savaient borner leurs désirs, contents de ce que le Seigneur leur donne, ils couleraient leurs jours dans une douce tranquillité 4.
0 vous, qui êtes si follement épris des biens de ce monde et si ardents à leur poursuite, qu'ils vous paraîtront vains, si vous les pesez dans les balances de la mort ! Ne les désirez donc que selon les vues de Dieu, uniquement pour vous sustenter dans votre pèlerinage ici-bas; par-dessus tout, cherchez les biens de la grâce; cherchez Dieu, qui est le bien suprême; et, en le cherchant, vous trouverez une suavité parfaite, un plaisir plus solide que tous ceux que pourrait vous offrir le monde. Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux (2).
TRAITS HISTORIQUES
1. On demandait à un sage de l'antiquité lequel des animaux était le plus redoutable à l'homme ; il répondit que c'était le flatteur.
Il vaut mieux, disait Anthisthène, philosophe païen, tomber entre les griffes des corbeaux, qu'entre les mains des flattturs; ceux-là ne font du mal qu aux morts, ceux-ci dévorent les vivants.
Achab se laissa tromper par les flatteries de ses faux prophètes. Ayant résolu de s'emparer de la ville de Ramoth en Galaad, il les
(1) Qui volunt divites fiera , incidunt in tentationem et in laqueum diaboli, et desideria multa inutilia et nociva, quae mergunt homines in interitum et perdilionem. 1. Tt'm., vi, 9.
(2) Gustate et videle quoniam suavis est Dominus. Psal xxxm, 9,
consulta, pour savoir quel serait le succès de cette expédition. Ils lui répondirent : « Allez, et le Seigneur livrera la ville entre vos mains. » Ce prince impie ne voulait point écouter les sages avis de Michée. « Je hais cet homme, disait-il, parce qu'il ne me prophétise jamais rien de bon ; il ne me prédit que du mal. > En effet, ce véritable prophète du Seigneur lui annonçait que, s'il entreprenait cette guerre, il y périrait. Pour prix de sa courageuse hardiesse à lui dire la vérité, Achab le fît jeter en prison. Il marcha ensuite contre Ramoth, et y reçut un coup de flèche, dont il Ait blessé à mort.