III. H*sjr., c. xxii
Tant que Joas fut conduit par le pontife Joïada, il régna justement devant le Seigneur. Mais, lorsqu'après la mort de ce grand prêtre de qui il tenait la vie et la couronne, il s'abandonna aux conseils flatteurs de quelques gens de sa cour, il commença par s'éloigner de celte première piété que lui avait inspirée, dès son enfance, celui que Dieu avait destiné pour lui tenir lieu de père et de conseil, et il finit par abandonner le culte du vrai Dieu pour adorer les idoles. Le Seigneur, pour le punir de ce crime, rendit la suite de sa vie aussi triste que le commencement avait été heureux. Les Syriens, avec une petite poignée de gens, défirent son armée et le traitèrent lui-même avec la dernière ignominie. Après être sorti de leurs mains, accablé de cruelles maladies, il n'eut pas même la consolation de mourir paisiblement; trois de ses serviteurs l'assassinèrent dans son lit. IV. Reg., c. xn. — I. Parai. , c. xxiv.
On écoute volontiers ceux qui flattent. D&ns le monde, l'homme ne trouve pas de voix plus harmonieuse que celle qui chante ses louanges. L'amour-propre est un bandeau épais, qui nous empêche d'apercevoir l'extravagance des flatteries, dont on nous endort. C'est ce qui a fait dire qu'on ne ferme jamais entièrement la porte aux flatteurs; on la pousse tout au plus doucement sur eux.
C'était par une détestable flatterie que les païens donnaient autrefois à leurs empereurs le nom de Dieu. Si cette basse et sacrilège adulation, leur disait Tertullien, ne rougit pas de son imposture, qu'elle en redoute les suites. Tertdllien, Apol., n. 34.
La troisième année que le roi Hérode Agrippa régnait sur la Judée, il vint à Césarée et y célébra des jeux pour la santé de l'empereur. Le second jour de la solennité, il alla au théâtre, s'assit sur un trône, et harangua le peuple. Il était revêtu d'un manteau d'argent d'un ouvrage admirable, dont les rayons du soleil relevaient encore l'éclat. Ses flatteurs commencèrent à s'écrier de divers côtés de l'assemblée : « C'est un Dieu, c'est la voix d'un Dieu, et non celle d'un homme. » Au lieu de rejeter avec horreur cette indigne flatterie, Hérode s'y complut ; mais aussitôt un ange le frappa ; il sentit dei
douleurs d'entrailles et des tranchées violentes, qui le réduisirent à l'extrémité : « Voilà, dit-il, votre Dieu qui va mourir. » On le rapporta dans son palais. Une plaie honteuse et mortelle couvrit tout son corps; des vers, s'étant engendrés de sa propre chair, le dévoraient tout vivant. 11 mourut au bout de cinq jours, à l'âge de cinquante-quatre ans. Joseph., Ant., 1. XIX, c. ix.
La flatterie grossière offense un homme délicat, et elle est punie par le mépris. Pour les sots, elle est le meilleur de tous les régals. — je Quand on me loue, disait M. de Marillac, j'ai envie de mettre sur ma table mes lettres de garde des sceaux ; car c'est à ma charge que ces éloges s'adressent. » C'est par modestie que M. de Marillac tenait ce langage ; mais il y a souvent des hommes en place, qui pourraient le tenir avec vérité.
La vertu craint même les louanges le? plus méritées, parce que l'orgueil n'a pas de voie plus sûre pour se glisser dans le cœur.
Une personne simple vint dire à saint François de Sales qu'elle avait conçu contre lui une aversion extrême, et qu'elle ne pouvait plus l'estimer, c Je vous en estime davantage, lui répondit le saint; car il faut avoir un grand fonds de candeur pour me parler ainsi, et cette qualité-là est extrêmement précieuse à mes yeux. » Encouragée par une telle réponse, cette personne lui dit alors que ce qui avait fait succéder dans son cœur l'aversion à l'estime qu'elle avait pour lui, c'est qu'on l'avait assurée qu'il s'était déclaré pour son adversaire, dans un procès important qu'elle avait. « On vous a dit vrai, répliqua le saint ; j'ai pris son parti, parce que j'ai cru que le droit était de son côté. » — « Vous auriez dû, lui dit l'autre, vous comporter comme un père commun, et non pas défendre les intérêts d'une partie, au préjudice de l'autre. » — « Et les pères communs, reprit le prélat, ne discernent-ils pas, dans les contestations de leurs enfants, ceux qui ont tort ou raison? Vous devez avoir appris, par le jugement qui a été rendu, que ie droit était du côté de votre partie, puisqu'il lui a été conservé. » — « On a commis contre moi une injustice criante, répliqua la partie intéressée. » — « C'est la plainte ordinaire de ceux qui ont perdu leur cause, reprit le prélat; mais quand le temps aura remis votre esprit dans une assiette tranquille, vous bénirez Dieu et vos juges de vous avoir ôlé un bien que vous ne pouviez posséder en conscience; et vous n'aurez plus d'aversion ni contre eux ni contre moi. > — « Je le souhaite, dit-elle; mail pourtant cela n'empêche pas que men estime pour vous n'ait beaucoup diminué, car il a été un temps, où je vous regardais comme un saini. » — c Et vous aviez tort, répondit l'évêque ; maintenant que vous n'avez plus si bonne opinion de moi, je vous en aime davantage, car vous êtes de mon \ arti et de mon avis. Ceux qui me flattent
parleurs louanges, rc3 trompent en se trompant eux-mêrres, et m'exposent au danger de la présomption ; mais ceux qui me mésestiment, font ce que je dois faire, et me mettent dans la voie du salut, puisqu'il est écrit que Dieu sauvera les humbles de cœur. En un mot, j'aime mieux les blessures de celui qui me dit la vérité, que les caresses de celui qui me flatte. »
M. de Montausier, gouverneur du grand dauphin, n'aimait pas qu'on flattât ce jeune prince. 11 le fit bien sentir un jour, en badinant, au marquis de Gréijui. Le dauphin, étant jeune, s'amusait à tirer au blanc, et tirait fort loin du but. Son gouverntur se moqua de lui, et dit au marquis de Créqui, qui était fori adroit, de tirer ; mais ce jeune seigneur tira beaucoup plus loin du but que M. le dauphin. « Ah! petit corrompu, s'écria M. de Montausier, il faudrait vous étrangler. » Le dauphin, devenu plus grand, fut mis à la tête des armées ; et ce prince, dign.i de son auguste père et de son sage gouverneur, emporta la \ille O.e Philisbourg, qui passait pour imprenable. Pour l'en féliciter, M. de Tdontausier lui écrivit en ces termes: « Je ne vous fais point compliment, Monseigneur, sur la prise de « Philisbourg : vous aviez une bonne armée, des bombes, du canon, « et Vauban. Je ne vous en fais point aussi sur ce que vous êtes « brave : c'est une vertu héréditaire dans votre ma-son ; mais je me c réjouis avec vous de ce que vous êtes libéral, généreux, humain, c et faisant valoir les services de ceux qui font bien : voilà sur quoi « je vous fais mon compliment. » Dict. d'Édité.
Platon remarque, dans son premier livre des Lois, que la flatterie amollit l'âme des plus graves personnages, et la rend, en toute occalion aussi souple que la cire.
Aimez qu'on vous reprenne, et non pas qu'oc vous loue.
5. Tout le monde, a dit saint Augustin, est plein de jugements téméraires (t).
Héli se rendit coupable d'un jugement téméraire à l'égard d'Anne. En la voyant prosternée devant le Seigneur, pendant un long espace de temps, et remuer les lèvres sans qu'il entendît aucune parole, il crut qu'elle avait bu avec excès, et lui dit: cJu.-qua quand serezvous dans l'ivresse? Laissez reposer le Tin qui vous agite. » Anne lui répondit : « Non, non, seigneur, je ne suis qu'une femme très- « malheureuse. Je n'ai bu ni vin ni liqueur enivrante; mais j'ai « répandu mon âme en présence du Seigneur. Ne prenez point votre • servante pour une des filles de Bélial, parce que, dans la multitude « de mes clugrins et de ma douleur, je ne me suis point lassée jus-
(t) Temerariis judiciis plena sunt omnia. D. Aug.
c qu'ici de prier. » Alors Héli lui dit : « Allez en paix, et que le Dieu d'Israël vous accorde la demande que vous lui avez faite. > La réponse si humble et si douce d'Anne est un excellent modèle de la manière dont nous devons nous défendre contre les reproches qui nous sont injustement adressés ; et nous voyons aussi dans Héli comment il faut se rendre à la vérité, lorsqu'on reconnaît qu'on s'est mépris dans ses pensées, et qu'on s'était laissé tromper par les apparences. I. Reg., c. i, i4.
Le vaisseau, qui transportait saint Paul de Jérusalem à Rome, ayant fait naufrage sur les côtes de l'Ile de Malte, les habitants s'empressèrent de bien recevoir l'équipage. Ils allumèrent un grand feu; et, saint Paul ayant pris une poignée de sarments pour les jeter dans le feu, une vipère qui s'y trouvait mordit la main du saint apôtre. Les gens du pays portèrent dans cette occasion un jugement téméraire et précipité contre saint Paul, et se dirent entre eux : « Il fau» que cet homme soit bien coupable, puisque, à peine échappé du naufrage, la vengeance divine le poursuit encore. » Mais bientôt la mauvaise idée qu'ils avaient conçue de lui, d'une manière si imprudente, se changea en admiration, car saint Paul secouant sa main, la vipère tomba dans le feu; et, au lieu de souffrir et de tomber en défaillance, comme ils s'y attendaient, il ne reçut, selon la promesse que Jésus-Christ avait.faite à ses disciples, aucune atteinte de la morsure de cet animal venimeux. Ce prodige et plusieurs autres qu'il opéra dans cette île, convertirent un grand nombre de personnes. A et., xxvm, 4.
La rigueur de ses pénitences avait assujetti saint Arsène à beaucoup de maladies corporelles, et son supérieur exigea qu'on mît sous lui un matelas et un oreiller, pour le soulager de ses infirmités. Un solitaire, étant un jour venu le voir et le trouvant dans cet état, en fut scandalisé. Le supérieur, qui s'en aperçut, le prit en particulier, et le pria de lui dire ce qu'il était dans le monde, avant qu'il se fît religieux. — « J'étais berger lui répondit le solitaire. » — « Si cela t est, dit le supérieur, vous avez donc trouvé plus de commodité « dans la vie religieuse, que vous n'en aviez dans votre premier état? « Il n'en est pas de même du père Arsène que vous voyez; il était « autrefois le père et le maître des empereurs ; ii était dans un palais, c il avait tout en abondance, et vivait au milieu des délices; osezc vous donc trouver mauvais que, pour lui procurer quelque soulagec ment dans sa vieillesse et dans ses infirmités, nous lui donnions « un oreiller et un matelas un peu moins dur que la pierre P Encore « a-t-il fallu l'obliger à y consentir.